Fédérons ! par Patrick Dumont

Ouvert aux commentaires.

Cher Paul,

Je termine en ce moment la lecture du dernier livre de Raphaël Glucksmann – Les enfants du vide – qui y met très bien en avant LA question essentielle du messager que je me pose après chacune de mes – nombreuses – visites sur votre blog.

Il cite un édito de Bruno Latour dans Le Monde dans lequel celui-ci souligne l’inversion des rôles à laquelle nous assistons à la lumière du réchauffement climatique : « autrefois les scientifiques étaient des gens rassis, et les politiques ou les citoyens, les gens qui s’agitaient en tous sens. Aujourd’hui, c’est le contraire : ce sont les scientifiques qui s’agitent, qui s’angoissent, qui alertent, et ce sont les politiques, vous, moi, qui restent froids comme des concombres, les savants s’énervent et se mettent en colère, les ignorants restent sages comme des images ».

En ajoutant ceci et en citant Aristote : « Est-il sage pourtant, de rester sage quand la maison brûle ? » Un homme qui ne sait pas s’énerver ou se mettre en colère quand la situation l’exige n’est pas un sage, mais un flegmatique, un apathique : un fou.

Le calme est la marque d’une infirmité lorsque la science commande l’inquiétude. La raison exige le vertige, mais nos passions nous enchaînent à nos modes de vie, de pensée, de production, de consommation, comme si une seconde peau mettait à distance le drame qui se joue sous nos yeux pour le ramener dans des proportions acceptables, c’est-à-dire des proportions qui n’ébranlent ni nos habitudes, ni nos convictions.

Et Latour conclut : nous avons perdu le sens du tragique. Notre rapport au monde est trop comique pour appréhender la fin possible.

Plus que jamais, la question du messager est essentielle, mais comment agir ? Selon Michel Serres, qui décidément trouve toujours de belles images : Hermès – messager des dieux – doit d’urgence remplacer Prométhée – dieu de l’industrie.

Vous n’êtes pas seul, nombreux sont ceux qui souhaitent pouvoir avancer de concert sur ces questions essentielles de la survie du genre humain. Qu’attendons-nous pour fédérer nos pensées et surtout nos actions ?

Merci pour votre détermination !

Bien à vous,

P. Dumont

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20 réflexions sur « Fédérons ! par Patrick Dumont »

  1. Latour : « nous avons perdu le sens du tragique. Notre rapport au monde est trop comique pour appréhender la fin possible. »

    Non ce n’est pas ça. C’est une question de rapport de force dans l’influence que chacun peut exercer. Nous sommes bombardés d’informations de toutes sortes, de véritables informations, et des informations commerciales. Parfois, les informations commerciales sont déguisées en informations scientifiques, ce qui ajoute encore à la confusion. Mais ce n’est pas cela l’important. L’important c’est le rapport de force, qui s’établit entre les diverses propagandes. La propagande commerciale a plus de moyens.

    Les gens sont abrutis, tiraillés entre toutes sortes d’influences contradictoires. Un jour, ils écoutent les savants, et se décident à faire du vélo, et le lendemain, ils écoutent la publicité et se réservent 2 semaines de vacances pour aller faire du trekking au Tibet. Ce sont les mêmes, qui font l’un et l’autre.

    1. Juste une précision à propos de l’auteur de cette phrase, ce n’est pas Latour mais bien Glucksmann qui parle de la perte de sens à propos du tragique. Le propos étant bien de tenter d’aider nos hommes de sciences à sortir du ‘bruit’ de la propagande, d’où cette question: où peuvent être nos messagers?

  2. « Un homme qui ne sait pas se mettre en colère quand la situation l’exige n’est pas un sage… »
    Transmis à JLM 🙂

    Cette supposée inversion des rôles entre scientifiques et politiques est sans fondement historique (d’ailleurs « autrefois », c’est quand ?).
    Les scientifiques auteurs des théories des races et de l’eugénisme (par ailleurs amplement publiés, académisés, nobelisés) n’étaient malheureusement pas des gens rassis et on ne peut que déplorer que des politiques particulièrement agités aient mis rapidement leurs théories en pratique.

