#GovernmentResponseMeasurementTool : Covid-19 – Qu’est-ce qui a été mesuré, et qu’est-ce que ça mesurait vraiment ?

J’ai expliqué ce qu’on allait faire : #GovernmentResponseMeasurementTool, un outil fiable d’évaluation de la qualité de la réponse des gouvernements.

Pour déblayer un peu, je pose la question : Qu’est-ce qui a été mesuré, et qu’est-ce que ça mesurait vraiment ? Depuis le début de la crise, j’ai régulièrement envoyé paître les sceptiques professionnels qui venaient nous dire : « Rien n’est comparable, la lalala lalère ! ». L’un d’entre vous m’a rappelé que je faisais déjà la même chose en 2007 – ce que j’avais oublié :

* La mouche du coche, le 13 juin 2007

Mathieu est ma mouche du coche : il me dit cet argument n’est pas convaincant, ces statistiques ne sont pas complètes, ces faits ne sont pas strictement comparables, et il a raison.

Il a raison : ces statistiques ne sont pas complètes, ces faits ne sont pas strictement comparables. Quand on écrit des livres, on découvre avec désespoir que les faits ne sont jamais strictement comparables. Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On compense : on construit ce qu’on appelle « un faisceau de preuves convergentes », on fait avec.

De quoi dispose-t-on pour évaluer la qualité de la réponse d’un gouvernement ? Des chiffres qu’il communique. Et il peut les avoir trafiqués comme il le voulait. Alors le « faisceau de preuves convergentes », qu’est-ce que ça peut être ? Les chiffres proposés par les autres pays, qui peuvent faire apparaître, par comparaison, des incohérences. Ses propres chiffres des années précédentes. Des impossibilités (plus de décès que de cas, etc.) La preuve de manipulations (des chiffres qui sont manifestement le produit d’une formule, et pas des observations, etc.).

Malgré des tentatives isolées (comme le Brésil ayant cessé de communiquer les chiffres pendant quelques jours), nous disposons pour tous les pays de trois chiffres Covid-19 : le nombre de cas déclarés, le nombre de décès, le nombre de tests effectués. Nous disposons aussi d’autres chiffres : le chiffre P de la population, la surface S du pays en km2, ce qui permet de calculer la densité (P/S) par km2. Nous avons aussi les morts des années précédentes.

En supposant que les décès ont été comptabilisés dans chaque pays de la même manière chaque année (y compris la même manière éventuellement de trafiquer les chiffres), on peut déjà voir s’il y a eu plus de morts cette année-ci. Il faut savoir du coup à quels chiffres du passé on veut comparer (l’année passée ? la moyenne des 5 dernières années ?). Si les chiffres sont mensuels, c’est encore mieux, parce qu’on va voir se dégager ce qu’on appelle la « grippe saisonnière » (et dont on sait maintenant que c’est un cocktail bizarre du genre « mort de vieillesse pour une raison pas très claire »).

Donc, même avec des chiffres trafiqués, et juste le nombre des morts sur un certain nombre d’années, on va pouvoir dire si un gouvernement s’en est bien ou mal tiré face au Covid-19 et on aura déjà un chiffre qui permettra de comparer les pays. Un indice comme Morts de 2020 / Morts de 2019 corrigé, si le chiffre est connu, par l’accroissement de la population.

On peut raffiner alors. On nous dit : « Comment voulez-vous qu’on compare le nombre de décès par nombre de cas déclarés, alors que le nombre de cas déclarés dépend du nombre de personnes dépistées ? » Eh bien, si le nombre de dépistages est connu, alors le nombre de dépistages par million de personnes l’est aussi, et l’on peut faire un tableau comparatif du nombre de cas dans les différents pays, corrigé du taux de dépistage. Et l’on a alors un nombre corrigé de cas déclarés que l’on va pouvoir rapprocher du nombre de décès.

