Pékin remporte la bataille pour un ciel bleu – mais les pauvres en payent le prix, par Simon Denyer

Ouvert aux commentaires. Merci à Joel Bomane pour la traduction.

Pékin remporte la bataille pour un ciel bleu – mais les pauvres en payent le prix, par Simon Denyer © The Washington Post, le 13 janvier 2018 

Il y a un an, la capitale chinoise était en proie à un smog étouffant et potentiellement mortel qui rendait la vie pénible avec une pollution dangereuse pour la santé respiratoire. Ce mois-ci, l’air à Pékin est sain et le ciel bleu. Le vent et la météo ont joué un rôle, mais ce n’est pas dû au seul hasard.

L’année dernière, Pékin a enregistré la plus grande amélioration de la qualité de l’air jamais enregistrée. Selon Greenpeace East Asia, la concentration moyenne de particules (PM2.5) a chuté de plus de 20 %.

Dans une course effrénée pour atteindre les objectifs de fin d’année en matière de pollution atmosphérique et lutter contre le smog hivernal habituel, 5.600 inspecteurs environnementaux provenant des quatre coins du pays ont été embauchés et envoyés dans le cœur industriel de la capitale.

Des dizaines de milliers d’usines reconnues polluantes ont été forcées d’effectuer des opérations de nettoyage ou ont tout simplement été fermées, tandis que des millions de ménages ont dû abandonner à la hâte le chauffage au charbon au profit du gaz naturel.

Le ciel bleu a un prix : les usines fermées avaient soutenu des milliers d’emplois. Des millions de personnes vivant dans la région environnante de Pékin ont perdu leur chauffage au charbon sans recevoir de chauffage à gaz en remplacement et ont souffert du froid. 

Le prix à payer sur le plan social conduira inévitablement à des pressions pour faire reculer la politique de l’air pur. Pour l’instant, cependant, ce résultat démontre une puissante volonté politique mettant en doute une hypothèse de longue date, à savoir que le Parti Communiste ferait toujours passer l’économie avant l’environnement. Ce résultat a fait naître l’espoir que le pays pourrait prendre un virage décisif pour s’attaquer à son tristement célèbre problème de pollution.

« Nous devons reconnaître qu’une bataille très importante a été gagnée » a déclaré Ma Jun, le fondateur de l’Institute of Public and Environmental Affairs à Pékin.

« Cela pourrait être une étape très importante pour gagner la guerre ».

En 2013, en réponse à une forte colère populaire, le Premier ministre chinois Li Keqiang a lancé une « guerre contre la pollution atmosphérique ». Puis, poussé par « l’airpocalypse » de l’hiver dernier, comme on l’appelait familièrement, Li lança un nouvel appel aux armes en mars, s’engageant lors de la réunion annuelle du Congrès national du peuple à « mener résolument une bataille âpre pour défendre le ciel bleu ».

Yanmei Xie, un expert de la politique chinoise chez Gavekal Dragonomics, qualifie ces derniers mois de campagne de « choc et stupeur ». 

En 2014, le maire de Pékin a déclaré qu’il avait conclu un contrat de « vie ou de mort » avec le gouvernement central pour ramener la concentration de PM2.5 à 60 microgrammes par mètre cube, contre environ 90 auparavant. Fin 2016, l’objectif semblait hors de portée, Il a alors été remplacé.

Même au cours des derniers mois, peu de gens auraient pensé que Pékin atteindrait l’objectif fixé, a déclaré Li Shuo, conseiller principal de Greenpeace en matière politique.

« Il y avait tellement d’acteurs impliqués, il était difficile de faire appliquer la loi sur le terrain ; ce n’est pas seulement pour le secteur de l’énergie, mais pour celui du chauffage, du fer et du ciment, de la construction et du transport »,  a-t-il expliqué. « Et qui sait dans quelle direction le vent soufflera ? »

Contre toute attente, et avec un peu d’aide du vent, l’objectif a été atteint.

