Brexit : La prophétie qui m’aura donné le moins de souci

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Ma prophétie sur une grande crise du capitalisme qui résulterait des prêts subprime, j’étais sûr de mon coup, mais quand même ! Celle de la fin du capitalisme enclenchée en 2009 par le quantitative easing, je me doutais que ce serait lent, et vous seriez justifiés de me dire : « On attend toujours ! ». C’est celle, faite au lendemain du vote, que le Brexit n’aurait jamais lieu (vu A. le retour impossible d’une frontière dure en Irlande + B. le cataclysme économique que ce serait pour le Royaume-Uni) qui m’aura donné le moins de souci.

Le Monde : En direct : deux ministres britanniques démissionnent après l’accord sur le Brexit

Le Monde : Brexit : « Les démissions rendent plus probables un “no deal” catastrophique pour l’économie »

Pièce à conviction B (cataclysme économique).

Le cours de la livre contre le dollar ce matin

Pièce à conviction A (retour impossible d’une frontière dure en Irlande).

Dominic Raab, Ministre démissionnaire du Brexit : « Je suis convaincu que le régime réglementaire proposé pour l’Irlande du Nord constitue une menace très réelle pour l’intégrité du Royaume-Uni. »

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15 réflexions sur « Brexit : La prophétie qui m’aura donné le moins de souci »

  1. Assez concis pour aider à voir de quoi il s’agit :
    https://www.rtbf.be/info/dossier/brexit-or-not-brexit/detail_l-accord-du-gouvernement-britannique-sur-le-brexit-en-six-questions?id=10073550
    d’où j’extrais :
    … »  »  » Doit-on se réjouir de cet accord ?

    « Sans doute, oui, dans la mesure où dans cet accord il y a notamment toute la protection des citoyens qui sont actuellement au Royaume-Uni et vice versa. Cet accord contient aussi des clauses concernant le règlement financier, sinon l’Union européenne a beaucoup à y perdre.

    Maintenant, c’est vrai que ça grince des dents, il y a des problèmes au Royaume-Uni, mais l’Union européenne a quand même fait elle aussi une concession très importante : elle avait toujours dit que les quatre libertés étaient indissociables (libre circulation des personnes, des services, des capitaux et des marchandises). Ici, on voit que, finalement, on accepte de se concentrer uniquement sur la libre circulation des marchandises, et donc de laisser de côté la libre circulation des personnes. Et ce, en tout cas pour une période intermédiaire mais dont la durée pourrait être très longue. »

  2. Ah… Hier soir le Monde c’était: « Brexit : l’accord du gouvernement, « un pas décisif » et un succès pour Theresa May », et ce matin, paf…!

  3. Je reste pour ma part sur l’opinion que j’avais déjà exprimée : nous sommes à 134 jours du « Hard Brexit », la sortie du Royaume-Uni sans accord.

    L’accord qui résulte de 20 mois de négociations ressemble fort au statut de la Norvège par rapport à l’UE. Le RU resterait dans le Marché unique jusqu’à la fin d’une période de transition destinée à permettre de négocier la relation commerciale future, mais pouvant être rallongée. Comme une telle relation n’a pu être négociée en deux ans avec une date-butoir a priori non extensible (le 29 mars 2019), les chances de parvenir à terminer la négociation lorsque la date-butoir est cette fois-ci explicitement et indéfiniment extensible… ne doivent pas être surestimées 🙂 ! D’autant que l’UE n’aura aucune raison d’être motivée à aboutir à un accord, étant donné que la situation présente (le RU toujours dans le marché unique) est ce qui convient le mieux à l’UE comme aux lobbys économiques du Continent comme d’ailleurs. Et Londres répugnera à ne pas étendre la période « de transition » puisque l’alternative sera une frontière douanière intérieure au RU, entre Irlande du Nord et Grande-Bretagne.