On va pouvoir aussi tenir compte de choses connues : le maintenant célèbre R0, le nombre de personnes que contamine une personne infectée, qui dépend évidemment du nombre de personnes avec lequel elle est entrée en contact, et donc de la densité de la population. Et c’est donc à ce niveau là qu’on peut mesurer l’efficacité des politiques de « distanciation sociale » et de confinement, de la cohérence des politiques gouvernementales et de leur bon ou médiocre timing durant la crise.

Parmi les choses qu’on ne savait pas mais qu’on a découvertes : la sensibilité aux « conditions pré-existantes », le fait que le Covid-19 a surtout tué des personnes déjà en mauvaise santé : personnes âgées, et autres minorités. Et l’on va pouvoir corriger les chiffres en fonction de la démographie : non, ce n’est pas de la faute d’un gouvernement si le peuple est vieux, et de la concentration de la richesse (indice de Gini), oui, c’est la faute d’un gouvernement si la population est en haltère (surtout des très pauvres et des très riches).

Il faudra aussi bien entendu appliquer les principes statistiques élémentaires, qu’on n’a pas beaucoup vu respecter durant la crise jusqu’ici. Juste un exemple : Worldometer (excellent outil par ailleurs) vous donne le taux de décès par million d’habitants, ce qui classe en tête des pays ayant subi la mortalité la plus dévastatrice, Saint Marin (34.000 habitants) en N°1 et Andorre (77.000) en N°3. Non, on ne calcule pas un taux de morts par million d’habitants pour un pays comptant beaucoup moins qu’un million d’habitants ! Ça vous rappelle des choses ? « 33,33 % des patients immédiatement guéris dans le service du Dr. Trucmuche ! », à traduire en « 1 des 3 patients du Dr. Trucmuche s’est senti mieux ».

Bon, comme je l’ai dit : un premier débroussaillage pour pouvoir avancer.

À vos tableurs Excel (j’ai encore connu l’époque où on disait « À vos règles à calculer ! » – il est temps que je passe la main) !

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46 réflexions sur « #GovernmentResponseMeasurementTool : Covid-19 – Qu’est-ce qui a été mesuré, et qu’est-ce que ça mesurait vraiment ? »

  1. Pourquoi les gouvernements et leurs réponses seraient ils seuls en cause dans le résultat final réputé corrigé des variations saisonnières ?

    Tous les pays ont ils été confrontés au même t0 ( temps zéro ) ?

      1. Oui , je me doute que le mort de juin ressemble beaucoup au mort de janvier .

        Je voulais seulement exprimer que le facteur « temps » pouvait influer sur plusieurs paramètres :

        – le moment de la mise en alerte dans chaque pays a été différent , ce qui peut avoir une influence ( ou pas selon ce qu’on fait de l’information d’alerte ) sur le temps de préparation , le niveau et la nature du début de l’épidémie  » locale », la richesse des informations concernant le virus à ce moment là …
        – le niveau d’information préalable sur la maladie par la population plus alors directement concernée

        Sur le premier niveau de mes interrogations précédentes , ma précaution préalable était de repérer d’abord l’ensemble des acteurs et items qui pouvaient être mis sous la loupe , s’agissant de toute la chaine des causes qui , via un virus pandémique , conduit à des centaines de milliers de morts ( mort en cours ! ) .

        Dans cette chaine , les états ont bien sur leur rôle et leurs responsabilités comme l’OMS , mais , sauf à être démenti par la pertinence des réponses à votre appel ,il me semble que les interférences avec les données « héritées » ou du moment apportées par d’autres acteurs ou process socio- culturels ( systèmes hospitaliers , systèmes de prise en charge des soins , rapports à la convivialité de groupe , à la liberté de circuler ou à la liberté tout court ….)

