Le savoir, saison 2 : plus mité que mythique ? par Timiota

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Courtes réflexions autour d’un workshop interdisciplinaire sur l’ignorance au sein de l’action « NEEDS » du CNRS/ SHS tenu les 1 et 2 décembre 2016 et organisé par Harry Bernas(1), Thierry Ribault(2) et Kate Brown(3)

[(1)IN2P3 Orsay U Paris Sud, (2) Clerse Lille , (3) Baltimore UMBC]

  1. Généralités : 

Les intervenants sont à la fois d’horizon SHS et d’horizon scientifique.

Deux « fondateurs » du concept de  la « Post-normal science », Jerome (Jerry) Ravetz, et Silvio Funtowicz, (87 et 70 ans) sont présents. Ils sont une mémoire vivante des épisodes qui ont jalonné la technoscience et les questions de doute scientifique (Climat, Kyoto, agences sanitaires lors de la crise de la Vache Folle, etc.) .

L’autre point de référence est la théorie de Robert N. Proctor de l’a-gnotologie ( en anglais), dont l’idée de base est «  la production sociale – intentionnelle ou non —  de l’ignorance ». De cette école est peu ou prou issu le livre de référence « Les marchands de doute » de Naomi Oreskes et Erik Conway, bien qu’il n’en sera pas explicitement question dans le workshop, peut être parce qu’il n’offre pas une grande source de discussion en assignant la cause des déviances aux idéologies marquées des parties prenantes, des scientifiques brillant qui regrettaient la fin des grandes entreprises qu’avaient permis la Guerre Froide.

Le point de départ de NEEDs est grosso modo le moment Post-Fukushima.  Cécile Asanuma-Brice (qui a publié sur le blog ici) fait partie de NEEDs depuis environ 2012.

Les intervenants se répartissent en trois sous-groupes culturels :

  • Les scientifiques, comme Tim Mousseau, qui ont enquêté sur Tchernobyl et eu du mal à rapporter sur les effets en terme de mutations  qu’ils ont observés dans la nature, ou comme Jean-Marc Lévy-Leblond (physicien de l’Université de Nice) et Harry Bernas (organisateur), ou encore Michèle Leduc du Comité d’éthique du CNRS, physicienne renommée.
  • Des sociologues de plusieurs sortes, du plus anthropologue au plus « idéologue » en passant par des plus historien(ne)s, d’écoles US et françaises,
  • Des philosophes (le SHS du CNRS est présidée par Sandra Laugier, venue intervenir)

Certains ne cachent pas le côté « paranoïde » dans leur façon de percevoir ou de rendre compte des investigations qu’ils poursuivent, au vu des lourds antécédents.

Les discussions ne sont pas forcément enrichies par le concept d’ignorance mis en avant comme mot fédérateur (cf. les remarques de Paul Jorion dans son « temps qu’il fait »), et certains ont bien conscience des difficultés qu’entraine ce choix (p.ex. Scott Frickell).  Le concept d’incertitude est évidemment aussi présent, mais son rôle d’articulation n’a pas été autant souligné qu’il aurait pu l’être, le point délicat me semblant ici de définir son « grain » : à quel moment passe-t-on d’incertitudes maitrisables vers des incertitudes plus radicales, comment l’expérience des acteurs leur permet d’aborder cette question, etc.

Il m’a semblé qu’un certain nombre de tentatives d’avancer cherchaient à se baser sur une  cartographie de l’ignorance et de la connaissance sous forme de régions délimitables dans un ensemble (institutionnel, philosophique, historique), avec une analyse des « tuyaux à déboucher » pour que l’ignorance recule, ou qu’on détecte les constructions mal intentionnées de façon plus avertie.

D’autres tentatives, cherchant à voir la construction et l’usage que font les acteurs, étaient davantage proches de la question de la réciprocité. Question qui nous tarabuste souvent sur l’ABPJ, et qui semblait un peu plus secondaire que je le souhaitais à ce workshop. En effet, une connaissance n’est pas une donnée qui dort, c’est une connaissance dont on à l’usage, et cet usage fait forcément un début de réciprocité. Karl Polanyi n’est plus très loin.

Dans ce registre, j’ai particulièrement apprécié l’étude menée à Fos-sur-Mer, et qui va sortir sous peu en 2017, concernant la perception de la pollution par les habitants (menée par Barbara Allen de Virginia Tech (ici))et Y. Ferrier du centre Norbert Elias à Marseille), mettant en avant des pratiques qui comble les manques de la « science non faite » (undone science). L’étude a redonné aux victimes de la pollution que sont les habitants de Fos et St Louis, sur l’étang de Fos, la capacité de passer du statut de cobaye muet des pas moins de 37 études des décennies précédentes (la plupart non publiées) au statut d’acteurs d’un savoir d’ordre médico-social. Ce savoir se dégage enfin d’une étude qui n’est pas une étude de plus parce qu’elle a su garder le lien entre les habitants et les données. C’est à mon avis un exemple qu’il faudra faire connaitre urbi et orbi.

En procédant ainsi, on a notamment évité les lourds effets de cadrage (la lumière sous le réverbère) Ces effets avaient  permis assez systématiquement des récits et études très orientés sur les différents désastres techno-scientifiques de taille (le nucléaire, la pollution post Katrina, ou celle de Deep Horizon, etc.).

Le workshop se poursuivra sans doute sur des directions différentes, au gré des besoins des  différentes écoles sociologiques de délimiter leur domaine. Je persiste néanmoins à croire de façon assez générale qu’un savoir constamment mis en usage et rendu « résilient » par une multitude active, c’est un savoir qui me semble pouvoir définir un cadre où l’incertitude ne surgit que dans des proportions gérables, même si ces proportions ne sont pas quantifiables. J’ai déjà notamment vanté à ce sujet la différence de taille qui existe entre le fameux « retex » (retour d’expérience) dans le nucléaire civil et dans l’aéronautique.  Certes chaque technologie suit sa courbe d’apprentissage : raréfaction des accidents par TéraWattheure produit ici, par passager-km transporté là. Mais le défaut de « crash test » pour les réacteurs eux-mêmes entre ceux des années 1950 (<100 MW) et ceux bien plus gros d’après (> ~ 700 MW) fait qu’on a laissé de côté une partie du système, qui n’est plus questionable et sombre dans les mauvais côté de la technoscience (la saga de l’acier des cuves et des générateurs de vapeurs). Alors que dans l’aviation,  l’A380 est aussi « plantable » que l’A318, et on est arrivé à le qualifier au même niveau en continuité. Et cela est « ergodique », chaque jour, les pilotes voient les techniciens opérer la maintenance des réacteurs, peu d’endroits se présentent dans la chaine pour masquer les mauvaises pratiques. Les réactions lors du volcan islandais furent rapides et forte, et les techniciens contrôlèrent de suite les aubes des réacteurs (au « borescope », un endoscope sur mesure). On sait combien est plus difficile l’analyse de l’état nucléaire de masses compliquées lors des accidents majeurs !

