Trends – Tendances, La dynamique perverse du narcissisme des tyrans, le 21 juin 2018

La dynamique perverse du narcissisme des tyrans

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Erich Fromm, né en 1900 en Allemagne, mort en Suisse en 1980 après avoir passé de très nombreuses années aux Etats-Unis, était psychanalyste et sociologue. Il devint une figure respectée de la fameuse École de Francfort.

Fromm a publié en particulier en 1964 « Le coeur de l’homme. Son génie pour le Bien et pour le Mal », où il s’efforçait d’expliquer la personnalité d’Adolf Hitler et les raisons pour lesquelles le peuple allemand l’avait suivi. À cette fin, Fromm introduisit dans le vocabulaire psychanalytique, une nouvelle catégorie, celle de « perversion narcissique » (malignant narcissism).

Si j’évoque cet ouvrage, c’est qu’il est la principale référence à laquelle renvoient les contributeurs d’un livre publié en octobre 2017, intitulé The Dangerous Case of Donald Trump : le cas dangereux de Donald Trump, vingt-sept psychiatres et spécialistes de la santé mentale évaluent un président. Plusieurs articles de ce livre sont des allocutions présentées à l’Université de Yale en avril 2017, lors d’un colloque intitulé « A Duty to Warn », le devoir d’avertir : une règle adoptée en 1974 par 38 des 50 états américains, stipulant que si un médecin est conscient que l’un de ses patients constitue une menace pour autrui, il doit enfreindre la règle de confidentialité et doit avertir soit la police, soit directement la personne menacée.

Alors que la personnalité normale fait preuve d’un narcissisme modéré qui lui permet d’avoir un souci de soi lui permettant d’assurer sa propre survie, le pervers narcissique en a une représentation exagérée qui le conduit sur le rebord de la folie. Il peut aller jusqu’à confondre sa propre personne avec l’univers tout entier, et entrer en dépression au moindre démenti par les faits. Il n’y aurait là qu’une simple curiosité, s’il n’y avait des individus prêts à embrayer dans la mégalomanie d’un autre, permettant à celui-ci de gagner davantage de pouvoir, lequel pouvoir lui permet de modeler toujours plus le monde selon son souhait, confirmant ainsi son sentiment de toute-puissance. Fromm écrit : « grâce à son pouvoir César a su plier la réalité à ses folies narcissiques » et « ces personnalités publiques ont pu prévenir une flambée flagrante de leur psychose latente en récoltant les applaudissements et l’approbation de millions de gens », et il ajoutait : « Paradoxalement, c’est cet élément de folie dans de tels dirigeants qui contribue aussi à leur succès. Il leur procure une certitude et une imperméabilité au doute, susceptibles de subjuguer l’individu moyen. »

Hitler s’explique ainsi : il « est l’exemple même [d’] une personne extrêmement narcissique qui, sans doute, aurait pu souffrir d’une psychose manifeste s’il n’avait réussi à convaincre des millions de personnes de croire à son image de soi-même […] et à transformer même la réalité de telle manière qu’elle semblait prouver à ses partisans qu’elle était correcte. »

Qui constituera les troupes d’un pervers narcissique accédant au pouvoir ? Les candidats à un narcissisme collectif prêts à se rallier derrière l’idée d’un peuple élu, de son drapeau, de ses slogans (« Make America Great Again ! »), de son idéal de rejet des autres, autrement dit tous ceux dont la propre personne est insuffisante à constituer le support d’un sain narcissisme individuel. Fromm écrit : « Pour ceux qui sont pauvres économiquement et culturellement, la fierté narcissique de groupe est la seule source de satisfaction » et, en particulier, « la classe moyenne basse […] privée de tout espoir réaliste de voir évoluer sa situation (car ses membres sont les survivants d’un monde d’autrefois à l’agonie). »

Il existerait donc un cycle pervers conduisant à la catastrophe lorsqu’un narcissisme individuel et un narcissisme collectif s’alimentent l’un l’autre.

