Les marchands de doute (2010) de Naomi Oreskes et Erik M. Conway (IX) Conclusion : Où il est question de la liberté d’expression et des marchés libres

Un résumé de Les marchands de doute (2010) de Naomi Oreskes et Erik M. Conway (Le Pommier 2012), par Madeleine Théodore. Ouvert aux commentaires.

Au sujet de la liberté d’expression, la notion d’« égalité du temps de parole » demeure à la racine du sens de la justice et du fair-play des Américains. Cependant, toutes les versions ne sont pas justes ou vraies, Internet a créé une galerie où toute affirmation peut être démultipliée à l’infini. Où que l’on se tourne, on voit quelqu’un mettre en doute quelque chose.

La question est : qui doit-on écouter?

Souvent, les medias se dispensèrent d’informer les lecteurs. Certains journalistes actuels ont été surpris par le résultat d’une étude portant sur 5 ans qui révèle comment les dirigeants des medias furent courtisés par l’industrie du tabac, et y répondirent comme celle-ci le souhaitait.

En principe, les medias doivent jouer le rôle de veilleur consciencieux mais ce ne fut pas le cas. Il y eut de fausses informations publiées en provenance de la droite mais aussi de la gauche. La situation évolue. La presse a révélé que des généraux à la retraite témoignant à la télévision sur la guerre en Irak n’étaient pas indépendants mais des employés payés par des fournisseurs de l’armée, d’autres travaillaient pour la Maison Blanche.

Au niveau de la stratégie, faire croire que les affirmations mises en avant étaient scientifiques fut le moyen clé des campagnes pour vendre le doute. L’institut Marshall rédigea des rapports présentant tous les dehors de l’argumentation scientifique, l’un d’eux au moins parvint jusqu’à la Maison Blanche où il fut pris au sérieux. Pourtant les rapports ne passaient pas par la procédure d’évaluation indépendante par les pairs. Les scientifiques impliqués adoptèrent aussi des méthodes qui s’écartaient clairement des normes de comportement scientifique habituel, en lançant des pétitions publiques dont les signataires peuvent ne rien connaître au sujet en question. En 1973, Richard Nixon décida de dissoudre le PSAC (Conseil national scientifique du Président). Le pays ne disposait peut-être plus du PSAC pour faire le point de la situation scientifique, mais cela n’avait peut-être pas d’importance, car les campagnes menées pour dévaloriser la science en jeu furent si amples, si subtiles et si bien financées que le PSAC aurait eu du mal à rivaliser avec elles, elles bénéficièrent par exemple du soutien d’Exxon Mobil à l’entreprise de fabrication du doute. On trouve aussi parmi les groupes de réflexion que Philip Morris a soutenus l’Institut Ludwig von Mises, propagateur du laisser-faire économique, défenseur à tout crin du marché et de la liberté de la concurrence.

Les protagonistes de l’entreprise du doute Seitz, Singer, Jastrow, Nierenberg envisageaient la science comme une aide cruciale à mobiliser pour prévenir l’expansion du communisme. Lorsque cette menace disparut, ils se tournèrent vers l’environnementalisme comme le nouvel ennemi à abattre. George Soros a ainsi dit que la seule voie qui ne détruit pas, finalement, les autres libertés, est celle de la libre concurrence. Il s’agit d’un acte de foi.

Le principe selon lequel la libre concurrence conduit à l’équilibre entre l’offre et la demande et assurera une distribution des ressources optimale est un axiome qui se révèle faux, ce dont a témoigné l’effondrement du marché du logement aux Etats-Unis en 2008. L’Histoire révèle que les marchés peuvent se tromper, comme l’a montré la Dépression.

Le spectre de l’accroissement du contrôle gouvernemental était souvent lié à la menace agitée par les ultralibéraux d’une gouvernance mondiale par un « Nouvel ordre mondial », avec planification centralisée par les Nations-Unies. Aussi, pour ses adversaires, le Sommet de la Terre était un champ de bataille mis en place par des socialistes, les Américains devaient prendre garde à l’ennemi intérieur, l’EPA, l’agence pour la protection de l’environnement.

Cependant, peu de climatologues sont des militants du socialisme et plus on attend, plus les problèmes s’aggravent.

Le paradoxe aussi, c’est que ces collaborateurs de la stratégie dilatoire ont favorisé la création de la situation qu’ils redoutaient. C’est ainsi que Gus Speth, doyen à Yale de l’École d’études forestières et environnementales avertit que des solutions à long terme doivent être recherchées dans des transformations des principaux modes de fonctionnement du capitalisme contemporain. Des « gentlemen du Sud » se préparent donc à démanteler le capitalisme !