Pour faire une analogie tirée par la mèche de SuperDupont, on a deux situations d’incertitude, et de risque et d’ignorance aussi donc, qui reflètent les risques qu’on a voulu séparer. L’analogie me semble potentiellement pertinente avec le traitement des établissements bancaires aux USA : On sait qu’ils ont été contraints par la loi Glass-Steagall de 1933 aux USA, (abrogée en 1999) de ne pas cumuler deux aspects des fonctions bancaires : d’un côté les banques pour l’investissement et la spéculation qui sont des lieux de concentration de richesses immenses et sont comme de gros réacteurs qui peuvent devenir toxiques autour d’eux jusqu’à assez loin. De l’autre des banques de dépôt, celles du quotidien, qui ne devaient gérer que l’épargne peu volatile et les comptes courants, le tout coupé de la spéculation :  les dérives des produits financiers leur étaient pour ainsi dire impossible.

La notion de « stakeholder » (partie prenante, que j’oppose ici à « shareholder », actionnaire) — appliquée pour faire se toucher d’une part toute l’industrie et d’autre part  tous ceux qui en subissent les externalités,–  permettrait-elle de conjurer les méfaits de l’incertitude sous ses multiples habits (risque, assurance, ignorance, démocratie …) ?

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96 réflexions sur « Le savoir, saison 2 : plus mité que mythique ? par Timiota »

  1. L’incertitude est un paramètre tout relatif. Par exemple : pas de listes d’opposants emprisonnés équivaut à une démocratie exemplaire. Certains en doutent, d’autres moins.

    1. En matière de castrisme appliqué, je suggérerais, par exception, de se plier au 11ème commandement et d’appliquer donc le principe de précaution, mon Commandant.

      1. Le XXe est cette fois bel et bien mort. Ah non, reste Elisabeth 2 et une poignée de soixante-huitards qui nous jouent les prolongations.

  2. On attend la suite ( et surtout les conclusions , s’il y en a eu) mais j’avoue que , à ce stade , j’ai surtout compris et commencé à digérer les termes de l’annonce de la rencontre , qui est donnée dans le lien CNRS .

    Me suis demandé si les organisateurs n’avaient pas préformaté la conclusion en choisissant le titre .

    1. Oui, ils doivent aussi une sorte de loyauté à leur domaine. Pour eux, la « sortie du cadre » a déjà eu lieu avec la « post-normal science ». On ne ressort pas tellement de dehors, mais on tourne autour de Jéricho dans l’espoir, sinon que les murailles tombent, du moins que les bruits et l’agitation de part et d’autre en révèlent la texture et les portes.

      1. Ah si, j’ai compris (? appris) kekchose : que l’anthropologue tout nu était antonymique de l’idéologue guillemété.

      2. Si , en plus , il faut que je comprenne Vigneron quand il guillemète l’idéologue et qu’il fout à poil l’anthropologue, ça m’épuise définitivement pour la journée !

        Déjà que j’ai calé devant  » Sciences sociales DU nucléaire »…

        Je me demande comment Timiota va se sortir de tout ça .

        Attendons la suite .

      3. Pour Vigneron , je pense avoir un début de décryptage si je me contente d’opposer plus simplement anthropologue et idéologue .

        Pour les curieux , c’est l’occasion de réviser la différence entre antinomie et antonymie . Les forts en grec sont hors jeu .

        Sur l’incertitude appliquée au domaine nucléaire, il me semblait que les cogitations évolutives sur les inégalités d’Heisenberg devraient suffisamment occuper les matheux du domaine , sans tenter la fusion pas très nucléaire avec les sciences sociales.

        En tous cas le socialisme authentique et même « la voie humaine » devraient encore pouvoir s’en dispenser .

      4. Ca plane pour moi, ça plane pour moi !
        Super Mario ou super intello… on doit pouvoir faire plus simple si on veut éviter l’effondrement !

  3. Un bel exemple de savoir non remis en question et aboutissant à un accident, nous est donné par le vol 501 d’Ariane 5.
    Afin d’économiser environ 122K€ sur un coût de lancement estimé entre 120 et 150M€ en 1996, on avait réimplanté, sans le tester, le logiciel de navigation d’Ariane IV sur le système de guidage inertiel d’Ariane V. L’incompatibilité entre le logiciel et la nouvelle fusée bien plus puissante, aboutira à des dépassements de capacité qui par effet cascade déclencheront l’autodestruction du lanceur. Un bug qui aurait facilement été détecté en laboratoire comme le prouva ensuite la commission d’enquête…

