L’Écho, L’intelligence artificielle, notre nouvel allié, le 9 octobre 2019

L’Intelligence Artificielle : notre nouvel allié

Ouvert aux commentaires.

Les ordinateurs se sont rapidement révélés plus forts que les humains dans les jeux de société grâce à leur puissance de calcul et leur capacité à conserver dans leur mémoire vive, immédiatement accessible, une plus grande quantité d’information que nous n’en sommes capables.

Quand en 1997 Deep Blue, un logiciel mis au point par la firme IBM, a battu le champion d’échecs Gary Kasparov, ce fut pour cette raison. 

Un humain peut imaginer à partir de la configuration présente de l’échiquier, un certain nombre de coups à l’avance, disons cinq ou six, en concentrant son attention sur les pièces « stratégiques », celles dont les déplacements ont le plus d’impact sur le déroulement ultérieur de la partie. Deep Blue avait la capacité d’imaginer l’ensemble des coups menant à une fin de partie par victoire de l’un des deux joueurs ou par « pat », et pouvait simuler le mouvement de chacune des pièces susceptibles de se déplacer dans la configuration présente, qu’elle soit stratégique ou non.

Dans la victoire de Deep Blue, l’élément crucial a été la capacité de l’ordinateur d’être une version géante du cerveau humain en termes de capacité de stockage. 

Avec AlphaGo qui jouerait au jeu de go, mis au point par la firme DeepMind, rachetée par Google en 2014, il s’agissait toujours de battre l’humain en construisant un super-cerveau, mais en mettant l’accent cette fois-ci sur une autre caractéristique du cerveau humain : la capacité d’apprentissage. C’est-à-dire, tenter des coups en raison de leur probabilité de mener à la victoire, retenir ceux qui se sont révélés payants et oublier les autres, pour apprendre quel est à chaque instant le meilleur coup parmi l’ensemble de ceux qui sont envisageables. 

Dans le cas du jeu de go, les cases sur l’échiquier sont trop nombreuses et le nombre de jetons aussi pour que l’ordinateur puisse simuler la suite de coups conduisant à la victoire. Que fallait-il faire alors ? Comme les humains : jouer un nombre considérable de parties et retenir ce qui marche et éviter à l’avenir ce qui ne marche pas. 

Il n’était plus question, comme avec Deep Blue, de miser sur la « force brute » de la machine, il fallait lui donner la capacité d’apprendre et, si l’on voulait battre l’humain, découvrir comment devenir plus fort que lui.

Pour cela, il fallait maintenant, non plus seulement calculer, mais mimer le fonctionnement du cerveau humain, pour ensuite le surpasser.

On pourvut donc le logiciel d’un « réseau neuronal » : un modèle de cerveau « électronique » composé de « neurones artificiels ». On lui fit jouer un nombre colossal de parties de go, en lui disant s’il avait gagné ou perdu, et comme pour nous, on fit en sorte par la méthode du « renforcement » qu’il retienne comment il y était arrivé lorsqu’il avait gagné. Quand il avait perdu, on le corrigeait pour renforcer sa tendance à faire ce qui était nécessaire pour gagner. (En modifiant les « poids » associés aux liens entre les neurones artificiels.)

C’est ce qu’on fit pour AlphaGo, qui battit les plus grands champions, en le faisant rejouer des millions de parties que des humains avaient jouées avant lui. Ceux qui ont vu cette scène se souviennent du visage défait du champion coréen Lee Sedol quand il perdit en mars 2016 devant l’Intelligence Artificielle d’AlphaGo.

Les ingénieurs de chez DeepMind ne s’arrêtèrent pas en aussi bon chemin. Ils créèrent alors AlphaZero qui en un rien de temps battit à plat de couture toutes les versions existantes d’AlphaGo (chacune est différente puisqu’elle a appris « de son côté »). 

