Si vous voulez manger de la viande, abattez votre bête !, par JPC

Ouvert aux commentaires.

Face au débat sur le broyage des poussins ou de la castration des porcs, je prendrai la position du producteur : pourquoi tant de pratiques barbares, pourquoi tant de tortures imposées à ces pauvres bêtes ? Eh bien c’est parce que vous le voulez. Quand je dis VOUS, je m’adresse à toi consommateur et à toi membre de la chaine de production alimentaire.

Nous avons perdu le sens et la valeur de la nourriture, nous en parlons en termes gastronomiques ou nutritionnels sans nous rendre compte de tous les processus nécessaires à sa production.

J’ai grandi à la ferme et mon père y a terminé sa carrière il y a une dizaine d’années. Une petite ferme mixte d’une vingtaine d’hectares composée d’un petit cheptel de 50 têtes de bétail et d’une quinzaine de porcs. Un ‘paysan’ pour qui la valeur économique comptait moins que le fait de pouvoir vivre la seule chose qu’il pouvait faire : travailler la terre et élever des bêtes. Quand j’étais un jeune adulte, je me suis souvent chamaillé avec lui sur le fait qu’il devait travailler un peu plus vite lors des moissons ou qu’il devait étendre ses activités complémentaires, telles que la vente à la ferme. Mais il n’en avait qu’à faire. Il préférait prendre le temps de parler avec les fermiers voisins au bord du champ qu’il labourait, prendre le temps de boire un café avec le client qui venait chercher des pommes de terre, prendre le temps de faire une sieste ou prendre le temps de bricoler et réparer les machines faites de ses propres mains. Après sa disparition, je ne peux que lui donner raison.

J’ai passé une grande partie de mes vacances des étés à l’aider aux moissons, mais aussi à effectuer le désherbage manuel entre les betteraves sucrières et fourragères, qu’il pleuve ou qu’il fasse trop chaud. Les produits phytopharmaceutiques permettant le désherbage sélectif des betteraves n’en était qu’à ses débuts. Ce n’était pas de l’agriculture bio, mais malgré tout, beaucoup d’heures de travail y passaient. Les différentes phases de crises agricoles dans le secteur de la viande porcine (peste) ou bovine (crise de la dioxine ou l’effondrement des prix des céréales, du lait ou du lin n’ont pas eu raison de lui, mais il a vécu dans une certaine sobriété qui lui a permis de survivre. Au fur et à mesure, il a arrêté ses activités, faute de rendement correct. A 68 ans, il a fini par vendre son cheptel viandeux et céder les terres dont il était le propriétaire. Des fermiers plus grands et plus jeunes ont repris ces terres fertiles. Ces deux dernières cessions ont constitué un bas de laine pour sa retraite. Son allocation de retraite de 1100€ par mois pour lui et ma mère étaient une manne extraordinaire, il n’avait jamais eu de l’argent aussi régulièrement. Trois ans plus tard, il est rentré en maison de repos et son bas de laine s’est dilapidé au bout de 4 ans, quelques mois avant sa mort. Mais il n’était plus avec nous depuis quelque temps, Alzheimer et les AVC nous avaient fait perdre tout contact avec lui.

Ces histoires de fermiers, il en existe des dizaines : c’est l’histoire de la désertification rurale, de la concentration des moyens de production, de l’industrialisation agricole, qui s’amorçait depuis des décennies. Les formalités administratives des plus complexes, telles que les demandes de subsides de la Politique Agricole Commune (PAC) s’imposaient à ces petits fermiers qui n’avaient souvent qu’un diplôme de l’école primaire, obtenu avec difficulté. Souvent j’aidais mes parents à remplir ces documents compliqués à comprendre, accompagnés de cartes, de photos aériennes, puis d’images en provenance de satellites. Même avec mon diplôme universitaire, j’avais des difficultés à interpréter ce qui leur était demandé, ma déclaration d’impôts (en Belgique) était beaucoup plus simple. Mon sentiment était que plus l’enjeu était important, plus il était compliqué de saisir la bonne manière de remplir ces sollicitations du Ministère de l’agriculture. Aujourd’hui, beaucoup d’agriculteurs demandent de l’aide à des bureaux spécialisés. Et les jeunes agriculteurs deviennent ingénieurs agronomes avant de reprendre l’exploitation de leurs parents.

Parmi toutes ces sollicitations, il y avait quelques exigences imposées par les marchands d’animaux, parce que « C’est le client que le veut ». Citons entre autres la castration des porcs, afin que la viande ne soit en aucun cas altérée par un goût désagréable causé par ses hormones mâles. Et cela il fallait le faire absolument, sinon, il était impossible de vendre les jeunes porcs, pesant environ 20 kilos aux intermédiaires ou engraisseurs qui allaient s’occuper de la phase suivante jusqu’à l’abattage et la vente en supermarché. Nous voici donc aux détails de la castration…

Attention les deux prochains paragraphes relatent mon expérience d’il y a vingt ans. Ces paragraphes peuvent choquer les âmes sensibles. Mais pour ceux qui supportent tout sur leur écran en cette période d’Halloween, vous tiendrez bon !

