« Personne ne connait quelqu’un mort de la pollution ! » (c’est normal, il ou elle a eu l’air de mourir de vieillesse !) par Timiota

À propos de l’article du Monde : Comment est calculée la mortalité liée à la pollution ? Ouvert aux commentaires.

De la mortalité causée par les PM2.5

Je tente d’expliquer à ma façon les chiffres sur la mortalité « évitable » par réduction des particules dites PM2.5, polluant connu et identifié.

Le corps médical s’accorde en assez grand détail sur la mortalité causée par les PM2.5, comptées en µg/m3. La figure ci-dessous est la Fig.1 extraite de l’article de 2015 « Addressing Global Mortality from Ambient PM2.5 » de Joshua S. Apte et al. (DOI: 10.1021/acs.est.5b01236, Environ. Sci. Technol. 2015, 49, 8057−8066) donne la mortalité assez précise par cause pour une « population type ». Je l’ai taggué pour avoir des éléments en français et pour faire voir quelques éléments saillants : non linéarité de la réponse dans la zone intéressante des villes polluées notamment.

Mais passer de la mortalité à la « mortalité évitée » n’est pas évident pour les gens (comme moi) peu familiers avec l’épidémiologie. Par exemple, vers 30 µg/m3, on a une mortalité causée de 70/100 000. Pour une population de 60 000 000 qui subirait cette pollution, il faut multiplier ce chiffre de 70 par 600, ce qui donne 42 000. Le petit laïus qui suit aide à comprendre l’étude de Santé Publique France publiée le 21/06/2016, « Environnement et santé / Impacts de l’exposition chronique aux particules fines sur la mortalité en France continentale et analyse des gains en santé de plusieurs scénarios de réduction de la pollution atmosphérique ».

En effet, cette étude n’est hélas pas très pédagogique, ne serait-ce que les formules sont pour une partie quasi illisibles dans le pdf, et l’essentiel est dédié à soupeser le fait qu’il y a diversité de modèle et de maillage pour la pollution (urbaine, rurale, etc.) et pour les tranches d’âge des gens exposés dans ces différents cas (démographie précise), le tout en recoupant des données par commune, en s’assurant de la signification statistique (est-on sûr que 10 morts relevés sur 100 communes de 300 habitants sont sur le même pied qu’une commune de 30.000 habitants de même niveau de pollution, etc.).

Le point de base est que nous mourrons tous, donc que notre probabilité à 30 ans de mourir à un âge donné X est une courbe en cloche centrée quelque part vers 75-80 ans (l’espérance de vie). Psychologiquement, c’est plus facile de raisonner sur les tranches de cette zone (disons 78 ans) que sur celle de 35-40 ans par exemple, où l’on est rétif à imaginer la mortalité « naturelle ». Une fois que vous avez atteint 78 ans, vous avez donc une chance respectable de mourir dans l’année, en gros 14%, et donc 86% de survivre. Dans 7 ans (à 85 ans), comme 0.867 = 0.35, vous aurez perdu 65% de vos ami.e.s du même âge et gardé 35%.

J’ai utilisé là un modèle « exponentiellement décroissant », dont le taux de mortalité à un âge donné est constant. Il permet de raconter les choses facilement. La version la plus simple suppose qu’on ne meurt jamais jusqu’à 70 ans et qu’on a, abruptement, une chance sur 7 par an de mourir dans l’année, les 14% ci-dessus. Un tel modèle prédit les courbes vertes ci-dessous, qui ne sont pas trop irréalistes par rapport à la pyramide des âges (mieux pour les hommes, soit) :

Muni de cette démographie simplifiée (population constante, taux de mortalité constant par an après 70 ans), on peut regarder les courbes violettes du graphe général de gens qu’on va appeler « vivant en air assez pur » ci-dessous, que je vais commenter (avant de passer aux cas de gens « affectés par les PM2,5 à une certaine dose » qui sera en marron pointillé) :

En haut, en violet donc, on retrouve la population par tranche d’âge, comme dans une pyramide, mais couchée à l’horizontale, avec la loi exponentielle de chute après 70 ans (la courbe violette est donc bien celle qui était verte sur les pyramides, on ne la voyait pas si je l’y laissais violette 🙁 , avec maintenant l’âge « en abscisse » : à l’horizontale).

