CHINE – Retour de Chine : impressions en vrac (I), par DD & DH

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Dans un précédent billet, nous avons évoqué « l’événement majeur » qui s’est trouvé rythmer notre court séjour d’octobre au Shandong : la tenue à Pékin du 19ème Congrès du Parti Communiste Chinois à laquelle la direction actuelle avait visiblement tenu à conférer un lustre tout particulier. Comme chacun y était préparé, Xi Jinping a non seulement gardé en main les rênes du pouvoir mais il est évident qu’il a été adoubé pour accélérer les réformes et faire rapidement franchir à la Chine un nouveau cap vers le statut de puissance mondiale de premier plan.

Ce voyage 2017 (le précédent datait de 2015) restera pour nous celui dont nous revenons, pour la première fois depuis 41 ans que nous hantons ce pays, avec l’impression que les Chinois sont vraiment devenus « nos contemporains » et que nous vivons, eux et nous, dans la même époque, au même diapason et sous la même injonction du « Toujours plus » ! Cette constatation ne va évidemment pas sans se doubler en nos tréfonds d’un petit pincement d’amertume et d’un peu de vague à l’âme en songeant qu’il y a une trentaine d’années nous apportions, en guise de présents (de la « civilisation » à la « barbarie » !) des stylos à bille et du café : non seulement la Chine nous a « rattrapés » mais, comme elle n’arrête pas de mettre les bouchées doubles ou triples depuis plus de dix ans, elle est déjà vraisemblablement en train de nous « doubler » ! Et plus grave : le temps que s’épuise cette boulimie nouvelle appelée à faire tache d’huile, notre espèce ne va-t-elle pas franchir un point de non-retour ?

La Chine a une population jeune et de plus en plus urbaine (50% des citadins ont moins de 35 ans) qui a les dents longues et n’a rien connu de la Chine austère et puritaine qui faisait de son endémique pauvreté, vertu. Cette population très dynamique qui se sent le vent en poupe a un appétit féroce pour la consommation et le « fun » : c’est elle qui paralyse les artères des villes à toute heure avec ses grosses cylindrées ; c’est elle qui voyage, en Chine mais aussi à la découverte du monde ; c’est elle qui remplit la business class des vols internationaux ; c’est elle qui, jonglant avec les achats et reventes d’appartements comme au casino, fait grimper le prix du m2 à des hauteurs vertigineuses ; c’est elle qui fait de plus en plus de dépenses à 4 ou 5 chiffres dans les boutiques du luxe griffé dont s’enorgueillissent tous les centres-villes qui se respectent. Entendons-nous bien : ceux dont nous parlons sont une minorité. Il est assez difficile d’évaluer les revenus réels d’un ménage chinois et un chiffrage des ressources ne nous éclairerait pas beaucoup, mais on peut raisonnablement estimer que le nombre de Chinois jouissant d’une aisance permettant de posséder voiture et appartement(s) et de faire des voyages d’agrément se situe autour de 150 millions. C’est bien sûr peu, rapporté au total de la population chinoise puisque cela ne représente qu’à peine plus de 10%, mais l’objectif d’amélioration générale du niveau de vie programmé pour 2030 pourrait, si tout se passe bien, faire accéder dès cette date 150 nouveaux millions de Chinois à cette catégorie aisée, ce qui rendrait cette classe consommatrice et prédatrice du luxe à peu près équivalente en nombre à l’actuelle population totale des USA, par exemple.

