LA GRÈCE ET L’ITALIE SUR LE FIL, par François Leclerc

Billet invité.

Dans l’attente que le jeu avec Donald Trump et Theresa May se soit un peu calmé, et que les élections européennes de cette année soient passées, le moment n’est pas encore venu de prendre des décisions afin de solidifier une Europe de plus en plus contestée. Le seront-elles d’ailleurs jamais ? Dans l’immédiat, des précautions sont prises pour geler le contexte en Grèce et en Italie, où la situation est la plus instable.

Mario Draghi a apporté sa notable contribution en répondant à un député italien du Mouvement des 5 étoiles qui demandait des éclaircissements à propos des soldes du système de payement Target2 de l’Eurosystème (1). Il a été on ne peut plus catégorique : en cas de décision de sortie de l’euro d’un pays, sa banque centrale nationale devrait rembourser les créances détenues par l’Eurosystème. Autant dire qu’avec une telle contrainte une barrière quasi infranchissable est dressée pour l’en empêcher. Même si cette assertion est discutable, la Bulgarie, la Croatie, le Danemark, la Pologne et la Roumanie participant à Target2 sans être membre de la zone euro !

Mais une sérieuse menace se précise en Italie, impliquant d’allumer un contre-feu sans tarder. Le Mouvement des 5 étoiles est à la recherche d’alliances dans la perspective de prochaines élections italiennes, avec à la clé une question centrale : va-t-il parvenir à constituer une majorité opposée au maintien de l’Italie dans la zone euro ? Celle-ci se dessine avec la Ligue du Nord et une nouvelle formation nationaliste, Les Frères d’Italie – Alliance nationaliste, qui pourrait permettre au Mouvement des 5 étoiles d’accéder au pouvoir.

Le gouvernement grec essaye de son côté de débloquer la situation devant le refus de Wolfgang Schäuble d’envisager toute réduction de la dette, ce qui implique, pour que le FMI reste dans le dispositif sans modifier les obligations d’excédents budgétaires après 2018, d’aligner de nouvelles mesures fiscales. Celles-ci pourraient toucher la TVA, les retraites et le seuil de revenu sous lequel les Grecs ne sont plus imposables.

Le gouvernement Syriza tente d’échapper à un vote du parlement à ce sujet et cherche à obtenir que ces mesures – qui ne seraient appliquées que si un excédent budgétaire insuffisant était dégagé – ne soient pas actées dans leur détail dès à présent. La seule chose qui peut désormais sauver Syriza, qui tente de se maintenir au pouvoir à tout prix, est la tenue des élections allemandes fin septembre prochain. Car le déblocage des fonds européens permettant d’honorer les échéances grecques vis à vis de son principal créancier la BCE doit intervenir à l’été, incitant à trouver un compromis.

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(1) En son sein, l’Italie est débitrice de 359 milliards d’euros, l’Espagne de 330 milliards d’euros et l’Allemagne créditrice de 754 milliards d’euros. Ces soldes dépendent d’opérations transfrontalières diverses, mais ils résultent également des achats obligataires de la BCE, qui s’opèrent via les banques centrales nationales. Les fuites de capitaux qui contribuaient à ces balances déséquilibrées au plus fort de la crise européenne se sont pour leur part calmées.

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