    Cet accord est un intermédiaire entre « Bremain » et « Brexit », penchant largement du côté du premier :
    – Du point de vue des pro-Brexit, le seul point positif est que Londres n’apporterait plus de contribution au budget européen. Le négatif est… tout le reste ! Notamment, les deux raisons premières données par les électeurs du Brexit, c’est-à-dire 1) l’idée qu’un pays doit prendre ses décisions lui-même et 2) la volonté de restreindre l’immigration en provenance du reste de l’UE passent totalement à la trappe : le RU resterait soumis à la législation européenne et son parlement resterait non souverain, comme ceux des autres pays membres de l’UE, tandis que la liberté de circulation au RU resterait complète pour tout citoyen d’un pays de l’UE
    – Les Bremainers ont davantage de raisons d’être satisfaits, sans l’être tout à fait puisque bien sûr il n’y aurait plus de membre britannique à la Commission européenne pour contribuer à définir la législation européenne

    La question est l’avenir de cet accord, non pas au Cabinet britannique puisque Theresa May a passé cet obstacle – non sans perdre trois membres du gouvernement au passage, et ce n’est pas forcément terminé – mais au Parlement. Ça s’agite et ça couine beaucoup à Londres en ce moment !

    Les travaillistes suggèrent fortement qu’ils voteront contre, les gens du DUP nord-irlandais – petit parti qui allié aux conservateurs leur assure la majorité – tonnent qu’ils voteront contre (si c’est confirmé, ces deux groupes suffisent à condamner cet accord), une partie des conservateurs est en train de se rebeller ouvertement contre May et votera contre… La seule chose qui pourrait sauver l’accord maintenant serait un retournement du parti travailliste qui se rassemblerait aux conservateurs fidèles à May. La seule motivation possible d’un tel retournement serait la « stratégie de la peur » comme quoi le monde s’écroulera si le RU sort de l’UE sans accord.

    Il est permis de douter qu’un tel dispositif fonctionne. D’autant que Theresa May pourrait fort bien être bientôt remplacée comme Premier Ministre, si suffisamment de conservateurs se rebiffent.

    A la vérité, les Britanniques divisés contre eux-mêmes se sont donné des objectifs directement contradictoires :
    – Pas de frontière en Irlande du Nord, unité territoriale de tout le Royaume-Uni… mais fin de la liberté de circulation des citoyens de l’UE
    – Souveraineté législative du parlement britannique… tout en conservant pleine liberté d’accès au Marché unique
    Il leur était possible de choisir expressément et d’obtenir « un » plutôt que « les deux tu l’auras ». Mais il aurait fallu d’abord qu’ils se mettent d’abord d’accord entre eux… Or la population soutenait une chose (même si c’était avec une faible marge à 52%) tandis que les négociateurs (dont beaucoup d’opposants au Brexit) et les lobbys économiques en soutenaient une autre. Sans surprise, le résultat de la négociation ressemble beaucoup plus à un « Bremain » déguisé en « Brexit » que le contraire.

    Seulement voilà, reste le plus difficile : obtenir une majorité dans ce Parlement divisé pour un accord qui rebute tout le monde sauf les conservateurs-godillots. Même parmi eux, et les partisans sincères du Bremain (voir la démission de Jo Johnson) et les partisans sincères du Brexit se rebiffent !

    Les décisions politiques ne dépendent pas seulement des pressions économiques. La politique a sa logique propre. Et dans l’état de division où se trouvent les forces politiques britanniques, la possibilité que ce soit la logique des forces économiques qui s’impose apparaît fort ténue.

    D’où mon avis personnel que le Hard Brexit aura lieu le 29 mars 2019. Pas d’accord UE-RU en perspective… mais beaucoup de récriminations.

  4. Bonjour,
    Une autre possibilité serait :
    – mise en minorité de Mme May,
    – chute du gouvernement,
    – matraquage médiatique en faveur du maintien dans l’UE,
    – fatigue de la population,
    – sondages donnent la faveur au maintien dans l’UE,
    – suspension de la sortie sans accord,
    – nouveau référendum
    – RU reste dans l’UE.

    1. Tout est possible sur le principe c’est vrai.

      Y compris le scénario que vous imaginez… où le nouveau référendum confirmerait la sortie de l’UE 🙂 !

      Tant il est vrai que lorsqu’on est divisés et qu’on n’arrive du coup pas à articuler des objectifs cohérents, et pour commencer pas contradictoires entre eux… le désordre est probable.