Cela fait d’ores et déjà une quantité considérable de « nouveaux riches ». Quand, comme nous l’avons fait le mois dernier, on se borne à circuler en TGV ou sur autoroute et qu’on reste toujours dans la proximité d’une grande ville, par un effet d’optique un peu trompeur on ne voit qu’eux ! Nous n’avons évolué que dans un périmètre d’au plus une petite centaine de kilomètres autour de Jinan, la capitale du Shandong (9 millions d’habitants) et n’avons guère vu véritablement de campagnes : dans un secteur de forte densité d’agglomérations, comme c’est le cas au Shandong, les zones cultivées rétrécissent de jour en jour tandis que chaque ville ou bourgade moyenne étend ses tentacules d’immeubles en construction jusqu’à une jonction pure et simple avec ses voisines qui font de même ! C’est une tendance nouvelle forte (sans doute autant subie que véritablement décidée) que de constituer dans l’orbe des capitales régionales ces sortes de « banlieues » géantes où de gourmands promoteurs mettent toujours plus d’appartements sur le marché. D’ailleurs est actuellement en construction un train « de banlieue » rapide qui, surélevé, doublera l’autoroute pour relier plus efficacement toutes ces villes en expansion que nous avons pu voir au sud de Jinan jusqu’à Qufu. Ces « nouveaux riches » citadins sont les « premiers de cordée » d’une Chine qui aspire à un bien être très concret et applaudit ceux qui le lui promettent. La réussite matérielle et sociale est le point de mire de toute une population. En Chine, la richesse s’affiche, voire s’exhibe : à quoi bon être riche si on ne le montre pas et si la « face » (mianzi) n’en retire pas tous les bénéfices espérés ? Donc les voitures sont grosses et de marques prestigieuses (Maserati, Porsche, Mercedes et même Rolls courent, si l’on peut dire, les rues !). Donc les résidences sont très huppées et les appartements cotés (tout Chinois « arrivé » vous montrera sur son téléphone des photos de son appartement dans le quart d’heure où vous aurez fait connaissance !) regorgent de marbres, de bois précieux et de lustres dorés à pendeloques (tout ça un tantinet « trumpesque » si l’on peut se permettre la remarque). Donc les mariages (entre soi, évidemment) sont grandioses et les voyages de noce ont Paris pour destination (il faudra bien au moins Les Galeries Lafayette pour dépenser l’argent offert par parents et amis !). Si l’on ajoute au portrait de ces « parvenus » qui sont, à 95% au moins, les premiers de leur famille à pouvoir goûter aux délices du fric, que ce sont tous des « enfants uniques », ceux qu’on appelait « petits empereurs » tant ils étaient choyés, on mesurera combien la Chine a inversé sa donne en l’espace de quinze ans !

Le Parti Communiste ne peut pas décevoir ces enfants gâtés, il a même décidé de les enrôler : ils sont là pour montrer que l’avenir peut être radieux et l’abondance assurée : n’est-ce pas le PCC qui a donné l’impulsion (par la voix/voie de Deng Xiaoping : « Être riche est glorieux ! ») ? N’est-ce pas lui qui rassure (avec le débonnaire (?) Xi Jinping comme timonier) pour que l’argent coule avec fluidité vers de plus en plus de poches ? C’est le message que les Chinois ont reçu 5/5 dans le rapport de fin de Congrès. On continue et on amplifie. La Chine est sur les rails d’une prospérité moyenne en voie de généralisation (à l’horizon 2050). Tout le monde, même le plus ronchon, même le plus sceptique, même le plus hostile, doit constater ce qu’il a sous les yeux : le « socialisme aux caractéristiques chinoises« , ça marche ! Tout ça est bien sûr terriblement matérialiste. Pour boucher les trous que tant de matérialisme fait à l’âme, le PCC en appelle à l’ancienneté et à la grandeur de la Civilisation chinoise et badigeonne son message d’un peu de confucianisme à sa sauce. Alors, qu’ont en tête les « nouveaux riches » devant les affiches de propagande du Parti ? Qu’imaginer d’autre qu’un mélange de « Cause toujours ! » et de « Pourvu que ça dure ! » ?

Un dernier petit surlignage en guise de conclusion : les (seulement) 150 millions de très riches et de moyens riches de notre estimation actuelle, cela fait tout de même quelque chose qui n’est pas très loin de 3 France(s) ! Un léger vertige, non ?

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27 réflexions au sujet de « CHINE – Retour de Chine : impressions en vrac (I), par DD & DH »

  1. USA: 33 hab./km2 (avec le Canada c’est plutôt 10 hab./km2)
    Europe: 73 hab./km2
    Chine: 141 hab./km2.

    Les ressources naturelles étant en gros proportionnelles à la superficie du pays, les chinois vont-ils trouver des solutions plus durables que le (gas)pillage accéléré qui a caractérisé l’essor industriel de l’Amérique du Nord et celui de l’Europe de l’époque coloniale?