Dans les années 1980, l’Administration Reagan annonça qu’elle considérait que « la technologie fournirait la réponse ultime aux problèmes d’approvisionnement en énergie et de protection de l’environnement ». La question est cependant de savoir si nous pouvons supposer que le marché produira ces technologies de lui-même selon sa propre logique et de savoir s’il le fera dans les temps. Cette croyance de l’époque Reagan est connue sous le nom de cornucopianisme (la corne d’abondance). En réaction au philosophe Malthus, elle affirme un progrès illimité.

Selon ce mouvement et son fondateur Julian Simon, membre du think tank libertarien le Cato Institute, le monde futur serait meilleur et moins vulnérable aux perturbations dans l’approvisionnement des ressources que le monde actuel. Cette philosophie est liée au fondamentalisme du marché selon lequel l’État est le problème, pas la solution. On peut contredire cette pensée par deux arguments :

1) elle suppose que les avancées vont nécessairement se poursuivre.

2) elle suppose que l’abondance des années passées a été le résultat de l’économie de marché. Or on peut montrer que cette assertion est fausse.

Beaucoup de technologies furent inventées avant l’émergence du capitalisme. De plus, l’Union soviétique fut une société technologiquement innovante.

Les cornucopiens ont une foi aveugle en la technologie, que les faits historiques n’ébranlent pas. Cette attitude, on peut l’appeler « technofidéisme ». On peut se demander pourquoi ils gardent cette foi aveugle, alors que l’Histoire montre qu’ils ont tort.

D’après Milton Friedman, « les grandes avancées de la civilisation ne sont jamais venues de systèmes avancés de gouvernement ». Cependant, la technologie la plus importante de l’âge industriel consista à fabriquer des pièces parfaitement identiques et interchangeables. C’est le département de la Défense de l’armée américaine qui développa des machines capables de fabriquer des pièces pour d’autres machines. Quand la technique de base fut inventée, – les machines-outils d’aujourd’hui – elle se répandit rapidement à travers toute l’économie américaine, ainsi qu’en Europe et au Japon. C’est un gouvernement centralisé, sous la forme de l’armée américaine, qui inventa l’âge moderne de la machine. De même, c’est ainsi qu’Internet fut développé comme un réseau complexe d’échanges entre universités, agences gouvernementales et industries, en grande partie financé par le département de la Défense.

Dans d’autres cas, les technologies furent inventées par des individus mais diffusées par des aides gouvernementales. L’énergie nucléaire, par exemple, qui peut nous aider à sortir du casse-tête du réchauffement climatique, est un sous-produit de la technologie qui enclencha la guerre froide : la bombe atomique.

En conclusion, les campagnes de promotion du doute ne concernaient pas la science, mais bien le rôle du gouvernement, tout particulièrement dans la remédiation aux échecs du marché.

S’il s’agissait de politique déguisée en science, pourquoi les scientifiques ne s’en sont-ils pas rendu compte et pourquoi ne se sont-ils pas exprimés ?

Une des raisons se trouve dans la dialectique complexe qui, en science, se joue entre l’individu et le groupe.

De plus, les scientifiques sont des spécialistes pointus, mais peu entraînés à défendre le travail scientifique contre des contradicteurs déterminés et bien financés.

Ils sont aussi soumis à un dilemme : l’objectivité exige qu’ils restent à l’écart des questions contestées, mais s’ils ne s’engagent pas, personne ne saura à quoi ressemble le point de vue objectif sur la question.

De même, ils sont réticents à prendre parti parce qu’ils ont vu ce qui se passe quand ils le font. Les auteurs du présent livre ont eux-mêmes été attaqués, en particulier par le sénateur James Inhofe de l’Oklahoma. Ben Santer continue d’être harcelé, l’audit climatique conduit par Steve McIntyre, un géologue canadien lié à l’industrie minière, a usé du Freedom of Information Act (FOIA ) pour exiger des détails à propos de ses recherches. Les attaques ont un effet inquiétant. L’intimidation fonctionne !

La raison la plus excusable pour laquelle les scientifiques ne se sont pas plus engagés tient à leur amour de la science, et à leur croyance que la vérité finit par triompher. C’est leur travail spécifique d’imaginer ce qu’est cette vérité. Un scientifique renommé avait dit à propos du rapport de 1983 sur le changement climatique qu’il était bon à mettre à la poubelle et qu’il l’avait donc ignoré. Malheureusement, les poubelles ne se vident pas toutes seules.

Des solutions existent. Il faut cesser de prêter l’oreille à la désinformation, être attentif à ce que disent les scientifiques et mettre à contribution le pouvoir des ingénieurs. Nous avons tous besoin d’une meilleure compréhension de ce qu’est vraiment la science.

