Steele et Ivanka, que se sont-ils dit ?, le 4 janvier 2020 – Retranscription

Retranscription de Steele et Ivanka, que se sont-ils dit ?, le 4 janvier 2020.

Bonjour, nous sommes le samedi 4 janvier 2020 et, cet après-midi, c’est l’enterrement du Général Soleimani, tué par un drone américain dans la nuit d’avant-hier. On ne sait pas ce qui va se passer. Tout le monde est d’accord pour dire qu’on n’en a pas la moindre idée mais que l’explosion est… on n’est pas loin d’une explosion, que l’assassinat de ce général considéré comme peut-être même le n° 2 en Iran est une déclaration de guerre des États-Unis vis-à-vis de l’Iran dans une escalade qui a eu lieu ces jours derniers. Je ne vais pas vous parler de ça puisqu’on ne sait pas ce qu’il va se passer.

Je voudrais revenir sur un mystère. C’est cette affaire que je vous ai signalée le 10 décembre, il n’y a pas même un mois. C’était au lendemain de la présentation du rapport de M. Horowitz devant le Sénat américain, une commission du Sénat.

Ce M. Horowitz est donc une personne à qui on a demandé… c’est un inspecteur général du ministère de la Justice à qui on a demandé d’enquêter sur le départ de l’enquête qui débouchera rapidement sur la commission Mueller, l’enquête sur une collusion possible entre M. Trump et son équipe et la Russie. Et donc, ce M. Horowitz fait sa déposition et la chaîne ABC News, une chaîne de télévision américaine, relève un propos dans le rapport, rapport de 433 pages. Je vais sans doute devoir y retourner de manière plus approfondie que le regard que j’ai posé jusqu’ici, dont j’avais retenu essentiellement qu’il était apparu que le FBI planque parfois de l’information chez des suspects. Ça ne m’avait pas paru de la valeur d’un scoop puisque, à ma connaissance, toutes les polices du monde font exactement pareil. Mais, il y avait donc ce qu’ABC avait repris, c’était le propos de M. Steele, M. Christopher Steele qui est un ancien espion britannique, qui est l’auteur d’un « dossier Steele » qui contient en particulier des informations disant que M. Trump est depuis 2013 compromis du côté russe, ayant fait des choses dans un hôtel qui ont été filmées et qui constituent, du coup, des éléments permettant d’exercer sur lui un chantage, que des négociations aient eu lieu à ce propos-là ou que, simplement, il soit au courant que, du côté russe, on dispose de ces informations.

Il apparaissait dans ce rapport de M. Horowitz que M. Steele avait dit aux enquêteurs qu’il n’avait pas, contrairement à ce qui a été répété du côté Républicain, d’hostilité particulière envers M. Trump et que, d’ailleurs, il avait été dans un rapport très amical avec une personne de l’entourage proche de M. Trump. Et la chaîne ABC révélait donc le lendemain, le 10 décembre, que la personne en question était Mme Ivanka Trump, la fille de M. Trump, le Président des États-Unis.

J’avais immédiatement réagi. Ce qui m’avait faire rire, c’est la manière dont cette information avait été interprétée du côté américain. Les Démocrates en particulier avaient dit : « Vous voyez, quand les Républicains disent que ce M. Steele était monté contre M. Trump, c’est pas vrai puisqu’il avait une relation étroite – « d’ordre personnel » aurait-il dit aux enquêteurs – avec Mme Ivanka Trump ! ». Et la presse en général, la presse internationale en particulier – j’ai vu ça, il y a eu un article dans Gala en France – disant « Comme c’est mignon ! ». Comme c’est mignon qu’en fait, on soupçonnait ce M. Steele d’être un ennemi mortel de M. Trump et ce n’était pas le cas PUISQU’il était en bons rapports avec sa fille.

Alors, moi, je vous ai fait une série de petits papiers là-dessus. Le jour-même où j’ai appris la nouvelle d’ABC, j’ai fait un petit truc qui s’appelle : « Dossier Steele : la bombe ». Ça, c’est le 10 décembre. Le 11, le lendemain, j’ai fait un autre papier qui s’appelle : « Dossier Steele : impeachment, etc. ». J’attirais l’attention sur le fait que le peu que je sache sur les espions, je l’ai trouvé dans les films de James Bond (je suis d’accord avec vous, ce n’est pas une très bonne information 😉 ),  il y a de bien meilleures informations de type bien documenté puisque l’auteur, M. Cornwell, qui se fait appeler John Le Carré, nous parle des relations que les espions, hommes et femmes, ont avec les gens du sexe opposé et j’avais attiré l’attention quand même sur le fait que, quand un espion est en mission et qu’il a une relation avec une personne, c’est soit une décision à lui ou à elle, soit une décision du camp d’en face, mais qu’on a rarement entendu dire que c’étaient des gens dans le même camp qui se trouvaient dans cette relation, qu’il y avait quelque chose de l’ordre du délibéré.
Alors, voilà : j’ai fait un petit plan. Je vais vous le montrer. C’est une petite chronologie, c’est vite fait. Vous voyez, il est mis « Steele » au-dessus.