  5. Bonjour le blog,
    J’aime la lettre , pleine de gravité et aussi d’un certain flegme « so British! « . J’imaginais ce pauvre ministre, seul dans son bureau avec vue sur la Tamise, entrain de l’écrire. « This is, at this heart, a matter of public trust! ». snif, snif! C’est beau, même Shakespeare n’aurait pas fait mieux ;-).
    Bon, je rigole mais c’est pas vraiment marrant cette affaire.
    J’espère qu’ils vont revoter et c’est pas un déni de démocratie. Au contraire! On a l’exemple patent d’un referendum où toutes les informations n’ont pas été donné. Ils ont droit à un second vote.
    Bon courage ami Anglais et à bientôt dans le club des « Anciennes puissances pleurant leur gloire passé ». Quand vous reviendrez nous voir, on vous laissera parler en premier, pleurer un bon coup et ensuite on y aura tous ensemble au Pub se boire une bonne bière et commencer à imaginer la déco de notre coloc’.

  6. Concernant les « pièces à conviction » :

    A – La lettre de Dominic Raab évoque les risques « pour l’intégrité du Royaume-Uni » dans le cas où une frontière douanière existerait entre Irlande du Nord et Grande-Bretagne, ce qui serait le cas si le « backstop » était appliqué, ce que l’accord prévoit dans certains cas. Raab ne parle pas de la frontière entre Irlande du Nord et République d’Irlande.

    D’autre part, quelles que soient les conséquences du rétablissement de contrôles physiques à cette frontière – il n’est pas absolument certain que les gens commenceraient à se massacrer dans les rues tout de suite, la plupart des frontières dans le monde connaissent des contrôles et sont tout à fait calmes – même si ces conséquences étaient graves cela n’empêcherait absolument pas une telle décision d’être prise. « Néfaste » et « impossible » sont deux choses différentes.

    B – La baisse de 1,7% du cours de la livre contre le dollar à l’annonce de la démission de Raab montre que les marchés ne souhaitent pas un « Brexit dur ». Indépendamment de la question de savoir si les marchés ont toujours raison, et même s’ils ont raison cette fois-ci d’anticiper un effet négatif sur les intérêts qu’ils représentent, et même si les intérêts britanniques aussi seraient touchés, cela ne prouve pas qu’il s’agirait d’un cataclysme.

    Des troubles passagers sont presque assurés en revanche… surtout si le gouvernement britannique se réveille le 28 mars avec l’idée comme quoi il faudrait peut-être préparer la chose.

    De plus, même s’il s’agirait effectivement d’un cataclysme, cela ne prouve toujours pas que cela n’arrivera pas. Néfaste et impossible restent deux choses différentes, et les forces politiques au parlement britannique semblent toujours aussi divisées qu’avant – voire davantage, en réaction à cet accord.

  7. Pour la pièce à conviction A ils auraient du graduer l’axe des ordonnées en 10 000 ème , le cataclysme en aurait été d’autant plus vertigineux 🙂

  8. Avec tout le respect que je vous dois, je pense depuis quelque temps que vos tentatives de prophétie sont de moins en moins convaincantes. Le Brexit n’aura pas lieu parce que c’est beaucoup trop cher? Songez au nombre de guerres beaucoup trop chères qui ont eu lieu… Il me semble que ce qui est impossible et on le voit aujourd’hui c’est un accord sur le Brexit. Le Brexit lui-même, assurément horriblement coûteux et désastreux, aura bien lieu, lui, sans accord. La machine infernale ne peut plus être arrêtée, et il est intéressant de voir de plus en plus d’acteurs étatiques ou non se préparer activement au « No Deal » tout en jurant leurs grands dieux que bien sûr ça n’arrivera pas, et alors même que ces préparatifs contribuent à rendre de plus en plus probable ce scénario!
    Quant à la Chine qui doit tous nous sauver, eh bien on en reparle dans 10 ans (ou 20).