Est-il possible d’éviter l’apparition périodique de telles dynamiques toxiques ?

Fromm en 1964 était pessimiste : « À partirJe  de la Renaissance, ces deux grandes forces contradictoires : le narcissisme collectif et l’humanisme, se sont chacune développées de leur côté. Malheureusement le développement du narcissisme collectif a pratiquement éradiqué l’humanisme. »

Ne nous contentons donc pas de sourire devant l’apparition d’un nouveau tyran : une mobilisation pour un retour en force de l’humanisme est une question de vie ou de mort.

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36 réflexions sur « Trends – Tendances, La dynamique perverse du narcissisme des tyrans, le 21 juin 2018 »

  1. Bien d’accord avec Paul Jorion. La conclusion éclaire bien la façon dont un tyran peut agir sur chacun de nous.
    La cas d’adolphe Hitler est révélateur.
    Personnellement je n’aime pas ces politiques qui parlent au nom du peuple.

    1. D’autre part, femme du peuple, je pourrais dire que la mise en application des lois est trompeur pour le peuple. Femme du peuple comme d’autres, je suis contribuable et souhaiterais être informée un peu mieux. « Liberté, Égalité, Fraternité » cette devise reste toujours dans le flou.

  2. Je partirais plutôt de la condition collective. Paul Jorion a dit : « Qui constituera les troupes d’un pervers narcissique accédant au pouvoir ? Les candidats à un narcissisme collectif prêts à se rallier derrière l’idée d’un peuple élu, de son drapeau, de ses slogans (« Make America Great Again ! »), de son idéal de rejet des autres, autrement dit tous ceux dont la propre personne est insuffisante à constituer le support d’un sain narcissisme individuel. Fromm écrit : « Pour ceux qui sont pauvres économiquement et culturellement, la fierté narcissique de groupe est la seule source de satisfaction ».
    Or on dit souvent que les troupes de la classe ouvrière (surtout les hommes) sont aujourd’hui frappés par une frustration terrible, ne leur donnant aucun espoir de valorisation. Ils sont ainsi à la merci du premier manipulateur, du premier gourou. Déclarer Trump inapte ne changera pas les attentes des « petits blancs » que les Tea Party avaient préparés à sa venue. Cela peut donner une radicalisation par un imam radical, autant qu’une opinion israélienne réclamant de la domination colonialiste meurtrière. En ce sens, Trump ou Hitler sont aussi les profiteurs (malades) de la période de frustration qui les précède (République de Weimar ou période Obama) qui ne leur a rien apporté.
    Effectivement un politique qui prétend parler au nom du peuple et qui veut nous réunir sur ce concept pose problème. Mais des gens attendent qu’on les réunissent en un « nous » qui les entraine.
    J’ai apprécié cette discussion du populisme : https://chronik.fr/eric-fassin-gauche-doit-sadresser-priorite-aux-abstentionnistes.html

    1. Trump est un homme de pouvoir puisqu’il est président des USA.
      Moi française je peux dire que la France représente un état du territoire américain.
      La superficie territoriale rentre en ligne de compte.
      La France est un petit pays quant à sa superficie.

      1. Je peux dire qu’en France plus il y a de division du territoire et plus les depenses sont importantes.

  3. J’ai des doutes sur l’universalité de la psychanalyse. J’ai comme l’impression que ceux qui en auraient le plus besoin sont inaccessibles aux soins de la cure, parce que trop déficients. Ce qui la disqualifie, à mes yeux. Ne me contestez-pas sur ce point, je vous prie ; je le sais parce que j’en suis la preuve vivante.

    Admettons que le glissement de cette thérapeutique -et de son diagnostique – vers la politique ne soit pas abusif. Nul doute alors que Trump est malade, comme le dit l’auteur. Cela nous donne-t-il un moyen d’action quelconque? A défaut, on aura toujours la satisfaction de proclamer l’ inusable ‘Je vous l’avais bien dit’, dans quelques années.

