WOLFGANG SCHÄUBLE, CE MAUVAIS GÉNIE, par François Leclerc

Billet invité.

Peu accoutumé aux propos nuancés et continuant à marquer son territoire avec persévérance, Wolfgang Schäuble vient de couper court à toute mise en cause ultérieure de sa politique en affirmant qu’il ne pouvait y avoir de réduction de la dette publique au sein de la zone euro, et que pour y procéder il fallait la quitter. Avec ce principe, ce n’est pas seulement le sort de la Grèce qui est en jeu.

Le gouvernement allemand est jusqu’à maintenant parvenu à dissimuler l’état réel de son système bancaire, en le protégeant de l’examen de la BCE, et à imposer sa stratégie de désendettement en dépit de ses déboires à répétition. Compter sur une évolution significative de cette dernière à la faveur des élections législatives de septembre prochain est toutefois encore un peu prématuré.

Quoi qu’il en soit, que peut-il advenir de la Grèce d’ici là ? Conscient du blocage allemand pour l’avoir déjà éprouvé, Alexis Tsipras ne s’est pas appuyé sur le FMI. Car son analyse concluant à l’insoutenabilité de la dette grecque interdit la participation du Fonds au 3ème plan de sauvetage, toujours en suspens, Wolfgang Schäuble ayant prévenu que ce programme stopperait si le FMI ne s’y impliquait pas financièrement. Sa discrète rencontre de la semaine dernière avec Poul Thomsen, qui dirige le département Europe du FMI, n’a rien donné, et les représentants européens à son Conseil d’administration ont ensuite marqué leur différence à l’occasion de sa réunion en début de semaine, à propos d’une autre soutenabilité, celle de l’excédent primaire que la Grèce devrait atteindre et qui est en question.

On observe une étrange situation : la Commission, l’Allemagne, le Mécanisme européen de stabilité (MES) et le président de l’Eurogroupe appuient les prévisions d’excédent budgétaire du gouvernement grec, que le FMI trouve intenable à terme. Comment, remarque-t-il, avec son économie sinistrée et sa crise sociale, la Grèce pourrait-elle dégager un excédent primaire de 3,5% à partir de 2018 et pendant les 10 années qui suivront ? Un excédent de 1,5% a été dégagé en 2016, taux que le FMI, plus réaliste, souhaiterait voir adopté en remplacement des 3,5%. Mais pour les dirigeants européens, l’important ne semble toutefois pas d’être crédible mais de repousser à plus tard, une fois de plus, la lancinante question de la dette.

Le Conseil d’administration du FMI n’a pas tranché quant à sa participation au programme en cours, et une dernière réunion de l’Eurogroupe aura lieu le 20 février avant que ne s’engage la série des élections législatives, aux Pays-Bas, en France, probablement en Italie, puis en Allemagne, qui rendent cette période peu propice à toute décision, cette dernière échéance passée.

Faute du versement d’une tranche de prêt avant juillet prochain, le gouvernement grec ne pourra pas rembourser la BCE. Quel prix le premier ministre grec est-il prêt à payer pour le débloquer ? Sommé de faire voter par le Parlement, par anticipation, des mesures d’austérité portant sur les impôts et les retraites au cas où il n’atteindrait pas l’excédent de 3,5% en 2018, la marge de manœuvre d’Alexis Tsipras est très réduite. Pourra-t-il obtenir un vote sans défection des députés de Syriza ? Peut-il parvenir à éluder un tel engagement et comment ? N’est-il pas préférable de retourner devant les électeurs, afin de se retrouver plus confortablement dans l’opposition ?

Pour leur part, les dirigeants européens ont le génie de créer des situations inextricables. Les temps ont changé, une sortie de la Grèce de l’euro n’est plus à empêcher à tout prix, même si elle n’est pas spécialement souhaitable dans les mois à venir. Laisser Wolfgang Schäuble – qui est seul à avoir une politique, ce qui fait sa force – affirmer sans être contredit qu’il y a incompatibilité entre l’appartenance à la zone euro et une réduction de la dette, c’est risquer la sortie de l’euro et se préparer demain à une nouvelle épreuve de force avec l’Italie.

Dans le climat actuel, les électeurs italiens pourraient décider de sauter le pas à la faveur du référendum promis par le Mouvement des 5 étoiles, s’il remporte les législatives anticipées. Après tout, créant la surprise, le dernier référendum a eu comme résultat la sortie du Royaume-Uni de l’Union. Est-ce vraiment ainsi qu’Angela Merkel voit venir « l’Europe à plusieurs vitesses » dont elle se revendique dorénavant ? La sortie de l’euro de la Grèce serait un signal dont la portée n’est pas mesurable.

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