NOUVEAUX EXPLOITS DES MÉGABANQUES, par François Leclerc

Billet invité.

Ayant privilégié le renforcement des fonds propres des banques sur le mode d’une digue allant contenir la prochaine tourmente, tout en laissant intacts les mécanismes spéculatifs qui auront suscité celle-ci, la régulation financière est en train de vivre ses derniers instants. Alors que des pans entiers de l’activité financière sont laissés dans l’ombre, et que les banques européennes freinent les dernières ardeurs des régulateurs, l’élection de Donald Trump annonce le début du détricotage des mesures de régulation, sans que l’on sache encore par quel bout il va commencer.


Signe qui ne trompe pas, la valorisation boursière des banques américaines a grimpé d’environ 20% depuis qu’elle est intervenue. Mais les mégabanques américaines, qui se sont adaptées à la nouvelle donne, ne souhaitent pas la suppression de la loi Dodd-Frank dans son intégralité, tout au plus la révision de certaines de ses dispositions les plus dérangeantes et coûteuses.

Goldman Sachs ayant placé ses pions – Gary Cohn à la tête du service du Budget de la Maison Blanche et Steve Mnuchin au Trésor – des postes clés de l’administration vont être vacants, comme la présidence de la SEC, dont Mary Jo White a annoncé sa démission. Ils seront pourvus par Donald Trump, en attendant la fin du mandat début 2018 de Janet Yellen à la tête de la Fed, dont il nommera le successeur. Alors, une nouvelle ère pourra s’ouvrir…

En attendant, des enquêtes ou procédures sont encore en cours, qui dévoilent de nouveaux aperçus de la pratique des mégabanques, dont – c’est juré ! – elles se sont depuis amendées. Finies les violations d’embargo et les manipulations des marchés, pour lesquelles les amendes colossales ont plu ! Place aux malversations utilisant les dark pools, ces structures boursières opaques permettant la réalisation d’importantes transactions à l’écart du marché et sans interférences ! Selon la SEC, elles sont le siège de 35% des échanges boursiers aux États-Unis. Les Bourses n’y gagnent pas en transparence et rejoignent la face cachée de la planète finance.

Des banques ont été vite soupçonnées d’avoir dévoyé les dark pools de leur mission d’origine – la protection des gros investisseurs – en faisant entrer sans le signifier à ceux-ci, leurs clients, la venue d’opérateurs de Trading à Haute Fréquence (HFT) dans leur dark pool. Ce qui revient à faire entrer le loup dans la bergerie ! C’est d’ailleurs cet angle d’attaque qui avait été choisi pour agir par Eric Schneiderman, le ministre de la justice.

Aujourd’hui le THF représente 40% des volumes de transaction sur les actions européennes, selon l’ESMA, et les Bourses ont de moins en moins à voir avec leur vocation de départ : fournir des capitaux à l’économie. Et l’association dark pool/trading à haute fréquence est une des plus explicite illustration de la dérive de la finance qui se poursuit.

A l’été 2014, Barclays, UBS, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs et Morgan Stanley avaient reçu des demandes d’information du ministère de la justice américain, dans le cadre d’enquêtes concernant leurs dark pools respectives. Credit Suisse, Barclays et UBS s’étaient déjà vu infligé des amendes de 84, 3, 70 et 14,4 millions de dollars respectivement. Après avoir reconnu qu’elle avait privilégié auprès de ses clients le choix de SuperX, sa dark pool, en faisant état d’informations erronées pour le justifier, la Deutsche Bank a reçu à son tour une amende de 40 millions de dollars pour des faits remontant à 2010. Elle n’est plus à cela près…

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