    Trump, malheureusement pour nous, est plus que le personnage. J’ai l’intuition que l’opinion publique américaine est en train de basculer en sa faveur. C’est d’ailleurs conforme aux conditions politiques du libre échange : le pays prépondérant du moment l’impose aux autres ( à coups de canons au 19. ième siècle) et ce même pays s’en débarrasse quand il ne joue plus en sa faveur. L’action de Trump n’a rien d’une nouveauté : en 1985 , les USA ont imposé «les accords du Plaza» visant les excédents commerciaux de l’Allemagne et surtout du Japon. Ce dernier pays ne s’en ai remis que très difficilement.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_du_Plaza On notera la qualité diplomatique de la rédaction. En fait, l’Allemagne et le Japon sont passés sous les fourches caudines par une pression US rien moins que diplomatique.

    Quant à savoir si les USA, et le monde, sont sur la bonne voie avec Trump ( America First ou Great Again), c’est une autre affaire. Tout laisse penser qu’on va se le coltiner encore 6 ans. A moins que les branques qui courent après lui et ses turpitudes depuis 2 ans découvrent enfin des faits matériels le qualifiant pour une destitution.
    Entre Trump et Nixon, l’analogie est tentante. Nixon a été coincé par des journalistes-enquêteurs pugnaces, aidés par une haute administration écœurée ( et d’ailleurs désunie) . Les faits étaient matériellement prouvés. Et ils ont été suffisants quand bien même les autres actions de Nixon étaient toutes choquantes pour la démocratie américaine. On notera qu’un des reproches -les enregistrements- est maintenant assuré sur une bien plus grande échelle par la NSA et ses alliés technologiques.

    Portons nos espoirs sur le 25 ième amendement et sa section 4, à l’application toute problématique. Peut-être, si ces messieurs les psychanalystes voulaient bien se mettre en avant et éclairer de leur science un opinion publique demandeuse… Je parie que pour affronter un pervers narcissique , il faudrait l’être soi-même, au moins un peu, en plus d’être animé d’une sainte colère. Tous ces excès! c’est pas gagné…

    1. J’ai relu le « Milena » de Magarete Buber-Naumann dont j’avais fait de la pub il y a peu. Un point important : la comparaison Trump/ Hitler est fallacieuse ou inutile. Hitler n’était fort que notre immense lâcheté dans l’affaire de la Tchécoslovaquie et les suivantes. Or, de bons esprits en France et sans doute chez les Britts le savaient en toute certitude -ce point n’apparaît naturellement pas dans Milena- Comme l’a dit l’un d’entr’eux : «Nous connaissions notre Hitler sur le bout de nos doigts.» Peut-on en dire autant de Trump, malgré ce qu’en pense Paul? Pervers narcissique, probable mais je suis incompétent. Chien fou, certainement.

      J’en profite pour redire que l’expérience vécue par les pays d’ Europe centrale à partir de 1936 a été aussi une immense tragédie culturelle. Ils étaient à l’articulation de mondes germanique, slave et juif et vivaient en bonne intelligence. Milena -et son ami Kafka- symbolisent bien cette richesse, multiple et bouillonnante. Tout cela a été balayé. Il semble ne rien en subsister, du moins c’est mon impression. Une perte irréparable.

  4. Les Etats-Unis dérapent, quand il semble que Trump puisse compter sur 40% d’opinion favorable : car là est le vrai problème, celui d’un soutien, qui le pousse à aller encore plus loin, et peut-être à briguer un nouveau mandat….. Voir le film « Arizona » aide à comprendre et entrevoir cette Amérique là, abandonnée, désespérée et presque suicidaire. Il semble que du côté de l’opposition, seul Sanders l’ai vraiment compris, s’étant donné la peine d’aller vraiment à la rencontre de ces gens durant sa campagne. Quand on voit une jeune mère de famille dire « fièrement » et avec plein d’évidence, qu’elle va offrir un (vrai) revolver à son fils pour ses 5 ans, on doit se poser des questions sérieuses…Certains penseront ici à un instinct de mort …Sûrement que Trump a pu capter une part de cette Amérique là, et ce qui se passe là -bas peut se passer ici…