    Nous aurions perdu le sens du tragique ? Sans blagues !

    1. Mais il ne faut pas confondre affecter le sens du tragique, et l’avoir chevillé au corps.
      Je ne vois actuellement aucun gouvernant qui l’aurait véritablement. Qui prendrait sur lui de conduire une autre politique, qui aurait valeur exemplaire, et aurait un effet d’entraînement.

      Autant il est facile de mimer le sens du tragique avec des mots, autant on ne voit nulle part qu’il
      s’exprime par des actes. IL ne suffit pas de dire « Make the planet great again » pour
      que comme par enchantement les choses changent.
      Et en l’occurrence, en France, depuis la démission de Hulot qui aurait dût être un signal fort, historique même, rien n’a changé coté gouvernemental. Macron et son équipe ont surtout le sens du ridicule à tel point qu’une députée macroniste craint un vote refuge aux européenne en faveur des écologistes. Cela tient du lapsus, effectivement Macron par sa bêtise systémique, en ne préparant pas notre avenir, nous prive de tout refuge.

      https://www.lemonde.fr/la-republique-en-marche/article/2018/11/13/la-macronie-craint-une-poussee-des-ecologistes-aux-europeennes_5382704_5126036.html?fbclid=IwAR0iTJNpxt4s_trS0aSQA0VDMu-aqaK2oh5Ia-Au2MyCdzJnFz4FfaZzZcA

    2. Je crois qu’il a raison et que le sens du tragique est donnée par valeur inestimable du vivant et de ce qui le porte, quand ils sont bafoués.
      Que l’argent nous a fait perdre de vue.

      Rien n’est plus légitime en ce moment que la colère.
      Elle libère de belles passions, et rend justice.
      Aux humains, perdus dans la nature amorale.

    3. « Un homme qui ne sait pas se mettre en colère quand la situation l’exige n’est pas un sage… »

      C’est au moins du Ségolène Royal ? En route avec bravitude vers de nouvelles victoires ?

      1. On peut au moins dire sans se tromper , qu’il ne suffit pas de se mettre en colère pour être sage , d’autant que la « sagesse populaire » ajoute que la colère est mauvaise conseillère .

  3. Je crois que , plus que le sens du tragique , l’exposition au tragique fédère et que « sortir de la sagesse « pour les sages n’est pas forcément le gage suffisant de la responsabilité collective , même si toutes les « alertes vives  » sont nécessaires .

    Si l’on parle de tragique , les temps récents m’ont remis en tête les traversées tragiques familiales que ce soit en 14-18 , en 39-45 ou plus intimes récentes , et tous ces visages aimés qui m’ont fait ne me sont jamais paru agressifs , mais au contraire gardés en vie par le sourire , qui , lui , a porté la solidarité familiale dans la continuité .

    Fédérer est un acte merveilleux et fertile . Fédérer est un mot étrange qui selon que l’on parle de fédération ou de fédéralisme , peut prendre des points de vue opposés . Les montagnards et les girondins en savent quelque chose . A l’heure où l’Europe et ses habitants courent le risque de se suicider , en ayant pourtant les meilleurs atouts du monde en mains , faire du fédéralisme et des remises à plat des concepts « financiaro-économiques » , les débats et enjeux des échéances à venir, est l’impératif citoyen pour échapper à la tragédie .

    Sur quelle version du fédéralisme ?

    Sans doute , la plus simple et claire dans l’histoire de la pensée , celle de Montesquieu :

    « … composé de petites républiques , il ( cet « état fédéral ») jouit de la bonté du gouvernement intérieur de chacune: et , à l’égard du dehors, il a , par la force de l’association, tous les avantages des grandes monarchies ».
    ( De l’Esprit des Lois 1748 )

    Mais Montesquieu crie -t-il assez fort , alors que le sport à la mode , dans les partis et les syndicats , est à la culture de sa spécificité et « pureté » doctrinale ?

    1. Rien qu’en France , on doit bien arriver à organiser 35 000 0000 de fédérations ( si ça se trouve , elles existent déjà ) .