  4. Le sujet même d’une telle conférence est pour parler franchement quelque peu difficile à cerner. Les différents intervenants s’entendaient-ils ne serait-ce que pour savoir… quel était le sujet, au juste :- ) ?
    En un mot, et pour reprendre le mot attribué à Foch : « De quoi s’agit-il ? »
    Je crois que le sujet c’est essentiellement les limites à la connaissance, notamment les difficultés qu’éprouvent les sapiens agissant en grands groupes et sur des domaines qu’ils maîtrisent mal à comprendre ce qu’ils font au juste. Et quels risques au juste ils prennent, ou pas.
    Connaissant cette difficulté générale, un certain nombre de débats sont nécessaires, de préférence de vrais débats c’est-à-dire premièrement nourris par des faits et non des préjugés ni des réflexes irréfléchis, deuxièmement débouchant sur des décisions réellement appliquées. Nous en sommes hélas assez loin.
    Quelques réflexions sur les difficultés de tels débats :
    1) Devant un sujet dont les tenants et les aboutissants ne sont accessibles qu’aux seuls spécialistes, pire encore dont même les spécialistes ne maîtrisent pas tous les paramètres, l’humain moyen sera fortement tenté d’adopter des positions inspirées soit par le cerveau reptilien, soit par le béni-oui-ouisme. Bref, il sera tenté de renoncer à réfléchir et d’adopter une attitude-réflexe, du type « Le nucléaire c’est mal, arrière Satan radioactif ! » ou encore « J’ai confiance dans la science et le progrès, tout va bien se passer ». Or ni les attitudes religieuses – y compris si ce sont de parfaits athées qui les adoptent – ni la confiance aveugle n’ont leur place dans un débat raisonné
    2) Il est nécessaire – et parfois difficile – de garder à l’esprit que face à toute nouvelle technologie ou projet technoscientifique, si le choix de l’adopter comporte des risques, le choix de la refuser en comporte aussi. Estimer et les uns et les autres est nécessaire, avant de choisir.
    L’illusion comme quoi refuser une nouvelle technologie ne comporterait jamais de risque est assez répandue. Prenons des exemples : refuser le nucléaire implique le choix d’accepter de brûler davantage de fossiles ou d’accepter une décroissance économique par manque d’énergie c’est-à-dire pour parler crûment la récession permanente. Ou encore, refuser l’exploitation du gaz de schiste implique qu’on devra soit se débrouiller sans l’énergie qu’on aurait pu ainsi extraire (risque de récession), soit s’en remettre à d’autres énergies qui ont leurs propres risques.
    Evaluer et les risques du Oui et les risques du Non ne signifie naturellement pas qu’on choisira forcément le Oui ! Cela signifie en revanche qu’on prendra une décision mieux informée, ce qui est toujours souhaitable
    3) S’agissant des règles à adopter pour appliquer les décisions résultant des vrais débats qui sont si souhaitables – mais n’existent pas encore – à mon avis ces règles ne peuvent être que du type « bête et méchant ». Je veux dire des règles simples, donc compréhensibles par tout un chacun, donc plus simples à appliquer, y compris si elles ont l’inconvénient d’être trop rigides.
    Il faut être clair : la profusion des normes, règlements, législations, etc. est un fléau qui d’une part éloigne le peuple c’est-à-dire les principaux concernés de la décision, d’autre part installe à sa place des experts qui au mieux formeront des comités Théodule, au pire seront corrompus par des intérêts privés, enfin prive à terme de toute légitimité les décisions aux yeux d’une partie croissante de la population.
    Une règle ne peut être démocratique que si elle est simple, condition certes non suffisante mais absolument nécessaire. « Nul n’est censé ignorer la loi » dit l’adage… oui, et alors pourquoi faut-il cinq ans d’étude pour être avocat ?
    Exemples de telles règles : la séparation totale des banques de dépôt et des banques d’investissement, l’interdiction de tout pari sur la valeur future d’un actif, l’interdiction de tout OGM, la garantie minimale de dix ans de tout appareil électroménager par son fabricant, etc.

    1. J’ai imaginé ou cru un instant que le sujet pouvait être le principe de précaution ( évoqué récemment lors des rencontres capitales), mais il est clairement dit dans l’exposé du lien CNRS qu’il s’agit de sortir des approches  » acceptabilité sociale » , »risques » ou « résilience ».

      Bref , on ne sait pas trop bien ce qu’on cherche , ce qui est finalement plutôt rassurant .

    2. « refuser le nucléaire implique (…) la récession permanente… »

      Vous ignorez (!) qu’il serait aussi possible de sortir du cadre capitaliste, de la propriété privée, … ce qui offrirait de toutes autres perspectives.

      1. Oui et il ignore aussi que le Bon Dieu pourrait bien exister, voire décider de nous faire la démonstration de sa prétendue toute-puissance et nous chauffer à l’œil.

      2. Lesquelles perspectives ont été testées à plusieurs reprises avec les résultats que l’on sait. D’ailleurs si ça vous plait tant que ça, pourquoi ne pas tenter la Corée du Nord ?

      3. Waw ! Pas mal le raccourci !

        Vous ne voulez pas du capitalisme ? Il ne vous reste donc que la Corée du Nord !

        Je persiste et signe : waw !

      4. « Lesquelles perspectives ont été testées… »

        —————————

        Certainement pas toutes!
        Car entre la Corée du nord, Cuba, l’Équateur, le Chili d’Allende, le Venezuela de Chavez, et le capitalisme ravageur et mortifère des USA, il existe une infinité de variantes auxquelles nous devrons – nécessairement – nous intéresser. Comment se fait il que vous l’ignorez ?

      5. @Hippolyte Bidochon

        Vous écrivez « Vous ignorez (!) qu’il serait aussi possible de sortir du cadre capitaliste, de la propriété privée, … ce qui offrirait de toutes autres perspectives. »

        Rien à voir avec l’énergie. De quelque manière qu’un pays soit organisé, quel que soit son système économique, les produits et les services nécessitent une certaine quantité d’énergie pour être produits ou rendus. Cette énergie peut être tirée de plusieurs sources, dont chacune présente des risques.

        Passer en système socialiste, communiste ou autre-chosiste ne changerait pas grand chose à la question de l’énergie.

      6. @ Jacquot

        « De quelque manière qu’un pays soit organisé, quel que soit son système économique, les produits et les services nécessitent une certaine quantité d’énergie pour être produits ou rendus.  »
        ———————–

        Pas du tout ! A services rendus identiques, on peut imaginer consommer infiniment moins.
        Car le capitalisme est un système on ne peut plus gaspilleur, son UNIQUE objet étant de maximiser le profit, pas d’économiser… bien au contraire.

        Conséquence: un monumental gaspillage d’énergie et de matières premières.

        Il nous faudrait produire durable, réparable, recyclable, et éliminer tout ce qui pousse à la consommation…
        Soit l’exact contraire de ce que le capitalisme promeut.
        Donc, si l’on accepte de remettre en question ce Système, les marges de progrès sont énormes.

        La propagande capitaliste est allée jusqu’à faire ignorer ça, alors qu’il y va de notre survie.

    3. Au fait c’était quoi la grosse affaire derrière l’initiative du Glass Steagall Act ? Ben d’interdire du même coup aux banques de vendre à leurs déposants des obligations d’entreprises elles-mêmes surendettées, voire en défaut de paiement, auprès de ces mêmes banques.

    1. Je voulais juste dire que le savoir doit affecter, alors qu’il se range lui même dans une culture toute relative, donc à prendre avec pincettes.
      L’ignorance elle se dégomme !

  5. une cartographie de l’ignorance

    La capacité de ce collectif à délimiter l’ignorance achoppe sur l’ignorance dont on est ignorant.

    Celle que l’on connaît et celle que l’on ne connait pas constituent peut-être « le grand hasard » dont un certain philosophe a dénoncé le fléau, causant la dégénérescence et l’égarement des hommes.

    Mais je coupe certainement les cheveux en quatre, ignorante que je suis !