« C’est fascinant de constater que tout a fonctionné, et cela nous a obligés à revoir certaines de nos hypothèses », a ajouté Li. « Si les dirigeants sont déterminés à faire quelque chose, et s’ils pouvaient vraiment améliorer la qualité de l’air ? »

À Pékin, les ventes de masques de protection et de purificateurs d’air ont diminué, et le nombre de « jours de forte pollution » est tombé de 58 jours en 2013 à 23 en 2017. Grâce en partie à la météo, les niveaux de PM2.5 à Pékin au quatrième trimestre de l’année dernière ont été inférieurs de moitié à ce qu’ils étaient un an plus tôt, selon le calcul de Greenpeace. Les écoliers, souvent gardés à l’intérieur lors de la récréation durant les pics de pollution, ont été autorisés à jouer à l’extérieur plus souvent.

Mais les mesures ont aussi été une arme à double tranchant, ou une arme utilisée avec maladresse.

Dans la province de Hebei, qui entoure Pékin, les ouvriers de l’usine se plaignent des ralentissements et des fermetures qui menacent leurs revenus et leurs moyens de subsistance, alors que les habitants ont lutté pendant des semaines dans des conditions de grand froid parce que le chauffage au charbon avait été démoli sans que le gaz naturel ne soit fourni immédiatement.

Cette province, qui à elle seule produit plus d’acier que toute l’Europe occidentale, est le plus grand foyer de pollution atmosphérique industrielle au monde. Ici, le ciment, la céramique et les usines chimiques dégagent une fumée épaisse, et quand le vent souffle du sud, un nuage toxique est envoyé vers le nord et la capitale.

Pendant des années, les dirigeants de Hebei ont été réticents à faire quoi que ce soit qui aurait porté préjudice à leur propre économie, priver les travailleurs de leur emploi et pouvant provoquer potentiellement des troubles sociaux. Des usines polluantes mais aussi génératrices de recettes fiscales et d’emplois étaient considérées comme intouchables, et les inspecteurs du ministère de la Protection de l’Environnement semblaient impuissants.

L’année dernière, les choses ont changé. La classe moyenne à Pékin était un électorat trop important pour être ignoré, et la mauvaise qualité de l’air de la capitale était une humiliation aux yeux du monde entier.

Dans le cadre d’un « plan d’action hivernal », les inspecteurs recrutés dans d’autres régions du pays se sont vus confier un mandat beaucoup plus renforcé, se disputant entre eux le nombre d’usines fautives qu’ils pourraient fermer.

Un grand nombre de petites usines ont dû fermer leurs portes, tandis que les plus grandes ont été obligées de passer du charbon au gaz naturel et d’utiliser des filtres pour réduire les émissions polluantes. De grands projets de construction ont été interrompus, et des poêles à charbon ont été démolis dans des millions de foyers.

Partout dans la province du Hebei, des panneaux annoncent des zones « exemptes de charbon ».

« Le gouvernement central s’est servi de la pression publique, l’aspiration du peuple à un air pur, pour briser la résistance locale », a déclaré Ma, de l’Institut pour les affaires publiques et environnementales.

Dans leur désir de plaire au gouvernement central, certains fonctionnaires ont dépassé les bornes en démolissant des millions de chauffages au charbon avant de les remplacer. D’autres résidents ont fait installer les nouveaux systèmes, mais n’ont trouvé aucun gaz dans les conduites ; les usines qui transforment le même charbon en gaz ont aspiré tous les approvisionnements disponibles.

Alors que des millions de personnes frissonnaient dans des conditions glaciales et s’adressaient aux médias sociaux pour exprimer leur colère, le gouvernement a décidé de changer de cap en début décembre, assouplissant son interdiction à l’égard du charbon.

Le passage est arrivé trop tard pour le restaurateur Jiao Changguo, 47 ans, dans le village de Xijiao, dont le poêle à charbon a été démoli il y a deux mois. La semaine dernière, à midi, son restaurant était froid et vide. Il a une bouteille de gaz et un chauffage de terrasse, mais c’est trop cher à faire fonctionner, à moins d’avoir des clients. Et avec toutes les usines de colle du quartier qui ont été fermées par les inspecteurs, des clients il en a très peu.