      Si pour les prochaines échéances électorales , on pouvait se contenter de trois options , ça simplifierait la suite possible et donnerait de la force à l’option privilégiée .

      Oui -non- peut être .
      Vert- rouge -orange .
      Citoyen – élite- takarou .
      Fédéralisme – mondialisme capitaliste- nationalisme .

      Seule fédération salvatrice : Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

      1. En tous cas , ça me parait plus compréhensible et responsable , même si plus modeste , que ‘ » je me livre en aveugle à l’IA , ou au web , ou la blockchain , ou aux gilets jaunes qui m’emportent « .

        Par contre , donner plus de poids direct et d’occasion de domaines d’emploi , au referendum d’initiative populaire au sein de cette fédération , serait une sage mesure nécessaire ( avant d’en faire un contre-pouvoir mondial comme espéré dans ma proposition « d’utopie réaliste » de novembre 2011), qui ,elle, peut tirer le meilleur du web (assisté de deepL).

        On n’interrogera jamais assez les dizaines de milliers de maires en responsabilité , confrontés à la fois aux réalités de terrain et aux grandeurs et bassesses de leurs administrés .

  4. Je ne crois pas à la possibilité de fédérer, si du moins il s’agit de politique. Et il me semble bien que c’est le cas.

    Même dans l’hypothèse la plus favorable, la nécessité de grandement changer notre société pour assurer sa survie et la protéger de l’effondrement à moyen terme ne pourra jamais devenir le SEUL sujet du débat politique, ni en France ni ailleurs. Ce serait déjà fort bien qu’il devienne le principal, ou du moins l’un des principaux – et nous en sommes fort loin.

    Il y aura toujours d’autres sujets largement « perpendiculaires » à cette nécessité, par exemple :
    – la question de l’aggravation des inégalités
    – celle du chômage de masse persistant voire s’aggravant
    – la question de la souveraineté qui est celle du niveau où l’action peut être efficace – nation, fédération européenne à créer, autre
    – la question de la migration de masse
    – la question du protectionnisme ou du libre-échange
    … liste non limitative

    Certes, il existe des liens entre ces différentes questions. Mais cela ne signifie pas que la question de la protection contre l’effondrement les recouvre toutes, loin de là.

    Un scénario politique favorable et plus réaliste que la « fédération » serait celui où l’impératif de travailler à éviter l’effondrement progresserait en parallèle dans toutes ou du moins la plupart des formations politiques, de la FI au RN en passant par EM!, LR, PS et toutes ou la plupart des autres formations existantes ou à venir.

    Cela n’empêcherait pas que les autres questions soient posées – et elles feront l’objet de luttes politiques déterminées, aucune illusion là-dessus – tout en assurant que la formation qui atteindrait le pouvoir travaille de toute façon à éviter l’effondrement, quelles que soient les autres politiques qu’elle mettrait en avant par ailleurs.

    Ce scénario est évidemment TRÈS optimiste… puisqu’il suppose une prise de conscience qui monte en puissance sur le sujet « évitons l’effondrement ». Il me semble tout de même plus réaliste puisqu’il ne suppose pas que les citoyens s’arrêtent tout à coup de penser à tous les autres sujets politiques pour ne prendre en considération que celui-là… ce qui serait peut-être une bonne idée, mais me semble pour le coup irréaliste au possible.

    1. On ne dit pas des choses qui s’oppose .

      Vous décrivez le processus de maturation des esprits nécessaire dans une majorité des partis ou mouvements pour que le choix de la meilleure réponse possible se structure chez chacun d’eux , là où j’avance de mon côté les trois « domaines » compréhensibles en terme de structure institutionnelle porteuse de la solution à favoriser ( et je n’ai , bien évidemment , aucune hésitation sur celle qui me parait la plus sure ).

      Il me semble , au passage , que depuis au moins cinq ans , même les mouvements les plus cons , ont pu commencé à réfléchir un minimum aux perspectives d’effondrement et à ses composantes .

      Vous avez par contre raison de me reprocher de donner l’impression que l’enjeu , c’est le fédéralisme , alors que l’enjeu est celui que vous dites.et qu’il doit être la base du débat .