    Tout ce que je souhaite à ces éminentes personnes 🙂 :

    « Que votre esprit et votre vertu servent le sens de la Terre mes frères et que vous établissiez pour toute chose une valeur nouvelle. C’est pourquoi vous devez être des combattants, c’est pourquoi vous devez être des créateurs. Par le savoir le corps se purifie.(…) Il vient de l’avenir des souffles de vent aux secrets battements d’ailes. Et pour qui a l’ouïe fine, il y a de bonnes nouvelles. »

  6. Pour ceux qui trouvent cela un peu éthéré, je pense que le graphe paradigmatique de la « science post-normale »
    https://en.wikipedia.org/wiki/Post-normal_science#/media/File:Post-normal_Science_diagram.png
    situe quelque chose que tous les praticiens du savoir ressentent : la couche de gens qui « prennent en charge le discours » (les consultants), puis celle qui le gère politiquement. La question étant l’intrusion de l’ignorance, ou les pathologies de la connaissance, pendant ce processus.
    Je laisse le soin à Paul de présenter un peu plus en détail ce qu’il a avancé dans le domaine : que l’orthodoxie ou l’hétérodoxie sont l’objet des soins des puissants suivant ce qui les arrange, mais qu’on ne peut choisir à l’avance qui est qui.

    1. Ça donne un peu plus de pistes pour s’accrocher.

      Au passage les praticiens du savoir ,et qui veulent le faire savoir , seraient bien inspirés de s’adresser à la foule ébahie, dans la langue qui est la sienne ( le français pour nous , même si je sais que Vigneron ,en bon bordelais , dort avec Shakespeare sous son oreiller )

      Le diagramme ( un peu benêt) semble ne « diffuser » que dans un sens , et tenir pour acquis que le savoir à diffuser est « certain » ou presque .
      Il est au partage du savoir ce que l’aristocratie est à la démocratie participative .
      Si c’est bien ainsi qu’il faut lire , on peut douter que ce « nouveau paradigme » mette toutes les chances de son côté pour réduire l’ignorance ( et les erreurs ) .

      1. Tiens, pour toi Juan, pas tout neuf mais dans le sujet, du bon Bruno Latour en repentance, mais en Angueuliche uniquement.
        http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/89-CRITICAL-INQUIRY-GB.pdf
        Premières phrases :

        Wars. So many wars. Wars outside and wars inside. Cultural wars, science wars, and wars against terrorism. Wars against poverty and wars against the poor. Wars against ignorance and wars out of ignorance. My question is simple: Should we be at war, too, we, the scholars, the intellectuals? Is it really our duty to add fresh ruins to fields of ruins? Is it really the task of the humanities to add deconstruction to destruction? More iconoclasm to iconoclasm? What has become of the critical spirit? Has it run out of steam ?

    2. En de nombreux domaines, les « grands » de ce monde prennent quelques libertés avec le vrai, notamment ce qui n’est pas démontré, voire même quand le contraire est démontré. Le savoir énoncé comme vrai, est-il alors de l’ignorance ou bien de la malhonnêteté issue du conditionnement des passions, … ?
      Cette réunion a-t-elle évoqué les notions de vérité et de réel quand il s’agit de lever l’ignorance du fond du puits ?

      Bon, à part ça, nombreux ici sont les termes que je ne comprends pas. Faudrait un lexique.

      Bon courage pour l’analyse des zones d’incertitudes.

      1. Jean-François
        Le souffle, ou respiration, permet à la pensée dualiste de nos contrées de passer au ternaire, reliant les deux extrêmes de la dualité… Petit signe pour Cohen et son goût prononcé pour la pensée d’extrême orient. Les couples d’opposés complémentaires ne sont donc pas des additions mais génèrent un troisième terme implicite qu’est la relation organique. L’homme. Le Milieu, qui ne représente pas seulement une centralité spatiale mais aussi une vertu dynamique et agissante. C’est la voie juste, le lieu adéquat, le moment propice, et, le mouvement de la flèche dans le mille. Comble du paradoxe, les penseurs chinois ont tout au contraire décrit le Milieu comme « l’extrémité de la poutre faîtière ». Il est un pôle d’attraction, une tension indispensable, faute de quoi, cette exigence constante maintenue au gré des mutations, l’ordre de la vie ne saurait se créer ni perdurer.
        Là où les forces vitales se créent et se régénèrent en vue d’une mutation harmonieuse et durable.
        Ceci écrit à partir des travaux d’Anne Cheng bien entendu !

    3. @Timiota
      Ces cercles concentriques sont la solution de la science post-normale : Ils montrent à la fin que tout individu dans un poste télévision posant fièrement devant une courbe de forme exponentielle ou à la limite Gaussienne (*), habillé à quatre épingles ou mieux en blouse blanche dira la vérité. Parce que l’approximation en forme de powerpoint habillera tous ses consultants sous-traitant de « la Thèse », jusqu’au communiquant qui ne fait plus de science. Il dit la vérité parce qu’il y’a des courbes derrière-lui.

      (*) : Toute autre fonction qu’exponentielle ou gaussienne est prohibée car hors cadre cataclysmique, et donc n’entre pas en jeu dans la science post-normale, qui n’est qu’une divination par ordinateur dans sa production statistique et toujours conjuguée au conditionnel.

    4. De mon point de vue c’est de moins en moins clair. L’article semblait vouloir confronter la science à sa propre ignorance (question 1). L’exemple de Fos en parlait et me parlait — qui relève la valeur du vécu/constat citoyen, face à une certaine surdité ou un aveuglément du scientifique (question 2). Mais le jargon de l’article était un repoussoir. Ici, dans ce schéma effectivement benêt, on semble parler de décision politique — et même pas en situation d’ignorance (principe de précaution) (question 3). Il y a-t-il quelque chose à apprendre, à transmettre ?

      1. La façon qu’a chaque couche du schéma de faire appel aux autres est une « construction sociale », elle procéde d’une certaine façon, et implique de considérer ou de laisser de côté des acteurs et des savoirs dont ils sont dépositaires ou qui seraient en résonance dans leur vécu. Schéma benêt pour articuler ensuite les problématiques pas simples.

    5. Ok Timiota. Voici mes notes, brutes de décoffrage :

      Uncertainty, risk, decision-making and whatever is left of democracy

      The world we live in

      Martin Gilens (Princeton) and Benjamin I. Page (NorthWestern), « Testing theories of American Politics: Elites, Interest Groups, and Average Citizens », Perspectives on Politics, September 2014, Vol. 12 N°3

      1779 policy issues. Ever discussed and dismissed? Who are they?

      Stefania Vitali, James B. Glattfelder, et Stefano Battiston, « The network of global corporate control », arXiv:1107.5728v1 [q-fin.GN] 28 Jul 2011

      737 = 80%, 147 core = 40% (of which ¾ are financial institutions) and an even smaller number of people.

      Battiston confirms through network analysis a famous « conspiracy theory ». The fact is however that there is no conspiracy: it all happens in full daylight, it’s just that we don’t have access to the information. Weighted directed graphs = weighted networks.

      Accounting IASB. Headquarters in Delaware, members, Big 4 audit firms, transnational firms. Wages are costs to the firm, dividends and management’s bonuses are shares of profit.

      A brief history of economics

      Political economy. Ricardo’s theory of value.

