Vie quotidienne – « Distanciation sociale »

Ouvert aux commentaires.

La question qui m’est posée :

Doit-on parler de distanciation sociale ou distanciation physique ?

Ma réponse :

Tout ça, c’est de l’anglais traduit littéralement en français par des gens qui (comme d’habitude hélas) ne comprennent pas l’anglais.

Pourquoi confie-t-on le soin de traduire l’anglais aux gens qui ne le comprennent pas ? C’est la règle générale, mais j’ignore la réponse. Peut-être parce qu’il y a des personnes en position d’autorité qui décident de la formation de nouvelles expressions. Et étant en position d’autorité, elles sont plus disposées que d’autres à prétendre – ou imaginer simplement – qu’elles comprennent une langue qu’en réalité, elles ne comprennent pas.

« Social distanciation » = consigne de maintien de distance pour des raisons liées à la vie en société. Voilà comment traduire cela en français. Mais comme – et c’est le cas le plus souvent – le français a besoin de beaucoup plus de mots que l’anglais pour exprimer la même chose, le plus simple est sans doute de dire … « distanciation sociale », en se disant que (avec un tout petit effort d’imagination) … tout le monde comprendra !

Mise à jour (le 9 mai à 17h25) : Ayant lu tous vos commentaires, j’opte pour « éloignement prudentiel ».

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47 réflexions sur « Vie quotidienne – « Distanciation sociale » »

  1. Doit-on respecter pour la distanciation sociale au moins 1m, 1,5m, 1,83 m, voir plus selon notre environnement?

  2. Les mots ont un sens et une puissance ; prendre une distance sociale en français signifie presque s’éloigner de ses amis et collègues, s’isoler.
    C’est cruel et ce n’est pas ce qui est demandé.
    Les gens qui traduisent ne comprennent pas le français non plus, ou ignore la psychologie.

    Ou alors ils n’ont pas connaissance des outils numériques ?

    1. Les outils numériques, ça fait deux mois qu’on vit avec ; c’est un pis-aller, mais ça ne remplace pas les présences, les peaux, les odeurs, les bises et les poignées de main… Parler de « distanciation physique » au lieu de « distanciation sociale », c’est un euphémisme. Nous sommes des êtres sociaux, mais nous sommes aussi des êtres de contact, et la distanciation physique *implique* la distanciation sociale. On peut faire illusion un moment avec les skypéros et les sexcams, mais sur le long terme, ça va être compliqué.

      Je préfèrerais qu’on assume un peu plus la violence de la situation, qu’on arrête de tourner autour du pot et de l’euphémiser. Peut-être que tout cela est nécessaire, je ne le discute pas, mais refuser de nommer les choses par leur nom, c’est ajouter au malheur du monde.

  3. Ou bien tout simplement une confusion entre to avoid physical contact and Maintain at least X metre distance between yourself and others (social distanciation).

  4. Mais j’y pense … y a- t-il encore des gens (en chair et en os je veux dire) qui traduisent ?

  5. Je prends un exemple à partir d’un fait réel concernant ma famille.
    Le centre intercommunal d’action sociale est fermé comme toutes les mairies de l’ancrage intercommunal. Une messagerie téléphonique annonce cette fermeture et dit qu’il faut patienter pour être mis en relation avec une personne. Une petite musique, un certain temps puis décide de raccrocher. Connaissant la personne je prends l’initiative de poster un courrier dans sa boîte à lettres quand surgit la personne.
    Alors voilà : rédiger la dérogation pour me rendre chez cette personne. Nous avons donc bavardé pour clore ma demande.
    Non je demande un service téléphonique adéquat pour rentrer en contact plus rapidement avec l’interlocuteur. Que font les élus de cette ancrage ?

    1. Le gros soucis est que les maires ou dirigeants des communes ne s’occupent pas des populations qui vivent sur l’ancrage communal. L’hospitalisation à domicile est bien pour les vieux pauvres handicapés. Dans ce centre intercommunal d’action sociale, je trouve bien l’emploi d’auxiliaires de vie qui font le ménage, la cuisine et aident les vieux à manger.
      J’avais demandé a la directrice du centre de rediger un article pour le journal municipal sur la déclinaison de l’offre de services à domicile. L’article a été rédigé n’importe comment.
      Ce journal municipal a un directeur de publication : un conseiller municipal.
      Donc la Mairie ne sert à rien.