À la différence d’AlphaGo, AlphaZero ne se préoccupait pas des êtres humains et des parties qu’ils avaient jouées : il ne connaissait au départ que les règles du jeu, et jouait avec lui-même, simulant deux joueurs qui s’affrontent.

Voici ce que disent les concepteurs d’AlphaZero : « En commençant par jouer aléatoirement, et sans avoir reçu de connaissance sur le jeu à part ses règles, AlphaZero est parvenu en vingt-quatre heures à atteindre un niveau surhumain de jeu aux échecs et au shogi, ainsi qu’au go, et a battu sans ambiguïté, dans chacun des cas, les meilleurs programmes au monde ». Et pour ce qui est de la supériorité d’AlphaZero sur AlphaGo : « Cette technique est plus puissante que les précédentes versions d’AlphaGo car elle n’est plus contrainte par les limites de la connaissance humaine. À la place, elle est capable d’apprendre à partir de zéro avec le meilleur joueur du monde : AlphaGo lui-même. »

Deux choses sont frappantes dans ce qui est dit là à propos de l’Intelligence Artificielle : « atteindre un niveau surhumain » et « n’est plus contrainte par les limites de la connaissance humaine ». Or cela va s’avérer crucial pour la survie du genre humain.

Crucial, parce que nous sommes confrontés en ce moment au plus grand défi que nous ayons jamais connu : notre espèce dépasse la capacité de charge de son environnement par rapport à elle. Elle provoque une dégradation massive de cet environnement, qui menace désormais de faire disparaître notre espèce de la surface du globe.

La nouvelle donne que constitue l’Intelligence Artificielle nous force à l’humilité. Une humilité qui nous est maintenant indispensable car nous allons devoir faire confiance pour notre salut à ce que vont découvrir et nous faire connaître ces machines « de niveau surhumain » que notre génie nous a permis d’inventer et qui « ne sont plus contraintes par les limites de la connaissance humaine ».  

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48 réflexions sur « L’Écho, L’intelligence artificielle, notre nouvel allié, le 9 octobre 2019 »

  1.  » Or cela va s’avérer crucial pour la survie du genre humain.

    Parce que nous sommes confrontés en ce moment au plus grand défi que nous ayons jamais connu : notre espèce dépasse la capacité de charge de son environnement par rapport à elle. Elle provoque une dégradation massive de cet environnement, qui menace désormais de faire disparaître notre espèce de la surface du globe. »

    Et si, afin de résoudre le problème de la charge de notre espèce, l’Intelligence Artificielle venait à amener des restrictions, voire de proposer de liquider quelques millards d’êtres humains, quelle serait votre position?

    Au delà de l’humilité, la question éthique est centrale dans cette évolution…

    1. C est pourtant simple si elle propose d exterminer les riches on actionera le coupe circuit et si elle propose d exterminer les pauvres on la connectera au reseau militaire d armes autonomes. Aucun probleme d éthique pour les survivants, ils auront les mains propres, c est pas beau le progrès 🙁

  2. « L’intelligence artificielle, notre nouvel allié »
    Il serait sans doute judicieux de proposer d’autres exemples dans lesquels l’IA, pourrait, ou peut, apporter une aide au genre humain, car certes, les performances en matière de jeux sont une justification de la puissance potentielle en matière de raisonnement, mais cela ne parle pas de manière concrète au public.
    Un exemple qui pourrait amener des avancées en matière de santé :
    https://siecledigital.fr/2019/10/08/owkin-ia-machine-learning/

    1. Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés les êtres humains, sauf si ces ordres entrent conflit avec la première loi ; Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. »

      Peut-être Aristote aurait pu faire mieux.

      1. Pardon
        .- un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;
        – un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
        -un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

  3. Curieux qu’en ces temps d’écriture inclusive tous azimuts, le titre du papier ne soit pas: «L’intelligence artificielle, notre nouvelle alliée».

  4. 1 / Or donc, l’Intelligence Artificielle serait un pari sur l’avenir. Et dans quel but, s’il vous plaît ? Pour atteindre quelle étoile qui nous ferait encore rêver ?