Quand j’étais un enfant, je l’ai souvent aidé dans ses pratiques barbares qui offusqueraient les lecteurs de ce blog : la castration à vif des porcelets. Pendant que la truie (la femelle du cochon) était déplacée dans un autre endroit, ou était partie en pâture (quelque chose de très rare il y a 30 ans déjà et qui est maintenant rarissime dans nos contrées), nous attrapions par les pattes les porcelets mâles d’une portée d’environ trois semaines. Nous placions leur tête vers le bas, entre mes jambes (c’était mon rôle entre mes 8 et 20 ans). Mon père trempait leurs fesses de produit désinfectant. Ensuite, d’une main il soulevait la bourse et de l’autre il coupait délicatement la peau tendue devant chaque testicule à l’aide d’un rasoir coupe-chou. Quand l’ouverture était assez grande, les testicules sortaient, soulevés par ses doigts. Mon père sortait alors d’un seau d’eau chaude mélangée à une autre désinfectant un outil en inox (nous n’en avions peu à la maison) d’une forme assez étrange : la pince à castrer. En se refermant sur le bas des glandes, l’outil sectionnait le canal et obturait la partie inférieure pour prévenir toute infection. Finalement, après avoir ôté la pince avec le fruit de la castration, mon père projetait un produit désinfectant brunâtre à la couleur de l’Iso Bétadine dans les deux orifices, afin de prévenir toute infection. Quand nous relâchions le porcelet, il remuait la queue rapidement : le désinfectant l’irritait. Pendant toute « l’opération » à vif, l’animal faisait un cri très aigu, et typique de ce petit animal lorsqu’il se faisait attraper par un humain. Souffrait-il ? Oui, certainement. Mais il fallait le faire. Les produits anesthésiants étaient soit inexistants soit interdits aux éleveurs. Dans ce dernier cas, seul le vétérinaire pouvait en faire usage.

Autre pratique barbare : l’abattage des poulets. Chaque été, nous achetions en deux fois une quarantaine de poussins âgés d’un mois pour les engraisser et fournir des carcasses pour notre propre consommation et la vente à la ferme. Les clients étaient principalement des voisins et des amis. La durée de vie de ces poulets était d’environ trois à quatre mois, bien plus que les six semaines en élevage industriel. Le goût était bien entendu incomparable à celui que j’ai découvert à la cantine de l’école ou pendant mon séjour à l’université. Là aussi, j’aidais ma mère plusieurs fois par an : souvent le mercredi après-midi – congé scolaire oblige – j’étais mobilisé pour aider à l’abattage d’environ cinq à dix d’entre eux. Au début, ma tâche de gamin à partir de 8 ans était de tenir fermement le poulet. D’une main, je le tenais par les ailes et de l’autre les pattes. Ma mère prenait la tête du poulet, qui hurlait, lui tendait le cou et coupait la gorge en écartant les plumes, aidé d’un couteau à éplucher bien aiguisé, jusqu’à ce que le sang coule suffisamment. Nous attendions encore une minute, tenant fermement la bête, jusqu’à le sang s’arrête de couler abondamment. Ensuite, la décapitation se terminait, le bruit du couteau contre les os du cou me dérangeait, mais il me fallait rester, sinon le poulet allait se débattre. Souvent la bête continuait à se battre des ailes après l’avoir posée sur le sol, sans tête. Certains réflexes nerveux étaient encore visibles sur la peau vingt minutes plus tard, après avoir déplumé l’animal et commencé à le dévider. Mais il était bien mort…

Aujourd’hui, les mesures de contrôle et l’industrialisation ont permis d’apporter plus d’humanité : la castration des porcs est chimique et l’abattage des poulets est précédé par un étourdissement électrique. Et surtout, ces mesures ont permis d’échapper au regard des consommateurs. Peu d’entre nous sommes conscients de toute l’industrie agro-alimentaire. L’agriculteur n’est une petite chaîne dans le maillon de production. On dit qu’un agriculteur fait vivre 14 personnes dans le secteur (chiffre à confirmer et qui grandira encore dans les années à venir). L’animal y est encore moins signifiant : le plus important est le produit.

Vingt ans après avoir quitté la ferme familiale, j’y vis à nouveau. Et je vois toute la complexité des enjeux dans un monde en complète transformation. Ils sont morts ces paysans, ils sont remplacés par des agriculteurs ou des éleveurs. L’élevage de porcs et de poulets se fait à plus grande échelle. Inutile de commencer une activité complémentaire avec 100 poulets, il vous en faut 10.000 au minimum. La productivité et la rentabilité sont les crédos, ce crédo est intimement lié à celui de la croissance. Les petits abattoirs ont presque tous disparu sous le couperet des règles strictes des agences de sécurité alimentaire. Les conditions d’élevage à grande échelle ne sont rien en comparaison au broyage des poussins : la souffrance animale y est bien plus prolongée et constante.

Pour exemple vécu, adolescent, j’ai souvent aidé mon fermier voisin au chargement de nuit des poulets la nuit dans des cages, qui finissaient empilées sur un semi-remorque, en direction de l’abattoir. Ces poulets de six semaines n’avaient jamais vu le jour, ils vivaient dans un air irrespirable, empreint d’ammoniaque. Les antibiotiques dissous dans leur boisson les faisaient survivre. Quand nous les attrapions par deux ou trois par main dans une semi- obscurité pour les mettre dans ces cages, leurs os trop fragiles se brisaient, par manque d’activité et d’alimentation équilibrée. Nous trouvions parfois des cadavres en décomposition dans la couche de fientes ou simplement cachés sous leurs congénères tassés les uns sur les autres. Un sort plus ou moins semblable attend les porcs, les dindes ou les cailles et tout ce que vous trouvez dans les étals des boucheries et des supermarchés. Une viande qui respecte l’animal n’existe pas, encore moins si le prix est bas. Nous nous offusquons sur certaines cruautés visibles ou filmées en début ou fin de la chaine de production : couvoir, transport, abattoirs. Mais l’ensemble de la chaine, et non seulement les agriculteurs, doit gagner son pain en sauvant les apparences, à force de campagnes de publicité ou de lobbying.

