Consentement ou pas consentement ?

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Une nouvelle question agite nos temps troublés : « Comment diable reconnaître d’une autre, une relation consensuelle ? »

Je me suis demandé pourquoi la question était nouvelle : pourquoi en effet ne se posait-elle pas autrefois ?

En y réfléchissant, je me suis souvenu d’une ancienne pratique connue sous le nom de « flirter » [de l’anglais « to flirt », elle-même du français « conter fleurette »].

La pratique consistait à échanger des propos aimables, éventuellement même spirituels. Les allusions à une future activité physique n’étaient pas à exclure, mais comme nul ne doutait vraiment de la capacité de l’autre de se montrer à la hauteur sur ce plan-là, il s’agissait plutôt pour l’une et pour l’autre de démontrer sa capacité à parler en général et, en particulier, à se soucier du bien-être de l’autre entre les moments de dépense physique commune.

Aussi, pour résoudre cette question nouvellement apparue du consentement ou de l’absence de consentement, je propose de réintroduire la pratique du flirt, en l’associant cette fois à un mode de preuve opposable devant les tribunaux : le certificat FDE (« flirt dûment effectué »).

Pas besoin de paperasses bien entendu : nous sommes modernes ! j’imagine bien une appli * sur smartphone où chacun flashe l’iris de l’autre et lui demande de confirmer en réponse à un mail automatiquement envoyé que dans la ville de X, quelqu’un a bien flashé son oeil et qu’il ou elle n’a soulevé aucune objection.

Il y a sans doute d’autres moyens possibles de trancher la question consensuelle, celle-ci me semble cependant correspondre à l’esprit de l’époque qui est la nôtre.

* Contactez-moi à pauljorionATgmail.com pour toute question de propriété intellectuelle afférente à l’appli.

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33 réflexions sur « Consentement ou pas consentement ? »

      1. C’est trop tard, Monsieur Jorion – peut-être dans une vie. Il fallait l’avoir à 40 ans, vous savez bien: « celui qu n’a de Rolex à 40 ans est un raté ». Ou celui que prend encore Métro à 40 ans. Mais il y a d’excellentes copies chinoises « Rolex », même en version dorée,.

  1. On pourrait aussi développer la technologie du polygraphe en version miniaturisée, portable et connectée afin d’éclaircir ces « non » qui pourraient vouloir dire « oui » et ces « oui » qui veulent dire « non, mais bon tant pis ». 😉

  2. Cher Paul Jorion,
    « lâcher le smartphone à aucun instant »… pour certains, c’est tout à fait « sérieux », et même « vital »…
    Rapide réaction, spontanée, à la lecture de votre billet qui, outre la réjouissante « belgitude » qui transparaît, est symptomatique de la misère de nos temps… en tout cas, dans le versant « noir » de la technologie qui tend(rait) à nous automatiser, voire nous gouverner…

    Vous dire au passage à quel point, au Japon, quotidiennement, j’en suis réellement malade de voir tous ces malades autour de moi…
    moi qui, comme quelques autres dinosaures plus ou moins « résistants » à ce que Richard Stallman appelait « le rêve de Staline devenu réalité », n’ai pas encore de smartphone (parmi tous les gens que je connais au Japon, deux Français et un Américain) , mais un simple « Gala keitai » (comme on dit en japonais – traduction littérale : « téléphone portable de Galapagos » – le mien étant un modèle qui date de 10 ans, et sur lequel je peux certes utiliser internet, mais qu’en fait je n’utilise jamais, mon seul usage étant limité aux appels et aux mails ou SMS)…