      The consumer replaces the class. Allocates scarce resources according to utility-based choices.
      The class = resentment for not understanding the social division of labour.

      Methodological individualism = there is nothing like emergent collective effects. There is no need for macroeconomics

      Rational expectations = the future can be fully known

      Price is a signal in a discovery process. No power balance. Speculation does not exist. No economic agent has ever had a strategy, they all collaborate in the price discovery process.

      The Prize of the bank of Sweden in the memory of Alfred Nobel.
      Jean Tirole and a new section for the study of the economy

      Claiming to be a victim of agnotology as tactics in a propaganda war: Cahuc & Zylberberg’s Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser (2016).

      Naomi Oreskes et Erik M. Conway, Merchants of Doubt (Bloomsbury Press 2010)

      How can Cahuc and Zylberberg, representatives of economics’ hegemonic mainstream, paradoxically claim to belong to a fierce minority of freedom fighters persecuted by « merchants of doubt »?

      Newspeak

      « Newspeak is the fictional language in the novel 1984, written by George Orwell. It is a controlled language created by the totalitarian state Oceania as a tool to limit freedom of thought, and concepts that pose a threat to the regime such as freedom, self-expression, individuality, and peace. Any form thought alternative to the party’s construct is classified as « thoughtcrime ». » 

      Scientific fields self-organise into an orthodoxy versus heterodoxies. The orthodoxy attempts to perpetuate its dominance through institutionalisation (departments, journals, grants, awards). Orthodoxies proclaim there is « a single correct scientific view », heterodoxies promote the benefits » of a « plurality of views ».

      Depending on where lie their self-interest powers of money support financially either a field’s orthodoxy (e.g. current economics) or some heterodox school (e.g. climatology). Hence according to individual case, the powers of money will praise the virtues of the « single correct scientific view » approach (current economics), or of the « plurality of views » (climatology).

      There is no « deliberately spread ignorance », there are views that please business and views that displease it. As far as true knowledge is concerned, they can’t care less, The principle they adhere to is not truth, it’s profit.

      Not invented here

      « Not invented here (NIH) is a stance adopted by social, corporate, or institutional cultures that avoid using or buying already existing products, research, standards, or knowledge because of their external origins and costs.

      The reasons for not wanting to use the work of others are varied, but some can include fear of patent infringement, lack of understanding of the foreign work, an unwillingness to acknowledge or value the work of others, jealousy, or forming part of a wider turf war. As a social phenomenon, this philosophy manifests as an unwillingness to adopt an idea or product because it originates from another culture, a form of tribalism. »

      One field ignores entirely that some essential answer to the questions it tries to answer is available in another field. The state of the art « bi-mnesic » model in cognitive psychology is Aristotle’s model of the soul.

  7. Les obstacles au progrès dans les siècles passés me paraissent en effet révélateurs des erreurs que nous pouvons commettre aujourd’hui. Il ne s’agit pas toujours d’erreurs d’ailleurs, quoi que…

    Les grecs ont inventé des boules tournoyantes chauffées au feu qui ressemblaient furieusement à une machine à vapeur mais n’ont pas pensé qu’il pouvait être utile (ou opportun) de remplacer le travail servile par des machines.

    Un ingénieur romain a inventé un modèle de grue automatique et a été exécuté par l’empereur, son crime étant de provoquer le chômage des esclaves (encore un…)

    Le feu grégeois a été inventé puis oublié (invention malfaisante…). Aurait il pu sauver l’empire byzantin si on avait gardé la recette…? La question reste ouverte.

    L’imprimerie n’a connu le développement que l’on sait que parce que le contexte était favorable. Sinon un enterrement était possible….

    Tout cela donne évidement à penser….

    Toutes les inventions sont elles utiles (évidemment non, mais comment le savoir?)

    Comment faisons nous le tri entre ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas?

    Qu’est ce qu’une théorie valide?

    Tous sujets passionnants dont la réponse n’est certes pas immédiate…

  8. Rassuré de ne pas être le seul à me sentir comme un gorille dans la brume ,à parcourir ce texte truffé de chausse-trapes;acronymes,néologismes,anglicismes …
    Comme dans le début de 2001 l’ odyssée de l’espace,j’attends le monolithe.

    1. Bonjour Piotr
      Je lisse un peu mon avis et me conforme au type de langage en vigueur dans cette communauté car j’ai eu accès à une participation non publique, alors que je n’ai pas de production scientifique officielle dans le domaine, je ne peux donc pas étaler de critique, pa principe pais aussi parce que je ne serais pas sûr qu’elle ait assez de recul. Je me contente donc seulement de sensibiliser à quelques tenants et aboutissants.

      1. Je crois que vous avez parfaitement résumé la nature du débat et ce qui explique que ce n’est pas un pour la majorité de non-lecteur qui cherche des « faits », c’est à dire des « paramètres » ( du dur, hardware) et surtout pas de « concepts », des idées, (des fonctions, des programmes et leur mode d’emploi).
        L’anthropologue est un individu curieux, le chercheur aussi: il veut comprendre et analyser comme ça marche et même comment ça ne marche pas: il prend du recul ! Mais ce n’est pas facile de prendre du recul surtout par rapport à une situation que l’on ne « voit » pas, que la plupart ne sente même pas. Les candidats « anti-système » s’en remettent au système des partis avec ses mensonges et ses tricheries institutionnalisés pour prétendre innover: cherchez l’erreur ? L’innovation ne serait acceptable que pour renforcer leur pouvoir, leur statut et leur ignorance. L’agnotologie est une forme actualisée de la propagande la plus perverse, de la désinformation destructrice de civilisation de Lumières, y tutti quanti. Et la paresse humaine fait le reste et c’est effectivement très grave. https://theconversation.com/comment-la-gauche-liberale-a-invente-la-post-verite………..

  9. Otez-moi d’un doute svp, mais c’est bien de ce colloque qu’il s’agit ? Et alors le thème de l’entretien de l’ignorance est bien plus vaste et toxique à la fois ? Car la base de l’agnotologie est bien le choix dictature plus ou moins soft – selon les thèmes abordés ?