Et je dois vous confesser que je ne suis devenu végétarien que bien plus tard… en dehors de chez moi : au restaurant, au travail, j’ai fait le choix des plats sans viande. Cette conversion au végétarisme est principalement motivée par l’impact environnemental et l’envie d’épargner les générations futures. L’élevage bovin représente une part non négligeable des gaz à émission à effet de serre, avec de nombreux intrants, souvent en provenance d’Amérique du Sud. La seule viande que je mange est celle j’ai décidé d’élever, histoire de conserver les réflexes et les connaissances d’élevage acquis lors de mon enfance et les transmettre à mes enfants. Nous avons un taureau et une vache et donc une naissance par an au printemps. En termes plus poétiques, on appelle cela un « veau ». Deux années et demi plus tard et en automne, ce veau part pour l’abattoir. Il m’est strictement interdit de faire de l’abattage à domicile (un débat qui reste très houleux chaque année à la fête du sacrifice musulman). Cette bête, je l’ai vue naitre, je l’ai soignée, je l’ai vu téter et courir en prairie avec sa mère, je l’ai nourrie en hiver du foin que j’ai récolté en été. Je l’ai fait soigner par mon vétérinaire et respecté les vaccins et les prises de sang réglementaires. Et j’avoue que je dors mal la nuit qui suit son départ. Mais je suis le responsable…

Le lendemain arrive ensuite la visite à l’abattoir pour y récupérer les premiers abats, et une semaine plus tard, la viande découpée, que je transforme pour la conservation ou que nous congelons pour l’hiver. Jusqu’à la fin du printemps suivant, nous avons notre stock de viande, pour trois ou quatre consommations par semaine. L’été est ma période végétarienne à quasi 100% : je me contente des légumes du jardin.

Parfois en été, je propose à mes amis de leur offrir, l’automne prochain, un morceau de viande en regardant les parents ou le prochain ‘candidat’ dans la prairie. La réponse est directe : « Comment oses-tu ? Je ne mangerai jamais de la viande de ces pauvres bêtes. » Et pourtant, ce sont aussi de pauvres bêtes que nous devons déguster quand je suis invité à leur barbecue. Ces grillades me semblent une orgie qui me donnent la nausée : un abus de consommation de viande bon marché accompagné de mauvais rosé. Loin des yeux, loin du cœur. Il arrivera un jour où je n’aurai plus de bétail. Ce jour-là, ma consommation de viande se réduira encore et approchera zéro.

A minima, un respect pour la viande et les produits animaux devrait se développer pour éviter les dérives que nous connaissons. Une formule du genre, « si vous voulez manger de la viande, abattez votre bête ». Comme on organise des visites dans les camps de concentration pour nos étudiants afin qu’ils comprennent l’horreur du nazisme et du totalitarisme, ne devrions-nous pas organiser des portes ouvertes dans les abattoirs ? Le modèle occidental de consommation a été imposé dans le monde entier, cachant la réalité de l’industrie (on dit que Taylor s’est inspiré de pratiques d’élevage). Nos grands-parents, même éleveurs ou cultivateurs, savaient se contenter d’une portion carnée par semaine, le dimanche, le lapin ou la poule au pot sont des classiques. Depuis, l’exceptionnel – une portion par semaine – est devenu banalité quotidienne. Les normalités évoluent et parfois, nous ne pouvons qu’espérer que les modes de consommation évoluent, mais toute l’industrie liée devra en subir les conséquences. L’interdiction du broyage en est une, en attente que les systèmes techniques se mettent en place pour ne féconder que des œufs donnant naissance à des femelles qui seront placées dans des pondoirs, pour une vie courte et peu enviable… L’ingénierie génétique semble promise à un bel avenir.

PS: les résidus de la castration et de l’abattage des poulets (têtes, abats) faisaient le plaisir de nos chiens et chats, ces sales bêtes barbares qui n’avaient jamais vu ni croquettes, ni viande en conserves…

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24 réflexions sur « Si vous voulez manger de la viande, abattez votre bête !, par JPC »

  1. Merci ! Très beau témoignage.
    C’est la parfaite illustration de ce que je dis aussi pour justifier mon végétarisme (ou végétarianisme…?) à 99 % : « pour manger de la viande, il faut avoir connu l’animal, l’avoir aimé, et être capable de le tuer soi-même ». J’en suis capable, je l’ai déjà fait avec des poules et des lapins, ou des poissons. Mais n’en ai plus besoin.
    Pour le retour des paysans et la fin de l’agriculture industrielle !

  2. c’est un temoignage tres sobre (malgre certains passages plus durs) mais qui refléte exactement ce qu’est le fermier du siècle précédent et ce que devient rapidement le fermier de ce siecle. J’ai pratiqué moi aussi les « joies » de ces rituels obligatoire, j’ai aussi aidé et assisté a l’egorgeage des moutons quand ceux ci etaient effectués a la ferme par un boucher agrée (qui etait d’ailleur un peu fou, il dissait lui meme qu’il fallait etre un peu fou pour abattre un animal qu’on a elevé avec de la bonne herbe, donné le biberon et vu grandir) . Ce qui pourrait rassurer c’est que de plus en plus de fermiers (tout au moins en Belgique) tentent de revenir a cette ferme d’antan, certe avec les normes d’aujourdh’ui, mais a une production plus raisonnée… il reste et il restera tj le probleme de la mort de l’animal.. faut ‘il pour autant se tourner vers le vegetarisme? L’etre humain a besoin de proteines animales, je lisais encore recemment un article d’un docteur travaillant au CHU de liege qui expliquait que les proteines et les besoins de l’etre humain lorsque ceux ci se presentaient sous forme vegetale etaient moins bien et moins facilement assimilés par l’organisme, et que l’equivalence entre les besoins etait difficilement conciliable. Un des examples etait que le fer contenu dans un steak de boeuf de 100gr se retrouve dans 500gr de concombre. Il n’en reste pas moins que faire le choix d’une alimentation variée, de qualité sans exces et en eliminant les produits transformé par l’industrie agro alimentaire de « masse » (on peut tres bien trouver des rilettes de porc, du jambon et du paté transformé par le fermier ou le boucher du coin) et en limitant le sucre est probablement le gage d’une vie saine. Dire adieu aux vaches veaux moutons poules et cochons c’est enterrer un peu vite une pratique du siecle précédent mais qui était deja en vigueur il y a 10 000 ans lorsque l’homme est devenu sedentaire et a commencé a pratiquer l’élevage… Mais c’est aussi et ceder aux sirenes du capitalisme qui a vu dans le vegetarisme et tout ce qui en decoule un eldorado futur. Ce qui compte comme vous l’ecrivez tres bien c’est la qualité es produits dont on se nourrit.

