LA CRISE POLITICO-BANCAIRE ITALIENNE, par François Leclerc

Billet invité.

Encore une grande réalisation européenne qui ne tient pas ses promesses ! La construction de l’Union bancaire restait inachevée pour cause de profond désaccord sur la création d’un fonds de mutualisation des pertes, mais elle va voir ses principes bafoués, dans le but d’assurer le sauvetage de la banque Monte dei Paschi di Siena (MPS) et de tenter d’en faire autant de Matteo Renzi.

Les contribuables ne seront plus mis à contribution, a-t-il été clamé sur tous les toits par les autorités les plus éclairées, mais c’est pourtant ce qui va se passer. En début de semaine, la banque n’est pas parvenue à dégager les fonds nécessaires à sa recapitalisation. Le montant des conversions volontaires des détenteurs d’obligations subordonnées a été nettement insuffisant et l’arrivée d’investisseurs, qataris ou autres, ne s’est pas concrétisée. L’intervention à titre de conseil de JP Morgan avait déjà fait long feu, l’heure de vérité est arrivée.

Hier mercredi, le titre de MPS perdait 18% dans la seule matinée, et il reprenait en fin de séance, une intervention publique semblant désormais inévitable afin d’éviter que la déconfiture de MPS entraîne celle de centaines de petits établissements dont son système bancaire est composé. La reconversion des obligations subordonnées, cette fois-ci forcée et à un niveau nettement inférieur à leur valeur nominale, ne va pas pouvoir être évitée, atteignant les très nombreux petits créanciers des banques, leurs clients qu’elles ont trompé.

Le Parlement a sans surprise excessive autorisé hier le gouvernement italien à mobiliser jusqu’à 20 milliards d’euros afin d’aider les banques dans le besoin, soit pour servir de « garantie de liquidité », soit pour contribuer au « renforcement patrimonial » des banques selon le ministre de l’économie et des finances Pier Carlo Padoan. Or cette somme risque fort de se révéler insuffisante, si on la compare avec les 360 milliards de créances douteuses détenues par les banques. Les analystes de la Deutsche Bank chiffrent pour leur part à 52 milliards d’euros les besoins en capitaux frais permettant d’y faire face et considèrent que les banques ne peuvent guère espérer lever plus de 20 milliards d’euros sur le marché…

Contournant la formule du « bail-in » rendue obligatoire par l’Union bancaire, celle d’une « recapitalisation par précaution » de MPS est agitée. Celle-ci suppose l’accord de la Commission, que l’on pressent acquis, et celui du gouvernement allemand, qui ne l’est pas du tout. Pour la justifier, il va falloir beaucoup solliciter les textes. Mais cela ne réglera pas tout, car le gouvernement italien étudie un mécanisme destiné à compenser les pertes que vont subir les quelques 40.000 petits épargnants qui détiennent des obligations subordonnées de MPS. La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, est déjà venue au secours du gouvernement italien en évoquant la possibilité de « compenser les pertes abusives », sans plus de précisions. Et il restera, là aussi, à faire coïncider ce que les textes prévoient avec les faits….

L’enjeu est tel qu’il est probable que les autorités de Bruxelles et le gouvernement italien retomberont sur leurs pieds. Pour le système bancaire italien et les banques européennes, cela apportera un soulagement à court terme. Mais il est moins certain que la démission de Matteo Renzi, qui a reculé tant qu’il a pu dans cette affaire, le prémunisse de toute conséquence électorale négative. C’est à la riche Toscane, où il a ses assises, qu’appartiennent de nombreux petits investisseurs de MPS qui vont en tout état de cause laisser des plumes. Et les 20 milliards d’euros dégagés par le Parlement ne seront pas sans impact sur le déficit public, dans le contexte de négociations avec la Commission qui se resserrent.

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