        Au niveau d’informations actuelles , plus prudent qu’un anthropologue aguerri , je ne trouve pas dans les stats internationales et leur mise en compétition équitable , d’éléments sans faille qui puissent permettre de trancher de façon incontestable la pertinence ou l’absence de pertinence de la seule  » réponse gouvernementale » , surtout pour un  » événement  » encore loin de sa terminaison ( et du total de morts ou testés ou déclarés ….).

        Je note aussi qu’en France le gouvernement , via les critères de classement en zone verte ou orange , a un peu défini ( un peu tardivement , ce qui est une trace de la difficulté à gérer l’événement ) ses propres critères d’efficience , même s’ils couvrent aussi la définition de droits ou obligations .

        En bref je me vois bien humblement encore incapable d’avoir un jugement sur la pertinence des gouvernements dans leurs réponses à la pandémie , car précisément je perçois trop d’indicateurs ayant une influence possible sur « le résultat » ( même réduit aux éléments que vous proposez) , et , en l’état de ce qui est sur les ondes , je ne vois guère de raison de féliciter qui que ce soit , sauf la Chine …. si ce qu’on nous raconte est sans conteste . Je note d’ailleurs qu’en Europe , la simple comparaison entre états ayant choisi des formes de confinement « dures » avec ceux beaucoup plus en retard et laxistes , ne provoque pas d ‘émeutes et de démonstrations lumineuses , tant que le nombre de morts donne le sentiment de rester dans des « ordres de grandeurs  » comparables , pas des hécatombes perçues comme telles .

        Mais je vais lire , un peu en retrait , ce que l’armée de matheux appelée en renfort va nous apporter .

  2. En complément à ce travail, il serait aussi opportun de se mettre d’accord sur des indicateurs apolitiques pour qualifier les gouvernements à la manoeuvre durant cette pandémie.

  3. Pour une meilleure évaluation des gouvernements, il n’y a pas que les réponses sanitaires qu’il faut passer au crible des tableurs Excel et de l’analyse critique:
    il y a aussi leur capacité à mobiliser les forces vives du pays en matière de logistique, d’initiatives industrielles locales, de synergie des différentes expertises en présence, d’évaluation de la prévoyance en terme équipementier, de capacité à résister à des opportunismes corrupteurs voulant tirer partie à peu de frais de la crise (valse-hésitation sur les traitements–> la médecine est devenue politique et n’a plus rien à voir avec la lutte contre la charge virale). Et dans cette évaluation il faut mettre en balance l’action de l’État, mais aussi les capacités /potentialités du secteur privé…Car dans cette crise nous avons vu 2 naufrages:
    le naufrage de la « start-up » nation de Macron incapable de rien à part bricoler 4 lignes de code pour une « appli espionnite », pour ado boutonneux et voyeurisme d’état (stopCovid).
    Et le naufrage du patronat le plus décadent d’Europe incapable de fabriquer quoi que ce soit de valable…(au point d’adapter les normes à la baisse pour vendre de la camelote inadaptée et inefficiente). Tout le monde voulait fabriquer des masques sans se préoccuper du principe filtrant « trop technologique » pour eux…
    Dans une évaluation des capacités de gestion de crise d’un gouvernement, il faut parler de sa prospective d’après crise, pour évaluer sa capacité à apprendre:
    Niveau zéro pour Macron; il n’y a toujours pas de théorie des marchés (comme il y a en mathématique une théorie des ensembles définissant les champs scalaires, de ceux vectoriens, de ceux…etc); ainsi Macron recommence avec l’unique, globalisant et aveugle grand marché géré par la chienlit de la financiarisation et auquel tous les aspects de la société doivent obéir:
    Pas de marché conceptuellement définit pour les aspects stratégiques, pas de marché conceptuellement définit pour les consommables d’état payé par le denier public (uniformes de la police, véhicules,…etc –> préférence à la chine ou au moins-disant étranger), pas de marché conceptuellement définit pour la préférence nationale et le local ou l’écologie…
    Pas de politique de planification, toutes les largesses monétaires se déversent façon « grand arrosoir » sur les monopoles privés internationaux, les banques, la spéculation de marché…
    Le code des appels d’offres publiques ne change pas et ne changera pas (pas touche à l’argent dédié à la chine et aux autres esclavagistes, même si c’est avec l’argent de l’impôt ; car trop de larges dividendes et de marges abusives dépendent des délocalisations…l’argent public est privatisé sur l’hôtel de l’indignité au travail des travailleurs à bas coût et de la pollution, ce qui tue la résilience de toutes les sociétés , pas seulement de la nôtre )