  • Il y a une date où il est mis « Stormy Daniels ». Ça n’a rien à voir avec lui mais, en 2006, M. Trump aurait eu une relation avec Mme Stormy Daniels, actrice du cinéma porno.
  • J’ai mis la date de 2010 : « Fusion ». C’est la date à laquelle le bureau américain Fusion rencontre M. Steele et lui commandera le rapport qui deviendra le fameux dossier Steele. Et en-dessous de ça, je vous ai mis deux tirets, deux lignes
  • et l’une vient de 20 années en arrière et s’arrête en 2009 et il est mis « MI6 ». C’est la période pendant laquelle M. Steele est officiellement espion britannique, c’est-à-dire qu’évidemment, ce n’est pas écrit sur son dos mais il est employé par MI6. Il travaille pour le renseignement britannique. Jusqu’en 2009.
  • Et ensuite, vous voyez une ligne qui s’appelle « Ivanka » et cette ligne qui s’appelle Ivanka, c’est la durée de la relation que M. Steele aurait eue avec Mme Ivanka Trump, fille du président. Il dit que ça commence en 2007 et, effectivement, il y a des mails : « On va se rencontrer », etc. à partir de 2007. On parle de quelques années dans le rapport. D’autres personnes disent que c’était 5 ans, donc j’ai mis de 2007 à 2012.

Et qu’est-ce qui est intéressant là ? Vous l’aurez deviné, c’est le chevauchement entre les deux périodes entre lesquelles M. Steele est encore officiellement espion pour la Grande-Bretagne et la période où il a la relation avec Mme Ivanka Trump.

Bon, est-ce que c’est « mignon » ? Est-ce que ça prouve que M. Steele n’a pas une relation hostile à M. [Donald] Trump ? Ou bien, est-ce que ça prouve ou laisse entendre que, quand M. Steele a sa relation avec Mme Ivanka Trump et qu’il est encore fonctionnaire britannique employé au renseignement, qu’il y aurait peut-être un rapport entre son activité d’espion et le fait qu’il engage cette relation avec Mme Ivanka Trump ?

Alors, pourquoi est-ce que c’est particulièrement intéressant ? C’est à partir de ce livre qui, lui, nous dit que… Ce livre nous dit qu’il va nous dire toute la vérité, voilà : Crime in progress – The secret history of the Trump-Russia investigation par MM. Glenn Simpson et Peter Fritsch qui sont donc les dirigeants de cette firme Fusion qui fait des… qui s’occupe de vous trouver des informations sur quelqu’un.

Et pourquoi est-ce que c’est intéressant ? Parce que les deux bonhommes qui racontent l’histoire expliquent donc qu’ils rencontrent M. Steele en 2010 pour la première fois et que c’est en 2016, tout au bout, là [sur mon petit schéma], en 2016 qu’ils lui demandent de travailler pour obtenir le rapport qui deviendra le fameux « dossier Steele ».

En 2016, selon les auteurs, quand ils proposent à M. Steele de faire son rapport sur M. Trump, glaner ce qu’il peut trouver, il est mis « Steele confessed to not knowing very much about Trump » : en 2016, ce M. Steele admet qu’il ne sait pas grand-chose sur M. Trump.

Il ne sait pas grand-chose sur M. Trump ? Alors que, nous dit la presse : quel était le sens de la relation – en tout cas au départ – entre Mme Ivanka Trump et M. Steele ? « d’obtenir pour Mme Ivanka Trump  des informations intéressantes sur la possibilité de faire du business en Russie ».

Je vous rappelle que ce M. Steele était officiellement espion, il était spécialiste de la Russie. Il a été longtemps en poste en Russie en particulier. Je vous signale aussi que ce monsieur n’est pas un zozo : ce M. Steele, c’est quelqu’un qui a… malgré, je dirais, des origines relativement modestes, c’est quelqu’un qui – en se battant – est devenu étudiant à Cambridge et a obtenu un diplôme à Cambridge.

Alors, vous le savez, c’est un système très élitiste, les Universités d’Oxford et Cambridge, où on peut entrer en particulier si on a eu un grand-père, un arrière-grand-père, etc. [qui s’est trouvé là] : ça vous permet d’entrer. Si vous venez de la classe ouvrière – comme l’a très bien dit Mme Fiona Hill quand elle a fait une déposition, donc britannique d’origine, devenue spécialiste de la Russie et faisant une déposition devant la commission de M. Adam Schiff – « Fille de mineur, je n’avais pas beaucoup de chances d’entrer dans ce système ». C’est vrai, mais il a été possible pour M. Steele, en travaillant très dur et en faisant patte blanche, de pouvoir entrer à Cambridge. Ce qu’il a fait.

Donc, c’est quelqu’un qui… voilà, il n’a pas émergé d’une mafia quelconque pour devenir un spécialiste des affaires qu’il a faites. Non, c’est quelqu’un qui a été responsable justement de l’information sur la Russie. C’est quelqu’un qui sait de quoi il parle.