Nous sommes confrontés maintenant aux coûts environnementaux liés à la façon dont les citoyens des nations riches et développées ont vécu depuis la Révolution industrielle. Maintenant nous devons ou bien en payer le prix, ou bien changer notre façon de faire, ou bien les deux. Il n’est pas étonnant que les marchands de doute aient eu du succès : ils nous ont offert le prétexte pour ignorer la note que nous allons devoir payer.

La culture du doute a bien fonctionné. La théorie de la décision en explique la raison, selon les auteurs Ronald Giere, John Bickle, Robert Mauldin dans leur livre « Understanding Scientific Reasoning ».

Selon cette théorie, le résultat d’une analyse rationnelle est le suivant : en cas de connaissance incertaine, la meilleure option est de ne rien faire. Faire quelque chose implique des coûts et si l’on n’est pas sûr que ces coûts seront compensés par des bénéfices futurs, il vaut mieux laisser les choses en l’état. De plus, agir pour limiter les dommages à venir oblige à renoncer à des avantages pour aujourd’hui. Certains disent aussi qu’il faudrait pour agir face au futur, des preuves irréfutables. La question est : « Pourquoi faudrait-il exiger de telles preuves ? » car on ne peut jamais prouver quelque chose à propos du futur.

Le doute fonctionne car nous avons une vision erronée de la science : nous pensons que la science produit des certitudes. Par conséquent, si la certitude fait défaut, nous pensons que la science se trompe ou n’est pas achevée. Cela vient d’une idée positiviste du 19ème siècle, qui n’est rien de plus qu’un rêve. La science ne fournit qu’un consensus d’experts, fondé sur l’examen minutieux des faits et de leur organisation.

De plus, écouter « les deux versions » sur un problème a du sens pour des débats politiques au sein d’un système biparti, mais pour une question scientifique, il peut y avoir de nombreuses hypothèses, comme il pouvait y en avoir par exemple pour la dérive des continents. Malheureusement il y a eu un débat entre les opinions de Seitz, Singer, Nierenberg et une poignée d’autres d’un côté et, de l’autre, le GIEC, une organisation regroupant les travaux de milliers de personnes.

Un autre point important à mentionner est que la science est collective. Nous pensons à de grands hommes de science comme Galilée, Newton comme à des personnalités héroïques, isolées mais dès les premiers jours, la science a été liée à des institutions car les lettrés ont compris que pour créer des connaissances nouvelles, il leur fallait les moyens de confronter les apports des uns et des autres, et faire de la place à ces connaissances, qui nécessitent un mécanisme de contrôle des innombrables contributions qui sont faites.

Depuis les années 1960, l’idée fondatrice de la science est la même : les idées scientifiques doivent s’appuyer sur des faits, et être soumises à acceptation ou rejet. Tant qu’une opinion n’est pas passée par le filtre du jugement par les pairs, ce n’est pas plus qu’une opinion. En science, on n’est pas censé s’accrocher à un sujet jusqu’à ce que la réserve des opposants ait été épuisée.

Nombre de points de vue des contradicteurs n’avaient pas franchi les tests de l’évaluation par les pairs. Ils ne pouvaient dès lors être considérés comme scientifiques. De plus, beaucoup d’entre eux avaient cessé de faire de la recherche. Fred Singer est peut-être le seul qui puisse prétendre avoir été un scientifique actif durant le déroulement des événements rapportés. Par ailleurs, ces hommes n’étaient experts dans aucun des domaines vers lesquels ils se tournèrent au sommet de leur gloire. Pour pouvoir être expert dans les différents domaines qu’ils abordèrent, ils auraient dû l’être dans tous. Or la science moderne est beaucoup trop spécialisée. Que dire d’un expert dans plusieurs domaines à la fois ?

Que pouvons-nous faire ?

Nous pouvons faire confiance aux experts scientifiques sur les sujets scientifiques, en nous informant sur ce qu’ils ont fait. Si la communauté scientifique a été mandatée pour analyser un dossier, il faut prendre au sérieux ses analyses et ne pas les rejeter parce qu’une personne, quelque part, n’est pas d’accord. Ce n’est pas une raison non plus pour rejeter l’observation faite par des profanes détenteurs d’un véritable savoir empirique, que les scientifiques commencent à reconnaître.

Notre confiance doit être spécifique. Une confiance stupide en l’autorité est l’ennemi de la vérité, mais il en va de même d’un cynisme stupide.

Le mieux est de laisser les témoins des événements s’exprimer eux-mêmes.

Voici un premier commentaire : celui de S. J. Green, directeur de recherche pour l’institut du tabac : « Exiger une preuve scientifique est toujours la bonne formule pour l’inaction et la temporisation, et c’est d’habitude la première réaction du coupable. Le fondement adéquat d’une prise de décision, bien sûr, c’est tout simplement ce qui paraît raisonnable dans les circonstances du moment ».