    2 / Personnellement, j’en ai plus qu’assez de ce monde devenu plaine mauvaise, plaine grise où chacun se débrouille dans son coin… Où chacun court, cogne… Court, amasse… Court, saccage… Court, court, court… Monde injuste, cruel, prédateur, barbare, égoïste, dégueulasse… Sans cervelle. Il faut gagner… Gagner, gagner. Et après quoi pourrions courir qui ne nous entraînerait pas dans une nouvelle impasse ?

    3 / Voici ce que l’intelligence humaine peut produire de plus beau. Une invitation à la contemplation peut-être.

    ROMAN ( Arthur Rimbaud – 1870 )

    On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
    – Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
    Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
    – On va sous les tilleuls verts de la promenade.
    Les tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin !
    L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
    Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, –
    A des parfums de vigne et des parfums de bière …

    – Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
    D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
    Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
    Avec de doux frissons, petite et toute blanche …

    Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
    La sève est du champagne et vous monte à la tête …
    On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
    Qui palpite là, comme une petite bête …

    Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
    – Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
    Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
    Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père …
    Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
    Tout en faisant trotter ses petites bottines,
    Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif …
    – Sur vos lèvres alors meurent les cavatines …

    Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
    Vous êtes amoureux. – Vos sonnets la font rire.
    Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
    – Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire … !

    – Ce soir-là, … – vous entrez aux cafés éclatants,
    Vous demandez des bocks ou de la limonade …
    – On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
    Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade

  5. Bon, l’IA en reproduisant, en plus rapide, la structure neuronale de notre cerveau, parvient la le battre à plate couture dans les jeux.
    Passons aux choses sérieuses (moins ludiques)…
    JPC pose la question de l’éthique, et l’on peut se poser la question, face (ou de concert avec) à l’intelligence de l’importance d’autres aspects de l’humain, tels que l’intuition, et tout ce qu’on pré-nomme de para ou méta.

    Quasi inévitablement, notre situation terre-à-terre nous renvoie au cosmos:

    extrait:
    « Une modèle où coïncident une géosphère (porteuse d’une biosphère) et une
    noosphère. Dans cette vision l’univers lui-même est comparable à un immense être
    vivant et conscient qui sans cesse se complexifie. Une complexité qui est d’ailleurs
    nulle peu après le Big Bang, tant sur le plan physique que métaphysique.
    L’émergence de la technologie, en tant que plongement du vivant est alors un point
    de passage obligé pour permettre l’extension du champ relationnel à l’échelle de
    voyages interstellaires, impraticable par des solutions biologiques. L’être humain
    (ou humanoïde) est donc une pièce de ce « plan » dont l’émergence est également
    inéluctable. C’est à lui qu’incombera la création et le développement des outils, tant
    conceptuels que technologiques, qui permettront à cette expansion de reprendre.
    Une technologie qui présente automatiquement une versant destructeur, d’autant
    plus dangereux que ces voyages nécessitent la mise en œuvre d’énergies capables
    de détruire toute vie sur la planète. Il est donc nécessaire, au moment où cette idée
    de voyages interstellaires commence à s’imposer, que les conflits humains, tribaux ,
    aient trouvé leur terme. Or la situation singulière de la Terre faite que coexistent des
    centaines d’ethnies humaines différentes, porteuses de religions et d’idéologies
    différentes, en conflit les une avec les autres et dotées de moyens de destruction
    totalement surdimensionnés.