  2. Merci de cet écho, mais il nous parle beaucoup de vous (c’est la première fois que je prends la peine de vous lire). La phrase  » Cette constatation ne va évidemment pas sans se doubler en nos tréfonds d’un petit pincement d’amertume et d’un peu de vague à l’âme en songeant qu’il y a une trentaine d’années nous apportions, en guise de présents (de la « civilisation » à la « barbarie » !) des stylos à bille et du café : non seulement la Chine nous a « rattrapés » mais, comme elle n’arrête pas de mettre les bouchées doubles ou triples depuis plus de dix ans, elle est déjà vraisemblablement en train de nous « doubler » ! Et plus grave : le temps que s’épuise cette boulimie nouvelle appelée à faire tache d’huile, notre espèce ne va-t-elle pas franchir un point de non-retour ? » vaut son pesant d’or. Je résume : Il y a grave, la Chine nous « double », n’a plus besoin de notre verroterie et, plus grave ! elle nous rejoint dans notre capacité à nous suicider comme des grands.
    Or j’estime qu’on ne peut parler de la pratique d’inégalité chez les autres que si nous en avons fait le tour chez nous. Or notre capacité à invisibiliser nos propres turpitudes (impérialisme, colonialisme, etc.), est incommensurable. Qu’en est-il du progrès social, de la sécurité sociale par rapport à nos luttes des années 1945-1965. Quen est-il de la fiscalité et de la lutte contre la différenciation fiscale…
    Cordialement

  3. Derrière le babil légitimement triomphaliste du 19ème congrès, la première information qui ressort est effectivement que, contrairement à ses prédécesseurs, Xi est parti pour rester.
    En plus d’une dictature, les Chinois viennent d’hériter d’un dictateur.

  4. « …Tout le monde, même le plus ronchon, même le plus sceptique, même le plus hostile, doit constater ce qu’il a sous les yeux : le « socialisme aux caractéristiques chinoises« , ça marche !… »

    Les caractéristiques de ce « socialisme » à la chinoise est qu’il s’inserre bien plus dans le marché mondial que n’importe lequel de ses prédécesseurs.

    Imaginons cette économie si elle avait dû subir l’embargo de Cuba ou de la Corée du Nord par exemple.

    Y aurait-il en occident des économistes qui s’extasierait sur les réalisations pharaoniques d’un partis unique (et de ses 150 millions de bureaucrates-courtisans aux ordre) se réclamant frauduleusement du communistes et des penseurs révolutionnaires ?

    Evidemment non ! Et qui nous dit qu’à un certain moment cet embargo ne va pas advenir ?

    Qu’en sera-t-il alors de ce « socialisme à la chinoise 2050 » ?

    Rien ! Du vent ! Derrière ce mirage reposant sur un endettement généralisé, la tentative désespérée de faire copain-copain avec un Trump, est tapie la réaction moyenâgeuse, les mandarins de la Chine des seigneurs, qui attendent patiemment leur heure, pour refermer la parenthèse du maoisme, même light.

    A quand un Eltsine en Chine ! Et un Poutine qui suivra.

    Le drôle dans cette affaire c’est que la IV Internationale s’est décomposée dans les année 50, sur cette question théorique de savoir si les bureaucraties « ouvrières » étaient gage d’avenir et de prospérité.

    Au milieu des paralytiques le boiteux est une gazelle !