    Mais que font, du moins surtout les jeunes, mais pas seulement, avec leur smartphone, du matin au soir (suite à des enquêtes auprès de mes étudiants, la moyenne d’utilisation est autour de 5 heures par jour, certains allant jusqu’à 10 heures) ? et de fait, ils l’ont à la main en permanence, en marchant, en vélo aussi… si bien que, inventivité japonaise oblige, on peut même désormais se procurer des fixations prévues à cet usage, afin d’attacher son téléphone portable au guidon tout en roulant « tranquillement » (ce qui est de fait interdit)… Bref, que font-ils majoritairement ? uniquement des jeux (sans doute distrayants, mais pendant des heures à coup sûr abrutissants), de la connexion en réseaux sociaux (Line, Facebook, Twitter, Instagram…), des revues de sites commerciaux…

    Petit fait divers… ou plutôt fait commun (la norme dans cette génération) :
    4 adolescentes (environ 15-16 ans) arrivent dans un café, et dégainent aussitôt leur « arme d’abrutissement massif »… smartphone… dans un silence quasi religieux… Pendant les 20 mn où on était assis à côté d’elles, j’aurais pu compter les quelques bribes de mots, laconiques, échangés entre elles… Il y a encore très peu de temps, quand on était très jeune et qu’on allait au café avec des amis, c’était quand même, outre boire, pour parler, s’amuser, rire ensemble… Je sais, ça fait « vieux con »… mais en réalité, pas du tout – car cette situation anthropologique est tout à fait inédite dans l’histoire de l’humanité… sauf dans quelque monastère cistercien ou du bouddhisme zen… De fait, ces jeunes « amis japonais » (pour qui, désormais les « amis » inconnus de Facebook sont tout autant de « vrais amis » – sic) ont même précédé les inventions de Google (Google Duplex, etc.) : A quoi bon parler en effet, alors qu’un simple écran parle et fait presque tout pour vous ?

    1. Ce qui est attristant, c’est la tendance à voir un peu partout disparaître l’espace public – commun — au profit de l’attention privée, privatisée même. On s’adresse à une personne dans la rue, mais non, elle ne nous entend pas.
      Elle est coupée de l’espace public, par un casque. En contrepartie, les gens vont sur l’Internet pour chater avec des personnes qui ne sont pas physiquement présentes, parce qu’il faut bien que les gens se rencontrent.
      Mais avec en bout de course souvent le désagrément de n’avoir pas en face de soi la personne qu’on avait imaginée, parce que des dimensions de la communication humaine, certaines étapes du mutuel rapprochement, sont manquantes. Bref, l’anti-flirt !

      Oui, on peut se demander si cette tendance est irréversible, la prochaine étape étant la pose d’implants.
      Oui bien si, par un effet de balancier, ou à la faveur d’un dépassement de seuil, l’humanité à un point qui reste à définir, entrevoir, retrouvera le goût et la nécessité de se parler sur les bancs publics, pour dire vite.

      1. Je me demande si le repli sur soi n’est pas une tendance plus profonde. L’Homme vit peut-être en société par nécessité, mais la relation humaine est un investissement en émotion, en énergie…dès qu’il peut s’en passer, il se replie sur lui même en minimisant sa relation sociale, ou en la reléguant dans des espaces aseptisés ou artificiels. Si j’ai raison, ça pourrait être grave, car nous deviendrions à court terme, des cellules individuelles reliées uniquement par des espaces électroniques, propices aux fantasmes et à la déshumanisation.

        Je me demande si par exemple, le terroriste INCEL (célibataire involontaire) de Toronto, ne peut pas être analysé en prenant cette grille de lecture…solitude totale dans sa vie, chômage, relations virtuelles communautaires, et fantasmes haineux…tout est là

    1. Difficile de croire en l’amour – tout est reflèxe biologique, et comme une fleur – ca fane vite.
       » – il y a l’amour, Bardamu!
      – Arthur, l’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité moi! que je lui réponds ».
      Céline, « Voyage au bout de la nuit ».

    2. Venez dans mes rayons de plants de tomates, vous verrez l’effet du coup de foudre. Je crois qu’elles n’étaient pas consentantes.