  9. POURQUOI BREXIT NE GUÉRIRA PAS LE MODÈLE ÉCONOMIQUE BRISÉ DE LA GRANDE-BRETAGNE
    par Simon Deakin le 15/11/2018

    [Source: https://www.socialeurope.eu/why-brexit-wont-cure-britains-broken-economic-model ]

    Simon Deakin explique dans ce podcast audio que l’économie britannique à bas salaires et faible productivité est le résultat de 40 ans de politiques économiques néolibérales. Alors que certains à gauche pensent que Brexit permettra une relance de la politique économique britannique, ce point de vue est invraisemblable. Même un Brexit bénin ou  » doux  » causera un choc aux relations commerciales de la Grande-Bretagne qui aura des conséquences à long terme. S’il y a un Brexit difficile et sans accord, l’effet sera semblable à une  » thérapie de choc  » du genre de celle infligée par les décideurs néolibéraux à l’ex-Union soviétique au début des années 1990.
    Il est probable qu’il y aura un accord avant mars prochain, évitant ainsi le pire des scénarios. Mais, à ce stade, le Royaume-Uni entrera dans une « période de transition » qui pourrait durer plusieurs années, étant donné qu’il y a très peu de chances que les négociations sur un accord commercial entre le Royaume-Uni et l’UE aboutissent rapidement.

    Il explique : « Je pense qu’il est extrêmement improbable que nous soyons parvenus à un accord de libre-échange avec l’UE d’ici la fin de décembre 2020, car il n’y a pas assez de temps pour résoudre certaines questions très complexes et l’UE ne se contentera pas, c’est maintenant évident, de se plier aux propositions britanniques. L’UE va mener une négociation très dure et c’est particulièrement le cas si l’UE estime que l’objectif des Brexiters est de saper les règles et règlements du marché unique. Le but de Brexit pour beaucoup de ses adhérents est, c’est évident, une sous-estimation des normes du travail et de l’environnement. Et l’UE ne nous donnera pas un généreux accord de libre-échange Canada-plus-plus, si elle croit que le but de tout cela est de les miner. »

    LIEUX DE NÉGOCIATION

    M. Deakin poursuit en expliquant le lien entre la réglementation et le commerce. « L’essentiel avec Brexit, c’est de considérer le commerce et la réglementation comme les deux faces d’une même médaille. Lorsque nous parlons de commerce international, nous nous demandons vraiment à quel régime de réglementation nous voulons adhérer. Au sein du marché unique, on observe un degré élevé d’harmonisation et de convergence des règles, ou ce que l’on appelle parfois l’alignement. L’alignement réglementaire est la condition d’un commerce sans friction dans le marché unique européen. Il s’agit d’un accord commercial international d’une profondeur unique en son genre en raison du degré élevé de conformité réglementaire qui accompagne l’adhésion à l’UE. Nous ne pouvons pas atteindre l’autonomie réglementaire après Brexit sans abandonner le commerce sans friction. Les décideurs politiques britanniques doivent donc réfléchir aux conséquences de l’abandon du marché unique. Le premier impact se fera sentir dans les industries qui dépendent de l’alignement réglementaire pour fonctionner. Pour l’industrie automobile et les grands constructeurs comme Airbus, les chaînes d’approvisionnement européennes seront très négativement affectées par les divergences réglementaires. C’est pourquoi il n’est pas surprenant d’apprendre que les constructeurs automobiles vont suspendre leur production s’il y a la perspective d’un Brexit dur. Ils ont dit qu’ils mettraient leurs chaînes de production en pause pendant un certain temps pour voir comment leurs nouveaux arrangements en matière de chaîne d’approvisionnement peuvent fonctionner. Cela aura un impact très sérieux sur l’emploi. »

    L’UE ne sera pas disposée à signer un accord de libre-échange « approfondi et durable » avec le Royaume-Uni : « Nous obtiendrons un accord de libre-échange minimal avec l’UE si nous disons que nous visons l’autonomie réglementaire. Bien que le gouvernement ait dit qu’il maintiendrait les lois du travail et de l’environnement après Brexit, il s’agit de déclarations politiques qui ne sont pas des règles juridiques contraignantes. Pour l’instant, nous ne pouvons pas remettre en cause les normes du marché unique, mais le but de Brexit est de changer tout cela. Dans ce contexte, les mots politiques importent moins que la dure réalité juridique. »

    M. Deakin indique qu’au cours de la transition, le Royaume-Uni peut entamer des négociations avec des pays tiers, mais que ces accords potentiels seront assombris par l’incertitude persistante quant aux relations du Royaume-Uni avec le bloc commercial de l’UE et qu’il est donc peu probable que des progrès importants soient réalisés. Étant donné que le fait de quitter l’UE aura pour effet de mettre fin aux accords commerciaux que le Royaume-Uni a actuellement avec plus de 50 pays tiers, Brexit perturbera les relations commerciales du Royaume-Uni bien au-delà de l’Europe.