      1. Le journal municipal devrait être obligatoire, il devrait y avoir des rédactions d’articles intéressant la population.
        Les élus sont des « dictateurs » communaux qui reproduisent leur pouvoir administratif et financier sur d’autres champs de l’ancrage territorial.

  6. Dans distanciation sociale , les deux mots sont ambigus et sujets à mauvaise interprétation .

    Dans la présentation du plan de déconfinement de ce jour , j’ai remarqué qu’on n’employait plus que le terme de « distanciation physique  » , qui est parfait.

    Il semble donc que la distance est prise avec la formulation incriminée .

    1. @juan : pourquoi pas « garder ses distances », ou une respecter une « distance physique ». On connait la notion, quand on a passé son permis : les distances de sécurité à respecter. Very simple, isnt’it ? (Molière, c’est pas mal aussi) (Le premier ministre y est presque arrivé; il a dit « distanciation » physique. Pas facile).

      1. Parce que , » garder ses distances » pourrait être taxé de la même ambiguïté .

        Dans une voiture , il n’y a pas trop à interpréter encore que ça dépend de votre passager .

      2. Exemple de quelqu’un ( le comte ) qui veut « garder ses distances »:

        Rodrigue : « mes pareils à deux fois ne se font point connaitre
        et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maitre »
        Le comte :  » Sais tu bien qui je suis ? »

        Bon , après , ils se tiennent à distance d’épées , mais ils finissent par malencontreusement se rencontrer .

  7. Ah ! merci !! Je me posais la question, d’où avait pu venir ce « néologisme » imprimé en France en millions d’exemplaires sans qu’un éditorialiste ne se pose la question. J’avais cru à un complot, un nom de code déguisé, pour créer inconsciemment un biais cognitif visant à isoler encore plus les gens socialement ; une manœuvre machiavélique de peur que le peuple ne se coalise une nouvelle fois. Alors qu’en fait cela fait parti du vocabulaire à la mode, un marqueur langagier pour départager ceux qui savent (= pouvoir) de ce qui ne savent pas (les autres). Ainsi, un autre exemple dans le monde merveilleux du « management », on aura au top niveau actuel, le mot « agile ». Bon, finalement, faisant le même raisonnement qu’ici, je suis allé voir dans la langue de Shakespeare si le mot « agile » existait : banco ! Produit made america. ! sauf que le dire à un homme à la baguette de pain et au béret basque, lui dire, à longueur de coaching qu’il faut que sa première qualité au travail, ce soit dorénavant d’être « agile », ben, ça le fait pas, surtout si celui qui le dit ne sait pas ce que ça veut dire, et ne fait que répéter servilement ce qu’un supérieur hiérarchique lui a dit. Oui, malheureusement, cela fait partie de la co..erie ordinaire. Pas étonnant que l’on n’arrive toujours pas à avoir des masques et des tests pour le plus grand nombre aujourd’hui. Nos « dirigeants » seraient trop « agiles » !

    1. Ho vous savez , même en économie de guerre , il y a bien quelqu’un qui a traduit « blé » par « corn » pour passer commande aux Tates , et c’est pour ça que le s français ont bouffé du pain  » jaune » au maïs pendant un certain temps .

      Et c’était quand même plus chiant .

      Que ce soit en thème ou en version , on a toujours eu des difficultés avec la langue de Shakespeare ou de Washington , qui n’est pas tout à fait la même ( c’est ce qui faisait écrire à Oscar Wilde , que plus rien ne sépare l’Angleterre des Etats Unis , sauf la langue )

      1. Ouais, sauf que parfois, derrière les mots, y a des concepts….Ce qui nous sauvent,, c’est que souvent (encore un peu), les mots ont fait l’aller-retour entre les deux rives : ainsi « management » aurais un rapport avec « ménage », et avec un mot que j’aime bien employer (question de métier) : « aménagement », qui lui même n’existe pas vraiment en anglais. Comme traduiriez-vous « plan d’aménagement » en anglais par exemple ? Ou « maître d’ouvrage » ou « maître d’œuvre » ? La ruse des mots…..Ceci dit, quand j’écoute Piketty parler anglais, je suis rassuré : j’ai parfois l’impression que c’est le français qui est en train de coloniser l’anglais (!).