  5. Tout d’abord merci à vous deux de nous faire partager vos impressions « Chinoises ». C’est un plaisir de vous lire mais aussi une inquiétude naissante. La politique de l’enfant unique: le « petit empereur », le parti communiste tout puissant confisquant le pouvoir et surtout l’émergence d’idées nouvelles et tout ceci agrémenté avec du matérialisme pour effacer des années de souffrances ou bien remplir un vide laisser par l’absence de spiritualité…je sais pas où va la Chine même si je me fais pas d’illusion qu’elle va devenir la première puissance capitaliste du monde mais peut on en attendre une sorte de leader « écolo », sauveur de la planète comme Paul parfois le laisse entendre??Là où l’Europe et surtout les États Unis ont échoué, la Chine devrait réussir?Je reste vraiment perplexe….
    Quand je lis vos articles, je ne peux pas m’empêcher de repenser à cette femme écrasée quelque part dans une ville chinoise dans l’indifférence générale ou cette fillette de 2 ans surnommée « Yue yue » ayant subit le même sort. Ces fait divers font écho à cette société Chinoise que vous décrivez repliée sur elle même et idolâtrant le dieu « Argent ». On n’est plus trés loin de cette excellente vidéo « In Shadow » de Lubomir Arsov. Non vraiment je reste inquiet par ce qui se déroule devant nos yeux. Paul disait dans un précédent billet que nous sommes prêt…….Oui mais prêt à quoi???
    Aujourd’hui, j’ai la conviction du scénario suivant:
    Étape 1: la puissance dominante surarmé est en déclin. On est entrain de le vivre. Les États Unis ont aujourd’hui tout les symptômes de l’empire qui se lézarde.
    Étape 2: Sa population frustré et apeuré par ce nouveau destin se laissera séduire par un discours des plus nauséabonds. Faites le parallèle avec la prise du pouvoir du Nazisme, sa montée en puissance, comment une poignée de fou a pris le pouvoir , comment des idées aussi noires ont pu émergées dans une société aussi riche intellectuellement. L’Allemagne est le témoin qu’aucune société même les plus raffiné sont à l’abri du mal. Aujourd’hui, les États Unis sont un bon client potentiel. Donald Trump est juste un avant goût!
    Étape 3: Le nouveau gouvernement dictatorial des États Unis se chercheront alors un ennemi. Celui ci sera tout indiqué et se trouvera de l’autre côté du pacifique. A cette époque, la Chine sera aussi puissante militairement que les États Unis. Il se passera alors ce qu’on pensait inimaginable mais l’un des deux va appuyer sur le bouton…..
    Étape 4: Une poignée d’humain survivra. Ils fonderont alors une nouvelle société. Le capitalisme sera étudié dans les universités et rangé comme l’esclavage ou la monarchie dans le rayon des « idées mortifères ». Je sais pas si une « société termite » aura émergé, c’est pas impossible. Il est vrai que quand on regarde la nature ce genre d’organisation sociale est très résiliente. De même quand , on regarde le fonctionnement d’un organisme vivant, celui ci est constitué de cellules dont les rôles sont bien défini et encadré. Mais alors où se trouvera la liberté individuelle? Peut être que les idées des « lumières » étaient un leurre? Peut être que la liberté individuelle était nécessaire pour faire tomber les monarchies mais aujourd’hui ?
    Alors oui, nous sommes prêt……. mais prêt à quoi???

    1. Quoi ? L’avenir : une fin , un moyen , un vide , un reste .

       » Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre , ni de réussir pour persévérer « .

      Un anarchiste dira qu’il faut entreprendre pour espérer réussir .

      Un philosophe dira qu’on ne réussit que lorsqu’on utilise des moyens à la hauteur de la fin que l’on se donne et qui est notre raison d’être humaine .

      Il faut se démerder avec ça et la démocratie comme passe partout .

      Je ne redirai pas mon propre « quoi » qui tient en trois mots et étendus au vivant !

      1. Mais , vous avez raison , je ne me reconnaitrai jamais dans un « quoi » qui ne serait pas le résultat d’une libre et générale confrontation d’idées et de désirs .

        Le « quoi  » chinois , qui ne m’est pas clair , ne sera donc pas mon « quoi , prêt à l’emploi » .

    2. @ Pierre.

      Étape 1: la puissance dominante est en déclin. On est entrain de le vivre. Les États Unis ont aujourd’hui tout les symptômes de l’empire qui se lézarde.

