LA NOUVELLE PHASE DE LA CRISE CATALANE, par François Leclerc

Billet invité.

La crise catalane est entrée dans une nouvelle phase. En décidant de mettre sous tutelle la Catalogne, le pouvoir madrilène crée une grande incertitude. Pour de nombreux Catalans, la prise de contrôle de l’administration, de la police et des médias régionaux va s’apparenter à l’exercice d’un pouvoir colonial.

Mariano Rajoy a décidé de ne pas faire dans la demi-mesure, mais avait-il le choix s’il voulait mater un mouvement indépendantiste qui a montré à plusieurs occasions combien il était massif et déterminé ? Les démonstrations n’en ont pas manqué, manifestations de rue d’ampleur, mais également organisation d’un référendum clandestin qui a supposé une grande mobilisation déjouant les plans visant à l’empêcher de se tenir. Des milliers de maires, d’employés de l’administration et de Catalans y ont pratiquement contribué. Aujourd’hui, c’est plus cela qu’il faut retenir de ce référendum que ses imperfections.

Carles Puigdemont et la coalition indépendantiste ont le choix entre deux options d’ici vendredi, mais ils n’ont pas dévoilé clairement leurs intentions. Faire proclamer l’indépendance unilatéralement par le Parlement catalan ou appeler à des élections anticipées. Moins probable, cette dernière hypothèse peut encore rejaillir. Elle aurait comme avantage d’éviter la mise sous tutelle, mais comme inconvénient que la tenue d’une consultation dans un tel contexte ne serait pas le plus favorable aux indépendantistes.

Par contre, le lancement d’une campagne de désobéissance civile non-violente pourrait accompagner une déclaration d’indépendance, qui pourrait rendre très difficile, voire désastreuse, la prise de contrôle des administrations catalanes. Le résultat des élections régionales devant intervenir au plus tard dans les six mois resterait toutefois une inconnue pour les deux parties.

El Pais, qui soutient la politique de Madrid, admet du bout de la plume qu’elle pourrait « entraîner des complications en termes d’ordre public ». Alfonso Dastis, le ministre espagnol des Affaires étrangères, a résumé la situation en invitant les Catalans à accepter l’autorité de Madrid et à ignorer les instructions des dirigeants indépendantistes : « Nous allons établir les autorités qui vont gérer les affaires catalanes au jour le jour, conformément aux lois et aux normes catalanes (…) J’espère que tout le monde ignorera les instructions qu’ils ont l’intention de donner, parce qu’ils n’auront pas l’autorité légale de le faire ». L’ampleur du mouvement de résistance à venir dépendra de la mobilisation de ceux qui tout en n’étant pas favorables à l’indépendance voudront défendre les libertés publiques qu’ils estimeront bafouées. C’est le cas de la maire de Barcelone, Ada Colau, qui l’a fait savoir.

Le gouvernement espagnol va se retrouver plongé au milieu de territoires inexplorés, et l’organisation comme le résultat d’élections dans ce contexte d’occupation deviendra à son tour problématique. La décision d’activer l’article 155 de la Constitution a été dénoncée par la présidente du Parlement catalan Carme Forcadell comme « un coup d’état illégal », et il se trouve des juristes pour lui fournir un argumentaire. Si le procureur décidait de poursuivre Carles Puigdemont pour rébellion, après l’avoir fait pour sédition pour deux leaders autonomistes qui sont incarcérés, la situation deviendrait incontrôlable, ce qui explique pourquoi Alfonso Dastis a déclaré qu’il n’y aurait pas d’arrestation. Cela reste à être confirmé.

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