Dans le graphe du milieu (même axe horizontal : âges), le « taux de mortalité » est la courbe violette, celle qui fait une forme de « marche d’escalier», et passe d’un coup de 0 à 0,14 (1/7ième) à 70 ans.

Dans le graphe du bas : le nombre de morts par an est une quantité importante, puisque c’est à cette quantité qu’on se doit de comparer en premier les mortalités dues à la pollution.  Dans le modèle simple et de population stable, cette quantité de morts est la pente de la courbe du haut (les morts à 73 ans sont la différence entre vivants à 74 ans et vivants à 73 ans) et donc au signe près, c’est la dérivée mathématique de la population -d(Population)/dt. Le nombre de morts par an suit ici la même loi exponentielle que la population, c’est l’avantage de modéliser avec ce genre de loi. Ici, il s’agit d’une loi en exp{-(Age-70)/7}  [pour Age >70]  dans les deux cas. Donc spécifiquement pour mon modèle, les courbes ont la même allure décroissante très classique.

Là-dessus, les épidémiologues transforment les mortalités observées (Fig.1) en RR : « Risk Ratio », ou en français « Risque Relatif ». Une population donnée voit son taux de mortalité multiplié par ce facteur RR lié aux PM2.5. Dans le supplément de l’article suscité de Joshua S. Apte et al. On trouve en Fig. SI1 cette courbe qui est « la bonne » à mon avis, et qui est indépendante de l’âge : les PM2.5 « tuent autant » quel que soit l’âge (>30 ans je crois toutefois …).

La forme de la courbe s’explique bien par la mortalité observée, mix de certaines causes sensibles à faible dose (maladies cardiaques) et d’autres moins (cancer des poumons). Le modèle violet dit « Log-linear » (point-trait-point) a été exclu il y a quelques années, donnant des RR irréalistes (> 2) aux forts PM2.5. Pour ces fortes concentrations, on s’est basé sur des cas particuliers (maisons enfumées, industries particulières) pour vérifier que, bon an mal an, les gens « résistent » aux fortes doses, et que le « poison » est surtout ‘efficace’ (en relatif) aux faibles doses.

J’ai tracé par-dessus la pente à l’origine (pointillé marron et encart au-dessus), qui est en gros deux fois plus forte que la pente locale vers 30 µg/m3 : si vous avez une machine miraculeuse qui enlève 3 µg/m3 de PM2.5, utilisez là pour dépolluer une ville d’assez bon air (10 µg/m3) plutôt que Milan aux mauvaises heures, vous sauveriez plus de vies !!  Bien sûr, côté émission, c’est l’inverse : il est plus facile, si on croit encore en un État régulateur du moins, de repérer et d’inciter les « gros pollueurs » (usines, diesel…) que la myriade d’activités polluant à bas bruit (barbecue, usure de freins, chantiers, chauffage gaz « assez propre »…).

Nous allons raisonner sur le point à 30 µg/m3 : il est associé à un RR de 1,32 : la mortalité des gens est 1,32 fois plus importante que sans les PM. Encore faut-il qu’ils meurent ! Dans mon modèle de gens inoxydables jusqu’à 70 ans, la conséquence de ce RR est nulle jusqu’à 70 ans ! C’est là le point qui fait que « personne ne connait quelqu’un mort de la pollution ». C’est une cause qui « se rajoute multiplicativement » ; si, comme on dit dans certains coins de l’Ouest, « Il y a le vieux qui rentre » en vous, ou si comme dirait Brassens, vous êtes déjà un peu « guetté par la Camarde »,  vous lui entrouvrez la porte un peu plus avec les PM. Mais de 30 à 70 ans (dans mon modèle) on ne voit rien de rien.