  5. César avait seize ans lorsqu’il perdit son père. L’année suivante, il fut désigné flamine de Jupiter ; et quoiqu’on l’eût fiancé, dès son enfance, à Cossutia, d’une simple famille équestre, mais fort riche, il la répudia, pour épouser Cornélie, fille de Cinna, lequel avait été quatre fois consul. Il en eut bientôt une fille, nommée Julie. Le dictateur Sylla voulut le contraindre à la répudier, et, ne pouvant y réussir par aucun moyen, le priva du sacerdoce, de la dot de sa femme, de quelques successions de famille, et le regarda dès lors comme son ennemi. César fut même réduit à se cacher, et, quoique atteint de la fièvre quarte, à changer presque toutes les nuits de retraite, et à se racheter, à prix d’argent, des mains de ceux qui le poursuivaient.

    Suétone: Vie douze Césars : Claude-Neron, cp5

    Plus tard les historiens ont classé les régimes politiques du vingtième siècle en trois catégories totalitaire et autoritaire et démocratiques. Les régimes totalitaires étaient le communisme et le nazisme et les régimes autoritaires les dictatures fascistes et fascisantes apparue après la première guerre mondiale en Italie et en Espagne et au Portugal et en Bulgarie et en Grèce et en Pologne et en Roumanie et en Hongrie et en Estonie et en Lettonie etc. Les communistes disaient que le fascisme et le nazisme était la même chose mais la plupart des historiens ne partageaient pas cet avis et disaient que le fascisme était par nature universel et susceptible de s’implanter n’importe où en s’adaptant aussitôt aux conditions culturelles et historiques données tandis que le communisme et le nazisme étaient par essence inadaptables parce que la réalité des choses y était entièrement subordonnée à l’idéologie. Et que c’était justement en quoi ils étaient totalitaires. Et qu’au contraire le fascisme était adaptable et pouvait être de droite comme de gauche et destiné aux citoyens déjà âgés comme aux jeunes gens à tendance révolutionnaire et aux uns il promettait de rétablir l’ordre et aux autres d’instaurer un monde nouveau où tout resterait jeune à jamais.

    Ourednik Patrik, Europeana : Une brève histoire du XXe siècle, P132

    1. Le totalitarisme est entièrement défini par une caractéristique : « la fin justifie les moyens  » .

      L’autoritarisme , le fascisme , le nazisme , le communisme  » sauce soviétique ou asiatique « , la démocratie dénaturée et confisquée , qu’ils soient de « gauche » ou de « droite » , sont des totalitarismes .

      Employer tous moyens pour une fin non partagée et désirée ensemble , c’est ne jouer que du présent pour un avenir sans  » valeur » , deux rapports au temps qui sont des propriétés du cerveau de gauche , plus facilement mises en œuvre par « la droite » .

      En réduisant à rien , la philia ( rapport au passé) et la créativité salvatrice ( rapport au hors temps ) , deux rapports au temps qui sont des propriétés du cerveau de droite , plus facilement mises en œuvre par « la gauche » .

      La fin justifie les moyens , c’est donc être hémiplégique , décervelé .. fou , sans aller chercher de nouveau concept perverso-narcissique .

      C’est une inclination de certains individus ou certains  » peuples » , même si , comme toute inclination « maladive »
      ( on dit parfois en « détresse ») elle peut se manifester à dose variable chez chacun quand « on ne se sent pas reconnu » pour ce qu’on pense valoir, ou parce qu’on tombe effectivement pour tout un tas de raison dans une névrose .

      Tout ça se régule en principe , en famille , car il est rare que tout le monde devienne « décervelé » en même temps .

      C’est plus ennuyeux quand l’individu et le peuple concernés sont les plus influents du moment sur « l’économie »
      ( au sens de l’étymologie grecque ) de la planète , et qu’il y a des signes de cancérisation mentale un peu partout dans le monde et en Europe .

      Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

  6. « …tous ceux dont la propre personne est insuffisante à constituer le support d’un sain narcissisme individuel »

    Comment définirions nous un « sain narcissisme individuel »?
    Je crois que c’est le fait d’être narcissique tout court qui pose probléme à partir du moment où vous avez une brèche dans la cuirasse, les tempêtes de la vie vous feront couler inexorablement dans les méandres de votre mégalomanie.
    « Everybody wants to rule the world » https://www.youtube.com/watch?v=aGCdLKXNF3w

  7. « Les partisans de la démocratie des droits de l’homme,­ aiment bien, avec Hannah Arendt, définir la politique comme la scène de « l’être-ensemble ». C’est du reste au regard de cette définition qu’ils font l’impasse sur l’essence politique du nazisme. Mais cette définition n’est qu’un conte bleu. D’autant plus que l’être-ensemble doit d’abord déterminer l’ensemble dont il s’agit, et que c’est toute la question. Nul plus que Hitler ne désirait l’être-ensemble des Allemands. » A. Badiou, L’éthique, essai sur la conscience du mal.

  8. Que les Américains se dépatouillent avec leur président.

    Vis-à-vis de nous (nous, le reste du monde), que ce soit lui ou un autre, la politique US reste, à quelques nuances près, la même. Et cette politique est celle d’un mâle hyperdominant, celle d’un roi sacré, celle d’une idole, celle qu’ils mènent car le reste du monde s’y soumet.

    Nous Français, que devons-nous faire et penser ?

    Soit nous restons, comme le reste du monde, vis-à-vis des USA, dans cette position d’idolâtre, alternant fascination et détestation, soit nous faisons un pas de côté, nous nous extrayons de la foule, nous nous défaisons de cette idolâtrie, en un mot nous nous essayons à la liberté. C’est pas gagné…

    1. Il ne s’agit pas de « quitter » la folie , il s’agit de retrouver la raison alliée au cœur , pour un avenir humain sinon humaniste …

      Chez nous d’abord , pour en faire exemple et vertu , en antidote au cancer mental international .

      Si on en a vraiment le désir et la force , que l’excommunication des fous ne nous donnera jamais .

      1. En particulier , on devrait déjà évacuer une première question ( déjà souvent traitée …) :

        Le capitalisme est-il la seule raison de la névrose qui nous rend fous ?

        Autres questions :

        « L’instinct » de « propriété » le devance-t-il ?

        A quelles conditions le « Pouvoir » n’est-il pas malsain ?

  9. Un petit détour par le cinéma, à propos de la rencontre entre Trump et Kim Jong-Un : la fameuse séquence du Dictateur de Charlie Chaplin, où Mussolini rencontre Hitler. A voir et à revoir en ces temps incertains….Immortel et universel .

  10. Tout d’abord, merci pour votre clairvoyance et votre esprit de raison.
    Comme vous l’avez rappelé (ou de ce que j’ai compris), le modèle économique actuel ne peut se globaliser matériellement sans conduire l’humanité à sa perte. Ce qui m’inquiète c’est qu’il n’y a pas de certitude que le message porte encore à conséquence, comme si on s’habituait à l’idée, ou si chacun espérait trouver refuge sur une île. Par désinvolture, inconscience ou déni, même les crises sont rapidement effacées des souvenirs et des médias. Pour l’économie réelle, cela semble plus compliqué et cela provoque des déséquilibres qui participent largement à la vague actuelle de populisme. Pire, le populisme est exploité par du nationalisme primaire, porteur de conflits potentiellement plus graves que les crises et paradoxalement même des politiques républicains semblent vouloir y faire appel et ont vite fait de se trouver des boucs émissaires chez des plus pauvres ou les plus faibles.