  3. Comme dans mon dictionnaire » flirt » est immédiatement précédé de « fliquer », je vais me méfier des applications qui prétendraient mesurer le « consensuel » en ces circonstances . D’ailleurs il y a des « flirts » politiques de type ligue/M5S qui ne me semblent que préparer des MST .

    Je privilégierai ( enfin , j’aimerais bien !) l’amour courtois à fleuret moucheté .

  4. Finalement , pour répondre à la toute première question du billet , la meilleur réponse sera toujours donnée par la deuxième moitié du « consensus » .

    Au moins pour un temps .

  5. Je pense que le plus simple serait de faire l’amour sous contrôle d’huissier.

    Maintenant cela ne résoudrai pas le problème en cas de manquements aux obligations consenties. Sans doute l’occasion de développer un nouveau business-plan pour les cabinets d’avocats désireux d’ouvrir un nouveau domaine de la jurisprudence, ou de diversifier leurs activités de conseil juridique.

  6. Je suis étonné par la définition du flirt de Paul Jorion. Seulement des paroles ‘entendues » ? Il me revient tant d’ecclésiastiques qui brocardaient le « flirt » que j’en avait conclu qu’il s’agissait au moins de se bécoter (Georges Brassens) en tout bien tout honneur. Je me souviens qu’en dernière année (« réthorique », en français hexagonal : « terminale »), nous étions allé à une journée de découverte de l’ UCL (Univ Catho de Louvain). Après 30 minutes de prise de parole, le Recteur Sérénissime nous déclarait : « Quand une voiture fait le tour de la collégiale et éclaire de ses phares quelques couples en train de flirter, je le dis clairement : Non, ce n’est pas cela Louvain ». (Je cite de mémoire vive et terrorisée, c’était en 1964).
    L’honneur était sauf à peu de frais, à cette époque.

      1. Notons que le Robert historique d’Alain Rey affirme que les origines du « flirt » anglais (XVIe – agiter, remuer vivement) sont obscures et peut-être onomatopéiques, que le français « fleureter » (XVIe – voler de fleur en fleur) n’a été utilisé pour « faire la cour » qu’à la fin du XIXe, et que « conter fleurette » ne date que du XVIIe. Il donne aussi pour « flirter » la définition : « avoir des relations amoureuses plus ou moins chastes », ce qui offre pas mal de champ fleuri à l’imagination débridée des ecclésiastiques. Un Larousse 1998 définit le flirt par le caractère passager de la relation amoureuse, ce qui n’en fait pas vraiment une pratique ancienne.

        Le lien anglophone suivant va dans le même sens : https://en.oxforddictionaries.com/definition/flirt (section « Origin » en bas de page). Le verbe aurait même eu un sens assez « weinsteinien » à l’origine : « chiquenauder », pour reprendre l’équivalent donné par le Robert. Puis le substantif a flirté avec des significations moins platoniques qu’ultérieurement.

        Finalement, la ressemblance entre flirt et fleur n’est peut-être qu’un hasard qui a produit par confusion chez les francophones une atténuation de la signification du mot flirter, en faisant parfois un équivalent de « conter fleurette » (« tenir des propos galants ») qu’il n’est pas à la base.

      2. Merci à Marcel pour cette analyse éclairante. Finalement flirter est un moment à atteindre et dépasser aussitôt pour aller plus loin que ce qu’on a évoqué par des mots. J’aime bien l’idée de « chiquenauder » (et son basculement dans l’inconnu), ce qui nous amène à penser que Dieu a flirté avec son impulsion et que cela a donné le monde que l’on sait…

  7. Mais comment flirter quand on a le même vieux téléphone portable finlandais depuis 2002, fonctionnant toujours très bien, de même que le chargeur d’origine, et qu’on n’a pas envie d’en changer ? Vous me répondrez peut-être, et vous aurez bien raison : quand on est pareil tocard, à quoi bon songer à flirter ?