    PAS D’EMPLOIS BONANZA

    Il prédit qu’après la fin de la période de transition, les restrictions à l’immigration en provenance de l’UE n’entraîneront pas la création d’emplois pour les travailleurs britanniques. Le gouvernement britannique est susceptible d’étendre les arrangements sur mesure pour permettre aux entreprises de secteurs tels que l’agriculture, l’hôtellerie et la construction d’employer des travailleurs étrangers en dehors du champ d’application de la législation britannique du travail. Dans certains secteurs, les employeurs confrontés à une hausse des coûts salariaux réagiront probablement en investissant dans des technologies économes en main-d’œuvre, mais cela améliorera la productivité, sans pour autant entraîner une création nette d’emplois.

    « L’idée qu’après Brexit, des emplois qui auraient été auparavant occupés par des citoyens du continent européen deviendront soudainement accessibles aux travailleurs britanniques ne suit pas, car ils seront probablement perdus à cause des technologies économes en main-d’œuvre et des arrangements sur mesure pour les travailleurs migrants.¨
    Deakin fait également valoir que si le Royaume-Uni décide de devenir un pays à faible réglementation, à faible taux d’imposition, en sous-cotant l’UE après Brexit, l’occasion de réaligner son modèle économique sera perdue.

    Il dit :  » C’est le débat qui doit être ouvert, car c’est la question qui anime vraiment Brexit. Les Brexiters défendent une position libertaire et déréglementaire. Ils veulent un petit État et la suppression des protections sociales. Nous devons réfléchir aux avantages et aux inconvénients qu’il y aurait à faire passer notre modèle réglementaire du modèle continental européen à un modèle qui serait très, très, très différent ; un monde dans lequel nos normes alimentaires actuelles, nos normes de santé et de sécurité et nos normes sur les droits des travailleurs ne s’appliquent tout simplement plus et nous utilisons constamment notre nouvelle liberté pour réduire nos voisins européens ».
    ll ajoute : « Je ne vois pas d’avenir pour ce pays qui est un bon avenir en sous-estimant les normes sociales et environnementales. Nous pouvons utiliser nos ressources naturelles et humaines de manière plus productive grâce à une meilleure réglementation, et non à une réglementation moindre. Des normes environnementales et sociales élevées sont propices à une utilisation efficace du capital et du travail et sont nécessaires à l’innovation. »
    Deakin dit que la déréglementation que Brexit entraînerait laisserait le pays « plus pauvre et plus exposé au risque ».

    PAS PLUS DE ‘PROJET PEUR’.

    Il explique aussi pourquoi les prévisions économiques des effets négatifs de Brexit, loin de faire partie du « Projet Peur », ont sous-estimé le choc total qu’il va infliger.

    « Il y a tant de choses dans une économie qui sont d’une importance critique, mais qui ne peuvent pas être facilement mesurées, et la réglementation en fait partie. Il y a tellement de pièces mobiles, les marchés du travail, des capitaux et des produits interagissent, qu’il est très difficile de les modéliser de façon convaincante. Les modèles nous disent quelque chose, mais leur valeur prédictive est limitée. Il peut être plus significatif de regarder l’histoire pour comprendre l’impact de Brexit en termes de désorganisation de l’économie qu’elle va entraîner. Nous devons réfléchir à des précédents historiques pour un démantèlement complet du cadre institutionnel d’un pays. Un Brexit dur pourrait ressembler à une thérapie de choc dans les anciens pays socialistes ; nous espérons que ce ne sera pas aussi grave que cela, mais il serait tout de même catastrophique de désintégrer nos relations commerciales avec l’UE et les pays tiers en même temps que de supprimer nombre des règles régissant l’économie. Ce serait l’effet d’un Brexit dur. »

    La bonne réponse au débat Brexit, suggère-t-il, est d’utiliser l’occasion qu’il offre non seulement pour réinitialiser la politique économique britannique, mais aussi pour faire passer l’argument en faveur d’une économie plus juste et plus durable aux niveaux européen et mondial.

