La guerre civile en Amérique, le 3 mars 2019 – Retranscription

Retranscription de La guerre civile en Amérique, le 3 mars 2019

Bonjour, nous sommes le dimanche 3 mars 2019 et, aujourd’hui, je vais vous parler essentiellement d’un article qui est paru avant-hier, 1er mars, dans le Washington Post et cela s’appelle : « In America, talk turns to something unspoken for 150 years : Civil War » (En Amérique, aux États-Unis, on se met à parler de quelque chose dont il n’a pas été question pendant 150 ans : la guerre civile). 

C’est le premier article que je vois véritablement consacré, aux États-Unis, au thème de la guerre civile. Je suis allé voir par curiosité quand, dans mes chroniques sur M. Trump, j’ai commencé à utiliser l’expression de « guerre civile » et, c’est il y a pas mal de temps. C’était le 12 janvier 2017. Je parlais de quoi ? Je parlais de l’intervention de Mme Meryl Streep aux Golden Globe Awards, ces prix donnés dans le cadre du cinéma peu de temps avant les Oscars, à un certain nombre de films, un certain nombre de vedettes. 

À ce moment-là, Mme Meryl Streep avait parlé de quelqu’un qui était au pouvoir depuis un certain temps. Elle a dit : « Je n’aurais jamais imaginé que, dans mon pays, je verrais un président de la république, un président du pays, mimer, caricaturer un reporter, un journaliste handicapé pour faire rire son public ». Elle a été attaquée violemment par la presse d’extrême-droite, celle qui soutient Trump. C’était la 1ère fois que les Américains, je dirais, qui étaient dans une certaine stupeur depuis l’élection de leur président, réagissaient aussi violemment. On était encore, bien entendu, au tout début de la présidence de Trump mais le ton était donné : quelqu’un avait rompu le silence et dit : « Il se passe quelque chose d’affreux. Il y a quelqu’un à la tête de notre État qui est quelqu’un en lequel on ne peut pas se reconnaître ». 

Ce qui conduit le Washington Post plus de deux ans après moi à parler de guerre civile aux États-Unis, ce sont des propos que j’ai promis, d’ailleurs, que j’allais vous traduire. Ce sont les remarques de conclusion de M. Michael Cohen lors de sa déposition devant le Comité de surveillance du Congrès Américain, c’était-à-dire l’assemblée nationale là-bas, il y a quelques jours. Vous verrez, dans ce texte que je reproduirai – j’ai mis un peu de temps à trouver le texte complet mais je vous mettrai ça tout à l’heure – il dit : « Étant donnée mon expérience d’avoir travaillé pour M. Trump, j’ai peur que s’il perdait les élections de 2020, il n’y aurait pas un transfert pacifique du pouvoir ». 

M. Cohen dit à propos de M. Trump que c’est un séditieux, qu’il ne reconnaitrait pas le fait que l’on aurait voté pour un candidat qui n’est pas lui. Cela correspond fort à sa personnalité. Il fait partie de ces pervers narcissiques qui peuvent pas imaginer que l’admiration ne soit pas unanime envers eux. Il ne pourrait pas croire que le peuple a véritablement, sans tricherie, voté pour quelqu’un d’autre. 

On se souvient qu’à l’époque des élections en 2016 qui avaient conduit à son élection, à la question de savoir s’il reconnaîtrait la victoire de la candidate qui lui était opposée, il n’avait pas répondu à la question, ce qui avait conduit M. Obama à dire que ce silence sapait les institutions démocratiques. 

Ce qui conduit aussi à cet article du Washington Post, c’est une déclaration d’un monsieur qui s’appelle Di Genova, qui est ancien procureur dans Washington DC, le district of Columbia. Ce n’est pas un état, c’est un district spécifique à la capitale des États-Unis. Il a été procureur là. C’est un grand complotiste conspirationniste mais il s’est fait remarquer l’autre jour en disant : « Je vote, bien entendu, mais j’achète aussi des armes ». 