      2. @Emmanuel
        L’anglais c’est du français qui a mal tourné ! 🙂
        Enfin, disons un mélange de normand et de français du XIIe …

      3. Camp cigarettes :

        je ne connaissais pas, ça explique bien certains diffusions des imaginaires.
        « Pas mal. »
        Comme « Etre état », c’est au fond la question que vous voulez résoudre de longue date.
        (allusion un peu foireuse au camp Pall Mall à Etretat, bravo pour l’info en tout cas).

        Tiens, sinon, à propos de tabac donc de marchands de doutes,
        la polémique sur le film de Michael Moore « contre » 350.org et Haeringer entre autre, n’a pas encore eu lieu sur le blog.
        C’est où qu’on démarre la castagne avec « à ma droite le sumo Moore, champion des démontages de libéralisme »
        et à ma gauche « les lilliputiens contributeurs du blog de PJ » ?
        Voir l’édito de Monbiot ce jour dans @Guardian

        https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/may/07/michael-moore-far-right-climate-crisis-deniers-film-environment-falsehoods

      4. Il serait bien triste de mettre en compétition les langues comme on met en compétitions leurs morts du Covid 19 .

        C’est François Cavanna , que j’ai déjà mis en avant , qui écrivait que l’amour des langues était un peu la trace de l’amour qu’on pouvait avoir des gens . Lui , comme moi , aimait particulièrement l’ italien , le français et le russe . C’est l’auteur qui selon moi a le mieux parlé et « senti » la langue française . Je ne me souviens pas qu’il ait exprimé un opinion sur la langue anglaise ( qui comporte près de 60 % de termes d’origine latine ).

        C’est vrai qu’une langue , c’est des mots , des constructions mentales de phrases , des tonalités et une certaine façon de la mettre en scène et d’équilibrer les temps de paroles . Un art de vivre qui ne dit pas son nom.

        Je me demande si  » l’américain » , de plus en plus mexicain , va s’éloigner encore plus de l’anglais .

      5. @ timiota,
        Merci pour l’article : terrifiant, désolant, « sad »
        Décidément rien ne nous sera épargné dans des temps chaotiques : les gens deviennent fous.
        Au fond pour ma part je craindrais presque cette castagne ici : nouvelle désolation à prévoir…

  8. Dans ses discours, l’enarchiste Philippe a voulu, à quelques reprises, corriger l’expression « distanciation sociale » par « distanciation physique ». Nous avons noté. C’est le boulot d’un ministre moderne de redéfinir les mots et les les expressions qui circulent comme un virus (au sens d’Orwell et Klemperer).
    Philippe adore les expressions justes, nous dit-on, il s’occupe de qualifier l’exil que les pouvoirs bureaucratiques ont décidés.
    Il est désormais (aujourd’hui) arrivé qu’une petite fille de 4 ans élevée par une école de « soignantes » dise à sa sa mère (infirmière) : « tu n’es pas assez loin »…
    Quels enfants allons-nous laisser à ce monde ?
    Mais il semble qu’une certaine jeunesse refuse l’éducation promise par une bande de technocrate statisticien.
    Inutile de compter et de le représenter : nous connaissons le monde déjà préparé et les familiers du grand Truc.
    Je n’en veux pas.
    Pedro de la frontière de sang (celle des Pyrénées)