« Depuis le début de la politique de protection de l’environnement, le revenu des gens — eh bien, il n’ y a tout simplement pas de comparaison avec le passé », confie-t-il. « Quand il s’agit de l’avenir, pour les gens ordinaires, surtout dans les villages, il n’y a pas de perspectives ».

Dans la municipalité voisine de Zuogezhuang, la Langfang Xinsitong Wood Industry Co. qui emploie normalement une centaine d’employés pour fabriquer des contreplaqués et des panneaux de menuiserie, est restée inactive la semaine dernière. L’entreprise a dépensé 1 million de yuans (130 000 €) et passé deux mois l’année dernière à démolir ses chaudières à charbon et à installer du gaz naturel, a déclaré la vendeuse Zhang Caihong, mais maintenant il n’ y a plus de gaz après cette perte de deux mois de production pour le passage du charbon au gaz, et la main-d’œuvre a été renvoyée chez elle avant le Nouvel An chinois en février.

« Zuogezhuang est dans le pétrin », a-t-elle déclaré. L’année dernière, son entreprise a encore perdu quatre mois de production en raison de diverses fermetures imposées par le gouvernement, parfois pour s’assurer que le ciel soit bleu lors de « réunions importantes » à Pékin, et elle aura probablement du mal à survivre si cette année devait être aussi mauvaise.

« Plus de la moitié des entreprises ici ne fonctionnent pas en ce moment », dit-elle. « Si vous revenez l’année prochaine, vous verrez que certaines d’entre elles n’existeront plus ».

On peut faire la même expérience dans toute la province du Hebei, ce qui soulève la question de savoir si la récente campagne sera maintenue cette année. Récemment, le pendule a oscillé entre l’économie et l’environnement. En 2014, la consommation de charbon a commencé à chuter, à la surprise générale, mais deux ans plus tard, le gouvernement a lancé un plan de relance au bénéfice de la construction et de l’industrie lourde, déversant plus de polluants dans l’air.

Cependant, dans l’ensemble, sous la présidence de Xi Jinping, les préoccupations environnementales ont plus de poids, a déclaré Xie de chez Dragonomics.

Mais la seule volonté politique ne suffit pas, dit-elle. Une transformation en profondeur de l’économie doit avoir lieu si l’on veut que les progrès se poursuivent.

Dans l’ensemble, au cours des quatre dernières années, Greenpeace estime que les niveaux moyens de PM2.5 dans les 74 villes chinoises pour lesquelles des données sont disponibles ont chuté de 35 %. Mais l’amélioration plus récente et spectaculaire de Beijing et Hebei au quatrième trimestre a été toutefois pondérée par une dégradation dans d’autres parties du pays, y compris dans les provinces d’Anhui et de Jiangsu, qui jouxtent Shanghai.

Liu Yang a contribué à ce rapport.

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12 réflexions sur « Pékin remporte la bataille pour un ciel bleu – mais les pauvres en payent le prix, par Simon Denyer »

  1. Souvenons-nous l’hiver dernier, sans trop se focaliser dessus. Cette amélioration récente parait spectaculaire, justement pondérée à la fin de l’article. Les statistiques de mesure de particules fines comme les variations météorologiques sont à prendre avec précaution pour mesurer l’évolution du climat.
    Il est probable que les pauvres en payent le prix , ils respirent cependant le même air, sont susceptibles de souffrir de cancers sans couverture sociale (c’est ça la pauvreté, la classe moyenne parait subitement plus pauvre avec des cancers), difficile de savoir ce qu’ils en pensent vraiment: « Depuis le début de la politique de protection de l’environnement, le revenu des gens — eh bien, il n’ y a tout simplement pas de comparaison avec le passé … Quand il s’agit de l’avenir, pour les gens ordinaires, surtout dans les villages, il n’y a pas de perspectives ». Les pauvres ont la nostalgie des campagnes, je crois qu’ils ne sont pas contre un air épuré, seulement la classe moyenne, le gros des consommateurs, pourraient contrôler leurs dépenses afin de ne pas légitimer cette exploitation meurtrière, mettre la main à la poche pour respirer mieux, voir y garder les deux mains au chaud en attendant confirmation d’un mieux.