Et un deuxième commentaire, celui-ci de Nierenberg (dans un moment de candeur) : « Au fond de vous-même, vous savez bien qu’il est impossible de répandre 25 millions de tonnes de sulfates par an dans le Nord-Est sans qu’il en résulte quelques… conséquences ».

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55 réflexions sur « Les marchands de doute (2010) de Naomi Oreskes et Erik M. Conway (IX) Conclusion : Où il est question de la liberté d’expression et des marchés libres »

    1. – On pourrait aussi voir là les limites d’internet pour se renseigner « scientifiquement » .
      -Pour l’enquête citée , 65000 interrogés pour 67 pays , ça fait combien en France ?
      -Effet Kouchner /Bachelot peut être bien .
      -Par ailleurs dire qu’on a des doutes sur l’efficacité des vaccins et ne pas se faire vacciner vraiment , ça n’est pas la même affaire .
      -Peut être que les questions étaient mal traduites de l’anglais et qu’en bons français ,on a mal lu et pas compris la question ?!

      Bref , je suis sceptique , et remarque que ma grand mère croyait forcément aux vaccins quand elle disait à ma sœur , une bavarde invétérée : »on a du te vacciner avec une aiguille de phonographe »

      1. 1 000, ou quasi, normal quoi.
        Par contre j’ai pour le moment 100% de réactions négatives (négationnistes) à cette info, toi.

      2. Pour ce qui est du cartésianisme, Descartes évoquait, comme Kant la capacité de « sortir » de l’enfance, de devenir adulte, de penser par soi même et d’être capable d’aller chercher l’information et quelques connaissances dans des domaines variés.
        C’est là que l’on doit sortir de l’expert d’un seul domaine qui ne sait pas se situer dans « d’autres mondes ».
        Pour ce qui est des « vaccinations » en général, il y a un abus de « statistiques floues » par un survol qui manque de références solides, vaccin par vaccin car ils n’ont pas tous les mêmes réactivité – encore heureux ! Il devrait être « facile » de disposer exactement les doses vendues une époque donnée pour un vaccin dans un pays, en Europe ou sur un autre continent, et de faire des comparaisons épidémiologiques fiables dans les populations. Je ne sais pas s’il existe des thèses et des mises à jour régulières sur ce thème ?
        En France c’est un autoritarisme douteux qui prévaut et le fait de ne pas reconnaître les risques liés aux complications vaccinales est indigne. Il y a quelques années la campagne officielle avait été franchement minable et on ne se remet pas d’un tel manque de confiance. Vacciner reste un acte médical majeur et on ne vaccine pas ni un enfant, ni une personne âgée n’importe quand : ça va la « secouer » et c’est bien ce qui est attendu !

      3. Bien fragiles ces nouvelles générations .

        A force de bouffer n’importe quelle saloperie …

        Réflexion non scientifique mais facile à recueillir par sondage .

      4. Illustration par l’exemple JFLB d’une des observations de l’étude de la London School of Hygiene & Tropical Medicine.

        The results of the hierarchical regression suggest that countries with higher mean years of schooling are less likely to report positive vaccine sentiment, however within a country those with some education hold more positive views on vaccine importance, effectiveness, and religious compatibility (though markedly not safety) than those without. There is evidence in the recent literature to suggest that more highly educated elites in the Netherlands (Hak et al., 2005), the United States (Gilkey et al., 2014, Jones et al., 2010), and Canada (Foty et al., 2010) hold vaccine skeptic views, which is in keeping with the highest level of education of surveyed respondents (masters/PhD) having the same vaccine importance sentiment as those with no or little education.
        Further systematic reviews have highlighted the variability of correlations found between education and vaccine confidence, with no clear pattern except to show that education does not always imply confidence (Brown et al., 2010, Larson et al., 2014a, Larson et al., 2014b). Other individual with low incomes and the unemployed also exhibit less positive vaccine views.”

    2. Sauf erreur de ma part , personne n’a d’ailleurs relever que le « doute « est une vertu scientifique , et que , s’agissant de Descartes ici cité , il est l’un des pères théorisateurs du « doute scientifique », à ne pas confondre avec le scepticisme . .

  1. Je ne demande pas au politicien d’être expert mais d’être suffisamment curieux et à l’écoute pour « se » et « nous » donner les moyens de progresser. Bref de ne pas se contenter d’écouter la paresse qui facilitera l’élection. Ils ont ou peuvent se donner – les moyens techniques et en théorie financier pour progresser mais ils préfèrent la fuite en avant – ou plutôt en arrière : une médiocrité dirimante vers les « facilités » des paradis fiscaux !
    Tout se passe comme si nous vivions dans un multivers dans lequel quelques privilégiés ont trouvé le trou de vers ou le trou noir qui mène directement au paradis (fiscal) et où d’autres jouent à la loterie en espérant y parvenir !