La suite est assez simple. Puisque vous avez 1,32 fois plus de chance de mourir, le 14% devient 14 x 1,32=18% à peu près. On doit donc se baser sur la courbe en échelon en pointillé marron. Dans ce cas, le facteur de décroissance de l’exponentielle est de 5,3 ans au lieu de 7 ans. (1/0,18 au lieu de 1/0,14 aux arrondis près). La chute en pointillé marron est donc plus rapide dans la population. Et la mortalité (graphe du bas) est une courbe pointue mais qui a son pic plus haut et plus étroit.

Formellement, la population totale n’est pas constante dans mon modèle : la tranche entre la courbe pointillée (30 µg/m3) et la courbe « bon air » violette est une différence de population. Ça joue sur 2%, et ce n’est pas grave pour la suite en tant que tel. En revanche, en laissant la courbe telle quelle, on a sous les yeux le fameux « NOMBRE DE MORTS ÉVITÉES » : c’est tout bonnement la surface entre les deux courbes. Donc c’est 2% de la population, justement. Ou encore c’est la différence d’espérance de vie, qui est raccourcie de 7 ans à 5,3 ans, soit 1,7 ans (7 ×(1-RR-1)).

(Avec ce modèle exponentiel décroissant, la différence de taux devient une différence de population, intégrales et dérivées se réfèrent toutes aux mêmes exponentielles…).

Voilà donc les « morts évitables ». Si nous sommes actuellement dans la situation « mauvaise » (marron pointillé) et qu’on supprime brutalement la cause, on va passer à la situation bonne (violet continu) et gagner sur l’espérance de vie. Donc ces « morts évitées » sont « seulement » retardées de 1,6 ans, cela va accroître la population un petit peu (~2%). Les autres causes de variations démographiques (naissances, solde migratoire) sont bien plus fortes que ce « bruit ».

La réduction n’a en réalité pas d’effet immédiat, c’est évident pour les cancers, et un peu moins pour les maladies cardiaques, mais quand même. Donc même si un gros vent d’ouest salvateur soufflait sur la France 24/24 365 jours par an, il faudrait 15 ou 20 ans pour « ressusciter » ces morts, on n’en « gratterait » qu’un petit dixième la première année, etc.

Sur le chiffre absolu, il faut bien sûr pondérer, comme le fait l’étude « Santé Publique France », et on ne part pas de RR aussi élevés que 1,32 sauf dans un petit nombre de cas. Le résultat est que les gens en zone polluées gagneraient 0,8 ans, et en moyenne sur la France 0,4 an. 0,4 an rapporté à 80 ans, c’est 0,5%, donc rapporté à la population française de 67 000 000, c’est 34.000, on retrouve bien les chiffres annoncés.

Le détail dépend bien sûr des courbes réelles et de toute la démographie et de toute la répartition des PM, dans l’espace et le temps (si je passe à la gare du Nord 1 h par jour, combien ça compte ?).

A titre de pédagogie finale (si vous avez tenu jusqu’ici), voici les allures un peu plus réalistes que le modèle exponentiel, faites « à la main » : on y retrouve les mêmes tendances, sauf que les allures des transitions sont émoussées. A noter l’avance du pic de mortalité annuelle (en bas), puisque le modèle ne « coupe » plus abruptement à 70 ans. Et à noter que ce pic est le plus souvent un peu avant l’espérance de vie, puisque quand il ne reste plus que la moitié des gens, ils font moins de morts que au plus raide de la descente.

En résumé, il ne me semble pas qu’il y ait faute de raisonnement, mais faute de compréhension de qui gagne ces « morts évitées » : en résumé rapide : les vieux, et en résumé plus précis, ceux qui sont à l’âge de l’espérance de vie, soit vers 80 ans. En gros et un peu cruellement, les octogénaires seront les principaux bénéficiaires, pas les régimes de retraite ni celui de la sécu (quasiment pas d’année travaillée en plus). Et ceux des environnements peu pollués seront en nombre et à baisse absolue de PM, les plus grands bénéficiaires (c’est pour voir si vous vous rappelez du début : la courbe de réponse dite « C-R »  est non linéaire !)