    C’est le drame actuel de la planète Terre

    Il apparaît donc essentiel et urgent que les hommes de la Terre puissent réfléchir
    sur le sens de leurs croyances et idéologies.
    « 

    1. Il ya encore sur cette planete des ethnie qui vivent au néolithique c est effectivement bcp leur demander que d embarquer pour alpha du centaure en 2030 🙂 🙂

  6. Bonjour à tous,

    L’intelligence artificielle, n’est qu’un prolongement du cerveau humain, une sorte de prothèse nouvelle que l’homme façonne et programme à l’image de sa propre vision de la perfection.
    Et bien sûr le gain au jeu d’une machine face à des humains présentés comme supérieurement intelligents est avant tout la revanche de ceux du monde d’aujourd’hui qui se croient médiocres sur ceux du monde d’avant qu’on disait meilleurs.
    La revanche de quelques « techniciens imitateurs de l’humain » en quelque sorte sur ces super-héros imaginaires qui hantent leurs jeunes années passées à jalouser l’imagination des créatifs!
    Très enfantin tout cela… La revanche de l’enfant roi devenu vieux plutôt qu’adulte.
    La perfection de la pensée humaine, si elle existe ( et je le crois), ne consiste pas seulement à emmagasiner et à classifier les seules données utiles pour parvenir en toutes circonstance à une victoire dans n’importe quel domaine ou circonstance…
    Mais c’est pourtant à ce tri qualitatif qu’on se propose d’asservir les robots pour nos beaux yeux humains.
    On confierait donc de cette façon à nos propres fabrications le soin de décider de ce qui est bon pour nous?
    Et on le ferait en s’appuyant sur notre soi-disant incapacité à vérifier par nous même si c’est bien le cas?
    Ainsi il ne s’agira donc plus que de croyance et aucunement de savoir…
    Vers un nouveau despotisme, celle du tabou d’une efficacité sur-humaine dédiée à la sauvegarde de l’espèce humaine au mépris des individus qui la constituent.
    Et il ne manquerait à l’IA que d’être capable d’affect..?
    Ok, alors inculquons lui quelques traits humains si caractéristiques…
    Et pour notre salut apprenons lui d’abord à se tromper, ensuite à douter d’elle-même, et enfin à aimer.
    Et tant d’autres choses que les imbéciles ignorent…
    Et si l’humilité précédait l’humiliation?
    Eric.

  7. Bof, pas vraiment besoin d IA pour savoir ce qie l on a faire pour sauver l espece, Et c e n est pas non plus l IA qui fournira les moyens de cohercition nécessaires pour y parvenir… Donc sauf a ce qu elle nous procure les moyens théoriques propres a un bond technologique qui nous permettrait de trouver une autre planete a saccager j ai bien peur qu il ne faille pas compter bcp sur celle ci…

  8. L’IA serait une solution pertinente si le problème d’impact de l’humanité sur son environnement était comme vous dites un problème de « limites de connaissances ». Sauf que ce n’est pas le cas. Nous savons assez précisément ce qui détruit notre environnement et comment y remédier, mais nous refusons d’orienter nos sociétés vers les démarches adéquates pour des raisons d’avidité, de refus de perte de confort, d’inertie en somme. Ce à quoi aucune IA ne pourra remédier à moins de s’ériger en nouveau pouvoir central autoritaire qui nous contraigne. l’IA comme « personne providentielle » ultime, en somme.

    On rappelle également non sans une certaine dose de malice que l’IA fonctionne par informatique qui est, on commence à le savoir, un contributeur relativement important aux dégradations environnementales. Compte-t-on sur le fait que l’IA nouvellement élue Pythie, en plus du réagencement du mode de vie productiviste/consumériste, fasse également son auto-critique?

  9. L’IA est (par exemple) capable d’associer le lever du soleil au chant du coq mais elle ne sait pas établir lequel des deux événements provoque l’autre.

    Aucune chance qu’elle permette de prévoir l’évolution d’un phénomène jamais observé au paravant en fonction de ses conditions initiales?

      1. Une IA qui fait la différence entre corrélation et causalité ça existe ?
        Une IA qui à partir de ce qui s’est passé depuis le big bang serait capable d’indiquer comment ça va finir (ou du moins comment ça pourrait finir) ?

        L’article porte uniquement sur le deep learning et suggère qu’il n’est pas suffisant.

      1. @PJ
        point 2)
        théories que nous nous devons de confronter aux données observationnelles 😉
        y compris et surtout si elles risquent de contrarier les tendances du moment !