    1. Non, l’être humain n’a pas besoin de protéines animales. Ces dernières sont mêmes moins bonnes pour la santé et peuvent provoquer, entres autres, des problèmes de reins, de cancers etc.
      https://www.federationvegane.fr/documentation/sante/les-proteines-un-faux-probleme/
      https://www.cuisine-altruiste.com/le-risque-de-carences-est-il-reel-dans-lalimentation-vegetale/
      https://nutritionfacts.org/video/animal-protein-compared-cigarette-smoking/
      Il est vraiment temps de dépasser, non seulement le capitalisme, mais peut-être aussi le néolithique et les 10 000 ans de pratique d’élevage, non?

      1. « Non, l’être humain n’a pas besoin de protéines animales. »

        Possiblement, en rajoutant « de nos jours » cependant, car l’agriculture qui permet la production de protéine végétale est le fruit d’une histoire plutôt récente de l’histoire d’homo sapiens. Surtout si on considère que nous sommes 700 fois plus nombreux que depuis ces tréfonds de l’Humanité. Si pendant très longtemps homo sapiens a décimé les troupeaux géants des mégas mammifères qui parcourait les plaines, ce n’est pas sans raison. Et jusqu’à la mécanisation et la rationalisation de l’agriculture, avec sa consommation d’énergie correspondante, les disettes et les famines étaient quotidiennes, l’état de malnutrition aussi dans la population. Les carences étaient au plus haut et l’espérance de vie en bonne santé très basse.

        Mais on peut rêver, avec vous, que notre monde « sans besoin » (c’tte blague énorme) continue sur sa lancée !

      2. CloClo, la plus grande partie de la production des protéines végétales est destinée à la production de protéines animales avec un rendement catastrophique, non seulement en termes protéiniques et de nutrition, mais également en termes d’environnement:
        https://www.viande.info/elevage-viande-sous-alimentation
        « Une étude de la FAO (A. Mottet et al., 2017, p. 3) indique que les animaux sont de piètres convertisseurs d’énergie en alimentation humaine. Dans les pays occidentaux, la quantité de protéines végétales données en alimentation animale pour obtenir un kilo de protéines animales n’est pas avantageuse : il faut en moyenne 7 kg pour les bovins, 6 kg pour les poulets et les cochons, et de 3 kg pour les oeufs. Si l’on ne prend en compte que les aliments comestibles pour les humains et les tourteaux de soja, ce ratio baisse mais reste largement défavorable : il est de 5 pour le poulet, 4,4 pour les cochons et 2,8 pour les oeufs. Seuls les bovins voient leur ratio baisser aux alentours de 1 car ils sont nourris principalement avec du fourrage et des pâturages. La totalité du fourrage et une partie des pâturages restent un gaspillage de surface agricole puisqu’on pourrait cultiver des aliments directement à leur place. »
        Le rêve, je dirais le cauchemar pour les animaux et pour les humains, c’est de vouloir continuer à nourrir l’humanité avec des protéines animales.

      3. Marko,

        Disons que je ne commentais pas ce point là que vous amenez avec raison, je précisais que si on peut se passer des protéines animales, c’est grâce à une agriculture performantes. Pas parce que l »Homme n’en a pas besoin… Ce qui était votre entame.

        Je vous mets mes bourses à couper que en cas de besoin, n’importe qui, vegan acharné ou pas mangera de la protéine animale pour sauver sa peau. J’enfonce une porte ouverte sur notre condition.

        Maintenant, pour moi, il est actuellement évident que le « végétalisme » à large échelle, à population constante de 7 milliards d’individus, sans famine et disette, ni malnutrition ne peut être aussi que le corollaire d’une agriculture hautement mécanisée et largement dépendante d’intrants de toutes sortes (chimie, ogm, sélections, …) couplée à une gestion performantes des stocks et moyens de conservations, comme de la distribution. Bref, ça marche soit en mode survivance (petit groupe), soit en mode ultra technicisé (large population).

      4. « Le rêve, je dirais le cauchemar pour les animaux et pour les humains, c’est de vouloir continuer à nourrir l’humanité avec des protéines animales. » tu dis…

        Alors j’ai bien peur que le cauchemar va durer car « En 2017, la consommation mondiale de viande était estimée à 322 millions de tonnes, avec une répartition très inégale entre les grandes régions du monde : près de 47 % consommés en Asie (dont 27 % en Chine pour seulement 2 % en Inde), 19 % en Europe (UE et Russie), 13 % en Amérique du Nord et 15 % en Amérique du Sud, pour moins de 6 % en Afrique (OCDE-FAO, 2017). À l’échelle mondiale, la consommation de viande progresse régulièrement, principalement sous l’effet des pays en développement, la FAO estimant que la demande devrait augmenter de 200 millions de tonnes entre 2010 et 2050. » (source : Inra)

        Soit une augmentation de la consommation carnée de 60% dans les 30 prochaines années.