    Discussion Meeting: Ignorance, Science and Democracy – Aleksandar Rankovic Du 1 décembre 2016 au 2 décembre 2016, Paris École Normale Supérieure (ENS), 24 rue Lhomond, 75005 Paris – http://www.iddri.org/Evenements/Interventions/Discussion-Meeting-Ignorance,Science-and-Democracy

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/06/03/l-ignorance-des-recettes-pour-la-produire-l-entretenir-la-diffuser_1531488_3244.html

    1. Oui, c’est celui-là, j’avoue ne pas avoir recherché à outrance un lien présentable. Pour ce que j’en ai échangé avec Paul, j’ai l’impression que le spectre du « complotisme avec circonstance attenuante » plane sur une partie substantielle des acteurs du domaine, et dans une certaine mesure, on élude ainsi l’aspect systémique. Paul a souligné dans son intervention ce que je ressent comme un « structuralisme » du savoir : tout champ du savoir possède son orthodoxie et son hétérodoxie. Celle qui l’emporte dans les décisions est celle qui se « colinéarise » le mieux avec les intérêts visés par le savoir en question. Dit comme ça, ça tombe sous le sens, mais quand on entend les discussions dans le workshop, on est plus souvent dans la difficulté de définir les frontières savoirs/ignorance/incertitude dans un espace social/philosophique flou pour moi (avec à ses bornes les grands mots telle que « technoscience »), que dans des tentatives d’analyser cette « colinéarisation ».

      1. C’est quoi les « intérêts colinéarisés » avec la décision de l’orthodoxie européenne bannissant presque entièrement les cultures et recherches liées aux OGM ?

      2. @Vigneron :

        Ce sont au moins les intérêts de ceux qui prennent la décision , qui cette fois ci ne sont pas les seuls intérêts de Bayer ou le suivisme d’une conception simpliste de l’économie .

        Vive la colinéarité quand elle se met dans les pas de la balance démocratique , de raison sinon de cœur .

      3. Non Juan, colinéarité, entre autres, des intérêts politiciens nationaux et européens, des intérêts économiques de l’agriculture/de l’industrie/du commerce bio et des semenciers français désormais largués, voire de l’agrochimie allemande, des intérêts syndicaux de syndicats agricoles marginaux ou d’un corporatisme défensif à courte vue, des intérêts idéologiques et politiques des ONG « expertes transnationales » type Greenpeace ou WWF, des intérêts existentiels de professionnels de l’ignorance OGM (<em<Outrageusement Généralisée dans le Monde) type la Vandana ou le Séralini, etc.
        Bref, sur les branches issues de la mauvaise graine de haricot magique semée par les verts à Strasbourg et Bruxelles, y’en a du monde. Une de ces branches accueille Canfin et pousse jusqu’en Afrique et plus loin encore ou il a, en tant que ministre chargé du développement, interdit que l’AFD participe à tout projet incluant de la culture d’OGM. C’est beau l’éthique de conviction, pas vrai ? Il a pas quitté sa branche de haricot magique en quittant le gouvernement, rêve pas, directeur de WWF France qu’il est.

      4. Heureusement , on a Vigneron pour démêler les vrilles de haricots, mais les colinéaires s’en foutent .

        Seule la victoire est belle .

  10. Ignorance, science et démocratie: un seul exemple, l’URSS a ignoré le bon sens de l’agriculteur; tout était programmé mais malheureusement, on n’écoutait plus les gens …on connait la suite, n’est-on pas en train de nous resservir les plats, à la sauce « mac do »?

  11. Avant de parler de technosciences, il me semble qu’il existe des connaissances, des savoirs perdus qu’il serait essentiel de se réapproprier, avant qu’il ne soit trop tard. Je veux parler de la science des sols. Je suis toujours éberluée, lorsque je vois avec quel aplomb les multinationales nous font avaler des couleuvres et avec quel délices nous nous en repaissons. On nous a fait le coût du cholestérol, depuis 50 ans on nous fait le coût des engrais… Selon les marchands d’engrais, s’il n’y avait plus d’engrais nous mourrions tous de faim. Connerie ! La plante ne se nourrit pas par le sol mais dans l’air, elle prélève 94 % de sa matière sèche dans l’air grâce à la photosynthèse, elle va prendre l’énergie du soleil et transformer le gaz carbonique en sucre. (On apprend ça en cinquième !) Mais Monsento, est passé par là. Quels sont les gestes qui a terme peuvent détruire un sol ?
    • On met des engrais
    • On crée de l’irrigation
    • On laboure profondément. Vous allez ainsi minéraliser les matières organiques en favorisant les bactéries, plutôt que les champignons. Donc vous perdez de la matière organique et ce faisant vous perdez aussi la faune qui se nourrit de cette matière organique. Et lorsque vous perdez les vers de terre vous entrez dans une nouvelle dégradation, la dégradation chimique. Comme la faune ne remonte plus les éléments, ils vont redescendre avec les eaux de pluie, c’est ce que l’on appelle la lixiviation, les nitrates, les phosphates vont ainsi gagner les rivières et les nappes phréatiques et les paysans vont être accusés d’être des pollueurs. Pourtant, ils avaient mis au point des techniques pour éviter de polluer mais on les a amenés dans des itinéraires techniques qui aboutissent à des pollutions. 95 % de nos nappes phréatiques sont contaminées parce ce qu’on a violé les lois du sol.
    La France a laissé l’agriculture aux multinationales, résultat les lycées agricoles (qui sont sous l’autorité du ministère de la culture et pas de l’éducation nationale) n’enseignent plus aux agriculteurs à observer ni à réfléchir, on leur propose des solutions toutes faites. Le problème, c’est que ces recettes, fautes de matières organiques dans les sols ne fonctionnent plus. Exemple avec l’Italie, où il n’y a pas que Renzi et les banques qui vont mal : le sol ne se porte pas très bien non plus… C’est pays qui connaît le plus gros taux d’érosion d’Europe avec une perte de 2,46 tonnes de sols par hectare. Partout dans le monde les sols ont été pollués de la même façon. Pour moi, le seul moyen de faire marche arrière, c’est de réapprendre les lois du sol qui ont été oubliées.

    1. Il a fallu attendre les années 70 du siècle dernier pour que les paysans français arrivent à offrir l’autosuffisance alimentaire au pays et, pire, la fin des années 50 pour celle sur les seules céréales. Manifestement, la main d’œuvre gratuite, le fumier, l’air pur et l’eau fraiche suffisaient pas.

      1. Au 19ème siècle grâce à une observation très fine de la nature et des tonnes de légumes étaient produites sur de petites surfaces qui n’était chacune pas plus grande qu’un terrain de foot. Des maraichers pouvaient produire jusqu’à huit récoltes en une seule année… Ces performances agricoles ne sont le fruit ni d’engrais chimiques, ni de modifications génétiques, ni même de connaissances scientifiques de pointe. ces centaines de jardiniers-maraîchers parisiens assuraient alors l’autosuffisance de la capitale en légumes. Renseignez-vous.

      2. C’est faux.
        Le pays a été autosuffisant presque tout le temps de son histoire, hors mis guerres, épidémies, aléas climatiques.
        C’est la richesse de la Gaule antique qui a tant intéressé Jules.
        Les années 50 ont rétabli l’autosuffisance et la sécurité alimentaire perdues du fait des guerres et notamment du massacre de la paysannerie française durant la guerre 14-18.