      2. Dans l etat actuel des choses il faudra une autre IA qui constate l enrouement du coq et peut etre meme encore une autre qui compare les resultats des deux precedentes. A mon très humble avis, la singularité viendra vraissemblablement d une espece d IA fractale ou d une fractale d IA. Bref le genre de truc qui se mord la queue 😉

  10. Vous vous trompez de cible : nous ne croyons pas ce que nous savons, c’est pas neuf. Besoin d’une IA pour cesser de surconsommer? Pour se désintoxiquer du culte de « l’innovation »? Pour comprendre la finitude de la condition humaine? Une IA pour quoi? Manier le bâton? Un superSurmoi (essentiellement répressif, donc). Constituer un méta-argument -comme tel aussi inutile que les précédents? -puisque « nous ne croyons pas ce que nous savons », et que cela ne cessera pas étant donné la psyché humaine.

    Serait plus efficace de fonder une religion.

  11. Bonsoir
    La difficulté n’est pas d’ordre technique/technologique dans les problématiques que nous soulevons régulièrement sur ce blog de M Jorion, elle est de l’ordre de la morale et d’un humanisme que nous aimerions voire porté plus aux nues que la rationalité, efficiente dans tous les domaines où l’on puisse compter, dénombrer, classer, ordonner…le défi est là qu’aucune arithmétique, aucune science, aucune politique ne saurait relever, accepter notre humanité dans ce qu’elle a de plus vulnérable et d’abord s’occuper à la consoler, tant que les besoins impérieux que partagent tout à chacun, quelque soit son terreau culturel, sociologique, ne sont pas satisfaits à minima, toute correction civilisationnelle se fera au détriment du plus grand nombre et le Progrès ne sera que l’orgueil de quelques uns à se rapprocher des dieux…
    Dans le monde d’aujourd’hui, la concurrence est érigée en totem de l’efficience économique , devant les défis d’ordre planétaire qui nous attendent cela devient totalement contre productif – qu’est ce qui peut provoquer un changement paradigmatique qui substituerait la collaboration à ce dogme de la concurrence ?
    Les rapports de forces, dont vous parlez si bien pour évoquer notamment la fixation des prix sur les marchés, seront ils désamorcés devant de simples arguments de bon sens/bonne foi ?
    Nous le savons que non, alors que nous reste il, le prêche ne convoquera que les gens de vertu, et le choix des armes nous l’avons perdu –
    L’IA bien entendu sera ultra efficiente pour ce que notre rationalité ne peut résoudre, mais pour le devoir d’aimer son prochain, de secourir les plus faibles, d’instaurer une justice qui rende à chaque être humain la possibilité de vivre pour lui et à sa progéniture un avenir non oblitéré par l’ambition de certains démiurges, je ne crois pas que l’outil soit destiné à ce dessein.

  12. Supposons que le système d’IA qui « nous soignerait » s’appelle Babelmondo, (il parle toutes les langues…) et qu’il a « appris » les conditions de coopération des humains et leur désir de survivre au boxon qu’ils ont fichu à l’insu de leur plein gré extractiviste et colonisant.

    Alors à Orwell, Orwell et demi : Babelmondo s’empresserait de nous faire adopter « en douce » (il sait qu’il ne faut pas qu’on s’en rende compte) une langue qui érode nos tendances au conflit, une nov-novlangue qui nous permette de croire qu’émerge de lui une « novnovmorale », et une « novnovéthique », et autres suite de concepts de politique et d’économie politique aptes à la résolution des conflits, un « bancor » de l’art d’agir en somme, quelque chose de keynésien mutatis mutandis, où s’estompe le niveau collectif de « boxon » (CO2, inégalité, chimie, …) que nous nous infligeons. Au sein de cela, Babelmondo aménage notre passage à des conditions techniques pour une redistribution des ressources devenues rares, en contournant la loi du marché par des principes analogues à ceux des relations pêcheurs-mareyeurs permettant la survie des premiers, le mareyeur étant ici une entité virtuelle qui regroupe les activités autrefois dévolues notamment aux 20 plus grandes entreprises extractrices de 2018.