  2. Décidément, la tendance est à l’assainissement.
    Notre Dame des Landes est abandonné, définitivement, dixit notre PM Edouard Philippe. Face à l’urgence, les politiques se réveillent enfin ?

  3. Une bataille très importante a été gagnée, gagner la guerre, guerre contre la pollution atmosphérique, nouvel appel aux armes, mener résolument une bataille âpre pour défendre le ciel bleu, un contrat de « vie ou de mort , un expert de la politique chinoise qualifie ces derniers mois de campagne de « choc et stupeur » !

    Sous la pression de qui, quelle couche sociale voit dans cette campagne militaire, cette inflation de tons martiaux, une question de vie ou de mort ?

    « …L’année dernière, les choses ont changé. La classe moyenne à Pékin était un électorat trop important pour être ignoré, et la mauvaise qualité de l’air de la capitale était une humiliation aux yeux du monde entier… »

    Prière de ne pas rire. Ce serait donc l’électorat de la classe moyenne chinoise qui aurait poussé le gouvernement « communiste » à partir à l’assaut du ciel brumeux ! Et depuis quand il y a t il des élections démocratiques en Chine ? Laissons donc de coté l’avis de notre auteur, et ne retenons que ce « monde entier », l’impérialisme, pour rechercher d’où vient la pression, poussant la dictature chinoise à tenter de passer comme un rouleau compresseur sur son prolétariat.

    Cet article est excellent et bien documenté, sur le coût social qu’occasionne cette volonté de la Cop 21 d’aller vers une décroissance mondiale. Il ne cache pas non plus qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, puisque il ne peut pas cacher que les résolutions de l’empereur Xi sont certes à géométrie variable:

    « En 2014, la consommation de charbon a commencé à chuter, à la surprise générale, mais deux ans plus tard, le gouvernement a lancé un plan de relance au bénéfice de la construction et de l’industrie lourde »

    Conclusion de nos écologistes épris comme il se doit de monde libre:

    « Mais la seule volonté politique ( des communistes- rajouté par moi)) ne suffit pas, dit-elle. Une transformation en profondeur de l’économie doit avoir lieu si l’on veut que les progrès se poursuivent.  »

    En clair, faute de mieux nous nous appuyons sur l’existant, les pékins du moment, mais pour ce qui concerne fermer les usines et jeter sur le pavé des millions de prolos, d’expérience nous savons que les capitalistes sont encore les meilleurs.

    A quand une révolution libérale en Chine ?

    Il y a dans notre époque une montée incroyable de la pensée réactionnaire extravagante. Tout est bon pour eux, dans leur but d’avancer vers leur société égoïste rêvée et absolument plus universelle .

    Les écologistes décroissant sont durs et intraitables d’avec le prolétariat, parce que compatissant d’avec la bourgeoisie ( et leurs amis bureaucrates), cette bourgeoisie et son système, qui ferment les mines de charbons avant de faire couler dans les tuyaux du gaz.

    « certains fonctionnaires ont dépassé les bornes en démolissant des millions de chauffages au charbon avant de les remplacer. D’autres résidents ont fait installer les nouveaux systèmes mais n’ont trouvé aucun gaz dans les conduites  »

    Un vieux slogan de la SNCF affirmait que le progrès ne vaut que si il est partagé.

    La bureaucratie de Xi va échouer, parce qu’avant de démolir le foyer d’une chaumière, il aurait dût faire interdire les 4X4 à Shangai:

    « Mais l’amélioration plus récente et spectaculaire de Beijing et Hebei au quatrième trimestre a été toutefois pondérée par une dégradation dans d’autres parties du pays, y compris dans les provinces d’Anhui et de Jiangsu, qui jouxtent Shanghai.  »

    A bas la dictature sur le prolétariat de l’empereur Xi et sa caste de parvenus pollueurs !

    A bas la dictature des ayatollahs écologistes au service des capitalistes pollueurs !

    Pour un pouvoir rouge, sans lequel l’espérance d’une planète verte, restera la feuille de vigne, cachant la cynique décroissance économique, n’ayant comme seul but que la survie du profit capitaliste, et comme corollaire la paupérisation absolue des masses.