      1. En els seus discursos, l’enarquista Philippe va voler, en diverses ocasions, corregir l’expressió “distanciament social” mitjançant “distanciament físic”. Vam notar. Es tracta d’un ministre modern de redefinir paraules i frases que circulen com un virus (en el sentit d’Orwell i Klemperer).
        Philippe adora les expressions adequades, se’ns diu, ell s’ocupa de qualificar l’exili que els poders burocràtics han decidit.
        Ara ( ha passat que una nena de 4 anys criada per un collegi « cuidador » va dir a la seva mare (infermera): « no esteu prou lluny » …
        Quins nens anirem deixant a aquest món?
        Peró sembla que alguns joves rebutgen l’educació promesa per una banda d’estadístics tecnocràtics.
        No cal comptar-lo i representar-lo: coneixem el món ja preparat i els familiars del gran Truc.
        No ho vull.
        Pedro de la frontera de la sang (la dels Pirineus)

  9. Distanciation physique est sans doute la meilleure formule, car c’est d’écart physique que l’on mesure en mètres (1) ou en pieds (6), dont on parle.
    Le défaut de cette formulation est qu’elle ne précise pas entre quoi la distance doit être mesurée.
    distanciation physique interhumaine serait plus explicite.
    De plus comme il s’agit de relation, l’utilisation du qualitif physique peut semblé connoté et mettre mal à l’aise.
    Distanciation sociale c’est tout autre chose, c’est explicitement interhumain, ça se mesure en fréquence ou en nombre de partenaires …
    Augmenter sa distanciation sociale c’est se retirer de Facebook, de Twitter, d’excellents blogs, envoyer moins d’ e-mail, renoncer à la carrière de Mme de Sévigné, se retirer dans un monastère trappiste ou devenir moniale, voire anachorète, stylite … dans le désert (égyptien :+)

  10. Bonjour,

    La langue anglaise est plus nébuleuse que le français. Elle induit une pensée également plus nébuleuse (la langue académique anglaise peut ne pas l’être…). C’est son charmant côté « disruptif »!

  11. Ces « traductions » fautives pourraient avoir plusieurs raisons : décalque d’un mot anglais ayant lui-même une origine française (et source de faux-amis), paresse ignorante (cf. ce que nous a expliqué Paul Jorion sur drôle de guerre ou paradis fiscaux), effets de mode mais je dirais aussi par acculturation.
    Au départ on a dénoncé le franglais (Etiemble) et effectivement il y eut des essais pour réagir comme ordinateur, logiciel ou même plus tard souris. Un ami italien découvrant que je disais « souris d’ordinateur » avait trouvé ça très drôle car en italien on dit « mouse del computer» ─ par contre une autre langue latine, l’espagnol, a fait un choix différent (ratón del ordenador). Il est habituel et assez normal qu’une technologie venue d’ailleurs favorise une importation directe de ses mots mais quand on dit vols domestiques au lieu de vols intérieurs un problème différent peut se deviner : une acculturation, marquée par l’influence langagière d’une domination idéologique, politique et économique.
    Pensons à l’Empire romain : à son apogée toutes ses élites étaient éduquées en grec, étaient bilingues. L’essentiel des sciences et de la philosophie venait de Grèce. En latin, il fut même nécessaire pour cette importation massive de mots grecs de créer un lettre nouvelle pour un son nouveau : le u grec = y.
    Nous y sommes ! Un indice : nos Écoles de commerce sont devenues des « Business Schools ».
    Nos dirigeants se doivent d’être « fluents » en anglais. En soi qu’un scientifique ou tout autre personne qui doive avoir accès à tout ce qui s’écrit dans le monde, doive utiliser la langue internationale n’est pas négatif, c’est obligé. Il y eut le latin, le français avant (ou le chinois et l’arabe dans leurs aires d’influence). Par contre on peut parler d’acculturation quand le mot anglais est un marqueur obligé de « modernité » sans autre besoin que celui d’une soumission inconsciente.
    On parle de « live » alors qu’existe « direct ». Pour le « drive » c’est sans doute un peu différent : le nouveau (enfin 50 ans après) concept arrive avec le mot… On a échappé au lockdown…
    Le monde de la publicité et de la com’ est submergé et on arrive aux sommets du ridicule. Exemples en vrac avec des préfixes à la mode : my ou so : Solocal, SoXXX, MyTF1, MySFR ─ monTF1 serait trop plouc, « œuf course » (merci timiota).
    La moindre « start-up » qui se créé aura obligatoirement un nom anglais et je préfère ne pas les nommer.
    Mais à mes yeux je trouve très déplaisant que l’administration française choisisse délibérément ces options : cf. http://www.DATA.gouv.fr ou même le nom du comité conseillant le gouvernement Care, un acronyme avec processus inverse de celui de l’ancien ECU (European Currency Unit) : l’anglais apparent cache le français.
    Ici même tout le monde aime parsemer ses commentaires de « sorry » ou autres preuves de sa maitrise de l’anglais .
    Je sais qu’oser écrire ces remarques critiques anti-franglais me fait irrémédiable basculer dans le cas des vieux passéistes ou pire des nationalistes aux yeux de mes contemporains qui veulent jouir de plus en plus d’anglais dans leur quotidien (un drink à la main) ! Tant pis pour moi.

