AUX PETITS SOINS POUR LES BANQUES, par François Leclerc

Billet invité.

L’état des banques suscitant de vrais soucis, il s’impose dorénavant de le ménager, les banques centrales et les régulateurs étant appelés à y contribuer.

Selon des informations provenant de la banque HSBC, les nouvelles contraintes de renforcement des fonds propres des banques étudiées par le Comité de Bâle seraient mesurées, c’est à dire à la portée de la plupart des grands établissements financiers européens, comme si c’était calculé à cet effet. Elles correspondraient à une augmentation du risque des actifs inscrits à leurs bilans limitée à 10%, et aboutiraient à un accroissement des fonds propres inférieur à ce qui était craint. Ce qui permettrait aux banques d’accroître leurs dividendes et d’attirer les investisseurs à moindre coût. L’ère de la régulation touche à sa fin et les régulateurs sont priés d’en tenir compte.

Le rendement des banques occidentales déjà très diminué, la Fed n’envisage pas de suivre la politique de taux négatifs qui contribue à le détériorer davantage en Europe. Et la BoJ va instaurer au Japon un contrôle de la courbe des taux obligataires en modulant ses achats de titres, afin de la désaplanir et de compenser le maintien négatif de son propre taux de dépôt. Une gymnastique au résultat non garanti.

En dépit des effets négatifs de son taux proche de zéro, dont les établissements financiers ont pris l’habitude, la Fed continue de repousser à plus tard un changement de sa politique. Mais ceux-ci prennent le pas sur ses bienfaits pas trouvés, et le débat au sein de la Fed se poursuit. L’heure n’est plus aux certitudes, à une exception près : les banques centrales sont aux prises avec des impératifs contradictoires. Dans le cas de la Fed, cela l’a conduit à l’immobilisme depuis un an.

Une autre menace imprévue a surgi avec le Brexit, qui a conduit les banques américaines, qui planent au-dessus de la mêlée, à faire savoir à Theresa May qu’elles avaient besoin de temps pour s’adapter à la nouvelle situation, dans le cas où la City n’obtiendrait pas gain de cause et perdrait les avantages de son passeport (qui lui permet de commercialiser ses produits sur les marchés de l’Union européenne). Par s’adapter, il faut entendre délocaliser au sein de cette dernière ses filiales installées à Londres. Il était attendu une restructuration des grands centres financiers avec l’émergence d’un pôle asiatique, mais celle-ci risque de commencer en Europe et au détriment de la City.

Complication supplémentaire, les banques britanniques vont devoir procéder d’ici au 1er janvier 2019 à la séparation de leurs activités de dépôt et d’investissement. Ce calendrier se télescope avec celui du Brexit, dont les négociations pourront ne pas être achevées à cette échéance, créant un flou des plus complets. Il est par contre certain que les coûts occasionnés par ces restructurations ne pourront qu’augmenter et selon toute probabilité, susciter une demande d’allégements réglementaires en compensation…

Enfin, expression d’une routine accomplie, 45,3 milliards d’euros ont été jeudi alloués par la BCE à 249 banques européennes dans le cadre de son programme de prêts géants. Officiellement destiné à encourager le crédit, il leur permet de faire rouler les prêts du programme précédent et leur procure l’assistanat dont elles ne peuvent toujours pas se passer.

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