    Non pas une révolution libérale en Chine, mais une révolution politique prolétarienne !

  4. Merci pour cet article éclairant. Si l’efficacité est notre boussole, comme le répètent à l’envi nos politiques, alors il faut reconnaître que la méthode martiale des chinois a du bon. Mais est-ce bien ce que l’on souhaite ?
    Par ailleurs, aux commentaires précédent je veux faire remarquer l’augmentation considérable du trafic aérien low coast enregistré à l’aéroport de Toulouse en 2017, au moment où l’on abandonne NDDL…
    Illustration singulière du fameux « en même temps » ?

  5. Dans le même ordre d’idée ,il faut interdire la voiture individuelle a Bruxelles et je me fout de l’avis des pauvres !
    Les particules fines ,les privent ,eux aussi de 14 mois d’existence , et un conducteur est de toutes façons un idiot réactionnaire qui n’en a cure !
    DURA LEX , SED LEX !

  6. Cet article est pour moi malsain, paternaliste (i.e. impérialiste) et pathétique. Il dépeint un conflit entre la classe pauvre (?) et la classe moyenne (?) sur la pollution, alors que les conflits environnementaux ne se passent pas vraiment de cette façon. Il fait appel à des comparaisons erronées avec notre système de contrôle. Il mélange des informations de Greenpeace (et rien de l’Etat, des inspecteurs ?) et des témoignages isolés. Il répond sans doute à une mentalité étasunienne…
    Je crois comprendre que la Chine a connu un développement anarchique de petites entreprises sans grand contrôle de la pollution intérieure (conditions de travail) et extérieure, avec un recours important au charbon. Par comparaison, on va se reporter à une situation industrielle de nos pays en fin XIXe (création de l’inspection du travail) mais aussi une situation digne des années ’60 : utilisation intensive du charbon avant la fin de cette industrie en Belgique (1960-70) qui a adopté le gaz naturel, et en France (1970-80) qui a adopté le nucléaire.
    Je peux aussi me référer ensuite à la lutte contre la pollution atmosphérique : elle est découverte après un accident à Huy (Belgique) dans les années ’30, puis après le ‘Smog’ à Londres en l’hiver 1953 (?). La découverte, c’est que la pollution tue en une nuit. (Pékin fait donc cette expérience une cinquantaine d’années après nous, mais dans une ville bien plus dense.) Il faudra encore longtemps pour que on introduise l’obligation de filtres sur les cheminées (et sur les hauteurs de cheminée pour la dispersion) et qu’on commence ensuite (années 80-90) à se soucier des PM10 en sortie de cheminée puis dans l’air ambiant, en imposant des obligations aux entreprises (d’habitude très lentement, les autorisations ne pouvant être modifiées que tous les 20 ans) . Sous l’impulsion de l’UE, les normes de PM 2.5 (dont on a découvert qu’elles sont plus insidieuses et meurtrières) sont introduites dans les années 2000, et des plans de réduction à l’échelle des villes sont réclamés par les directives européennes. Les villes européennes sont en train de s’y mettre… lentement. Autant dire que sur ce plan, la Chine parait largement en avance !
    Bien sur, le monde ouvrier et les syndicats sont longtemps sceptiques sur cette question, n’y voyant qu’une poussée de la classe bobo verte, alors que les accidents de pollution, les statistiques sanitaires (réclamées parfois par l’action de la classe moyenne, mais parfois par l’État lui-même) etc. sont le premier moteur du changement. Il en va de même pour la dioxine, où les accidents de Seveso, de Bâle et de Bhopal et les émeutes populaires qui ont suivi ont provoqué le changement. Il est imaginaire de penser que c’est une réputation aux yeux des occidentaux qui serait le moteur du changement.
    Toute cette dimension sanitaire est totalement absente de l’article, alors que Greenpeace a du pourtant en parler, sans doute.
    La mention d’un vaste corps d’inspecteurs, et d’une compétition pour l’intervention est intéressante. On pourrait la rapprocher des déboires des inspecteurs du travail vécus en France ces dernières années. J’ai bien vécu la montée en puissance des inspecteurs d’industrie et des autorités sanitaires en Belgique dans les années 2000 pour pouvoir dire que c’est un changement lent et difficile, et la rapidité de la Chine est donc étonnante.
    Enfin, il faut comprendre entre les lignes que les autorités n’ont pas su planifier et piloter suffisamment le basculement vers d’autres sources d’énergie, certainement parce que l’urgence sanitaire était réelle. On évoque notamment du gaz produit à partir de charbon (ce que nous appelions jadis le ‘gaz de ville’), ce qui permet seulement une combustion du charbon mieux contrôlée et filtrée. Mais cela n’a pas beaucoup de sens de critiquer les autorités de telle ou telle province. La Chine fait face à ses problèmes énormes de pollution de manière urgente et moderne. L’Occident s’est donné cent ans pour arriver au même niveau d’intervention. Et les conflits sur les âtres de feux ouverts à Paris, sur le bois comme source de dioxine dans les régions rurales, sur les restrictions de circulation dans les villes (vignettes hivernales) et autres projets des années 2050 à Bruxelles et ailleurs sont des illustrations de notre lutte contre notre air bien trop pollué également, mais dont l’impact sanitaire est peu suivi par nos médias.