Cela n’enlèvera pas les moult bizarreries qu’on pourra trouver dans le grand tout statistique. Par exemple, dans l’étude de Santé Publique France, Annexe 2, tableau 1, il y a la comparaison entre Languedoc Roussillon (LcRn) et Ile de France (IdF), lors de l’étude pilote.

Décès annuels moyens (30 ans et plus) : 68 978 (IdF) et 24 977 (LcRn) .

C’est plus en LcRn en proportion de la population 6,9 et 1,7 millions donc : 1% et 1,5% en gros. C’est sans doute que les franciliens vivent un peu plus vieux d’une part, et partent mourir ailleurs sans doute (au sud notamment).

Or c’est LcRn qui a, assez nettement, le plus petit pourcentage de morts par maladie cardiovasculaire et respiratoire, alors qu’IdF est incontestablement plus polluée, surtout ramené à là où les gens vivent bien sûr (Paris et petite couronne). Les chiffres  bruts sont en effet :

-> Décès cardiovasculaire annuels moyens (30 ans et plus) 16.654 (IdF) et 7.038 (LcRn)

-> Décès respiratoires annuels moyens (30 ans et plus) 4.173 (IdF) et 1.578 (LcRn)

Soit en pourcentage des 30 ans et plus (6,9 millions(IdF)  1,7 millions(LcRn))

=> Décès cardiovasculaire annuels moyens (30 ans et plus) 24,1% (IdF) et 28,7% (LcRn)

=> Décès respiratoires annuels moyens (30 ans et plus) 6,04% (IdF) et 6,32% (LcRn).

De quoi donner envie à un lobbyiste pollueur d’argumenter que « vous voyez, ça n’y est pour rien ». La réponse (négative !) à cette question est dans la (les) méta-études que Santé Publique France a dûment compilées en 2016, évidemment.

Au final : Le sujet n’est donc pas très simple et manque (manquait ?) de représentation graphique.

Le sujet délicat plus général de « donner les bonnes représentations graphiques » aux gens (avec ou sans gilets, de toute couleur) pour qu’ils puissent participer aux grandes décisions sur le climat et le cadre de vie mérite aussi de gros efforts, avis aux gens intéressés : ça m’intéresse !

Partager :

15 réflexions sur « « Personne ne connait quelqu’un mort de la pollution ! » (c’est normal, il ou elle a eu l’air de mourir de vieillesse !) par Timiota »

