Trump vs. Mueller : amateur contre professionnel, le 4 décembre 2018 – Retranscription

Retranscription de Trump vs. Mueller : amateur contre professionnel, le 4 décembre 2018. Merci aux retranscripteurs !

Bonjour, mardi 4 décembre 2018. Très vite, parce que chambre d’hôtel, mauvaise connexion. Mais une petite explication, parce qu’on commence à comprendre vraiment ce qui s’est passé, ces jours derniers, entre M. Robert Mueller – à la tête d’une commission enquêtant sur une collusion éventuelle de l’équipe de M. Trump avec la Russie – et M. Trump lui-même et certains de ses amis et anciens collaborateurs.

Alors, au début – c’était au début de la semaine dernière – on a appris que M. Paul Manafort était accusé d’avoir menti à la commission Mueller, et que du coup, il n’aurait plus droit à l’arrangement, au plea deal qu’on lui avait proposé, de réduction de peine en échange de dire toute la vérité. Qu’est-ce qu’on avait appris ? C’est qu’en fait, l’équipe d’avocats de M. Manafort avait coordonné ses efforts avec ceux de M. Trump, et que donc, en fait, ils mettaient au point un scénario qu’ils racontaient à la commission Mueller. Et M. Mueller a dit : « Non, ça suffit. Je sais que ce n’est pas vrai. » On avait entendu quelques jours plus tard quelque chose de très similaire, que je ne vous rapporte pas dans le détail, à propos de Michael Cohen qui est l’ancien avocat de M. Trump. Et là aussi, M. Michael Cohen reconnaît qu’effectivement, il y a eu, pareil, coordination entre ses avocats et ceux de M. Trump, c’est-à-dire tentative, là, de rouler la commission Mueller. On commence à comprendre un peu plus ce qui s’est passé exactement, qu’il ne s’agit pas du tout d’une défaite de Mueller, et qu’au contraire, je pourrais appeler ma petite communication ici : Donald Trump contre M. Robert Mueller : amateur contre professionnel. Parce que, s’il y a bien une partie qui a roulé l’autre dans la farine, c’est bien M. Mueller [rire] en tant que professionnel, par rapport à M. Trump.

Donc, M. Trump imagine qu’il est en train de rouler la commission Mueller, parce qu’il se met d’accord avec les gens qui ont promis de dire toute la vérité, et qui, en réalité, ne le font pas. Et M. Trump accepte, du coup, dans une déposition écrite, de répondre aux questions qui ont été posées par la commission Mueller. Alors, que fait Mueller ? Mueller, il a toujours été dans la position de pouvoir être récusé, de pouvoir être obligé de terminer ses travaux, qu’on lui mette des bâtons dans les roues, qu’au ministère de la Justice, quelqu’un décide de supprimer sa commission. Et donc, dès le début, il a fait en sorte que ses conclusions soient connues, d’une manière ou d’une autre. Et au départ – ça, je l’ai souligné chaque fois qu’il le faisait – il déléguait certaines parties de son travail à d’autres cours, en particulier à des cours liées à des États, ce qui empêche l’administration centrale d’interférer, de faire des ingérences, de la manière dont elle pourrait le faire si c’était directement la commission Mueller qui s’en occupait.

Donc, première chose, disperser. Disperser l’information, la redistribuer à l’intérieur du système pour que ça apparaisse quand même, même si Mueller est éliminé. Et alors, la grande tactique, la grande stratégie qu’on voit apparaître, c’est : M. Mueller se met en position de dire : « On a essayé de me rouler. Et là, je suis obligé de dire ce qu’il s’est passé. » Et ça, personne ne peut l’empêcher de le faire, tant que sa commission existe. Et c’est ce qu’il a fait. Manafort et Cohen ont cru qu’ils tendaient un piège, coordonné par Trump. Et en fait, le piège, la nasse était là. Et la nasse, c’était M. Mueller qui l’avait faite. Il se doutait peut-être (ou alors il l’a découvert en cours de route) qu’on allait lui mentir, qu’il y avait coordination avec les avocats de Trump. Et il a dit : « Venez donc, mes amis. Moi, je sais exactement ce qui s’est passé. Et pour chacun de vos mensonges, je vais publier cinq pages en expliquant ce qui s’est passé en réalité : quelle est la véritable information. Et alors, si vous mentez, eh bien, je vais diffuser mon rapport en disant : ‘Écoutez, regardez ces gens, comme ils sont malhonnêtes : ils avaient promis de dire toute la vérité, et ils ne l’ont pas fait. Parce que la vérité, c’est ceci.’ » Et on sait en particulier [que] le 6 décembre – c’est quoi ? C’est dans deux jours – des explications seront produites par la commission Mueller sur ce que M. Manafort a dit de faux – parce que le vrai, c’est ceci. Et je vous garantis qu’il y aura au moins 35 ou 50 pages d’explications sur ce qui s’est passé véritablement.

Donc M. Mueller avait bien joué. Il savait. Il savait qu’on allait peut-être essayer de le « démissionner », de le récuser. Il savait qu’on allait lui mettre des bâtons dans les roues d’une manière ou d’une autre. Il pouvait se douter que M. Trump nommerait M. Whitaker pour remplacer M. Sessions à la tête du ministère de la Justice, et que ce M. Whitaker allait peut-être supprimer les fonds qui permettent à la commission de fonctionner. Et donc, M. Mueller ne disait rien pendant la campagne électorale des midterms, mais son équipe travaillait, turbinait, et tout est là. Tout est prêt à sortir. Le rapport sera peut-être, finalement, communiqué effectivement au Congrès. Le ministre de la Justice ne pourra peut-être rien faire en réalité pour empêcher sa diffusion. Mais, de toute manière, M. Mueller s’est arrangé pour que, d’une manière ou d’une autre, l’information apparaisse. Il ne fallait pas qu’il le fasse durant la campagne électorale des midterms, de mi-mandat, de M. Trump, parce que, comme les résultats seraient dévastateurs de toute manière pour M. Trump, ce serait apparu comme partisan. Il a bien fait d’attendre. Mais, aussitôt, aussitôt, maintenant, il sort tout ce qu’il sait, et avec un peu de chance, on ne lui mettra pas trop de bâtons dans les roues, parce qu’on verra en face qu’il n’y a pas grand-chose à faire, qu’il est prêt, qu’il s’est arrangé pour que toute l’information apparaisse en pleine lumière, le jour où il aurait décidé de le faire.

Professionnel ! Un professionnel contre un amateur. On en saura plus, sûrement, dans les jours qui viennent. Et sûrement le 6 décembre, quand le rapport relatif à tous les mensonges de M. Paul Manafort sera publié par le tribunal.

Voilà, je vous tiens au courant.

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