    J’ai bien aimé la petite parenthèse philosophique et vous avez raison, il faut prendre cela au second degré, comme une trituration de la pensée. Cela rappelle qu’il faut pondérer les esprits enivrés par les cimes Nietzschéennes, par exemple en les confrontant au syllogisme de Cioran. Comme plaisantait un cinéaste, « quand j’écoute du Wagner il me prend l’envie d’envahir la Pologne ». D’ailleurs, à faire des extrapolations temporelles ou à prendre les choses au pied de la lettre on pourrait en venir à penser qu’un président est l’incarnation moderne de Zarathoustra. Une légende dit même que n’ayant pas de montagne à gravir à NewYork il aurait construit un building de ses propres mains et y aurait vécu en Hermite pendant des années, avant de revenir sur terre prôner les bienfaits du CO2 et la construction de murailles. Bien sur il ne résoudra en rien le problème de la planète, tout juste sa ruche et ses abeilles seront-elles cantonnées à un espace restreint. Ou provoquera t’il le grippage du système ? Le comble étant qu’en cas de faillite monétaire, ce sont les marchés qui prendraient la main, ou cela obligerait à instaurer des dictatures et comme on trouve toujours plus dictatorial que soi, les plus forts gagneraient quoi qu’il arrive.
    A ce rythme, il y a au moins une évidence, celle d’un armageddon économique ou écologique.
    Quelle solutions ?
    La technologique, qui a aussi ses limites par l’usage de technologies ou algorithmes de manière trop simpliste, amplifiant par exemple les effets spéculatifs, ou utilisant l’humain comme terrain d’expérimentation. La technologie trop novatrice (ou disruptive pour faire jeune) se heurte à d’autres intérêts et conservatismes.

    Économique, comme vous l’avez souligné, l’on ne peut s’aligner sur les salaires du Bengladesh, mais peut-on s’exonérer de commercer avec eux ? Pour le moment, je ne crois pas que l’on puisse se passer du capitalisme, il nous a trop apporté et dans un monde aussi conflictuel cela reviendrait à nous affaiblir. Par contre rien n’empêche de réguler, idéalement au niveau mondial. Il est peu probable de recueillir l’unanimité, par contre l’idée d’une Europe unie et régulée parait plausible. Ne serais-que pour résister à d’autres grandes puissances risquant d’user de leur hégémonie. Le système capitaliste a ses avantages et ses défauts, mais on peut tout autant être déçu par des systèmes kafkaïens, qui ne sont pas des exemples de liberté et d’égalité. Partant du constat que l’économie ne s’autorégule pas et qu’elle est régie par le politique… Cel fait penser à des écrits (d’Alberto Moravia je crois) dans le genre « seul l’amour peut trahir, par définition le sexe est infidèle ».

    La théocratie n’est probablement pas la solution, mais on remarquera au passage que les politiques sont parfois tellement désorientés, que c’est à un Pape de leur rappeler la décence humanitaire. Sans s’illusionner sur la volonté de la métaphysique à nous venir en aide, peut être faut il y puiser quelques règles de morale et cela ne nous empêche nullement de vouer un culte aux droits de l’homme ou à son état civil.

    A propos de Nietzche, je me demandais comment cela se passait pour ses contemporains au 19 e siècle je suis tombé par hasard sur une publication (la revue Germanique) qui interroge sur la gouvernance et la société à travers divers avis de La Mennais, à G. F. Schützenberger, ou d’autres publications telles : Le Phalange- par Charles Fourier.
    A se demander comment des périodes aussi réfléchies ont pu mener à deux guerres aussi meurtrières.

    Des ruptures sociales ou sociétales ? Plus récemment : Mécanismes fondamentaux de l’évolution sociale : sur les pas de Durkheim

    1. En plus court , vous n’avez pas d’autre clé que le capitalisme régulé .

      ça fait beaucoup d’auteurs mobilisés pour en arriver là , d’autant qu’aucun n’indique en quoi consisterait cette régulation .

      1. Bonjour juannessy,
        Mon souci est de savoir quel est le contenu des programmes pour chacun et chacune de nous. Les politiques analysent les plaidoiries des uns et des autres pour leur profession de foi. Et puis nous demandent de se taire. Nous devons subir sans rien dire à genoux, les mains jointes. Ca fait longtemps que ça dure.