  1. Pour avoir travaillé un peu sur le sujet dans les années 90-2000 (on parlait surtout de PM10 et de dyoxine, et un peu de PM2.5), je vous propose quelques réflexions.
    1/ La pratique de la mesure de la pollution est cruciale. Le maillage parait assez fin (une jauge tous les 2km) mais est-il pour autant représentatif de l’état actuel ? Combien de mesures pendant combien de jours ? Hiver, été ? Avec du vent ou pas ? On a vite fait d’avoir des mesures à disqualifier, mais comme cela coûte cher en appareillage et en temps, on est plutôt tolérant. Et puis, le maillage ne vient-il pas sauter justement un « point noir » (cheminée ou rond-point) ou le prendre trop en compte ? Je pense notamment que l’affirmation « à Paris pas d’industrie donc c’est une pollution liée au chauffage et au transport » demande à être affinée : qui de nombreuses combustions des PME, des chantiers du batiment, des toitures, des déchets éliminés dans des bruloirs privés, etc. ?
    2/ Les études épidémiologiques sont cruciales. Par exemple, les études sur le bruit des aéroports sont nombreuses et convergentes dans le monde : on peut lier des niveaux de décibels à des troubles du sommeil, à des échecs scolaires, à des ulcères à l’estomac, etc. et on a pu délimiter ainsi les limites d’heures nocturnes à préserver (ce que les gestionnaires ont tendance à oublier en prétendant 23h au lieu de 22h, c’est pas grave ! Or, si, c’est grave et parfaitement établi). Mais les études épidémiologiques sur la pollution de l’air n’ont pas cette netteté ! Multiples causes, multiples symptômes (cœur, poumon, sang…), doses individuelles très fluctuantes. En général, on extrapole à partir d’un milieu très pollué, typiquement les ouvriers à l’intérieur d’une usine. Mais ce qui marchait avec des poussières lourdes ne vont plus avec les PM2.5. L’étude du Monde évoque une cohorte de 20.000 personnes suivies depuis les années 80. C’est bien mais c’est très peu.
    3/ Les morts évitées sont un calcul statistique sans doute intéressant pour les matheux mais pas pour les malades ou les vieux. La plupart du temps, les « morts supplémentaires » sont peu significatifs (cas de la vache folle, de la dyoxine dans les poulets, de légumes dans des potagers proches d’usines d’industrie lourde, etc.) et avec une marge d’incertitude qui laisse perplexe. A 70 ans, j’ai une espérance de vie de 18 à 20 ans (sauf cas spécial de longévité ou précocité de mort non représentative) et une oblitération de cette espérance statistique en milieu pollué de quelques mois en moins. Mais les motifs de mort sont à cet age innombrables de sorte que la question est peu relevante. Ce serait plutôt de savoir si 30 ans sans pollution aucune vont modifier profondément l’espérance de vie pour une part significative de gens (qui ont aujourd’hui 60 ans) et donc si le jeu en vaut la chandelle. Or ce qui est frappant, c’est que les gains sont plus forts en milieu rural, ce qui amène à contraindre davantage des populations peu touchées ! (Grenoble a défini un terroire qui englobe de nombreuses zones de montagne et revendique d’interdire les feux de bois partout pour atteindre des objectifs moyens favorables à sa zone urbaine, alors que les ruraux ont avant tout le bois comme combustible disponible facilement…. C’est « trop injuste ». Ce le serait aussi de s’attaquer aux vieux tracteurs agricoles ou forestiers pour réduire la pression d’une norme exigée en zone urbaine !)
    Or le scénario maximum (niveau des sommets de montagne, sans source anthropique) est sans doute peu réaliste, intéressant dans l’absolu seulement.
    Finalement, les mesures annoncées contre les voitures diesel en ville montrent une inquiétude profonde et extrêmement rapide de santé publique (mon diesel neuf a cinq ans et je n’imaginais le voir déclarer « hors la loi à terme » si rapidement, après un an ou deux de l’achat !). Un peu comme le contexte du tabac s’est totalement renversé en dix années me semble-t-il. Qui dit santé publique ne parle pas de morts, mais de charges de santé publique : soin et suivi de malades de long terme. Mais face à ce tournant vertueux soudain, il y a aussi à considérer les batailles scientifiques de retardement pour le tabac, et le scandale des tricheries sur les normes de pollution des voitures : combien de morts et malades supplémentaires par ces voitures neuves (donc maintenues pour une décennie) incapables de se conformer à des objectifs convenus ? Et sans que personne ne soit pénalement responsable de crime…

  2. Merci de l’apport sans doute au fond plus informé que le mien.
    (et d’être tolérants vis à vis des ellipses de langage qui restent encore dans le texte).

    D’accord à 101% ou 99% suivant les affirmations.
    Je nuancerais l’impression d’être peu fiable avec les « hot spots » de PM2.5 (en manquer ou n’avoir que la malchance de leur tomber dessus) par le fait que les méta-études n’ont pas trop d’écart sur le coefficient « beta », qui lie le RR à la dose C de PM (les courbes C-R): ils se disputent sur 20% de marge, c’est assez peu, même si 7000 morts de plus ou de moins seraient en jeu, il faut le rapporter au total.

    Mais bon, à l’inverse, j’ai un ami allemand qui est haut placé dans une compagnie automobile de Stuttgart et a aidé à perfectionner les moteurs de camion (les plus proches du rendement de Carnot, ceux où le AdBlue et autres conditions de moindre pollution des diesel sont bien suivis, bien ajouté vu le prix des joujoux). Il arguait souvent qu’à Stuttgart, les écolos mesurent la pollution genre « la pire d’Allemagne » parce qu’ils ont mis le capteur à un carrefour en côte particulièrement important (et que c’est une cuvette de la vallée du Neckar, Stuttgart) . Mais je le sens de moins en moins convaincu de la vulgate des pollueurs, avec le temps, c’est un excellent physicien de formation, il connait les deux côtés des arguments « hand waving ». Ca va venir que des gens comme ça aident les décideurs à réviser leur point de vue, mais il faut compter une génération quasiment.