    On pourra s’offusquer des « invariants » qu’on ne voit pas changer, et qui rendent en apparence la tache de Babelmondo impossible : les guerres, l’appât du gain, le manque de compassion pour un prochain dès lors qu’il est loin des yeux au large d’une côte méridionale, l’azote des azo-cyborgs que nous sommes à recharger, et ainsi de suite.

    Pourtant, on a sous les yeux, en 2019, l’exemple d’un président américain qui, en juste trois ans, a fait du langage un tissu vraiment nouveau, dont la distance au réel (donc aux frottements d’icelui) est importante. Et on a sous les yeux, en 2019, l’exemple d’une ou deux technologies tout à fait rayonnantes, le ci-devant smartphone, et la ci-devant aviation civile. Le premier nous rend des taches de synchronisation bien faisables (oui je vais trouver une place au parking, et je pourrai écouter mon émission préférée en replay/différé, et on m’indique aussi que le rendez-vous de lutte citoyenne se déroule en temps réel ici et non là, car il y a déjà une falshmob en cours là). La seconde arrive à nous imposer moultes règles techniques (se dépoiler à la sécurité, choisir la taille de son bagage au cm près, n’y mettre aucun liquide de >90 ml, rester sage dans son siège) tout cela en échange de sa promesse de vitesse et de fiabilité. Juste pas de chance que l’avion à hydrogène soit pour après-demain si on parle carbone, mais bon.

    Donc si Trump et deux ou trois de nos systèmes techniques nous mettent en coupe réglée qui notre langage, qui notre synchronisation, qui notre docilité, il n’y a pas de raison qu’une IA n’y arrive pas aussi.

    Je peux d’ailleurs, moi OrOrwell, inventeur de la novnovlangue que doit introduire Babelmondo, je peux donc vous dire ce qu’il en est ! En exclusivité sur le blog de PJ, et avant qu’Evguenyi Morozov ne me brûle la politesse , Voici !
    Pour que Babelmondo s’entraine correctement, il fallait qu’il explorât « l’espace des phases » de notre devenir commun, qu’il fît dans un temps restreint quelques « manips » pour devenir raisonnablement sûr de ce qu’il apprend quant à « qui nous sommes » et qu’il apprît aussi « quand nous éteignons (ou allumons) la lumière ». Vous ne regretterez donc pas d’apprendre que les trois ou quatre « pires choses » du moment (Trump, Bolsonaro, Facebook,…) sont des ch’tis essais en cours de l’ami Babelmondo, et qu’il se régale d’en apprendre tous les jours. Pour le brexit, je vous donne aussi la confidence : il n’y est pour rien, il observe et apprend, pas besoin d’inventer un Jacob Rees-Mogg quand ça existe déjà par la grâce de sa majesté. Pour Greta, enfin, je garde le secret, mais au fond, le savoir ou pas ne changerait plus rien : nous avons déjà embarqué sur le « système Babelmondo », nous en sommes peut-être déjà à l’étape « armement des toboggans, vérification de la porte opposée » comme le dit le chef de cabine une fois la carlingue fermée : Si Babelmondo doit nous transporter loin de nos soucis collectifs d’humains peu doués, il faut certes qu’il soit méta-fort pour nous rouler dans nos farines. Mais c’est rassurant de se dire qu’il n’y a que vous et moi qui serons au courant.

    1. @timiota
      Bien vu, Orwel et demi !
      Ce n’est pas de la science-fiction mais de la science-observation…

      Ce constat recoupe celui cité là:
      https://www.pauljorion.com/blog/2019/10/09/lecho-lintelligence-artificielle-notre-nouvel-allie-le-9-octobre-2019/#comment-729760

      « 

      C’est le drame actuel de la planète Terre

      Il apparaît donc essentiel et urgent que les hommes de la Terre puissent réfléchir
      sur le sens de leurs croyances et idéologies
       »

      Constat peut-être tardif: est-il encore temps pour cette urgente réflexion ?