    1. Cheux nous, l’anglomanie n’a jamais vraiment cessé. Parfois, avec le style sinon la manière. Pensons aux délicieux ‘boulingrin’ ou ‘Bouquinchan’…. Ce mot, pour les novices, est la francisation de ‘Buckingham’, duc puis comte, qui aurait eu des faiblesses pour la reine Anne d’Autriche.
      Notons qu’entre les deux guerres la Science communiquait en Allemand, et Français moins fréquemment.

      Passéisme? Jamais.
      Tant mieux pour vous et nous.

  12. Paroles d’un poète stalinien dans la bouche cadavérique d’un chanteur formé aux Arts et Métiers :
    « Tes yeux dans le malheur ouvrent la double Brecht » Alain Barrière.

  13. On est en train de désinfecter des écoles dans lesquelles personne n’est
    passé depuis 1 mois et demi. Si un virus avait tenu il a été importé par
    l’équipe de désinfection ! De plus au soir de la première journée on ne
    refera pas une telle désinfection donc on est dans la totale stupidité
    pour rassurer des gens que l’on prend pour des imbéciles.

  14. Lorsque à l’école, on demandait aux élèves de prendre leurs distances, c’était simple, on tendait le bras dans le rang qui s’étirait. Il faut croire qu’actuellement, nous, adultes, on complique tout, même lorsque chacun comprend ce que cela signifie…être à 1, 5 m ou pas de son voisin! Ceci dit, ce genre de coupage de poil de cul n’est pas vraiment le problème actuellemnt, n’est-ce pas?

  15. Bonjour à tous,

    Je ne comprends pas trop ce qui est reproché à ce terme de  » distanciation sociale »,
    innocemment posé par nos élites pourtant si soucieuses de précision sémantique .
    Le virus de la misère dont l’avancée les fait frissonner bien davantage que celle des fièvres du Covid 19,
    justifiait pleinement, pour nos dirigeants, l’emploi de cette salvatrice expression directement traduite de l’anglais, à fortiori
    si elle conserve tout les sens possibles de son contenu initial, à géométrie variable…
    Ainsi , on pourra qualifier de « distanciation sociale » ce geste de recul prudent du gentleman de la City sollicité par un
    SDF, et dans la foulée celui du moindre employé de banque en costume de croque mort face au quidam titulaire d’un
    compte dans le rouge souhaitant retirer de l’argent au guichet (sans masque en plus!)…
    Ah, qu’elle est utile et pratique cette belle imprécision de la langue de Shakspeare pour qualifier les vieilles habitudes
    des gens « comme il faut »! Ainsi la  » distanciation sociale » s’applique t-elle harmonieusement à toutes sortes d’habiles
    dispositions visant à se prémunir d’une contamination possible avec des personnes issues de pays étrangers de moeurs
    (voire de couleurs!) différentes…
    Avec les résultats qu’on a pu connaitre en matière de distanciation entre humains de race pure et moins pures…
    Le peuple allemand à su lui-même en son temps parfaitement définir les modalités de distanciation entre les sujets
    sains et ceux qui l’étaient moins… Distanciation devenue infinie en matière d’inhumanité..
    Aujourd’hui, nos chères élites sont passées maîtres dans l’art de poser des mots sur leurs aspirations profondes.
    Apprécions tout particulièrement l’expression générique devenue tellement vertueuse! Vous savez…
    Le « DEVELOPPEMENT DURABLE » ! Voici une expression simple, courte et tellement… Française!
    Ce que ça signifie? Ne cherchez pas ! C’est vertueux… Et pourtant …
    Voici bien l’expression qui résume à elle toute seule notre impasse sociétale.
    Elle fut lancée dans la sphère politico-financière française par les tenants d’un capitalisme déjà largement en voie de
    mondialisation:
    Pour que le capitalisme ( qui se sait fragilisé déjà bien avant 2008!) se développe le plus durablement possible, il
    convient de convaincre les moins pauvres d’y investir leurs petites économies, et les plus pauvres de s’y endetter
    avec confiance pour avoir une chance de goûter enfin aux fruits généreux du « développement » escompté.
    Le « développement durable », c’est le slogan grâce auquel la droite capitaliste a réussi à faire croire à chacun qu’on
    pouvait conserver son coeur à gauche et son porte-feuille à droite!
    Voici comment on anéanti des décennies de lutte de classes, en conviant la vieille gauche pratiquante à un juteux
    banquet laïc.
    Et il faudrait aujourd’hui jouer les vierges effarouchées devant l’emploi de telle ou telle expression issue du monde
    anglo-saxon des affaires ?
    Ne faudrait -il pas plutôt se demander pourquoi cette soudaine volte-face avec cette timide « distanciation physique »..?
    …La crainte d’un excès de clarté ?
    Non, seulement la recherche d’efficacité scientifique…
    Ne pas laisser de place à l’interprétation.
    Dites moi! On peut aussi en mourir d’ennui, du confinement?