      2. Bonjour Bernadette ,

        L’analyse est un peu… « brutale » , mais on peut espérer que ça durera moins longtemps que les impôts qui , eux , doivent durer en bonne démocratie .

        ( PS  » à quelles conditions le Pouvoir n’est il pas malsain ? » )

    2. Au passage , il y a éventuellement plusieurs phalanges dans le phalanstère .

      Mais comme vous , et apparemment Paul Jorion , je trouve qu’il n’y a que de bonnes choses à redécouvrir en allant retrouver les avant-gardistes de la fin du XIX -ème siècle .

  11. @ juannessy,

    En réponse à votre commentaire, selon vous qu’est ce que la Démocratie ?, existe t’elle vraiment en France ?.
    Bonne fin de journée

      1. Peut être un jour Paul Jorion présentera son analyse sur La Democratie en France, en Europe et dans le Monde. La relation verbale est importante dans ce monde où la finance exclut toutes discussions intelligentes.

      2. @ Bernadette:
         » la finance exclut toutes discussions intelligentes. »
        Aussi sur ce blog, je suppose 😉
        Vous avez entre vos 2 oreilles de quoi réfléchir. Servez vous en !

  12. Prix pour « L’argent, mode d’emploi »
    Félicitations ! C’est une référence.
    Elisée Reclus a écrit des observations percutantes sur la grande famine en Irlande.
    Les Britts avait largement de quoi venir en aide aux Irlandais. Des associations charitables sont intervenues mais à une échelle trop petite. Le gouvernement n’a rien fait au nom du ‘libéralisme’, obstiné et inflexible. Par exemple, les exportations agricoles ont continué sans entraves. Il faut ajouter que les propriétaires terriens ont été ravis de ce ‘génocide’, les victimes étant catholiques, non anglophones, primaires et batailleurs, de la graine de sédition depuis des siècles. Divine surprise du mildiou.
    Au total du racisme sous déguisement approprié.
    ‘génocide’: le mot n’existait pas.

  13. J’ai lu cet article avec beaucoup d’intérêt hier, et ce matin j’apprends l’arrestation de 10 personnes en France (suite à une enquête de la DGSI) groupe constitué d’anciens membres des forces de l’ordre qui s’organisait en vue d’attaques contre « la communauté musulmane ».
    Il semblerait donc qu’en France nous ayons déjà un élément de réponse quant au profil des  » troupes d’un pervers narcissique accédant au pouvoir « . Terrifiant la façon dont depuis les attaques du 11 septembre, l’idéologie néo-con de la pseudo  » guerre de civilisation » a définitivement colonisé les têtes des plus « fragiles ».
    Bref, l’implacable constat de l’oncle Paul est à nouveau glaçant de vérité. Je me console en remarquant que dans les moments les plus critiques, je ne cesse de croiser de magnifiques êtres humains, empathiques, généreux, même s’il me faut par honnêteté déplorer leur rareté…

    1. « magnifiques, empathiques, généreux », il est vrai que nous sommes une « rareté », moi surtout.
      Et tous les jours, sachant ce que je lui dois, je remercie Dieu de m’avoir fait si modeste.

      D’un autre côté, je ne crois pas que la seguridad interior a le pervers narcissique en ligne de mire, ce serait inquiétant. Mais des excités bas du front agitant des flingots et causant beaucoup dans le téléphone ou en public, oui; autant que nécessaire.

      1. Visiblement vous avez mal lu et mon commentaire, et l’article.
        Quand des individus s’organisent (maladroitement certes) pour se procurer des armes et sont prêts à passer à l’acte je crois que le registre de la psychanalyse et donc le lien avec cet article est tout à fait pertinent. Quant à votre ironie, permettez-moi de l’ignorer afin de garder mon énergie pour des batailles moins infantiles et plus constructives.

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