      Étape 2: La bourgeoisie US frustrée et apeurée par ce nouveau destin se laissera séduire par un discours de plus en plus réactionnaire, de plus en plus nauséabonds. Faites le parallèle avec la prise du pouvoir du Nazisme, sa montée en puissance, comment une poignée de fou a pris le pouvoir.
      Donald Trump est juste un avant goût!
      Mais si la bourgeoisie est capable de se ranger derrière un Trump, il n’en va pas de même pour le jeune et grand peuple américain.
      Celui ci, et en tout premier lieu le prolétariat, à travers le mandat menteur de Trump, se rend compte à quel point il est joué.
      La politique de Trump est de manière caricaturale une politique de classe.
      Déjà on s’agite dans les chaumières, pour ne pas réitérer 2016. On veut, on va se ranger comme un seul homme derrière un Sanders, ou mieux travailler à un front unique ouvrier.
      Et si la Commune de Chicago de Jacques London était à l’ordre du jour ?

      Étape 3: Le nouveau gouvernement socialiste des États Unis se fera inévitablement beaucoup d’ennemis. Sans nul doute , le plus acharné, se trouvant de l’autre côté du pacifique.
      A cette époque, la Chine sera aussi puissante militairement que les États Unis.
      Il se passera alors ce qu’on pensait inimaginable. Les américains socialistes dénonceront à la face des travailleurs du monde, les usurpateurs communistes chinois, ces nouveaux riches, ils appelleront les travailleurs chinois, mieux au nom de l’ingérence socialiste, ils les aideront, à secouer leur joug.

      Étape 4: L’internationalisme se répandra dans le monde comme jamais. Les travailleurs fonderont alors une nouvelle société. Le capitalisme sera étudié dans les universités et rangé comme l’esclavage ou la monarchie dans le rayon des « idées mortifères ».
      Je sais pas si une « société termite » aura émergé, c’est pas impossible. Il est vrai que quand on regarde la nature ce genre d’organisation sociale est très résiliente. De même quand , on regarde le fonctionnement d’un organisme vivant, celui ci est constitué de cellules dont les rôles sont bien défini et encadré. Mais ce n’est pas a nous contemporains, de déterminer quelle nouvelle société se bâtira, se sera à ses acteurs .

      Mais alors où se trouvera la liberté individuelle, s’épouvante immédiatement le petit bourgeois prisonnier de ses préjugés ?

      Peut être que les idées des « lumières » étant un leurre ? Peut être que la liberté individuelle étant nécessaire pour faire tomber les monarchies, mais pas plus, demain la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen sera dépassé par une nouvelle Déclaration politique supérieur en tout à la précédente: La Déclaration des Droits de l’Homme Citoyen.

      Alors oui, l’humanité nouvelle sera prête……. prête à faire que les hommes vivant en paix ensemble, vivent en paix avec la nature.

      Aujourd’hui, ayons la conviction que l’histoire n’est pas écrite, ce serait trop facile !

    1. @Hervey
      L’histoire des échanges de faïences et de porcelaines entre Europe et Asie aux XVIIIe et XIXe siècles sont aussi très riches d’enseignement. Difficile de trouver sur le Net un article synthétique agréable et facile à lire pour tous.

  6. Bonjour
    Je viens de passer à peine deux jours à Wuhan, mais en voyant Bangkok juste après, cela attire des commentaires de ma part :

    1) La capacité de décision collective reste surprenamment élevée, malgré l’individualisme. L’interdiction des mobylettes à moteur, totale (au profit des petites électriques), fait des ruelles des lieux silencieux (l’université est d’un calme forestier). Mon seul précédent passage en Chine, il y a 2 ans seulement vers Shanghai, m’avait laisser ouïr les dizaines de motocyclettes à moteur pétaradant à chaque feu. Gros changement, et je doute que d’autres pays/villes d’Asie polluées arrivent à être aussi directives.