    Sinon, il y a d’autres solutions à faire breveter : comment parvenir à lire le blog de Paul Jorion sous Firefox ou Chromium en 1024×768 (et sans doute d’autres configs), malgré le menu latéral qui revient sur la partie gauche du texte, si du moins on n’est pas d’humeur assez ludique pour s’adonner à l’exercice intellectuel du texte à trous ?

    1°) le plus simple : CTRL++ (Affichage > Zoom avant), ce qui, combiné avec la magie de la mise en page web adaptative, fait disparaître le menu latéral comme si l’on était sur un terminal à petit écran.

    2°) le plus mauvais pour les yeux : CTRL+- (Affichage > Zoom arrière) fonctionne aussi, la marge du texte devenant suffisante pour ne plus être recouverte, mais oblige à se rapprocher de l’écran.

    3°) un rien bidouilleur (et laborieux) : clic droit sur un titre d’article (par exemple), choisir « examiner » ou « inspecter » l’élément, remonter, dans la hiérarchie d’éléments de la page qui vient de s’afficher, jusqu’à l’élément « div » avec un attribut « id » ayant la valeur « content », puis ensuite aller chercher dans ses règles CSS celle qui lui affecte une propriété « margin-left » de « 182px » et changer celle-ci pour « 240px ». J’ai commencé par celle-là, on est con, des fois.

    4°) carrément bidouilleur : pour ne pas répéter cette opération à chaque chargement de page (gniii..), écrire une extension de navigateur consacrée au blog de Paul Jorion et qui effectue automatiquement le travail du point 3°) pour chacune de ses pages. Solution non testée, on a la flemme, des fois.

      1. Ça m’a donné l’idée bizarre de taper « Jorion » dans le formulaire de recherche d’extensions de Firefox, et ça en valait largement la peine : il existe une extension « phylloxera » pour masquer les messages de certains contributeurs sur le blog, écrite par un certain « Didier », qui n’a pas eu la flemme.

        Le nom de cette extension à la popularité relative (1 utilisateur, 0 notes) ne laisse guère de doute sur le « contribuable indésirable » à l’origine de celle-ci. Visiblement, elle n’est pas officiellement soutenue par le blog de PJ, alors, à tout hasard, je la signale (et puis, comme ça m’a bien fait marrer, j’ai eu envie de partager…).

        https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/phylloxera/

    1. Firefox … dans la zone de l’adresse, vous avez une icone rectangulaire, une page. En passant la souris dessus, vous voyer ‘Mode lecture’ et cela vous enleve tout, sauf le texte….

  8. l’autre nuit, au milieu du silence des pantoufles des parents et des smartphones des enfants, j’ai entendu des bruits de botte

  9. Pourquoi encore ajouter une appli aux caméras de surveillance qui sont partout. Faites confiance aux gouvernements, municipalités, voisins paranoïaques……

      1. Certes, il faudra passer des applis procaryotes, qui font au mieux, comme structure collective, des biofilms d’applis (fb, linkedIn tumblr…) aux applis eucaryotes (celles qui sont comme les caniches de la citation de Céline, mettant l’infini et tous son fatras entrelacé forcément à notre portée).

  10. Une relation « consentie » , c’est bien ; mais une relation « consensuelle » , c’est quoi ? Une partouze ?

    PS : nous n’aurons décidément pas le point de vue féminin sur le consentement . Qu’il s’agisse , comme il y a peu , de l’enfantement ou de l’amour ( ou de la sympathie) , les femmes sont prudentes , sans doute pas sans raison .

  11. M Jorion, le Flirt Dûment Effectué ne peut pas marcher dans les cas de viol psychologique. On ne sait pas si c’est ce qui s’est passé, mais si par exemple DSK a dit à Nafissatou Dialo « Je suis Directeur du FMI, il vaut mieux faire ce que je vous demande » ou quelque chose dans le genre, la photo de l’iris alors ne prouve pas grand chose..

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