  2. Les marchands de doute ne produisent pas que du doute.
    Ils produisent aussi de la croyance. La croyance que tout ira bien demain parce que la croissance, le progrès… continueront sur la même trajectoire exponentielle.
    Et les mêmes qui mettent en doutent certains travaux scientifiques s’appuient (récupèrent) sur d’autres hypothèses censément scientifiques mais radicalement contraires.
    Dans cette histoire on oublie que les progrès des 250 dernières années reposent sur les énergies fossiles.
    Une parenthèse dans l’histoire de l’humanité.

  3. Quelle solution scientifique pour les problèmes de l’alcool, du sucre, du cannabis? Leur rôle se limite à l’information même si certains scientifiques sont aussi députés comme Debré, ses interventions sur le cannabis sont d’ailleurs caricaturales. La neutralité scientifique reste à prouver.
    Le doute est toujours permis et s’il n’y en a pas faut-il interdire? Les libertariens ont quelques arguments contre l’État qui ne sont pas faux pour autant qu’ils le disent, les libertés individuelles peuvent être menacées par l’hygiénisme ou l’environnementalisme. Le principe d’égalité aussi: pollueur payeur tout simplement?
    On devait mettre un code couleur pour les aliments gras ou sucrés et il n’y en a toujours pas alors que c’est mieux et plus réaliste que la prohibition. L’État est un problème mais le Marché aussi.

    1. Si tout ce qui est nocif/nuisible/non-innovant devient gratuit, plus de marketing et meilleure gestion des risques dans la production et la distribution. L’État peut tuer la concurrence, le Marché, en rétablissant la justice sociale, faire de la réduction des risques plus que de la réglementation, phagocyter le marché pour parvenir à la régulation des intérêts.

  4. Au fond je me demande si les marchands de doute sont aussi influents qu’il y paraît.
    Trois exemples.
    Les fumeurs savent bien ce qui leur pend au nez. Il fument quand même.
    La forêt primaire de Bornéo est gravement détruite pour produire de la pâte à papier et de l’huile de palme (entre autre). Et on le sait. Il n’y a pas pour autant de boycott.
    Le tantale des smartphones vient de l’exploitation (c’est le mot) du coltan dont le trafic en RDC est la cause de guerres incessantes.
    Qui n’a pas son smartphone ?

    Les marchands de doute sont juste là pour nous rassurer, nous déculpabiliser. Tout va bien. Consommez en paix. Surtout consommez, faites le plein et fermez vos gueules.
    Le cycle Extraire // Transformer // Vendre // Jeter doit continuer.

  5. Lu en vitesse, juste une remarque à propos du constat :
    « …De plus, les scientifiques sont des spécialistes pointus, mais peu entraînés à défendre le travail scientifique contre des contradicteurs déterminés et bien financés. »
    Oui mais on sait que les scientifiques, certains scientifiques, peuvent aussi utiliser des outils scientifiques à des fins qui ne sont pas scientifiques
    Le charlatanisme scientifique fait partie de ce monde, non pas majoritairement par malhonnêteté mais parce qu’il y a une tendance naturelle des humains à écarter ce qui ne correspond pas à leurs attentes.

    1. Ce sont vraiment de grosses enflures au WP !

      « Le quotidien a tiré profit des informations de l’informaticien Edward Snowden sur la surveillance de masse aux États-Unis, au point de remporter un prestigieux prix Pulitzer. Mais dans un texte paru ce week-end, son comité éditorial reprend les arguments de la Maison-Blanche. Et désavoue de facto le travail de ses journalistes. »
      http://www.ledevoir.com/societe/medias/480401/medias-le-washington-post-lache-edward-snowden

      Pour Juan , la version française de Slate concernant l’article de Vigneron :
      La confession-choc d’un célèbre écologiste devenu pro-OGM
      http://www.slate.fr/story/66861/ogm-ecologiste-confession-lynas

      Et le doute et l’esprit critique et les dégats du complotisme….surtout aux US :
      Le débat sur les OGM est parfait pour développer son esprit critique
      http://www.slate.fr/story/105467/debat-ogm-exemple-parfait-esprit-critique

      Les théories du complot ne sont pas juste de petites histoires rigolotes
      http://www.slate.fr/story/104844/theories-complot-histoires-rigolotes

      1. @Gudule :

        Merci pour le lien traduit qui ne dit pas que des bêtises , encore qu’il ne donne pas beaucoup de renseignements sur l’auteur initial ( vieux réflexe de montagnard ) .