      5. J’entends bien ce que vous dites, CloClo, mais il y a quelques éléments qui me font penser que les choses peuvent encore évoluer dans un autre sens. Je vous rappelle que nous sommes sur un blog optimiste 😉 :
        – Si une agriculture végétale a un meilleur rendement calorique et protéique que l’élevage, on peut donc mathématiquement envisager nourrir l’humanité avec moins d’espace et de ressources en abolissant l’élevage. Exemple: actuellement, la plus grande partie du soja produit (il est question de 85% dans l’article que j’ai cité) est destiné à l’élevage. S’il était utilisé directement par l’homme, il en faudrait donc mathématiquement beaucoup moins (cf. rendement protéique…).
        – La question classique que l’on pose à un végane (à propos de portes ouvertes) :« si tu étais seul sur une île déserte avec une chèvre, qu’est-ce que tu mangerais ? » Bien heureusement, on n’en est pas encore là et il est encore possible aujourd’hui de changer de paradigme agricole pour nourrir l’humanité. Les techniques agricoles ne sont pas figées et peuvent évoluer dans un sens plus vertueux et beaucoup moins destructeur. Je songe par exemple à la permaculture. Il faudra éventuellement plus de main d’oeuvre, je ne sais pas, mais rien n’empêche d’encourager la recherche et le développement de nouvelles techniques plus efficaces et nécessitant moins de ressources et d’intrants de synthèse. De même, rien n’empêche de subventionner une agriculture végétale et respectueuse de l’environnement, plutôt qu’un élevage destructeur comme cela est actuellement le cas.

        En résumé, l’agriculture high-tech performante et prédatrice peut évoluer en agriculture éventuellement low-tech, mais performante et vertueuse, et cela à grande échelle. Cette évolution/mutation pourrait-elle contribuer à éviter un effondrement généralisé ? J’en suis personnellement convaincu. Ce n’est visiblement pas la tendance actuelle, mais le problème est pour moi lié à la nécessité du dépassement du capitalisme qui lui aussi ne semble pas faiblir.

      6. Marko,

        Je ne sais pas si on peu dire que protéine animale = protéine végétale = bienfaits identiques pour l’homme. Cela n’est pas aussi simple, et d’autre facteurs rentrent en jeux, comme pour les calories. Sinon on rentre des régimes de carences ou de manques dont certains finissent par être graves.

        Une agriculture low-tech et consommatrice de main d’oeuvre, il n’y a eu que cela durant toute l’histoire de l’Humanité. Bilan, famine et malnutrition pluri-millénaire avec disparition de 10, 15, 20, 25 % de la population régulièrement.

        Les puissants, compensaient par la Chasse du petit et gros gibier, qui étaient de leur domaine réservé exclusif, vous comprenez pourquoi ?

        Vous n’échapperez pas à l’équation suivante : végétalisme avec population massive = agriculture high tech + transports + stockage + distribution + éducation = société riche et évoluée.

        Attention je ne dis pas que bouffer de la viande c’est mieux. Je dis juste que sans une société riche et technologique, le végétalisme c’est une division par 10 de la population mondiale.

      7. CloClo, protéines végétales > protéines animales. Le site https://nutritionfacts.org/ décortique les études les plus récentes à ce sujet et tout ce qui concerne une alimentation végétalienne, micro- et macronutriments. Malheureusement les médecins ne suivent pas toujours, et les fausses croyances et fausses informations persistent, a fortiori dans les médias mainstream. Heureusement, les choses bougent davantage dans le monde anglo-saxon.
        Le seul véritable problème : la vitamine B12 dont la découverte en 1948 a été en quelque sorte l’invention de la roue d’un progrès moral incontestable. A voir cependant si la fabrication de cette vitamine dépend d’une industrie plus complexe, que mettons…la fabrication de couteaux pour égorger les animaux dont il faut bien admettre qu’ils sont nécessaires si l’on veut continuer à nourrir la population avec de la viande à grande échelle. Sans oublier que les animaux élevés industriellement reçoivent aussi cette vitamine et d’autres + antibiotiques etc. sans lesquels cette industrie est tout simplement impossible.
        Et l’élevage en plein air bio & co. + animaux sauvages, non seulement ne suffirait pas pour nourrir 7.000.000.000 mais resterait un problème moral, sans oublier les problèmes environnementaux s’il devait remplacer l’industrie actuelle. En effet, remplacer des forêts par des prairies n’est pas non plus une solution écolo.
        La consommation de la viande par 7.000.000.000 êtres humains est donc encore plus dépendante de la high-tech qu’une alimentation végétale.
        De plus, je crois que l’on ne peut comparer la low-tech du 21ème siècle avec ce qui s’est fait autrefois. Les progrès scientifiques ne pourront être gommés comme ça, du jour au lendemain, à moins d’une catastrophe qui compromettrait également l’industrie de l’élevage.
        Je vous concède que la transition n’est pas facile, mais on ne peut pas a priori décréter comme vous le faites qu’elle est impossible.
        Et même en admettant que cela n’est pas possible, est-ce une raison valable pour continuer à consommer des produits animaux alors que cela n’est pas nécessaire ici et maintenant ?
        En ce qui me concerne, le choix est simple. Mais j’admets qu’il fait peur parce que l’on a peur de se priver de quelque chose. Et puis il y a surtout la crainte du qu’en-dira-t’on et les éternelles justifications, les stigmatisations. Je suis passé par là mais j’ai découvert que les choses sont beaucoup plus simples que ce que l’on s’imagine généralement. La cuisine 100% végétale est en plein boom, cela implique naturellement des dérives industrielles, mais également des progrès culinaires et de nouvelles expériences gustatives. Non, le végane n’est pas un moine 😉

  3. Je retrouve beaucoup de choses connues dans ce témoignage. Je pourrais en ajouter d’autres d’un niveau d’horreur équivalent à propos des élevages de canards dans lesquels j’ai beaucoup travaillé. Depuis que j’ai vu et participé à des productions agro-industrielles dès le milieu des années 90, j’ai dit à qui voulait l’entendre que si les gens savaient vraiment comment les choses s’y passaient, ils ne mangeraient plus rien (et je ne parle pas ici que de l’élevage mais aussi des cultures maraichères et céréalières).