      Comme nous sommes sur « le seul blog optimiste du monde occidental » (PJ), nous pouvons y croire, à condition de ne pas rejeter les propos qui conduisent à ce questionnement, fussent-ils émis par un quidam « infréquentable, farfelu ou … »; de la croyance optimiste, à cette condition, il devient possible de passer à une certitude argumentée, voire de préserver nos différences d’avec Babelmondo, d’y résister.

    2. @timiota
      Serait-ce par hasard, ou par absurde, que votre Babelmondo (ne) soit (que) le pseudo de « 666 » et/ou de « Bête sauvage » ?
      Je vois, entre autres, un lien ‘économique’: impossible d’acheter ou de vendre si l’on n’est pas IDentifié en bonne et due forme par cette super IA, élaborée par « l’homme ».

      1. @adoque
        Désolé je ne connais pas autre chose de 666 que l’allusion apocalyptique de la Bible, et le lien général est possible mais hasardeux.
        Le « impossible d’acheter ou de vendre » est déjà présent dans le « Vendredi ou les limbes du pacifique » de Michel Tournier (1967 ?) quand Robinson veut contrôler à outrance ce qu’il consomme et ce qu’il produit, de mémoire.
        Oui, l’IA en question que je fantasme gaiement aurait pour mission annexe (!) de détourner le consumérisme.

    3. @timiota
      « Désolé je ne connais pas autre chose de 666 que l’allusion apocalyptique de la Bible, et le lien général est possible mais hasardeux. »
      Lien pas si hasardeux puisqu’on lit, dans Apocalypse chapitre 13: (Bible Louis Segond)
      et plus particulièrement, ces versets:

      8 Et tous les habitants de la terre l’adoreront, […]
      16 Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front,
      17 et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom.
      18 C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six.

      1. Etrange la formulation ? En effet pourquoi laisser a celui qui a de l intelligence le soin de faire le calcul pour donner la réponse a la ligne suivante??? A moins que 666 ne soit le nombre de l homme qui detient le nombre de la bete et pas celui de la bete son ne se referant pas a la bete mais a l homme. A voir comment c est composé gramaticalement en hébreu ???

    4. Encore faudrait il que l on ait clair qui de la poule ou de l oeuf : le verbe ou le concept mental qui le precede? Et il n’y a pas que l ouie … M est avis que l IA tirera plus de la théorie des affects de Lordonoza 😉 que d Orwell

      1. @Dup
        « Etrange la formulation ?  »
        Pas trop, pour un livre qui se veut symbolique. Le jeu consiste à (essayer d’)interpréter les symboles avec pour objectif la cohérence de l’ensemble des interprétations.
        S’il s’agit d’une prophétie masquée, les intelligents en auront l’interprétation complète quand elle sera réalisée, totalement révélée.
        Comme il s’agit d’un jeu, le plus simple et le plus efficace, serait de la confier à une IA; il y a déjà:
        * DeepL qui fait des merveilles pour la traduction, (pub gratuite)
        * Babelmondo pour assurer la compréhension universelle, ((c) timiota)
        avec un troisième IA-moteur associé à ces deux-là, la partie doit être gagnée avant la disparition du genre humain…
        Par qui ?

  13. Les décisions à prendre ne dépendent pas de notre intelligence mais de notre courage.

    Aussi intelligents que nous soyons, capables même d’inventer une « intelligence d’artificielle », nous n’inventerons jamais de « courage artificiel ».