    1. Vous êtes bien rapide dans votre jugement du  » code des appels d’offres publiques  » … qui n’existe pas , alors que le code des marchés publics est très récemment devenu le code de la commande publique .

      J’ai passé pas mal de marchés en vertu du CMP d’alors , et je ne me souviens pas avoir traité avec la Chine ou des esclavagistes .

      1. Seule la modification effectuée par « Montebourg »permettrait d’introduire dans un appel d’offres de collectivité locale, une forme de préférence locale qui ne dit pas son nom (par exemple pour des produits bio locaux dans les cantines des écoles) et qui (pour s’appliquer) oblige à passer par une usine à gaz de circonvolutions rhétoriques afin de passer sous les radars de la législation en cours ; ce qui rend le système marginal et inopérant. Dans tout autre marché, le principe de concurrence libre et non faussée impose la présence d’acteurs et de produits non souhaitables (moralement et écologiquement parlant) dans les candidatures . Discriminer par le mieux, le bien ou le souhaitable peut s’avérer illégal ; c’est une question de souveraineté amoindrie au profit des seuls facteurs économiques qui sont seuls reconnus comme objectifs pour juger d’une qualité postulée.

      2. Ça me confirme que vous n’êtes pas un praticien du code de la commande publique . Au passage tous les codes des marchés » nationaux des pays européens ( pour ceux qui en avait un ) sont compatibles avec le corpus des règles européennes qui étaient plus  » ouvertes « que celles de pas mal de codes nationaux , mais qui maintenant s’impose aux pays de l’union .

        Ceci étant , le type d’évolution « morale » que vous souhaitez pour les règles de dévolution de fournitures , travaux ou services, relève de la même réécriture que celle que souhaite Paul Jorion pour les règles comptables ou les « lois » de l’OMC, au niveau mondial .

        C’est donc le même niveau d’enjeu quand on s’en prend aux règles des marchés publics , car sur ces plans tout se tient et tout le monde se tient par la barbichette . Ça n’est pas par hasard que toutes les velléités ( parfois fortes ) de faire cavalier seul ne sont pas allées plus loin que les menaces de rétorsions , et les rebelles ont vite fait leurs comptes .

        Mais le dossier reste plus « facile » que celui des règles comptables , si c’est une entité à peu près d’accord sur la fin … et ayant une assise « marché principal » autonome et homogène ,qui le porte et ça peut le faire . Suivez mon regard .

        En attendant ( l’Europe ) , et sur des dossiers forcément mineurs : contorsionnistes ;

        Mais ça n’est pas un exercice inatteignable car , pour appliquer correctement le code de la commande public tel qu’il est et a été, il faut déjà pratiquer des exercices d’entrainement quotidien .

