Mémo sur une possible résolution du problème nord-coréen, par Roberto Boulant

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

De : Dr. Hannibal Strangelove, Pentagone
À : M Donald Trump, Chief-Twitterer, Maison-Blanche

M. le Président,

Comme vous le savez, notre opinion publique et celle de nos alliés Japonais et de Corée du Sud sont majoritairement hostiles à une guerre ouverte avec la Corée du Nord. C’est bien triste mais c’est ainsi. Les Japonais parce qu’ils ne sont pas très sûrs que leurs moyens anti-missile soient suffisamment performants pour leur éviter de rajouter un troisième nom à la liste de leurs villes atomisées, et les Coréens du Sud parce qu’ils ont eu l’idée idiote de fonder leur Capitale à un endroit qui 2000 ans plus tard se trouverait à moins de 60 kilomètres de la DMZ et de l’obsolète – mais conséquente – artillerie du Nord. À cette imprévoyance coupable il convient de rajouter l’égoïsme, car à l’image des Chinois, les Sud-Coréens ne tiennent pas du tout à accueillir les millions de réfugiés que provoquerait l’effondrement du régime du camarade Kim.

Bien sûr vous pouvez continuer à exiger des sanctions comme cette chiffe molle qu’était votre prédécesseur ou ces singes efféminés et parfumés d’Européens, mais outre le fait que cela ne convient pas à votre image de virile détermination, il est évident que ces sanctions se révèleront totalement inefficaces tant que les Chinois maintiendront ouvert le robinet du pétrole. Et leur proposition de le fermer en échange du retrait de la 7ème Flotte est bien entendu un piège grossier destiné à nous couper de nos alliés dans la région.

Je vous propose donc, M. le Président, de montrer au monde que c’est vous qui avez la plus grosse, armée, et de procéder à une frappe de décapitation sur le camarade Kim susnommé ‘Grand soleil du 21ème siècle’, à l’aide de nos bombardiers furtifs B2 tirant à distance de sécurité au-dessus des eaux internationales des missiles de croisière AGM-158.

Voici succinctement une liste d’avantages non hiérarchisés :

Militaires :

– Même au cas improbable où les Chinois détecteraient le missile de croisière et sa charge conventionnelle, il est impossible qu’ils le confondent avec un Tomahawk susceptible d’emporter une tête nucléaire. Ce qui limite drastiquement tout risque d’escalade militaire due à une mauvaise évaluation de la situation.

– L’erreur circulaire probable de l’AGM-158 est inférieure à 2,5/3m, ce qui compte tenu du tour de taille de la cible équivaut pratiquement à une probabilité de coup au but de 100%.

– Nos bombardiers ne risquent absolument rien, ne pénétrant pas l’espace aérien nord-coréen.

Industrielles :

– La trajectographie budgétaire de Northrop Grumman pour son B21, successeur de l’actuel B2, devrait rejoindre les altitudes stratosphériques de Lockheed Martin et de son F35. Une opération telle que celle proposée ici serait alors susceptible de rendre impossible toute protestation du Congrès quant aux très probables et pharaoniques surcoûts.

Politiques :

– Cette opération permettrait de vous présenter en chantre du désarmement, en arguant qu’une Corée du Nord détentrice de la bombe à hydrogène aurait obligé le Japon à se doter en retour d’une telle arme.

– Elle rassurerait nos alliés israélien et européens quant à votre volonté d’empêcher l’Iran, le plus dangereux des pays du Moyen-Orient, de posséder la Bombe.

– Il existe des chances non nulles pour que les Nord-Coréens à la suite de la perte de leur cher leader se contentent sous la pression chinoise de quelques frappes de représailles symboliques, pour un coup très modeste en vies humaines n’excédant pas une année normale d’accidentologie automobile.

– La Corée du Sud pourra tendre la main à la nouvelle direction nord-coréenne, arguant de bonne foi qu’elle n’était pas au courant de vos intentions et qu’aucun tir n’a eu lieu à partir de son territoire.

– Il existe des chances non nulles pour que la nouvelle direction nord-coréenne entende la leçon et décide l’abandon du programme nucléaire pour échapper à une vie de troglodyte.

– Le régime de Pyongyang garderait ses 25 millions de citoyens à l’intérieur de ses frontières à la grande satisfaction de tout le monde.

– Votre cote de popularité s’envolerait et fort d’avoir réussi là où des générations de présidents ont échoué, l’orange deviendrait la couleur inévitable des livres d’Histoire.

– Plus aucun de ces traitres de journalistes n’oserait encore vous attaquer sur ces prétendues affaires russes.

Voilà pourquoi M. le Président, parce qu’il existe des chances non nulles de rendre l’Amérique à nouveau grande – et cela sans même faire disparaitre l’espèce humaine de la surface de la planète -, que je soumets à votre sagesse cette idée aussi modeste que géniale.

Dr. Hannibal Strangelove

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6 réflexions sur « Mémo sur une possible résolution du problème nord-coréen, par Roberto Boulant »

  1. Satire certes, mais Donald Trump n’est pas un personnage satirique, il est imprévisible et s’il lui venait à l’idée de vitrifier la Corée du Nord, il est à espérer qu’il se trouvera un officier américain de la même trempe que Vassili Aleksandrovitch Arkhipov qui n’a pas permis le tir d’une torpille nucléaire par le sous-marin soviétique B-59, malgré que celui-ci soit soumis aux tirs de charges explosives de la part des bâtiments U.S., chargés d’assurer le blocus de Cuba en octobre 1962.
    Tirs qui étaient destinés à faire remonter ce submersible à la surface, mais qui l’ont endommagé, ce qui était une condition pour laquelle le commandement de la marine soviétique avait indiqué qu’en cas de tirs de l’adversaire ayant provoqués des dégâts sur la coque, le commandant du submersible pourrait tirer sa torpille, annihilant une grande partie de la flotte U.S.
    Ce à quoi s’est opposé Vassili Aleksandrovitch Arkhipov en convainquant le commandant du submersible de na pas tirer. Ce faisant, il a certainement évité une escalade qui aurait pu aboutir à la destruction d’une bonne partie de l’humanité.

    1. Il faut ajouter à la décharge des américains qu’ils ignoraient que le sous-marin soviétique transportait des armements nucléaires dont l’initiative du tir était à l’autorité du commandant.
      Terrifiant exemple ‘grandeur nature’ qui démontre à quel point la trivialité, voire la simple chance, peuvent faire basculer le destin dans des situations de crise.
      Circonstance aggravante, si à l’époque les dirigeants politiques JFK et Khrouchtchev ainsi que les officiers supérieurs des deux bords possédaient une expérience personnelle de la guerre, on ne peut tout à fait exclure que MM Trump et Kim Jong-un en aient une image cinématographique, plus proche des romans de Tom Clancy que de la réalité.

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