    1. Le mot est mal choisi j aurais plutot opté pour discipline… Le courage on en a jamais manqué pour se jeter dans l inconnu qui nous permis de conquerir de nouvelles ressources a exploiter. La discipline pour rester la ou on est et faire avec ce qu on a est bien plus rare, hormis chez quelques ascètes …

  14. Maman j’ai peur !!
    On l’a bien compris, le monde de l’Homo Sapiens et même le monde depuis l’origine des temps jusqu’au début des années 2000 est révolu.
    M. Paul Jorion nous parle des avancées maintenant presque lointaines des machines battant les champions des jeux de GO, mais loi de Moore aidant, tout ça c’est surement de la » roupie de sansonnet », à côté de ce qui est devant nous.
    Éthique, vous dites éthique ?
    Mais il n’y aura pas besoin de se poser la question :
    Déjà nous le voyons dans notre comportement d’Homo-connecticus de tous les jours, nous acceptons la servitude vis à vis de machines qui ne demandent qu’à nous rendre service !
    Et qui cherche à rendre service à tout le monde dans sa collectivité.
    Oui le mot est lâche : l’intelligence artificielle, telle qu’elle se dessine est collectiviste, et cette fois ci avec le consentement, l’adhésion même de l’ensemble du genre Homo.
    Plus nous lui fournissons nos data, plus en retour elle nous indique le meilleur choix possible, mais en tenant compte de l’ensemble des choix des autres. (pour éviter les queues au portillon)
    Finie donc l’erreur grossière, apanage du libre arbitre et du droit de se tromper tout seul.
    Qui pourrait s’en offusquer ?

  15. Bonjour Monsieur Jorion,
    Je ne crois pas me « mouiller » particulièrement si j’extrapole la loi de Moore, le doublement des capacités des ordinateurs tous les 18 mois ( qui s’est vérifié jusqu’en 2017 ) à l’évolution des capacités de l’iA.
    Naturellement ce n’est qu’une pirouette intellectuelle approximative, qui sait cela ira même plus vite ?

    1. En fait, avec une compréhension de « ce qui se passe vraiment » dans un réseau neuronal (artificiel) s’améliorant sans cesse, les logiciels deviennent de moins en moins voraces en termes de mémoire à mobiliser et de consommation énergétique.

      1. Il me souvient une époque (Micral, Z80 2MHz, 64Ko RAM, disques 150Ko)
        où dans le moindre algorithme, s’il y avait moyen de sauter l’exécution de quelques instructions (machines), on le faisait.
        Entre temps, les programmeurs humains ont eu à disposition des machines autrement performantes et ont pu éviter ces raccourcis (qui rendaient les programmes difficiles à lire et à maintenir), peu importe si ça consomme des ressources « il y en a plus qu’il n’en faut, YAKA rajouter des barrettes, etc. ».
        Les IA sauraient donc refaire ce que les anciens devaient faire: des économies !

        Si quelqu’un peut jouer à ceci: faire tourner une application DOS dans une machine moderne ou même dans une machine virtuelle, qu’il veuille bien nous en rendre compte et, si possible, d’ajouter un rapport sur la consommation à tâche équivalente…

    1. On écrivait déjà des articles comme celui-là il y a soixante ans. C’est un combat d’arrière-garde. Ça rassure les plus peureux dans le public. Je suppose que c’est à cela que ça sert.

      P.S. J’ai eu un chat qui me battait aux échecs. Il faut dire qu’il avait eu Kasparov pour maître.

  16. Bonjour,

    Merci pour ces explications.

    En fait je pensais surtout à la rapidité dans l’évolution, l’extension de l’usage de l’IA dans nos vies.

    Je suis un profane en la matière, et l’aspect purement technique de l’IA m’échappe en grande partie.

    Si quelqu’un pouvait m’expliquer, (d’une manière simple) le mode de fonctionnement des apprentissages ( superficiel ou profonds) des machines je lui en saurais gré.

    Finalement comment une machine inerte au départ peut par des interconnections évoluer d’elle même ?

    Merci d’avance

    1. Essayez de mettre la main sur un exemplaire du bouquin écrit par Paul Jorion, c’est une bonne entrée en matière : «Principes des systèmes intelligents » ISBN 978-2-36512-016-6

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