QUAND LA BULLE CHINOISE ÉCLATERA… par François Leclerc

Billet invité.

La croissance économique chinoise a atteint 6,9% au premier trimestre, expression d’un boum continu des investissements publics dans les infrastructures et de la constitution d’une bulle immobilière. Pour la direction chinoise, le maintien de ce niveau de croissance reste prioritaire afin de préserver la paix sociale et la stabilité du régime. Mais derrière l’apparente robustesse de l’économie se cache une grande fragilité.

Afin de mieux en juger, les analystes ont délaissé leurs habituels repères pour juger de l’état de l’économie chinoise. Pour eux, le chiffre important est désormais celui du volume des prêts, en raison de l’énormité atteinte par la bulle de l’endettement – qui dépasse 260% du PIB – et des obstacles rencontrés pour la maitriser.

La banque centrale chinoise (Popular Bank of China, PBoC) tente de resserrer le crédit, notamment en relevant ses taux courts sur le marché, mais cela ne suffit pas. Dans ses comptes, les analystes suivent mois après mois l’évolution d’un agrégat, le « social financing », qui mesure le volume effectif du crédit. L’intérêt de celui-ci est qu’il rend compte de l’activité du crédit en général, qu’il soit privé ou public, dispensé par les banques publiques ou par le « shadow banking ».

Si un repli du volume des prêts des banques publiques peut être constaté, il n’en est pas de même du niveau du « social financing », qui reste très élevé. Comme si les emprunteurs avaient transité du secteur bancaire traditionnel réglementé à celui du « shadow banking », qui l’est peu voire pas du tout. La PBoC a peu de prise sur ce dernier, qui continue à grossir, ainsi que sur l’envolée du volume des prêts accordés au sein de cette nébuleuse incontrôlable.

Les autorités chinoises sont dès lors placées devant un dilemme, car étouffer le « shadow banking » pour stopper l’envolée du crédit aurait pour conséquence d’enrayer l’activité économique, alors qu’elles s’efforcent de la soutenir. Ne pouvant pour cette raison s’y résoudre, elles perdent leur seule véritable moyen de réduire l’endettement ainsi que le danger d’un éclatement dévastateur de l’énorme bulle financière qu’il représente.

Ainsi que le faisait remarquer Martin Wolf dans sa chronique du Financial Times, c’est en Chine que se trouvent plus qu’ailleurs réunies les conditions d’une nouvelle crise financière mondiale aiguë, qui selon lui pourrait dépasser par son ampleur initiale celle dont nous continuons à subir les effets. Le « shadow banking » est étroitement connecté aux banques publiques, l’ensemble devenu le plus grand système bancaire mondial par sa taille, de plus en plus intégré au système financier occidental.

Présenté comme voie royale de la mutation de la Chine, le développement des liens financiers avec celle-ci est à double tranchant, intégrant progressivement à un système mondial qui n’a pas retrouvé sa stabilité un système financier chinois complexe et fragile. D’où quelques inquiétudes…

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