    2) De façon assez surprenante, le mot « bourgeois » n’est pas vraiment connu par les jeunes qui ont pourtant des cours de marxisme notés. Même après traduc, ça reste « bof bof ». En effet la bourgeoisie dans la vulgate marxiste simplifiée, c’est la classe possédante capitaliste, et ce mot ils le connaissent bien. Mais la polysémie française qui fait de la bourgeoisie la classe moyenne supérieure (avec la grande bourgeoisie qui est plus directement capitaliste, et pas la « petite »), classe qui porte avec elle son consentement calculé au réformisme, et engendre peu ou prou l’énnemi petit-bourgeois que haït tout un pan du communisme du XXe siècle…

    Mon avis sur la Chine, dans la foulée de cette remarque, est que c’est la segmentation de leur bourgeoisie qui va déterminer son succès ou son risque de déboucher sur une contradiction. D’ici 30 ans, il peut y avoir des choses très bloquantes, je ne saurais pas dire très bien lesquelles entre la disparition des ouvriers ici ou là ou la concentration de l’immobilier dans peu de mains, mais si le pouvoir central « se rate » sur une des contre-réactions dont il est le fin manœuvre actuel, le fossé se rapprochera assez vite.

      1. Ok Vigneron, j’apprécie ces clarifications utiles, grazie.

        Cela dit, pour le gouvernement chinois, la dictature ne doit pas nuire au commerce, et le commerce se veut compatible avec une dictature; mais ce n’est pas le seul…E va la nave !

        « De l’autre, on perçoit le pouvoir autoritaire de la Chine spontanément enclin à soutenir tous les pouvoirs autoritaires de la région, en particulier celui de Bachar El-Assad en Syrie. C’est ne pas voir que l’intérêt de la Chine, dans cette région comme dans n’importe quelle région du monde, c’est le commerce, la libre-circulation des capitaux et des marchandises. À cela, il y a une condition : la paix. Et c’est aussi transposer en Chine notre façon de penser : il est bon, il est nécessaire que les États étrangers adoptent nos institutions et notre façon de gouverner. Rien n’est plus étranger à la façon de penser des Chinois, qui n’ont jamais prôné, ni au Proche-Orient ni ailleurs, l’imitation de leur façon d’organiser l’État. Les Chinois reconnaissent à chaque peuple le droit d’exercer sa souveraineté, et en particulier celui de choisir ses institutions. »
        https://www.lenouveleconomiste.fr/la-chine-nest-pas-un-simple-spectateur-au-proche-orient -34514/

        https://theconversation.com/la-chine-confirme-ses-velleites-de-conquete-du-monde-menee-par-un-xi-tout-puissant-86359

        http://www.epochtimes.fr/communisme-chine-daujourdhui-103845.html

    1. Pour faire son « petit marché » la Chine est pleine de promesses, entre achats de terre en Afrique, entre autres, et « sésame ouvre toi » : d’ailleurs BlackRock ne s’y est pas trompé…

      « Michael Gruener, directeur de la région EMEA Retail chez BlackRock, ajoute : « La Chine est l’un des plus grands marchés boursiers du monde, mais en raison des restrictions de détention, les investisseurs étrangers ont été très peu exposés aux actions chinoises. Maintenant, avec l’accès aux sociétés chinoises onshore à travers l’ouverture récente du programme Stock Connect, ils ont désormais la possibilité d’investir dans un marché précédemment inexploité. » »
      http://www.next-finance.net/BlackRock-lance-un-nouveau-fonds-d

      Elle est pas belle la vie au pays de Xi ? Touchante la photo de la bambinette chinoise…
      Humain trop humain ?

      1. Les légendes noires et mythes commodes nés du mauvais journalisme continuent de percoler, mimiles.
        Bel exemple que celui de l’accaparement des terres d’Afrique ou d’ailleurs par la Chine.
        Mais bon, il reste heureusement quelques vrais journalistes qui font le job…
        https://m.huffpost.com/us/entry/10056780

  7. Pendant ce temps, de l’autre côté du Pacifique, Gates, Buffet et Bezos sont déclarés aussi riche que la moitié la plus pauvre des Américains et Ray Dalio, boss de Bridgewater, plus gros hedge fund au monde, en se fondant sur son diagnostic d’une économie US coupée en deux entre l’économie des “bottom 60%” et celle des “top 40%”, est sur le mode “Alerte Rouge”.
    https://www.linkedin.com/pulse/our-biggest-economic-social-political-issue-two-economies-ray-dalio/