    Il est vrai que face à des fluctuations importantes de tout le reste de la société, le fait de voir la courbe C-R saturer (RR < 2 en gros) suggère qu'en cas de coup dur, nous devrions (sur)vivre comme dans la soute des bateaux à vapeur, avec bien de la suie dans l'air, mais que ça serait mieux que d'être balayé par les lames sur le pont. Notre "fortune carrée" (la voile de secours, cf le roman de Joseph Kessel) pourra prendre des atours moins romanesques.

  3. Un peu perdu avec le côté ‘math’, mais bigrement intéressant !
    Le fameux indice ‘Atmo’ (échelle 1 à 10), principalement destiné au grand public, de niveau de pollution de fond des agglomérations > à 100.000 habitants, comprend (que) les mesures de SO2/NO2/O3/ et PM10.
    (Le SO2 étant à des niveaux faibles depuis des années maintenant)
    C’est pas toujours simple de récolter les données, mais si on regarde l’évolution des indices sur les dix dernières années dans les grandes villes en France, et en tenant compte du resserrement des normes PM10 en 2012 (seuils d’alertes 80/125 ug avant, 50/80 ug après), on peut constater que les niveaux de pollutions ont une tendance à la baisse, c’est souvent en dents de scie, c’est pas rapide, mais les indices supérieurs disons de 7 à 10 se tassent. Ça sera peut-être un peu plus délicat dans les prochaines années, on va ‘taper dans le dur’…
    C’est pas génial, mais y’a de l’espoir !
    https://atmo-france.org/la-carte-des-aasqa/

  4. oops, dans la note sur la fin entre IdF et Languedoc Roussillon (LcRn), j’ai oublié de donner la base de 100% qui n’est pas exactement la population totale mais la mortalité totale :
    Décès annuels moyens (30 ans et plus) : 68 978 (IdF) et 24 977 (LcRn) .
    C’est plus en LcRn en proportion de la population 6,9 et 1,7 millons donc : 1% et 1,5% en gros. C’est sans doute que les franciliens vivent un peu plus vieux d’une part, et partent mourir ailleurs sans doute (au sud notamment).

    « ctplm »

      1. Presque,

        Il faudrait encore remplacer:
        « Soit en pourcentage des 30 ans et plus (6,9 millions(IdF) 1,7 millions(LcRn))  »
        par
        « Soit en pourcentage des décès annuels (30 ans et plus) : 68 978 (IdF) et 24 977 (LcRn) . »
        Sorry, ceci dit, vu l’importance du facteur (100), ça n’induit personne en erreur.

  5. Merci aussi pour avoir noté l’injustice géographique.

    On vient emm…der des gens comme moi, au hasard, à un kilomètre du premier voisin en forêt pour résoudre des questions liées à la concentration mal gérée d’habitats…

    Et notre contestation sera bien sur inaudible.

  6. Pour la Belgique, il faut consulter : http://www.irceline.be/fr
    Pour l’anecdote, à propos de l’anecdote du carrefour de Stuttgart, j’ai entendu des industriels belges se plaindre de ce que les normes allemandes de l’air étaient sévères, mais qu’on faisait toujours une moyenne de quatre jauges autour d’un site polluant, ce qui lissait les pointes, tandis que les jauges en Belgique visaient plutôt l’alerte, et étaient donc sans maillage, placées dans le sens des vents dominants etc, de sorte qu’il ne fallait pas leur appliquer les normes allemandes mais … tolérer.
    Pour l’anecdote encore, je crois me souvenir que dans la crise de la dioxine dans l’alimentation des poulets belges, un épidémiologiste avait calculé que cela pouvait causer 6 morts de plus par an, soit une quantité négligeable. Ce qui ne voulait pas dire de tolérer les pratiques d’élevage, mais…