      3. Bonjour Juannessy
        Dans l’ensemble, je suis pleinement d’accord avec vous dans votre dernier commentaire; et je comprends mieux vos remarques; si l’on veut aller dans la précision, il faut noter que l’action de Montebourg a été justement de proposer une façon d’aborder le cahier des charges et non de changer le code des marchés; c’est bien là, le sens de ma critique, il n’a pas voulu aller au bout de sa logique et s’affronter avec la face Nord des législations imbriquées (par-dessus la démocratie nationale): tribunaux internationaux privés>accords de libre-échange>droit européen>droit national. Face au monolithe ainsi construit pour produire des effets de cliquets ou d’écrasement, comme dirait Paul Jorion ; notons que c’est une architecture législative qui met la règle (privée) au-dessus du droit (démocratique)et que les politiques qui l’ont négociée, ont commis un acte illégal. En effet, s’ils peuvent agir en notre nom (représentation) en revanche ils ne peuvent disposer du pouvoir qu’on leur délègue que d’une seule façon en démissionnant. Ils ne peuvent pas, par exemple décider que leur pouvoir de député leur permet de désigner un autre député pour officier à leur place. En instituant que le pouvoir démocratique était inférieur au pouvoir du contrat, c’est pourtant ce qu’ils ont fait…Et c’est pour cela qu’il me semble plus facile de s’attaquer à cette face-là de l’Everest, qui ne nécessite que du courage politique et une action nationale dans un premier temps. Bien sûr ensuite, il faut une approche d’autorité pour s’opposer aux réactivités des diverses cupidités privées européennes. L’Europe qui, après tout, a déjà avalé les « illégalismes » de la BCE et des approches budgétaires des états… On voit bien que le droit européen ne vaut pas ce qu’on lui prête comme force de loi….Cela me paraît plus facile à atteindre qu’une action internationale sur la comptabilité que pointe à très juste titre Paul Jorion mais qui me parait d’un horizon plus lointain…L’Europe s’affaiblit, il faut en profiter pour « transgresser » seul moyen de la changer…

      4. Rebonjour ,

        Si je vous confirme qu’effectivement la solution est européenne , et que le sujet « marchés publics » est plus facile à traiter ( car il repose sur une adéquation d’échelle entre une possible volonté politique et une assise territoriale et économique possiblement autonome ) que le sujet  » comptabilité » pour lequel le ring est immédiatement mondial , je ne vous suivrai pas sur l’accusation de tous les maux de la règlementation européenne , car les codes nationaux de déclinaison sont bel et bien adoptés et votés démocratiquement par chacune des représentations nationales .

        Et la règlementation européenne , qui fait trame commune , n’est pas toujours plus libérale ou stupide que les règlementations nationales qui doivent tendre à s’y inscrire . J’ai en tête par exemple les règles sur la durée hebdomadaire maximale du travail , qui ont été bien utiles pour mettre globalement de l’ordre dans les horaires des routiers européens dont français , et soulager la France de blocages généralisés de camions pour des revendications plus utiles aux patrons de la FNTR ou de l’UNOSTRA ,qu’à leurs chauffeurs .

        Sur qu’il faut changer l’Europe , mais je ne suis pas sur que les européens en aient envie . Je crois qu’ils ont plus envie de changer ce qui les arrangent , vu de leur fenêtre , que de vraiment résoudre les grands enjeux en faisant cause et réel projet communs . Et donc se condamner à subir Sam ou Mao , in fine .

        On ne peut pas seulement et dignement fonder l’envie de vivre ensemble , avec les capacités ainsi libérées , en  » profitant de la faiblesse » de l’Europe actuelle pour favoriser l’économie locale , sans s’insérer dans un projet où tout le monde s’y retrouve et peut donc adhérer .

        Faire cavalier national seul ? Seuls les deux grands le peuvent . Tous les autres s’y suicideraient , ou devraient programmer une sérieuse décote sur leur « niveau de vie  » , celui qui fait qu’on gagne ou perd une élection ou le pouvoir .

      5. Côté Europe , on pourrait d’ailleurs utilement causer aussi du Droit des sociétés :

        https://www.europarl.europa.eu/factsheets/fr/sheet/35/le-droit-des-societes

        et chercher pourquoi Airbus , éminemment européenne , a choisi le droit néerlandais ( « Dutch  » faisant foi ) pour y déposer ses statuts et ses règles de gouvernance , à Amsterdam :

        https://www.airbus.com/company/corporate-governance/governance-framework-and-documents.html#Governing

        Tiens , au passage , il me semble que , à part le bon gré des conseils d’administration , les règles de répartition des  » bénéfices  » sont en principe rappelées dans les statuts de l’entreprise , mais , sans vérifier , je crains que ça ne vise que la répartition entre les actionnaires .