      3. On se nourrit pas de légumes mais de céréales.
        Riche oui, potentiellement, autosuffisant non, sans stocks pas d’autosuffisance possible, à dix quintaux/ha pas de stocks (10 à 15 q/ha en céréales jusqu’aux années 50 globalement).

    2. Euh, oui mais l’azote, l’azote vous dis-je.
      (sur le ton de Molière…).
      Ne sommes nous pas fait à 50-60% d’azote de synthèse passé se faire synthétiser chez Haber-Bosch en ammoniac ? Certes il y a des légumineuses cultivées qui s’associent à des mycorrhize pour bien fixer l’azote, certes, la fumure quand il y en a fait aussi le boulot, mais c’est limité, tout ça. Je ne dis pas que c’était la seule voie, je dis qu’il faudrait ne pas dire aisément qu’on peut s’en passer sans énorme changement.

  12. Merci pour les discours de cette dame que je n’écoute pas d’habitude mais que quelqu’un ici nous a déjà relayé par le passé: le contraire de Miss Thatcher !
    La novlangue – post scientifique ou post- truth – « is fraud, just fraud ». Je suis moi aussi « outraged » !
    L’année 2017 s’annonce post-post mais pour aller où ? En novlangue, il est bien connu que « Arbeit macht frei », l’agnotologie et la post-science ne disent pas autre chose mais ce sera épuisant à faire accepter chez les trumpistes.

    Si cette référence vous a échappé,Vigneron, bonne lecture : http://psych.colorado.edu/~vanboven/teaching/p7536_heurbias/p7536_readings/kruger_dunning.pdf

      1. Ça me rappelle aussi :

         » Quand on est con , reconnaître qu’on est con , c’est déjà l’être un peu moins , mais ça ne résout pas complètement le problème » .

        Mais c’est un commentaire un peu con .

      2. Ça veut surtout dire que la connerie restera une ressource d’aventures aussi précieuse qu’inépuisable de l’humanité.

  13. Envisage-t-on que la crise de surproduction systémique de notre civilisation puisse également s’appliquer aux savoirs, et qu’ainsi l’ignorance n’apparaisse pas nécessairement par pénurie de connaissances mais bien éventuellement au contraire par leur excédent?

    Peut-on imaginer qu’au delà d’un certain degré de complexité (très rapidement atteint) la profusion d’informations oblige l’observateur à effectuer des choix plus ou moins arbitraires entre celles dont il va tenir compte et celles qu’il va ignorer?

    Doit-on par ailleurs rappeler que le savoir critique est structurellement confisqué par l’enseignement supérieur auquel n’a pas accès plus de la moitié de la population en france?

    Cette majorité maintenue par construction dans l’ignorance doit-elle s’en remettre corps et âme à la parole des « experts » qui, plus ils ont de la démocratie plein la bouche, plus ils fabriquent – à leur corps défendant ou non – une n-ième aristocratie pour leur propre compte?

    1. Oui oui, c’est ce qu’a souligné Mathais Gross (de Leipzig) dès le début. On trace en fonction du temps deux courbes exponentielles croissantes mais proportionnelle (disons dans un facteur 2 pour simplifier), l’une représente les « Questions » QQ=B* exp(t/tau), l’autre les réponses qu’on en a obtenu « Answers » qui se trouvent être la moitié (AA=(B/2) exp(t/tau). Et l’ignorance croit car c’est le fossé entre les deux : AA-QQ= I I = (B/2) exp(t/tau) !

      1. C’est aussi un thème connu d’Etienne Klein: à chaque pas de connaissance on se retrouve sur un nouveau palier d’ignorance. Le néolibéral préfère forcément propagande et désinformation: car c’est bien de cela qu’il s’agit ?

      2. Waou, Timiota!
        Magnifique démonstration qui illustre bien le grave penchant scientiste de nos élites dite scientifiques, toutes occupées à faire entrer au forceps l’humain dans des équations, espérant approcher vérité ou immortalité!
        Pauvres « savants » déprimés de (Leipzig, ou d’ailleurs), qui prophétisent la victoire de l’ignorance sur le savoir en s’appuyant sur le nombre de réponses (« Answer » fait nettement plus sérieux!) obtenues au cours d’un vague questionnement…
        J’imagine que le protocole de ce quiz est scientifiquement établi!
        Ridiculement QQ, si ce n’est consternant !
        Mais bien suffisant pour causer des effets  » Trump »!
        Eric.

      3. Si l’idéologie néolibérale était seule à « préférer propagande et désinformation », comme les choses seraient simples…

    2. Tout à fait d’accord avec la dissonance induite par l’excès d’informations et même de connaissances. Tout à fait d’accord avec le fait que tous n’y portent pas le même intérêt, ni la même nécessité – il faut s’y être frotté pour en apprécier la puissance destructrice ou suicidaire.
      Homo peu sapiens s’est retrouvé le cul par terre pendant des siècles sans évoquer quelque loi de Newton. On peut vivre sans elle. Je fais passer ces messages en toute ignorance des algorithmes qui le meuvent.
      Pas d’accord cependant que l’ignorance devienne le refuge, le nouveau paradis à peine fiscal. Notre époque semble organisée efficacement l’irresponsabilité comme un cul de sac ou un dérive de fuite dans toutes les strates du mille-feuille, y compris celles des politiques et des soi-disant experts. Certes, chaque strate use de son vocabulaire mais surtout d’un entre-soi qui renforce la cage de verre et la sécurité de carrière. Et ce, sans faire allusion au moindre complot, comme par une pente naturelle qu’il suffit d’entretenir. cf. Ce cauchemar qui n’en finit pas. (Dardot et Laval)

      1. Homo peu sapiens s’est retrouvé le cul par terre pendant des siècles sans évoquer quelque loi de Newton. On peut vivre sans elle.

        Ou se contenter des questions/réponses d’Aristote pendant deux millénaires.

      2. Super, le bouquin de Dardot et Laval. « Commun », j’en suis aux propositions.
        A quelle conditions les gens vivent-ils leur vie comme une « praxis », car sinon, le pont vers le « commun » et tout ce qu’il y a de convaincant dans la façon dont ils en parle deviendrait un pont très étroit.

  14. Agnotologie ? Je suis agnostique et pratique depuis fort longtemps cette discipline. Pourquoi donc la connaissance pertinente est-elle floutée par la pullulation des démentis. Il doit y avoir une question d’argent ou de pouvoir derrière tout ça. Je vais ouvrir l’œil.
    C’est bien de théoriser tout cela, il faudra un siècle pour l’admettre et autant pour le mettre en pratique. Les ressources en matières premières existentielles seront-elles encore là?