    Il argumente : « Nous devons plaider en faveur d’une UE différente. Si nous pensons que l’UE est devenue trop néolibérale et trop déréglementée, c’est exact : c’est l’ironie du débat Brexit. Si nous pensons que l’économie doit changer, nous devrions en faire la promotion à Bruxelles et pas seulement à Westminster. Quelle que soit notre décision concernant Brexit, elle sera inévitablement influencée par le contexte européen et mondial. Nous devons plaider en faveur du changement non seulement en Grande-Bretagne et dans l’UE, mais aussi à l’OMC ».

    « Je renverserais l’argument des Brexiters. Brexit est l’objectif de ceux qui soutiennent la poursuite de la déréglementation. Ils perdent l’argument sur le fond, alors pour eux, Brexit est la dernière chance. Si nous voulons un nouveau modèle, nous devrions rejeter Brexit, mais ce ne sera pas suffisant. Nous devons plaider en faveur d’un nouvel accord réglementaire qui s’attaquera aux véritables causes du malaise qui affecte la Grande-Bretagne : les inégalités et l’érosion de notre économie productive. Et au niveau mondial, nous devons plaider en faveur de politiques visant à atteindre la durabilité sociale et environnementale ».

    Le 16 novembre 2018, le SRI et le CBR, le Centre for Business Research de l’Université de Cambridge, organisent une conférence à Cambridge sur Brexit dans le but d’encourager les discussions interdisciplinaires entre universitaires et de poursuivre les recherches sur les implications du départ du Royaume-Uni de l’UE pour la politique publique.

    Il s’agit de la troisième d’une série de podcasts que le Public Policy SRI a commandés à des intervenants clés impliqués dans l’événement de Cambridge. Le professeur Simon Deakin était en discussion avec Boni Sones OBE, associé en politique du CBR.

    À propos de Simon Deakin
    Simon Deakin est professeur de droit et directeur du Centre for Business Research (CBR) de l’Université de Cambridge.

    [Grâce a deepl.com.]

  10. Cette histoire de brexit, je m’en contref… comme de (ce que vous voudrez). Enfin vraiment, par rapport à un proto-fasciste à la Maison Blanche qui hâte la fin prochaine de l’humanité, qui aura lieu même sans lui d’ailleurs, brexit ou pas, quelle différence ?

    1. A côté de la question de l’effondrement de la biosphère et partant des sociétés humaines, il est vrai que la question du Brexit peut apparaître pire que secondaire : dénuée de toute pertinence.

      D’un autre côté, pour que nos sociétés développent une capacité à faire face au risque d’effondrement et à l’éviter, encore faut-il au minimum qu’elles ne se transforment pas en jungles de la guerre de tous contre tous. Cette transformation ferait alors disparaître tout espoir d’une réponse collective efficace au risque principal.

      De quelque côté qu’on prenne la question, qu’on soit adversaire ou partisan de la sortie de l’UE, il reste que la « révolte » d’une partie des Britanniques contre les classes plus aisées qui s’est exprimée par le Brexit, tout comme le démantèlement même partiel de la structure internationale qu’est l’UE, ont bien rapport avec la question de la possibilité d’un projet collectif. Projet qui de toute façon nécessiterait à la fois des compromis trans-classes et une forte coopération internationale. Que l’on pense que cette coopération puisse être efficace à base d’organisations internationales intégrées (UE) ou de nations indépendantes, d’ailleurs.

      Du coup, il est difficile de se désintéresser au devenir du Brexit, même si le Royaume-Uni comme la France ne représentent que 3 ou 4% de la production mondiale, et 2% de la pollution. Le cas britannique a valeur d’exemple.

      1. « Le cas britannique a valeur d’exemple. »

        Oups …assurément. “Le golf consiste à mettre une balle de 4 cm de diamètre sur une boule de 40.000 km de tour et à frapper la petite, non la grande.”
        Winston Churchill

      2. Ah d’accord, je comprends. Si pas brexit on a davantage de chances d’éviter l’effondrement. J’avais pas vu le problème comme ça. Excuses.

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