    In Summary

    Average statistics camouflage what is happening in the economy, which could lead to dangerous miscalculations, most importantly by policy makers. For example, looking at average statistics could lead the Federal Reserve to judge the economy for the average man to be healthier than it really is and to misgauge the most important things that are going on with the economy, labor markets, inflation, capital formation, and productivity, rather than if the Fed were to use more granular statistics. That could lead the Fed to run an inappropriate monetary policy. Because the economic, social, and political consequences of an economic downturn would likely be severe, if I were running Fed policy, I would want to take this into consideration and keep an eye on the economy of the bottom 60%. By monitoring what is happening in the economies of both the bottom 60% and the top 40% (or, even better, more granular groups), policy makers and the rest of us can give consideration to the implications of this issue. Similarly, having this perspective will be very important for those who determine fiscal policies and for investors concerned with their wealth management. We expect the stress between the two economies to intensify over the next 5 to 10 years because of changes in demographics that make it likely that pension, healthcare, and debt promises will become increasingly difficult to meet (see “The Coming Big Squeeze”) and because the effects of technological changes on employment and the wealth gap are likely to intensify. For this reason, we will continue to report on the conditions of “the top 40%” and “the bottom 60%” separately (as well as on the averages), and we encourage you to monitor them too.

    1. @ Vigneron.

      Ne va pas trop vite en besogne Vigneron.

      Les suicides politiques sont le propre des partis ouvriers, pas des partis et personnalités bourgeoises.

      Le blocage politique repose, d’une part sur le fait que là bas, on donne encore l’illusion de la possibilité de faire vivre un semblant de régime parlementaire, sur la base de la reconnaissance d’une représentation proportionnelle; d’autre part sur un antagonisme idéologique dans les partis bourgeois, entre les nostalgiques du III Reich, et les ayatollah libéraux, ayant besoin par nécessité d’ouverture, de ne pas remettre le nez dans leur passé boueux.

      Pour ce qui concerne le régime, le blocage politique actuel, va fatalement pousser la bourgeoisie allemande à aller voir ce qui ce passe ailleurs, du coté de la Russie, de la Chine et même de la France.

      Démonstration est faite que partout dans le monde, la forme universelle de la domination de classe de la bourgeoisie, va épouser toujours plus, la forme de régimes bonapartistes (voir fascistes) réduisant à peu de chose les libertés démocratiques.

      Pour ce qui concerne Merkel, et ses velléités de vouloir contenir la poussée raciste et xénophobe des populistes de l’AfD , cela ressemble à si méprendre aux processus en cours en France.

      Les libéraux du FDP, ces ayatollah, ont bien tord de mettre un couteau sous la gorge du CDU-CSU, à avoir eux claqués la porte à Merkel. Ils sont entrain de scier la branche sur laquelle est perché leur gros cul de nantis, cette minorité qui profite seule des fruits de la mondialisation, voyant dans la politique d’ouverture de Merkel la possibilité de faire baisser toujours plus les salaires allemands.

      Le fond idéologique dans le monde n’est plus à l’ouverture. La fête est finit. Et il n’y a plus que des libéraux allemands ou français, la commission de Bruxelles aussi, qui peuvent s’imaginer une Merkel, se faire hara-kiri au nom d’un ultra libéralisme condamné !

      Merkel (comme Sarkozy et son sbire Wauquier) est un animal politique.

      Nous n’allons pas vers de nouvelle élections en Allemagne, nous n’allons pas vers un gouvernement Bob Marley, nous allons vers une réconciliation historique des droites … comme en France.

    2. Tu sais quoi machin ?
      On n’a pas besoin de toi pour connaître de la réalité selon tes Évangiles mal digérées ; ça fait plus d’un siècle et demi que c’est dans le domaine public, régurgité, asséné, prêché, vulgarisé, recyclé, et mieux que tu ne saurais faire, par meilleur que tu ne saurais être.
      Bref, tu nuis fondamentalement à ta cause autant qu’à notre humeur.

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