    Plus de 20 ans après, je constate qu’on y vient petit à petit et pourtant, quelque chose me chiffonne encore. Non pas que j’ai fondamentalement changé d’avis sur l’agro-industrie. Elle m’a marqué trop personnellement pour que je puisse jamais y adhérer. Mais je ne vois pas désormais comment en sortir sans mettre sans dessus dessous tout « l’écosystème » existant autour, ce à quoi je ne serais pas non plus hostile, mais dont je vois bien autour de moi que d’autres (beaucoup d’autres) n’y sont pas disposés le moins du monde.

    On sait maintenant très bien que si la production de masse ne nourrit pas tout le monde, ce n’est pas par défaut de productivité mais pour des raisons strictement économiques et financières. Pour le dire crument, il n’est pas rentable de nourrir les pauvres, donc on ne le fait pas. C’est pourquoi je pense qu’il est parfaitement illusoire d’envisager une sortie du système agro-industriel sans également sortir de l’économie de marché en régime capitaliste financiarisé.

    La sortie du modèle agro-industriel s’accompagnerait presque par définition d’une chute brutale de la productivité par unité de main d’œuvre, ce qui signifie une recrudescence d’emplois dans ce secteur, mais alors également un renchérissement drastique du prix des denrées. Tout cela n’est simplement pas soutenable selon les normes économiques actuelles. Et par ailleurs, pour reprendre un terme évoqué en titre d’un autre billet, je doute de l’acceptabilité sociale d’un tel retour à la terre.

    Pour le dire autrement, s’ils en ont les moyens, les gens sont tout à fait disposés à manger « bio » sans d’avantage se poser de question sur les conditions de production de cette filière. Le fait que chaque supermarché/hypermarché de France soit depuis quelques années abondamment approvisionné de denrées labellisées ne suscite chez eux pas la moindre interrogation. Le fait qu’il existe même désormais des chaines de magasins spécialisés là dedans non plus. Alors de là à devenir eux-même producteurs, il n’y a pas une marge, il y a un gouffre.

    Enfin, sans une réflexion beaucoup plus globale sur nos modes de production, nos modèles économiques et sociaux, la question du type régime alimentaire est selon moi une coquetterie de gens riches et dans bien des cas une hypocrisie (je ne vais pas reproduire ici le couplet sur ce que je pense du végétarisme, je me suis déjà suffisamment exprimé sur le sujet). Or dans les discours que j’entends sur ces sujets, il n’y a à peu près jamais ce type de réflexions. On se contente de stigmatiser des individus, éventuellement des entreprises, mais sans presque jamais produire d’analyse systémique.

  4. Si vous voulez un T-Shirt, allez l’acheter au Bangladesh ! Je plaisante évidemment. Fils de petit éleveur famennois dans les années 60 à 80, je vous rejoins sur la pratique « barbare » que vous décrivez. Mais l’est-elle moins maintenant depuis que nous sommes passés à l’échelle industrielle? J’ai connu moi-même dans mon enfance, et mon adolescence, l’abattage annuel du cochon et des trente poulets élevés pour la consommation de la famille. Ce n’était pas très « ragoutant » mais une certaine satisfaction de l’éleveur était perceptible. Car au moins disait-il l’animal avait été jusque là respecté, et jusqu’au bout: nourrit sainement avec les produits de la ferme (bio cela va sans dire), y compris du lait, il a pu gambader dans le pré. Et le circuit était des plus courts, pas de transport dans de mauvaises conditions où l’animal est malheureusement trop souvent malmené , parfois piétiné, assoiffé: l’animal passait directement du pré à l’assiette. Que du bonheur!
    Fallait-il pour autant du courage pour passer à l’acte? Oui et non, tradition oblige me disait-on. Et la proximité avec l’animal aidant, un certain détachement très clairement. Rien de comparable évidemment pour ce qui est de la chasse, qui est dit-on un sport, et à distance pardi, mais quel courage (tout le monde e s’appelle pas Rambo). Tout ceci pour dire que oui, je mange encore de la viande, mais croyez-en on mon expérience, qui me permet de comparer viande et euh… minerai de viande ( vous voyez ce que je veux dire?), je peux choisir la qualité et savoir ce qu’il en coûte pour l’obtenir…

  5. @ JPC, un grand merci pour votre magnifique billet, si humain.
    J’avoue que j’ai été démoralisé en lisant les commentaires sur le billet « broyage des poussins », tellement vains, futiles ou même d’une totale mauvaise foi…
    Vous remettez dans une perspective indispensable cette question que Paul Jorion avait tendu comme une perche ─ et par votre expérience même, vous êtes le seul à avoir pu y répondre.
    Enfant dans les années 60, ma grand-mère maternelle avait un grand jardin et malgré la « belle situation » de mon grand-père, elle avait deux poules et un lapin au fond de ce jardin (et des tomates à la saison!). J’aimais aller avec elle les voir, les caresser mais j’admirais ensuite les savantes dissections qu’elle savait opérer pour les transformer en plats délicieux ─ et au fond ça ne posait pas plus de problème que ça, j’avoue.
    Oui, comme vous vous je pense que l’on peut manger des animaux mais dans en continuité de ce qui s’est fait depuis toujours (dans la nature tout le monde bouffe tout le monde), pas dans cette terrifiante escalade vers l’industrialisation, la marchandisation et la transformation de tous les animaux en produits, des trucs dont on ne sait d’où ils viennent concrètement. Oui, il faudrait faire visiter les usines et les abattoirs ! Mais quel grand secret que ces endroits ─ et L214 fait réellement une œuvre de salubrité publique. Je viens encore de voir une vidéo de L214 avec des porcs dans leur merde, dans leur souffrance.
    Quand j’étais gamin nous dégustions du foie gras truffé à Noël ─ eh oui, le petit bourgeois ! Mais aujourd’hui je crois que je vais complètement laisser tomber ce mets car là aussi ce produit venant d’ailleurs de Hongrie signifie une incroyable souffrance animale (et des produits fades). Dans le Gers de mes ancêtres paternels, le gavage était certainement dur pour le bestiau mais à la main et sans doute bien moins que dans ces usines. Dans n’importe quelle brasserie on propose des salades au foie gras, sans aucun goût évidemment ; alors j’évite car j’ai connu le foie gras rare, cher et délicieux.
    Vous soulignez une sorte de paradoxe : le poussin mâle broyé souffrira moins que le poussin femelle qui vivra dans un enfer horrible quelques mois.
    Comment en est-on arrivé là ? Le poulet aux hormones est déjà mentionné dans la si belle chanson de Jean Ferrat : « Mon Dieu que la montagne est belle », tout y est anticipé !