Ce qui a conduit en particulier M. Robert Reich – M. Robert Reich a été ministre du Travail aux États-Unis – j’attache toujours beaucoup d’intérêt à ce qu’il dit, je le cite en particulier dans le livre où j’annonçais la crise des subprimes : La crise du capitalisme américain, parce qu’il était une des très rares personnes à l’époque à avoir des analyses comparables aux miennes. Il est professeur à Berkeley maintenant. M. Robert Reich attire l’attention sur le risque de guerre civile aux États-Unis, donc voilà… Nous sommes tous les deux à avoir annoncé la crise des subprimes et nous sommes tous les deux maintenant à parler d’un risque sérieux de guerre civile aux États-Unis. Un sondage a eu lieu, c’était en octobre 2017. On a posé la question aux Américains de savoir s’ils pensaient qu’une guerre civile était possible dans leur pays. À ce moment-là – il faudrait refaire le sondage d’ailleurs – 31 % des Américains disaient que c’était une possibilité. 

Autre personne qui considère que la possibilité existe, c’est M. Steve Bannon, vous le savez, la personnalité d’extrême-droite qui a été conseiller de M. Trump à la Maison-Blanche après avoir été impliqué dans la campagne électorale, une personnalité de l’extrême-droite qui continue sans doute d’être une des influences majeures sur M. Trump bien qu’il ait dû quitter la Maison-Blanche. Vous le savez, c’est un monsieur qui s’active aussi en Europe à essayer d’unifier les extrêmes-droites, qu’il s’agisse de M. Nigel Farage, qu’il s’agisse de Mme Marine Le Pen. C’est un monsieur très actif de ce côté-là et lui aussi considère le risque de guerre civile comme grand. Il dit : « 2019 est une année où le risque de guerre civile est aussi élevé qu’en 1860 », c’est-à-dire à un an de la Guerre de sécession « plus grand, dit-il, qu’à l’époque de la guerre du Vietnam ». 

Donc, les Américains commencent à se rendre compte de la polarisation qu’il y a dans leur pays et du danger que cela représente, en particulier du fait que, vous l’imaginez bien, il ne s’agit plus, dans ce cas-ci, de simplement partager la carte des États-Unis en Sud et en Nord comme c’était le cas durant la Guerre de sécession. Les choses sont plus compliquées. Même si la polarisation n’apparaît, je dirais, que dans les statistiques générales sur le pays. En fait, les zones sont extrêmement bien délimitées. Il y a effectivement, comme au temps de la Guerre de sécession, des états avec une très très grande majorité de la population opposée à M. Trump et des états où la grande majorité de la population est en sa faveur. Essentiellement, c’est le partage monde rural contre monde urbain, ce que les Américains appellent aussi « fresh water / salt water », eau douce et eau salée, qui correspond en fait à l’eau que l’on trouve essentiellement dans la rivière ou dans la mer, donc deux zones essentiellement anti-Trump qui sont la côte Est, au bord de l’eau, du Maine jusqu’à Washington DC sans doute. Ensuite, on arrive dans des endroits plus « sudistes », plus partagés, comme les Caroline, les Virginie, la Géorgie, la Floride, un grand centre urbain aussi Chicago, et, de l’autre côté, tous les états côtiers où, je crois, si j’ai bon souvenir, il n’y a plus de congrèssiste, plus de député, en faveur de Trump, dans toute la zone côtière de la côte ouest, état de Washington, Oregon, Californie. Donc, partage géographique important. 

La difficulté dans une guerre civile est que, vous le savez, les partisans de Trump sont des gens surarmés et, comme ce M. Di Genova, les partisans de Trump achètent des armes. Le risque que soulignent Robert Reich et, aussi, d’ailleurs, M. John Dean, qui était la personne qui avait véritablement vendu la mèche à l’époque du Watergate, la difficulté pour le pays c’est, s’il y a une procédure d’impeachment, de destitution du président qui est lancée, et que, sur Fox News, qui est donc la chaîne de télévision qui le soutient énormément, qu’il soit dit à ce moment-là, que quelqu’un lance un appel – ce qui n’est pas impossible parce que c’est déjà pratiquement fait par ce M. Di Genova – que quelqu’un dise aux partisans de Trump : « Descendez dans la rue ! », à ce moment-là, on aurait véritablement, bien entendu, une situation où, à la moindre étincelle, cette polarisation qui existe dans la population pourrait apparaître en surface. 