    A plus, Eric.
    Eric.

  16. Distanciation : Fait de créer une distance entre soi et la réalité. Exemple : la distanciation chez Brecht. Ou Encyclopaedia : Le terme « distanciation » (allemand Verfremdung), par lequel il faut entendre le mouvement fait pour prendre du recul, recouvre dans la théorie et dans la pratique brechtiennes du théâtre épique à la fois un concept de portée philosophique et les techniques mises en œuvre pour produire l’effet d’éloignement (Verfremdungseffekt).
    Donc oublions ce mot, qui est si peu discuté dans ce fil ! et qui parait un néologisme.
    Je propose : éloignement. Physique, social ou civique…

    1. La fédération de pêche de la Gironde annonce la reprise de la pêche en eau douce. Elle demande de respecter les gestes barrières ainsi que la distanciation entre pêcheur. Attention à l’hameçon qui peut faire très mal lorsqu’il s’accroche

  17. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
    Je veux bien qu’il y ait une définition plus générale de « prudentiel », mais la source est déjà moderne, et technique (CNRTL) :
    Prudentiel, -ielle, adj.,rare, théol. cath. [Corresp. à supra B] Relatif à la prudence. La disposition prudentielle de l’action (Maritain, Human. intégr.,1936, p. 226).
    Et l’usage récent est encore plus technique et il est dans nos oreilles : « Se dit d’une règle ou d’un ratio imposant aux banques d’avoir un minimum de fonds propres par rapport aux crédits qu’elles accordent. (La réglementation prudentielle a pour but d’empêcher les banques de prendre des risques inconsidérés, qui pourraient les mener à la faillite.) » (Larousse)
    (Qui pourrait nous éclairer sur les liens entre la finance et la théologie ? 🙂 )
    Ce terme jargonnant et peu courant, paraissant vouloir susciter l’éloignement du vulgaire, ne pourrait donc avoir l’effet escompté ! De plus, le mâle étant par projection virile tenté de prendre des risques et d’affronter l’autorité (ou de tenter le diable), le contre-effet est à portée…
    Éloignement de précaution ? Au minimum, ce second mot est lié aux mesures contre le coronavirus. Et plus généralement, choisissons ce mot avec quelques précautions ! Précautions : Moyens dont on use pour présenter verbalement un sujet avec le désir de ne pas choquer ni de surprendre. (J’ai un doute : cette phrase veut-elle parler des moyens de protection dans le cadre du Sida ? Dans ce cas, on serait bien dans le contexte. 🙂

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