        Sur le fond , et après avoir exclu que Vigneron était stipendié par Bayer pour citer ce lien , j’en sors en me trouvant pas trop mal à l’aise de ce que j’ai pu raconter sur le sujet la dernière fois qu’on s’est battu dans la cour de Paul Jorion .

    1. Nul à chier. Lire le premier commentaire du fils Rabhi, Gabriel (loué par les auteurs du film…), et son lien vers le cercle des volontaires pour comprendre.

    1. Les marchands de doute/empoisonneurs de l’OMS, du Rotary International, des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis d’Amérique et de l’UNICEF, avec le soutien de grands partenaires, comme la Fondation Bill & Melinda Gates :
      http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs114/fr/
      Aujourd’hui, plus de 15 millions de personnes marchent, alors qu’elles auraient pu être paralysées par la polyomyélite depuis 1988. On estime à 1,5 million le nombre de décès d’enfants évités grâce à l’administration systématique de vitamine A au cours des activités de vaccination antipoliomyélitique.

    2. Le paragraphe « répartition selon l’âge », justement ne parait pas si argumenter que cela quand on lit ce qui est écrit et pas ce que l’on voudrait qu’il soit écrit.
      Cette étude là, de part son contexte et les données fournies, me parait mieux argumenter l’efficacité de la vaccination anti-tétanique : http://pediatrics.aappublications.org/content/109/1/e2.full
      Le problème à mon sens est que ce genre d’étude (quand elles existent) n’est pas mise en avant alors qu’elle répond à la question de l’efficacité d’un vaccin donné de façon satisfaisante me semble-t-il. C’est parce que trop d’études proposant des protocoles n’établissant pourtant pas de façon satisfaisante l’efficacité d’un vaccin (notamment pour le distinguer des facteurs éducation, nutrition, hygiène, etc.) sont utilisées à cette fin que le doute est encouragé chez des personnes qui savent lire ce qui est écrit et ce qui ne l’est pas.

      1. Il faut déjà qu’elles puissent comprendre sans risque d’erreur votre dernière phrase .

        PS : quand on sait lire ce qui est écrit et ce qui ne l’est pas , c’est , soit parce qu’on a déjà beaucoup lu ici et là , soit qu’on est vachement balaise .

      2. C’est vrai. Non seulement faut-il lire, mais encore faut-il aussi exercer/calibrer tout ses sens dans une multitude d’environnements pour se glisser au mieux dans la tête de différents auteurs avec empathie tout en gardant sa propre subjectivité à portée de main.
        Toute un environnement éducatif souvent bien trop pauvre, car cadré trop serré, pour le bien des enfants.

  6. Reste plus qu’à lire les commentaires de Cahuc et Zylberberg ( puisque c’est de là qu’on est parti ) sur cette suite de billets destinée à montrer la réalité du bouquin de Naomi et Erik , confisquée trop rapidement par le premier duo nommé .

    A moins que Madeleine Théodore se sente d’attaque pour se livrer au même exercice sur leur propre bouquin , afin qu’on se fasse ….une opinion .

    Mais , est ce qu’on devrait alors lui faire totalement confffiiiiance ?

    PS : comment se faire une opinion « scientifique » des débats pseudo-présidentiels qui vont envahir les médias , avec des débateurs qui n’auront de cesse que de « mettre en doute » ce que racontent leur concurrent?

    1. Dans la bande ( de branquignols) , combien de repris de justice et de receleurs de convocations devant un juge ?
      Combien de vendeurs à la sauvette et de bateleurs de foire ?
      Combien de promesses non tenues et de confiance sollicitée mais, à l’usage, mal placée?
      Car ils ont des antécédent. C’est le privilège de leur âge…
      Et comment vont-ils nous faire accroire qu’ils sauront se hausser un tant soit peu au-dessus de leur condition normale de sous-chef de bureau d’une sous-préfecture endormie?

      1. Ben , il leur suffit d’avoir la main sur les préfets , ce qui est le cas .

        Et je connais un préfet qui vient de signer une DUP pour un projet de plus de 60 millions d’euros , contre l’avis défavorable musclé d’un aéropage de commissaires enquêteurs ( ce que je n’avais pas vu depuis longtemps ) .

      2. @Vigneron alias Sherlock Holmes :

        Il en reste pour la suite , et la bataille juridique qui se poursuit . Il reste aussi des troupes jeunes en réserve !

        Mais sur le fond , les conclusion circonstanciées du commissaire enquêteur étaient si nettes et étayées qu’on peut effectivement  » douter » que le préfet , à moins d’une illumination omnisciente qu’il n’a pas jugé bon d’expliquer , ait apposé une signature de façon très ….rationnelle , dans un dossier intéressant un ancien président de l’assemblée nationale .

        On verra ce qu’en pensent les juges , dont je ne doute pas .