    1. Théorème dit « du Borgne » : « La pertinence d’un résultat scientifique est proportionnelle à la pullulation des démentis qui lui sont opposés, eux-mêmes en nombre proportionnel à la puissance des enjeux de pouvoir et de profits qu’ils dissimulent ».

      1. Doit-on y percevoir un soutien à Jacques Benveniste et à ses travaux si malencontreusement dénommés « La mémoire de l’eau » ?

      2. Les 4 qualités d’un instrument de mesure sont :

        – la fidélité
        – la précision
        – la sensibilité
        – la justesse ( l’incertitude étant la différence entre la valeur mesurée et la valeur présumée « exacte » dans l’absolu).

        La pertinence n’est pas du domaine de la mesure scientifique .

      3. Exactement. 100% des pullulantes études répertoriées annihilant celle de Benveniste, cette dernière mérite le grade ultime dit de « Révélation de Divine Raison ».
        Ya pas moyen de moyenner dans des cas d’un tel niveau de pureté.

      4. gnose = connaissance. agnotologie = discours sur l’absence de connaissance. Comment méconnaître? Nul n’est censé ignorer la loi… Je n’ai pas évoqué la pertinence des résultats scientifiques, mais leur impact sur l’individu, dans le nuage d’informations qui lui arrivent; et dans la somme, la pertinence est rarement de mise. Vous avez sûrement un esprit pertinent, mais ce n’est pas le cas de tous et toutes. Et oui, les enjeux de pouvoir et d’argent jouent un rôle important dans l’anosognosie économico-écologique ambiante.

      5. @JF Le Bitoux :

        Pour ce qui concerne « pertinence » , je réagissais aux premiers mots du Théorème du Borgne énoncé par Vigneron .

      6. Ne jouons pas avec les mots, Le Borgne. Je n’ai pas, me semble-t-il, distordu votre discours dans ma formulation axiomatique en assimilant sciemment votre « connaissance pertinente » des individus (de l’opinion « opinante ou désopinante ») à la connaissance scientifique pertinente elle-même, puisque c’est bien celle-ci que les marchands de doute, jouets ou supplétifs des Pouvoirs et de l’Argent, s’attacheraient à dissoudre par leur pullulante production de démentis proportionnée aux risques encourus par les Maîtres.
        Il fait beau croire aux prodiges lorsque les prodiges nous arrangent et lorsque les prodiges nous dérangent, il fait beau ne plus y croire.
        Coq tôt.

  15. Sans être trop certain d’être bien dans le sujet, je résumerai l’état de mon ignorance ce matin , de la façon suivante :

    – Il nous est possible et « permis » d’accéder à des réponses justes à des questions a priori peu solubles.

    – nos réponses justes génèrent beaucoup plus de questions qu’elles n’en résolvent .

    – le « porter à connaissance » ( vulgarisation) du foisonnement des réponses justes est en soi difficile et périlleux, mais nous pouvons progresser sur ce chantier , par des méthodes connues ou à peaufiner , orthodoxes et hétérodoxes .

    – la digestion et mise en perspective des réponses justes acquises, est ,en soi, un travail qui mérite d’y consacrer des esprits pluridisciplinaires , et un passage à la moulinette démocratique .

    – reste un problème que notre évolution rend de plus en plus difficile à …..arbitrer : comment et pourquoi se projeter dans le nouveau champ de plus en plus « en expansion » des questions sans réponses que nous avons pu déterrer. On retrouve là le champ de la « complexité » du soliton, et le pire serait de ne confier qu’à des algorithmes , eux mêmes toujours en deçà de la perfection, notre destin , par paresse , par manque d’imagination ,par manque d’empathie ,par manque de courage .

    Notre destin n’est pas celui des algorithmes .

    Ça, je le sens , je le veux , je le sais , et si ça n’était pas nous , c’est moi .

  16. Il me semble que plus on en apprend, plus on se rend compte que nous ne savons rien. Et méfions nous des certitudes, la vérité scientifique doit constamment être remise en cause. N’a de certitudes que celui qui n’a rien approfondi disait Cioran.
    Il fut un temps ou l’homme ne savait pas lire mais connaissait mieux la nature. Pour parler d’ignorance, il faut savoir de quoi on parle, la délicatesse est ici encore la carte maitresse.

  17. Ma dernière intervention ici,…. quitte à se retrouver sur un prochain débat à l’écoute de Dardot. « La gauche va à la catastrophe » selon une longue dérive, une lente agonie par agnotologie, en fermant les yeux sur ce qui la dérangeait – la corruption interne – et par « d’incapacité d’innovation, qui ne peut que découler de la reconnaissance de cette corruption. http://www.politis.fr/articles/2016/12/2017-en-debats-ou-va-la-gauche-35909/
    « Les partis sont le blocage » Les partis ont détourné la politique de son fond orignal culturel en une forme administrative d’organisation, ce qui bloque par nature toute « innovation et intelligence ». Car il est interdit d’innover quand les seules références sont déjà écrites, voire historiques. Entre les partis naturellement corrompus par paresse et faiblesse humaine, et le recours au Leader maximo, sauveteur miraculeux y-t-il un espace? Mais Paul a eu plusieurs fois l’occasion de souligner qu’il est difficile de reconstruire un écosystème qui fonctionne de manière saine, dans un environnement pollué ou corrompu. La pollution est souvent considérée comme d’origine externe, mais les fraudes électorales sont le plus souvent d’origine interne, par incapacité de faire respecter des lois auto proclamées. Fermer les yeux sur ces dérives mène forcément n’import où, chez Bush ou Trump avec les guerres qui en découlent puisque c’est bon pour le business!

    1. Merci JFLB.
      Un parti ne se sclérose-t-il pas à hauteur même du fait qu’il s’associe à des intérêts de classe ?

      Si le discours qui positionne cette classe face aux autres est inopérant (pas de « praxis », du coup, dans le langage de Marx ou Laval et Dardot ou pas de milieu associé chez Stiegler), la sclérose est inéluctable.

      Du coup, un parti qui dure est un parti qui remet en effet en question ses règles et institue l’expérimentation au centre de sa vision, ne gardant de fixe que les valeurs qui l’orientent.

      Si ces valeurs ne dépassent pas l’horizon d’une classe, la « colinéarisation » finit prématurément.

      1. Valeurs , valeurs , vous avez dit valeurs .

        Un parti dure aussi tant qu’il y a des partis autres qui s’opposent à lui . L’alternance souvent stérile est alors la règle du choix politique .

        On aimerait évoluer vers un vote conditionné par les qualités de l’heureux élu pour gérer les temps , les choses , les aspirations humaines , les meilleurs côtés de l’adversaire…et que l’alternance soit le choix des plus doués et armés pour parvenir à ce bien public dans le temps imparti …ou restant.

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