LA GRANDE COALITION, UNE FORMULE QUI S’ÉPUISE, par François Leclerc

Billet invité.

Un second round de négociations va s’ouvrir en Allemagne, mais Angela Merkel n’est pas au bout de ses peines. La reconduction de la formule de la Grande Coalition s’est imposée par défaut et fait du SPD un partenaire indispensable qui va se faire désirer.

La chancelière annonce vouloir boucler un accord d’ici à la fin décembre, mais elle fait preuve d’un incontestable optimisme. La CDU-CSU et le SPD entreront en réunion avec chacun des lignes rouges à ne pas franchir. Les demandes d’abolition de toute assurance santé privée, ou de la généralisation de la sécurité sociale des sociaux-démocrates ne sont pas acceptables pour la CDU-CSU, et l’objectif de dégager un surplus budgétaire ou le plafonnement à 200.000 du nombre annuel de réfugiés accueillis ne sont pas négociables pour ces derniers.

Dans les sondages, où il augmente son score en se rapprochant de celui du SPD, le FDP apparait comme tirant le mieux les marrons du feu. Christian Lindner a justifié sa rupture des négociations précédentes en expliquant qu’une coalition Jamaïque n’aurait pas pu tenir longtemps en raison de l’importance des désaccords. En réalité, il a calculé avoir plus à perdre qu’à gagner dans cette aventure et que rester dans l’opposition en surfant sur la droitisation de l’opinion publique était à son avantage.

Si elle voit le jour, la Grande Coalition en gestation pourrait se révéler être la dernière, la formule qui a tant servi usée. De l’extérieur et dans l’opposition, le FDP va en attendant peser de tout son poids retrouvé sur la CDU, au détriment du positionnement vers le centre d’Angela Merkel qui a électoralement pénalisé le SPD.

La presse allemande a apporté un intéressant éclairage sur le round précédent et les tentatives d’Angela Merkel de garder tout le monde à son bord jusqu’au bout. Elle aurait accepté de ne pas ratifier l’accord commercial Ceta avec le Canada, à la demande des Verts, et refusé de proscrire le principe d’un budget européen, à celle du FDP, afin de ne pas avoir à totalement rejeter les propositions d’Emmanuel Macron ultérieurement. Ce qui représente une faible consolation pour celui-ci, désormais réduit à fonder ses espoirs dans un SPD qui n’est pas prêt à ruer dans les brancards sur la politique européenne et préfère négocier sur les questions sociales plus payantes électoralement.

Mais n’anticipons pas…

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