      Mais dans le débat , il faudra bien que chaque « sensibilité » se positionne entre les trois « clans » que j’ai esquissés , pour que l’électeur vote , au delà du problème qu’il veut résoudre , sur le meilleur moyen d’y parvenir de façon réaliste , même audacieuse , forcément audacieuse .

  5. « Pourquoi courir à poil dans la rue en hurlant est probablement la
    seule chose raisonnable à faire aujourd’hui  »

    Au risque d’enfoncer une porte ouverte , il est evident que le monde
    d’aujourd’hui est pourri jusqu’à la moelle. Que les alternatives qui
    sont proposées ne sont en général que des versions plus soft de
    l’oppression et d’un exercice du pouvoir que les humain-es semblent
    incapables de rayer de la carte.

    Le capitalisme n’est pas prêt de crever parce qu’il fait appel à nos
    plus bas instincts , à l’egoisme et à la facilité.
    Que nous continuons de manger de la viande « parce que c’est bon » en
    ignorant souverainement la souffrance que nous infligeons aux autres
    especes tout au long de leur vie et lors de leur mort programmée ,
    juste pour notre bon plaisir, tout en pleurant la mort de nos chiens
    et nos chats.
    Parce que nous continuons à rouler en voiture et à prendre l’avion
    « parce que c’est facile et rapide » , pour aller profiter de la nature
    que nous detruisons allegrement toute l’année ;
    Parce que nous continuons à nous habiller chez des marchands de mort
    comme hm et zara , parce que nous trouvons de pauvres plaisirs dans la
    consommation et dans l’apparence. Que nous nous jugeons sur ces
    criteres.
    Parce que des gens gagnent des sommes indecentes pendant que d’autres
    crevent dans la rue et que ce sont les premiers que la société admire
    et respecte et les second qui sont méprisés.
    Parce que nous continuons à penser que la création est l’apanage de
    quelques privilégiés.
    Parce que nous pensons que travailler beaucoup est une vertu.
    Parce que certain-es d’entre nous continuent à croire à l’integrité
    des puissants qui nous dirigent.
    Parce que nous passons notre temps à detester tous ceux qui sont
    differents de nous et ce dans TOUS les milieux.
    Parce que nos corps sont systematiquement réduits à leur dimension sexuelle.
    Parce que même la révolte est aujourd’hui une mode recupérée par le marketing.
    Parce qu’on demande la grève générale au lieu de ne simplement plus
    aller travailler du tout, de raser les usines et les supermarchés et
    de planter des choses.
    Parce que nous continuons de trouver des gens bizarres, de ne pas
    crier, de ne pas se faire remarquer, de se fondre dans une masse
    zombiesque qui avance chaque jour un peu plus vers la destruction de
    tout ce qui pourrait réellement avoir de la valeur dans l’existence.

    Quand nous nous proclamons anarchistes , les gens nous taxent
    d’extremisme, comme si nous ne vivions pas déja dans une situation
    extreme.
    Comme si il n’y avait pas de quoi devenir fou/olles quand on pense au
    fait qu’aujourd’hui on envoie des sondes sur mars à coup de millions
    de dollars mais qu’il y a des milliers de gens qui meurent de faim
    chaque jour.
    Qu’on ose appeller ça un « monde civilisé » . Que l’horreur y est
    presque une vieille habitude.
    Que nous vivons dans une société dont un tiers des gens sont sous
    antidepresseurs pour supporter leur quotidien.
    Qu’autour de nous les gens en sont arrivés à attendre le cancer qui
    les emportera , tout en bouffant les ogm de monsanto, la tête dans le
    wifi, et qu’on se réjouit de l’arrivée prochaine de la 5G pour pouvoir
    s’envoyer encore plus vite des videos de chats qui toussent ou jouer à
    aligner des bonbons virtuels.

    Traitez nous de folles , c’est ce monde qui est une folie.
    Voila pourquoi courir à poil dans la rue en hurlant est probablement
    la seule chose raisonnable à faire aujourd’hui.

    Le Collectif Anonyme – 2015

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