Retranscription – « Les Luddites avaient compris la réalité du développement technologique », le 10 août 2014

« Les Luddites avaient compris la réalité du développement technologique », le 10 août 2014, le 3 août 2014. Merci à Marianne Oppitz !

« Les Luddites avaient compris la réalité du développement technologique »

… mais ce sont les « Luddites », c’est à dire qu’effectivement, ils avaient bien perçu que celui qui est remplacé par la machine n’en bénéficie pas.

Et, par conséquent, il y a eu ces réactions contre le développement technologique. C’est-à-dire que lorsque les nouvelles machines apparaissaient, les ouvriers allaient les casser. Et la réflexion de Sismondi en disant : « il faut percevoir une rente, non pas pour les propriétaires de la machine, mais pour ceux qui sont remplacés par la machine », c’était dans un commentaire, justement, sur le luddisme. C’était proposer une solution à ce problème parce qu’on avait tendance – parmi les industriels – on avait tendance à représenter les luddites comme des gens qui ne comprenaient pas ce qu’était le progrès. En fait, disait Sismondi, ce sont des gens qui comprennent très bien ce qui se passe : ils savent très bien que ce ne seront pas eux les bénéficiaires. La solution, c’est d’en faire les bénéficiaires. Ou alors, si on est dans une logique de partage entre tout le monde, qu’on partage la nouvelle richesse entre tout le monde mais de manière égalitaire et pas simplement en excluant le travailleur qui, lui, est remplacé et à qui, dans un discours culpabilisant, on dit simplement : « Allez retrouver autre chose ! ».

Je ne suis pas conscient, il doit y avoir des endroits ici ou là, où des gens doivent casser des machines, mais je ne suis pas… non, moi je n’ai pas connaissance d’un mouvement systématique dans cette direction là.

Ce qui vaudrait mieux, c’est qu’on pose la question du travail clairement, pour qu’on n’en revienne pas là. Pour qu’on mette les cartes sur la table et qu’on essaye de discuter de cela avant que le problème ne se pose dans ces termes là. Ce qui est étonnant, c’est de voir un gouvernement – comme celui qu’on a maintenant – qui a l’air de considérer, comment dire ? que cette question là est purement mise entre parenthèses. On dit aux salariés : « Trouvez un autre emploi ! » et on dit aux dirigeants d’entreprises : « Créez des emplois ! », comme si il ne s’agissait pas d’un problème de société. Comme si c’était un problème qu’on pouvait résoudre à titre individuel. Comme si une PME pouvait résoudre le problème de l’emploi et comme si un employé licencié pouvait résoudre le problème de l’emploi. Non, c’est un problème de civilisation ! Il faut le mettre sur la table et en discuter calmement et essayer de le résoudre. Et pas simplement le mettre entre parenthèses, comme si on ne comprenait pas de quoi il s’agit.

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