Mais, ce qu’on nous cache et qu’on ne nous dit pas, et qu’en particulier, dans ce livre qui, en principe, nous dit tout, on nous dit : « En 2016, quand on dit à M. Steele, qu’on lui demande de s’occuper de M. Trump, il tombe des nues en disant ‘Ah oui, ce gars-là, je ne sais absolument rien sur lui !’ ». Et en fait, il a enquêté officieusement ou officiellement. Il a enquêté sur Trump de 2007 à 2012. Il quitte donc son rôle d’espion officiel en 2009 mais il garde des relations amicales avec Mme Ivanka Trump pendant encore un certain nombre d’années.

Et l’autre jour, j’émettais quand même des doutes sur le fait que, quand on a été espion et qu’on n’est pas en prison, et qu’on n’est pas en fuite, qu’on coupe entièrement ses relations avec son ancien employeur… D’ailleurs, il y est fait allusion dans le livre que quelqu’un qui a travaillé pour les services secrets d’une certaine nation, s’il tombe par hasard sur quelque chose par la suite qui pourrait être d’intérêt pour sa nation qui l’employait quand même, etc., il est sous-entendu qu’il la mettrait quand même au courant. Donc, ça veut dire que, comme je le disais : quand on est espion et qu’on n’est pas en prison, on n’est pas en fuite, on continue d’une certaine manière à avoir… la ligne n’est pas entièrement coupée.

Alors, qu’est-ce que c’est que cette histoire de Steele qui a une relation avec la fille de Trump, qui prétend bien des années plus tard qu’il n’a pas le moindre idée de qui est le bonhomme quand on lui demande de travailler ? La question se pose évidemment de l’information qu’il a pu obtenir et que, quand il produit son rapport, son « dossier Steele », qu’est-ce qu’il aurait pu apprendre, de ce qui se trouve là-dedans, qu’il aurait pu savoir par le biais de Mme Ivanka Trump ?

Et là, la question qui se pose et que j’ai déjà posée, c’est : est-ce que c’est de l’information qu’il lui a soutirée à son insu ou bien est-ce que c’est de l’information qu’elle lui aurait offerte volontairement ? Quand on a une relation qu’on appelle « personnelle », ou « d’ordre personnel », il y a des deux, n’est-ce pas : on peut poser des questions, et l’autre peut dire des choses.

Donc voilà, je ne m’intéresse pas seulement, vous l’avez compris, aux ours qui pourraient se promener éventuellement dans l’Oural. Ce qui attire toujours mon attention, c’est ce qui me paraît une anomalie et quand j’ai vu ces gens qui ont dit : « Ah, comme c’est mignon que l’espion britannique avait une relation avec la fille de Trump ! » (c’est tout juste s’ils n’ont pas dit : quelle coïncidence !).

Voilà, je vais continuer à fouiller. Je n’ai pas fini de lire le livre Crime in progress. Je vais retourner pour lire avec attention dans le rapport de M. Horowitz, les 433 pages (j’espère qu’il y a un index pour essayer d’aller regarder tout particulièrement ce qui a pu être échangé avec M. Steele).

Ce qu’on entend dire, c’est que M. Steele n’a pas voulu dire grand-chose mais, enfin, il a déjà dit quelque chose d’intéressant en soi : qu’il avait eu une relation avec quelqu’un de proche de Trump et dont la presse a trouvé le lendemain matin qu’il s’agissait de la fille de Trump.

Je continue de vous informer. Quand j’ai fait un des papiers qui s’appelait : « Dossier Steele : impeachment, etc. », le 10 décembre, c’est aussi le moment où on avait appris que les deux articles d’impeachment avaient été votés par la Chambre des députés aux États-Unis et j’avais dit dans mon papier : « Il y a deux informations aujourd’hui : l’une considérée comme très très importante et l’autre comme anecdotique ». Très importante : l’impeachment de Trump au niveau de la Chambre et celle sans grande importance, la liaison Ivanka Trump – Steele. Et je vous avais dit : « À mon sens, la plus importante des deux, ce n’est peut-être pas celle qu’on croit ».

Je vais continuer à fouiller dans cette direction-là et je vous tiens au courant. Allez, à bientôt !

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3 réflexions sur « Steele et Ivanka, que se sont-ils dit ?, le 4 janvier 2020 – Retranscription »

  1. Côté actu,
    Y a plus qu’à esperer que Nancy a bien synchronisé son dernier mouvement avec la tempête en cours chez les républicains, à vue de nez, ça à l’air pas mal…

    1. Mmoui,

      Paradoxalement, la méga-gaffe iranienne du PS752 abattu évite l’escalade guerrière, et prive Trump d’un épouvantail. Enfin, c’est une vision à 4 jours, pas beaucoup plus.

      (« le temps pour un tweet-chataigne de tomber d’un smartphone-tabouret » disaient les personnages d’Astérix en Corse)

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