  7. Super travail. Pédagogique. Très clair. Plusieurs lectures nécessaires, mais normal vu la densité et sujet pas évident.
    Comme le dit Chabian, l’ensemble repose sur des mesures ponctuelles assez densifiées. Par ici, les vallées rendent l’extrapolation géographique hasardeuse. L’exemple du sillon partant de Bonneville et se terminant à Chamonix est typique : fond de vallée coiffé d’un smog dense toute l’année, pentes libres de pollution atmosphérique visible et également peuplées. Au droit de Sallanches, il y a même de fortes disparités au ras du sol, disparités connues des gens du cru. Ce serpent de pollution, vallée de l’Arve, est bien visible à partir du col d’Evires. Le ferroutage semble un échec, mais pas pour les bétonneurs… Et les collectivités locales, le département, la région, le pays et le monde tout entier, dont la Suisse, agissent : la vitesse sur autoroute est limitée.

    Votre démonstration tend à prouver que les dangers du capitalisme, pour faire court, ne sont pas assez évidents. L’obscurcissement des sens, une anesthésie complice de ce système. Il y en a d’autres.

    On n’aura garde d’oublier que vivre est une activité dangereuse avec beaucoup d’aléas, et inégalitaire à titre individuel et collectif.
    Chais pas bien passe que étant vieux, je me dis que la préservation de mes semblables en âge n’est pas vraiment une priorité (pour le bien que nous avons fait, ajouterais-je. Un peu de déprime dominicale…) Préserver la santé future des enfants est beaucoup plus important. Au bénéfice partiel de tous, des vieux même.

    1. Tiens, je suis passé à Magland le dimanche 24 février dernier, en pleine « brouillasse » polluée, m’arrêtant pour quelques courses au SuperU (il y a le sérac en vente là-bas, on n’en trouve point hors de Savoie… dommage car il y a tant de lactosérum jeté comme déchet alors qu’on pourrait en faire des choses bonnes comme ça) .

      Bref, à Maglan, j’ai cru que je tombais malade avec la gorge qui se serrait en respirant, j’ai un petit bout de gène asthmatique qui ne doit pas être tout à fait éteint, et une petite irritation chronique de la gorge l’hiver, cela a fait de moi un petit canari de mine. Passé vers Cham (puis au tunnel, j’allais en val d’Aoste) c’est parti.

      On trouve pour 100 et qqs euros des détecteurs de PM2,5 de base, il va devenir logique de les mailler et de faire savoir aux pouvoirs publics et aux véhicules non locaux qu’ils ont un prix à payer (en plus du SIVOM local et des métallurgies/décolletage bien présentes en vallée de l’Arve)

  8. Quelle complexité la statistique ! Elle est jolie cette pyramide des âges avec ces points 1,2,3. Pourquoi une pyramide ? Il est possible de tout repositionner à l’horizontal mais avec beaucoup de papier et la lisibilité de la pyramide n’est pas aussi nette.
    Je voulais ajouter que le stress provoque des maladies cardiovasculaires.
    Je voulais dire egalement que dans une forêt qui bourgeonne, il est difficile de respirer naturellement.

    1. La pyramide est un « standard », je n’y peux rien, elle est avec l’âge en ordonnée et les quantiles (popu) en abscisse.
      Dans une forêt qui fait des pollens surtout, c’est difficile de respirer (aujourd’hui vers Paris, premiers vents forts sur les chatons qui s’ouvrent dans un aulne, ça fait sortir des nuages jaunes denses autour des branches secouées.)

      1. Bonjour Timiota,
        Les anciens disaient qu’à la pousse de la feuille et à sa chute les décès augmentent. C’est un phénomène saisonnier qui interviendrait au printemps et à l’automne. Est ce vérifiable?

  9. Je retiens que pour parvenir à 360 000 morts par an en ciblant les morts , il faudrait construire les Ehpad en zones à fortes PM 2,5 . Reste à démontrer que les PM2,5 restent suffisamment au même endroit , sans être dispersées par le vent , pour qu’on arrive à bien zoner les secteurs à haute densité d’Ehpad .

Répondre à timiota Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.