  7. Oui,bien sur,les Chinois ont le charbon, mais nous c’est le nucléaire!
    58 réacteurs a fermer, nettoyer et remplacer: Beaucoup d’explications « Mais la seule volonté politique ne suffit pas, (dit-elle). Une transformation en profondeur de l’économie doit avoir lieu… »
    Ya du boulot TINA!

  8. @ Chabian
    « Bien sur, le monde ouvrier et les syndicats sont longtemps sceptiques sur cette question, n’y voyant qu’une poussée de la classe bobo verte »

    Nous ne sommes pas sceptiques Chabian, mais à la différence des « bobo vert », nous ne sommes pas crédules quant à voir des capitalistes ou des bureaucrates (nouveaux riches) pouvoir faire quoi que ce soit de positif.

    Le problème essentiel bien mis en lumière dans l’article, c’est que pendant que cette bureaucratie chinoise ferme des milliers d’usines, jette sur le pavé des millions de travailleurs, fait passer un hiver catastrophique aux femmes enfants d’une province habitée par le prolétariat, dans les provinces côtières comme Shanghai par exemple, là où vit « la Chine qui gagne », il n’est demandé aucune contribution à l’effort écologique.

    Libre à un bureaucrate chinois vivant dans l’opulence, de se livrer à tous ses caprices, les plus inutiles, les plus farfelus, les plus destructeur de notre planète.

    Comment voulez-vous que cette caste de centaines de millions d’individus, soit disant communistes, ne tourne pas idéologiquement, non pas écologiste, mais libéral !

    Pour vous il ne s’agit que de réglages: « il faut comprendre entre les lignes que les autorités n’ont pas su planifier et piloter suffisamment le basculement vers d’autres sources d’énergie. », naïf que vous êtes , dans l’appréciation que vous portez sur cette caste ne valant pas mieux que la caste stalinienne d’hier.

    Quel aveuglement de votre part ! La bureaucratie chinoise n’a nul intention de faire venir le gaz dans les foyers ouvriers, que dis-je ouvriers, ex-ouvriers, maintenant que ces malheureux sont privés de leur travail.

    Des centaines de millions de travailleurs chinois sont menacés aujourd’hui de paupérisation absolu. Cela ne laisse pas insensible le monde du travail et les syndicats, surtout que cette tendance historique ne se limite pas à la Chine.

    Un bobo vert est un monstre d’égoïsme, et cet égoïsme l’amène la à se réfugier systématiquement dans le déni, à ne pas se montrer trop sensible à la détresse des travailleurs, à prendre des vessies capitalistes et bureaucratiques pour des lanternes progressistes et socialistes.

    Attention bobo vert, à se faire l’idiot utile de l’oppression et de l’exploitation capitaliste (et leur amis « communistes »), à fermer les yeux sur leur politique inhumaine, vous vous exposez à la colère du prolétariat le jour venu !

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