LE COLLATÉRAL, DEVENU SUJET D’ÉTUDE DE LA BCE, par François Leclerc

Billet invité.

Le dixième anniversaire de la crise financière est un non-évènement, comme si celle-ci devait être enterrée. Ses manifestations hors-normes sont devenues banales quand elles ne sont pas ignorées, et le conformisme l’a emporté sur les interrogations du début.

Qu’importe la manière dont la machine tourne tant qu’elle ne cale pas, doit-on se dire, car c’est ainsi qu’elle assure une stabilité précaire ! Mais attention si les transactions s’arrêtent et se figent, si une crise de liquidité intervient, alors le système dans son ensemble se trouve vite en péril. Mais comment identifier le coupable pour l’éviter ? C’est là que cela se gâte, il y a trop de candidats  !

Un document de travail de la BCE écarte à juste titre la répétition de la crise de 2007 et le spectre d’un nouvel effondrement type Lehman Brothers. Novateur, il privilégie le scénario d’une crise du collatéral pour le prochain épisode. Représentant un grand point faible, ce mécanisme de garantie est mis à toutes les sauces afin de garantir les transactions sur tous les marchés financiers. Depuis celui du crédit hypothécaire jusqu’à ceux des repos et des reverse repos, qui sont particulièrement méconnus . D’autant que, dans ces deux derniers cas, le risque est plus complexe à cerner, pouvant pour cette raison déclencher une véritable panique.

Un autre lieu s’y prêterait particulièrement. Régulation aidant, les chambres de compensation poussent comme des champignons et ont vu leur rôle considérablement accru afin de garantir les transactions sur le marché en pleine expansion des produits structurés. Et les chercheurs de la BCE, remarquent leur caractère pro-cyclique mais ignorent qu’ils concentrent un risque dont ces établissements ne sont pas immunisés. Leurs appels de fonds destinés à éponger les pertes reposent sur un savoir-faire qui emprunte beaucoup au doigt mouillé.

A tout seigneur, tout honneur, l’étude se penche sur le rôle que jouent les banques centrales et relève comment celles-ci ont asséché le marché du bon collatéral avec leurs achats d’actifs massifs. Sa distribution au sein du système financier est décisive, est-il remarqué. Il aurait été possible d’également de constater qu’une course de vitesse est engagée entre l’accroissement des besoins en collatéral et leur disponibilité, une fois les banques centrales ayant opéré leur ponction, ou même une fois l’ayant réduite.

Il y a deux manières de se préparer à la prochaine crise  : en prohibant les instruments financiers permettant des prises de risque qui ne sont pas calculables, ou en tentant de garantir avec du bon collatéral les transactions les impliquant, en s’en remettant à Dieu. Cette dernière option a été déjà adoptée pour les banques avec l’accroissement de leurs fonds propres réglementaires.

La note de travail de la BCE ne semble pas manifester un optimisme démesuré sur le résultat de la seconde option. Reste la première, mais elle n’en fait même pas mention.

Dix ans pour en arriver là  !

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