      3. @Vigneron :

        RAS , c’est ce qu’il raconte depuis 3 ans et les commissaires enquêteurs ont démonté sans trop de peine cette illusion (coûteuse).

        On notera d’ailleurs que « les milieux économiques » locaux se sont bien gardé de cautionner cette « opportunité » économique ( à part peut être pour une opportunité de spéculation immobilière dans les environs d’un équipement qui tord le bras à la loi littoral, et dont la pertinence fait rigoler tous les connaisseurs en matière de centre de congrès . Ça me rappelle la période 1970-1980 où chaque entrée de ville devait avoir un objet phare- on disait un « Signal »- qui était sensé faire débarquer en masse des tas d’investisseurs . C’est dire si la création de cette « opportunité » est « moderne » ). Les études préliminaires , par contre , étaient plutôt dans le sens de ceux qui la payaient . Etonnant , isn’t it ? Ce qui nous ramène au sujet du billet .

        Je vais envoyer mon vade-mecum au juge !

      1. Pas nanards mais à la ramasse et dépassés sclérosés voire largués et c’est marre !

        Enfermement et impuissance
        « Il y a d’abord leur enfermement dans les calculs politiciens et presque tous à courte vue, et leur incapacité à proposer des visions crédibles de l’avenir, des projets mobilisateurs et tendus vers la construction d’un monde, d’une Europe et d’une France meilleurs. Appelons cela l’absence totale de sens. »

        « Il y a ensuite l’image de l’impuissance à régler les grands problèmes du moment, à commencer par l’emploi, la croissance, les revenus, les inégalités sociales. Les discours politiques, aussi bien du pouvoir que de l’opposition, tentent de masquer, nier ou faire oublier cette impuissance, et comme personne n’est dupe, ils décrédibilisent encore plus les partis, et débouchent sur d’autres images : celles du mensonge, des promesses non tenues, des reniements, de l’incohérence, celle aussi de l’arrogance mal placée. Celle, finalement, de la crise morale. Les partis classiques sont à bien des égards hors-sol par rapport aux attentes sociales, et de moins en moins crédibles. »

        Archaïsme méthodologique
        « Enfin, comment ne pas voir l’archaïsme méthodologique des partis classiques, à la traîne pour renouveler leurs méthodes et leur rapport aux citoyens en tirant profit des nouvelles technologies de communication ou des débats qui datent maintenant d’une trentaine d’années sur la démocratie participative et délibérative ? »

        « La perte de crédibilité des acteurs politiques classiques fabrique du populisme, et de l’extrémisme. Elle pourrait aussi favoriser l’autoritarisme. Elle ouvre la voie au « complotisme » et à la paranoïa. »

        « La forme « parti » n’est pas condamnée, certes. Mais la crise se transformera en déclin si cette forme n’est pas renouvelée en profondeur. Il faudrait alors que la présidentialisation du système soit abandonnée, que les règles qui autorisent l’ouverture des partis à de nouvelles figures soient modifiées (cumul des mandats, droit de vote aux immigrés, etc.), et que les conditions du débat citoyen soient grandement améliorées. »

        http://theconversation.com/les-partis-de-la-crise-au-declin-56640

      2. Mouais ..

        Ce qui selon moi est aussi une cause du déclin relatif d’un système des partis dans leurs pratiques actuelles , c’est , comme pour l’ensemble de la société , le nouveau culte à rendre à l’idole « instant présent » et « solutions immédiates » .

        C’est en grande partie cette interdiction qui nous est faite de « prendre le temps  » de réfléchir aux temps passés et à venir , la prime donnée à l’instantanéité , l’impossibilité de prendre « le temps du doute et de la mesure », qui ruinent toute vie intellectuelle , psychique et morale .

        Pour les partis , ça se traduit d’ailleurs par une sous-traitance externalisée de la réflexion , via des thinck tancks , qui ne sont plus l’âme d’une réflexion idéologique en propre ( dans un sens positif de l’idéologie) donnant l’identité , la raison d’être du parti .

        Ce ne sont que des prestataires de service , responsables devant personne , qui dans le pire des cas deviennent des supports de propagande ou de faire valoir des partis qui les font vivre , et qui vont y picorer l’idée médiatique de « circonstance ».

  7. Corneille était-t-il un « marchand de doute » ?

    « Ote moi d’un doute
    connais tu bien Don Diègue ? »

    On relèvera que l’expression ( libre ) « Ote moi d’un doute « , prise au pied et même à la tête de la lettre , signifie plutôt :

    « éloigne moi du doute qui est en moi » ,

    alors que les puristes préfèrent parfois  » Ote moi un doute » , pour signifier  » extirpe le doute qui est en moi » .

    Cette leçon vaut bien un fromage , sans doute ?