    Un imbécile nous a doctement expliqué ici que les œufs à 6 € sont trop chers : il fréquente le blog de P. Jorion et n’a pas encore compris que tout vient de ces salaires de misère qui imposent aux pauvres, à ceux qui ne sont rien, des consommations de produits industriels dégueulasses, le poulet aux hormones dont parle de J. Ferrat.

    Je reviens à mes années de gamins : on avait des œufs et pas d’élevages de milliers de poules en cages. Essayez un jour de lire les étiquettes sur le beurre sur la provenance du lait : hallucinant. Pourquoi importe-t-on du lait en France ? Pourquoi en est-on arrivé à bouffer des lasagnes à la viande de cheval ?
    Pourquoi les gens n’ont pas encore compris ce qu’une poignée de truands fous et cupides nous font bouffer en détruisant tout : paysans, cultures, paysages, air, forêts, environnement, biodiversité ?
    Alors cette situation doit cesser au plus vite : il faut arrêter de broyer les poussins et surtout en finir avec l’agriculture industrielle et l’industrie agro-alimentaire, deux nuisances absolues.

  6. Merci pour ce témoignage.
    Comme ceux d’entre nous qui ont connu la vie rurale « à l’ancienne », je n’ai pas oublié les scènes de l’abatage annuel du cochon (et surtout ses cris), les canards sans têtes qui s’échappent et les lapins qu’on « déshabille ». Ma grand-mère ne se posait guère de questions sur la sensibilité des animaux d’élevage. Des comportements millénaires qui manifestement aujourd’hui posent problème. Nous vivons, sans en discerner encore les contours précis, une révolution anthropologique concernant nos rapports avec la mort et le « règne animal ». Entre guillemets car les progrès de la recherche de ces dernières décennies rendent confuses les distinctions entre « eux » et « nous ». Notre connaissance du vivant nous fait répugner à assumer notre statut de prédateur. Heureux les simples d’esprit comme les ours polaires ou les tigres (dont certains pleurent la disparition prochaine) qui n’éprouvent pas de scrupules (semble-t-il) à tuer à coup de crocs. La mort, c’est rarement une partie de plaisir. C’est un moment terrible et généralement douloureux pour tous les êtres vivants. La donner la mort, tuer, pose évidemment question. Pour ma grand-mère, le lapin avait un statut « d’objet vivant mis à disposition par Dieu » pour nous nourrir. Pas de problèmes pour lui la casser la nuque à coup de bâton. C’était dans l’ordre des choses. Cela semble l’être de moins en moins.

    En ce qui concerne la consommation de viande, la proposition d’en consommer moins et de meilleure qualité me parait la plus sage. Ce qui est facile quand on habite à la campagne ou dans une agglomération de taille moyenne et qu’on dispose d’un revenu médian. Plus difficile pour les masses urbaines paupérisées. Il me paraitrait plus raisonnable aussi, quand on parle de nos besoins en protéines animales, de pondérer en fonction de l’âge et de l’activité. Les besoins ne sont évidemment pas les mêmes entre un bûcheron.ne de trente ans et un.e retraité.e de soixante-dix ans. Et si j’observe les caddies de supermarché débordant de barbaque dégueulasse en barquettes à prix cassé, ce ne sont visiblement pas ceux qui en ont le moins besoin qui en consomment le moins (mais ça, c’est une autre histoire).

  7. Quel témoignage ! merci à vous.
    Rien à voir avec la campagne que j’ai connu enfant, et que j’ai toujours en esprit. C’était années 40/50. Je me souviens d’un cousin resté seul après la mort de ses parents, que j’avais été visiter autour des années 70. Il m’amena dans ces champs et touchant (tendrement) ses épis pour que je les regarde bien : « je ne supporte pas de ne pas pouvoir en vivre, je ne supporte pas qu’on me verse de l’argent pour ma production. Je travaille parce que j’aime mon travail, et je veux en vivre. Ils m’humilient ».
    Ce ne sont pas les paroles exactes bien évidemment, mais le sens que j’en ai retenu.

    PS je n’arrêterai pas de manger des protéines animales (viande, œufs, poissons etc.). J’en mange dans les 100gr/jour. C’est une habitude que j’ai gardé de mon éducation. Et je la trouve bonne, saine, équilibrée.
    Je n’achète plus de maïs en boite, ni de tomates en boites, ni de soja en boite. Et je me pose la question de savoir quoi faire pour la sauce de soja, qui par définition contient du soja, dont j’ignore la provenance. Plus de ketchup depuis longtemps (en plus c’est sucré), plus de concentré de tomate. Je dois en oublier.
    Les protéines animales que j’achète je les choisis au mieux : de la région. Des poulets de label rouge, 81 jours minimum, et dehors.
    Un jour une caissière qui faisait une drôle de gueule en voyant le prix de mon poulet je lui ai dit : madame, oui il est cher, mais il est bien plus nourrissant qu’un poulet PAC. Vous devriez essayer un jour, on est comblé avec moins de viande, finalement ça ne doit pas revenir plus cher.
    Quant au bio : j’en achète, mais ai de moins en moins confiance. Je fais le max dans mon jardin, mais pas des pommes de terre, etc, je n’ai plus la force ni la place.

