Les bourdes machiavéliques de Trump embarrassent le Pentagone

Alors que l’anniversaire de son élection se rapproche, les Américains continuent de s’interroger sur leur président : est-il seulement « débile » (a moron), comme l’affirme en privé Rex W. Tillerson, son ministre des affaires étrangères, ou un génie du mal dont la stupidité n’est qu’une façade pour ce nouvel Hitler en puissance ?

Quoi qu’il en soit, Donald Trump a en tout cas le talent de faire apparaître en pleine lumière ce que les bureaucrates d’un style plus traditionnel de son entourage préféreraient voir rester dans l’ombre.

Il en va ainsi de la mort du sergent La David Johnson tombé il y a trois semaines au Niger.

Alors que la jeune épouse de ce soldat afro-américain accompagnait vers sa dernière demeure le cercueil de son mari, le Président l’a appelée et lui a dit : « Il savait à quoi s’attendre. C’est dommage quand même ». Mis en demeure par la veuve de dire quel était son nom, Trump aurait eu bien du mal à le trouver, avant de le prononcer, passablement estropié. La jeune femme s’en est ouverte à une députée qui a révélé l’affaire.

Après un premier démenti de la Maison Blanche que les choses se soient bien passées ainsi, le général John F. Kelly, chef de cabinet du Président, s’en est mêlé, affirmant que son patron avait utilisé dans son coup de fil les termes exacts qu’il lui avait suggérés personnellement, qui étaient d’ailleurs ceux par lesquels il avait appris lui-même la mort de son fils tombé au champ d’honneur en Afghanistan, victime d’une mine sur un bord de route.

Mal en a pris au général Kelly : plusieurs commentateurs lui sont tombés dessus à bras raccourcis, reprochant à sa défense du Président de trahir un mépris des civils intolérable en démocratie, l’un d’entre eux allant jusqu’à déceler dans ses propos « la matière dont sont faits les coups d’état militaires ».

Hier dans la journée, le débat s’est éloigné du verbatim de Trump dans son coup de fil, la veuve du sergent Johnson affirmant que la grossièreté de l’appel était surtout « dans son ton et sa manière de parler en général », laissant entendre que la couleur de peau du soldat décédé n’était sans doute pas étrangère à la désinvolture du Président. L’agenda de celui-ci révèle qu’il appelait d’un terrain de golf.

Mais, et c’est ici que l’histoire se corse, dans son entretien hier dans « Good Morning America » sur la chaîne ABC, Myeshia Johnson, la jeune veuve, a laissé entendre qu’elle n’était pas certaine qu’il y avait quelqu’un dans le cercueil qu’elle accompagnait au cimetière, et que s’il y avait bien un corps, elle n’était pas sûre du tout que ce soit celui de son mari.

Pourquoi ces propos étonnants ? Parce qu’on lui avait enjoint de ne pas tenter d’ouvrir la caisse, ce qu’il y avait dedans n’étant pas beau à voir. Il n’en fallait pas davantage pour que les journalistes aillent fouiner, et que les circonstances de l’étrange mort du sergent Johnson s’étalent bientôt à la une des journaux US, mettant le Pentagone dans l’embarras.

Pourquoi a-t-il fallu par exemple deux jours pour retrouver le corps du militaire après que sa mort avait été annoncée ? Comment se faisait-il aussi que tombe victime d’une embuscade à la frontière du Niger avec le Mali, un soldat dont le rôle était officiellement de former à l’utilisation des armes des recrues nigériennes à proximité de Niamey, la capitale ?

Le chef des états-majors, Joseph F. Dunford Jr., a promis de faire toute la lumière sur l’affaire : non seulement sur la mort au Niger il y a trois semaines de quatre militaires américains, dont Johnson, et de cinq Nigériens, mais d’expliquer aussi ce que font exactement 800 soldats américains au Niger et 6.000 sur l’ensemble du territoire africain. Il a déclaré hier : « Nous devons au peuple américain une explication sur ce que font leurs hommes et leurs femmes à l’heure qu’il est. Et quand je dis cela, je veux dire des hommes et des femmes au péril de leur vie partout dans le monde – il faut qu’il sache quelle est leur mission, qu’il sache aussi ce que nous essayons d’accomplir là où nous sommes présents ». De son côté, le Pentagone considère que rien ne presse.

Trump, authentique Méphisto, ou nouveau Gaston Lagaffe, menace ambulante pour la politique étrangère des États-Unis, secrète en particulier ?

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