  8. Le doute scientifique cartésien , peut il nous faire douter de Dieu , alors qu’on prétend ( avec un point d’interrogation cependant ) que la science tendrait à faire Dieu des hommes ?

    Je connais la réponse d’Hubert Reeves , pas encore celle de Paul Jorion qui devrait s’y atteler tout à l’heure à l’UC de Lille .

  9. Compte SG/JK (màj 23-09) :
    1 000 000 dommages et intérêts – 300 000 bonus – 150 000 frais de licenciements = débiteur 550 000 euros.
    Il faut ABSOLUMENT lancer un crowdfunding pour renflouer le trader chéri de la gauche.

  10. « Ce qui selon moi est aussi une cause du déclin relatif d’un système des partis dans leurs pratiques actuelles , c’est , comme pour l’ensemble de la société , le nouveau culte à rendre à l’idole « instant présent » et « solutions immédiates »

    Mais c’est tout le contraire, les mouvements citoyens débattent à l’infini, ce qu’on peut également leur reprocher.
    Les individus savent très bien que ce temps long est nécessaire, vital et utile à l’échange et à la délibération. Encore faut-il qu’il y ait seulement l’amorce d’un vrai débat-dialogue citoyen.
    Il y a une demande forte pour plus de participation citoyenne démocratique, comme confirmée dans le rapport Bartolone. Certes. Pour quelle conclusion ? Nada, as usual. Circulez il n’y a rien à voir….. Et ben non, c’est marre, point barre .
    Aucune prise en compte concrète de cette demande forte n’a été faite dans ce sens.
    La complexité et les évolutions actuelles exigent parfois de savoir entendre, de s’ouvrir à la diversité et de faire bouger les lignes.
    Dont acte. Le système actuel, qui inclut les partis d’appareils et le mode de scrutin actuel, de par leurs fonctionnements, verrouille toutes possibilités de changements et d’ouvertures vers plus de démocratie participative.
    Les populations en seraient-elles seulement réduites à voter à chaque élection pour le « moins pire » des candidats ?
    Dans ce cas, ce n’est plus de la démocratie, mais plutôt une consternante caricature. Ce dont plus personne ne veut.

    Cela dit, oui, le débat ne doit pas être confisqué. Ni par des think-tanks, ni par des partis voire des appareils et ce quels qu’ils soient.

    1. On pourrait classer cette ambition dans le tiroir des débats à l’infini !

      Car les enjeux ( au moins celui de la survie de l’espèce!) sont déjà clarifiés ….mais ils ne sont pas encore une évidence pour une majorité ,sinon tous .

      Je penche pour croire que ça n’est que lorsque les enjeux s’imposeront d’eux même , que la « prise de conscience collective  » ( en retard sur l’événement ) décidera le « corps social » à (ré)agir .

      Si le niveau d’irréversibilité des dégâts à l’oeuvre n’est pas totalement létal , il y aura alors, peut être , encore place pour la poursuite du récit . Sinon rideau .

      Avec ou sans président .

      1. @Paul Jorion :

        Le petit bonhomme qui illustre la couverture de « Programme sans candidat » , il lève les bras ou il les agite ?

    2. « On pourrait classer cette ambition dans le tiroir des débats à
      l’infini ! »

      Bien au contraire. Mon propos fait référence à plus de démocratie participative, comme, par exemple, ce qui se met en place et existe déjà, de fait, avec le mouvement Diem25.
      Aucun « débat à l’infini » stérilisant. Etat des lieux, échanges et réflexions, construction.
      Concrètement, aller de l’avant et évoluer et acter un projet constructif et stimulant. Si nous voulons construire, il faudra désormais, compter avec les mouvements et les débats citoyens qui s’exprimeront de plus en plus et avec eux.
      Vous avez le droit de ne pas être intéressé et/ou de ne pas apprécier Diem25 et/ou le principe de la démocratie participative, entre autres….. J’ai le droit de ne pas être du tout en accord avec votre constat et vos conclusions catégoriques.

      Fratoianni est membre du Parlement italien et chef de file de la coalition de la Gauche italienne . Dans l’e-mail ci-dessous , qu’il a envoyé à notre Comité de Coordination , Nicola explique pourquoi il rejoint DiEM25 , et partage ses réflexions sur le défi de la construction d’une nouvelle gauche en Italie .
      https://diem25.org/nicola-fratoianni-rejoint-diem25/

      1. Voilà donc au moins une « coordination » qui complète la liste évoquée ailleurs .

        Mais j’ai le droit de dire que , lorsqu’on « rejoint » , on n’est déjà plus dans le débat ( qui à défaut d’être terminé , n’en est déjà plus dans « l’infini » ).

        Ce qui est plutôt encourageant .

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