  8. Il y a pas mal de chance pour que la réponse à la  » barbarie  » des procédés d’abattage, soit une automatisation des process.

    On va éloigner l’homme du couteau, comme à la guerre, on éloigne l’homme de la gachette, en mettant entre les deux, un robot tueur.

    Et ça ne va pas régler la question, sinon au niveau de la communication, où l’aspect sera bien lisse, et plus personne ne sera à blâmer….

  9. Tous les témoignages que je lis proviennent pour la plupart de personnes qui sont nées dans les années 50 et avant.
    En effet, pour ma part qui suis né en 1952 j’ai vécu aussi tout ce vous décrivez bien, ce qui a l’époque, ne le posais aucune question.
    Et de fait si on lit Maurice Desrier : http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/AGRIFRA07c-2.pdf
    « En 1955, la France comptait 2,3 millions d’exploitations agricoles (encadré 1). En 2003, elles ne sont plus que 590 000, dont 62,2 % sont considérées comme professionnelles. Deux mil- lions de personnes vivaient sur ces exploitations en 2000, soit quatre fois moins qu’en 1955. La population active agricole, familiale et salariée, atteignait 6,2 millions de personnes en 1955, soit 31 % de l’emploi total en France. En 2000, cette part est tombée à 4,8 % avec 1,3 million de personnes (figure 1).
    L’importance de l’agriculture, en matière d’occupation physique du territoire français, a éga- lement fortement décru depuis cinquante ans, tout en restant prépondérante. En 2003, l’agri- culture occupe 32 millions d’hectares, que ce soit en surface agricole utilisée ou en territoire agricole non cultivé (figure 2). Cette superficie représente 59 % du territoire métropolitain français contre 72 % en 1950. Ce recul s’est fait au bénéfice de deux autres espaces. D’une part, les bois et forêts sont passés de 20 à 27 % du territoire de 1950 à 1990, mais plafonnent depuis. D’autre part, la surface du territoire non agricole a presque doublé depuis 1950 et atteint aujourd’hui 14 % de la surface totale de la France : cette superficie est en particulier occupée par les zones urbaines et les réseaux de voirie.
    Du coup ceci expliquant aussi cela !!!

  10. Très beau témoignage… et merci aussi pour les commentaires des derniers témoins de la vie de la ferme, comme le rapporterait un anthropologue de retour d’une contrée lointaine….(sic). Moi-même, probablement un peu plus jeune, j’ai constaté, dans un coins de Normandie, les transformations entre le moment où j’étais jeune et maintenant. En tant que jeune urbain, mais de parent (mère) ayant vécu à la « campagne », durant les séjours en Normandie, nous allions le matin chercher le lait à la ferme d’à côté, et au retour, le faisions bouillir. Avec la crème, ma mère préparait une tarte aux pommes avec une pâte feuilletée…. (pommes du verger, conservées toute l’année dans le cellier)….Chaque fin d’après midi, on voyait à la même heure la fermière ramener le troupeau de vaches, et il fallait fermer le portail pour éviter qu’une d’entre elle se détourne et rentre dans le jardin de la maison… Mais aujourd’hui, plus de vaches (et quasiment plus de vergers) ; le fils aîné de la ferme a arrêté déjà depuis plusieurs année. Ces enfants occupent des petit emplois à la ville d’à côté La ferme elle-même, où se trouvait l’étable, a été revendue et transformée en résidence. etc… Au enfants d’aujourd’hui, il faut raconter cette vie, comme on raconterait aujourd’hui une histoire de lions à un enfant africain. Quelque chose de l’imaginaire qui a disparu du réel. Il y a bien ces séjours à la ferme qui se multiplient pour les petits enfants urbains, mais c’est comme ces voyages organisés dans la savane africaine… Et pour cette dernière, je ne peux m’empêcher de raconter cette histoire, où j’ai vu le dernier lion en vie en Mauritanie. Il était capturé et encagé, donné en spectacle à la foule, maigre et efflanqué, avec des gros yeux triste exorbités, et la crinière dégarnie autour cou ….S’avait-il lui-même qu’il était de dernier spécimen de son espèce….

  11. « Tous les témoignages que je lis proviennent pour la plupart de personnes qui sont nées dans les années 50 et avant. » nous dit Robert Denis, et c’est ben vrai ça !

    On aimerait avoir le commentaire de moins de trente ans ! Des viandards invétérés selon les statistiques !

  12. Beau témoignage. J’ajoute mon merci à tous ceux qui précèdent.

    Je ne suis pas fils de paysans mais j’ai connu la ferme où on allait chercher le lait, les œufs et les poulets, les poules, les oies et les pigeons qui picoraient dans la cour et qui finissaient à la casseroles, les moutons qu’on tondait et les agneaux qui finissaient eux aussi à la casserole, les petits canards aussi auxquels les enfants donnaient un gentil nom plein de sous-entendu : « à l’orange », « aux olives », etc…

    Était-ce « mieux avant » ? Par certains côtés certainement. Mais on ne remonte pas le temps, ni ne l’arrête-t-on. Comment faire ? Manger moins de viande pour commencer bien sûr !

    Renoncer à la viande ce n’est pas tant renoncer aux protéines animales que renoncer au sacrifice animal, rituel vieux comme le monde ou presque. Aspect à ne pas oublier.

    Les hommes ont toujours chassé mais la domestication vient – hypothèse certes, mais aussi séduisante que fertile – du besoin d’animaux à sacrifier aux dieux. Pas sûr que cette origine soit complètement effacée. Cela expliquerait notre difficulté à bannir la viande…

  13. Je pense que le vrai problème est que l’on vous sert du mauvais rosé aux barbecues de vos amis… Vous êtes certains que ce sont des amis ?

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