Une fois de plus, quand je parle des États-Unis, chers Amis, n’oubliez pas une chose, c’est que ce qui se passe aux États-Unis et qui nous paraît, en général, extrêmement étrange et « qui n’arrivera jamais chez nous ! », comme les MacDonald ou halloween, vous le savez bien, c’est ce qui se passe chez nous 10 ans plus tard. Les États-Unis, c’est l’Europe ! Ceux qui ont, en spoliant d’ailleurs les gens qui étaient là et en emmenant des esclaves avec eux, créé les États-Unis et dont la pensée inspire toujours la manière dont fonctionne ce pays, c’est nous les Européens. Ce sont, d’une certaine manière, à l’époque, au XIXème siècle, essentiellement, il faut bien le dire, les Européens les plus entreprenants pour des raisons économiques ou autres qui sont allés se mettre là-bas. Lisez M. Tocqueville ! C’est encore avant : c’est au XIXème siècle, mais il voyait déjà bien tout ça en train de se mettre en place. Ne mettons pas les États-Unis entre parenthèses. Cela vient très très vite. Je suis vieux, bien entendu, j’ai connu l’époque où l’on disait aux petits enfants que les hamburgers, jamais cela n’existerait chez nous [rires]. Je vais terminer là-dessus. 

Un peu d’actualité. Vous l’avez vu, je prévois de publier donc ma saga, mes analyses sur M. Trump et l’Amérique. Le premier tome est pratiquement prêt. Je suis en train de travailler au second. Le 3ème, je l’alimente tous les jours. Il n’a pas encore la taille d’un volume mais je suis sûr que, même si M. Trump devait – et je prie le ciel pour ça – démissionner demain, il y aurait encore quand même pas mal de choses à dire avant de clôturer tout cela. 

Et alors, vous le savez aussi, en arrière-plan, mes aventures, mon « Journal de Californie ». J’ai écrit deux romans en 2003 dont il n’a jamais été question vraiment de les publier, sauf tout à fait récemment. Et donc, le n° 2 paraît au mois de mai. Le mois de mai, c’est dans deux mois. Nous sommes en train de travailler à des choses comme la 4ème de couverture. Je vous ai déjà montré la couverture que nous avons retenue. Je vous montrerai aussi un jour ou l’autre les deux autres projets qui étaient très très beaux aussi. Là, c’est quoi, c’est ma vie en 2003 aux États-Unis. Vous le savez, j’ai vécu là 12 ans de suite, en Californie, de 1997 à 2009. Ce ne sont pas les aventures d’un Français ou d’un Belge aux États-Unis : ce sont les aventures d’un Américain qui parle français [rires]. J’ai publié, je crois, un bout de chapitre, une fois, ici, sur le blog. J’ai publié un bout de chapitre de ce roman et je vais vous le remettre comme « bonnes feuilles », comme on dit, de cette histoire. 

Nous vivons dans un monde troublé, un monde en déséquilibre. L’instabilité, à mon sens, ne va pas s’arranger demain. Elle va s’installer de plus en plus. Je vais continuer à essayer de jouer le rôle que je joue pour vous depuis 2007, c’est-à-dire d’être là, un témoin qui réfléchit et qui a plus de temps que vous pour réfléchir parce qu’il y a les enfants à aller chercher à l’école, il y a la pitance à gagner. Moi, je dois gagner la mienne aussi mais je m’arrange. 

Allez, sur cette bonne note un peu, comment dire, sceptique quand même, je vous laisse et à bientôt. 

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