      6. Tout ça est bien intéressant Juanessy, mais cela nous amènerait à gambader trop loin…bien que cela donne envie.
        Si on en revient au propos du début, mon avis était que dans l’évaluation de la gestion du covid il fallait introduire ce que les états prévoyaient pour l’après-Covid comme une preuve de gestion « apprenante » qui devait être mise en relief par rapport à ceux qui ne réagissent qu’à l’évènement.
        Et on pouvait alors noter que, par exemple, dans l’intervalle l’Angleterre avait repris la main sur sa banque centrale , mettant fin au poncif de l’indépendance des banques centrales comme dogme universel….(je pensais pour ma part que la France aurait pu modifier son code des marchés publics dans l’optique de plus de résilience)
        Ainsi il aurait été intéressant de noter les différences d’organisations qui se sont fait jour, l’air de rien, dans les différents pays (en Angleterre, abolition de l’indépendance de la banque centrale) relativement à la crise du COVID, et de comparer par exemple avec ce qui aurait été à leur portée pour donner une perspective prenant en compte les différences d’opportunités ou de faisabilités entre États…

  4. Connaissons nous le nombre de dépistages effectués en Ile de France (par exemple) pour la période du 11 mai au 20 juin?
    Quel est le pourcentage de la population, en Ile de France, portant un masque dans l’espace public, ce jour?
    Pourquoi est-il si difficile, voir impossible de se procurer un masque à la norme FFP3 ?

    1. @PAD
      Un bijou . Rarement lu qqch d’aussi clair et documenté ..pas trop orienté en plus… Merci.
      En résumé : GRECE – COVID : 1- 0 …. La seconde mi-temps va commencer…

    1. Mais si bien sûr : cela a fait partie des choses que je vous ai systématiquement montrées ici sur des diagrammes. Voici celui mis à jour aujourd’hui même.

  5. Hors-sujet puisque ce type de détection n’était pas possible avant que l’ARN du virus ne soit connu, mais important puisque ça devrait désormais permettre de mieux surveiller l’évolution de l’épidémie.

    « Le nouveau coronavirus était présent dans les eaux usées de Milan et de Turin, dans le nord de l’Italie, deux mois avant le premier malade officiellement recensé dans le pays, annonce l’Institut supérieur de la santé (ISS) italien – institut public de référence –, vendredi 19 juin.

    « L’étude a examiné 40 échantillons d’eaux usées recueillis entre octobre 2019 et février 2020. Les résultats, corroborés par deux laboratoires différents avec deux méthodes différentes, ont confirmé la présence d’ARN [acide ribonucléique, élément essentiel d’un virus] du SARS-Cov-2 dans les échantillons prélevés à Milan et Turin le 18 décembre 2019 », précise un communiqué de l’ISS. »

    (Le premier patient a été identifié à Wuhan le 1er décembre 2019)

    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/06/19/le-coronavirus-etait-present-dans-des-eaux-usees-de-milan-et-de-turin-des-decembre-2019_6043430_3210.html

  6. « Avec la proportion obscène 😀 d’ingénieurs, informaticiens et autres mathématiciens appliqués sur le Blog de PJ, la brainpower (puissance en cerveaux) existe pour créer tous ensemble un Outil d’évaluation de la qualité de la réponse des gouvernements ».

    A supposer que cette brainpower existe (il parait – et je cite de mémoire – « que les grandes têtes rétrécissent quand elles s’assemblent et que l’on rencontre moins de sagesse dans les endroits où il y a le plus de sages », mais je veux bien supposer qu’elle existe), il me semble hautement préférable de l’appliquer à un sujet plus représentatif, plus endémique devrais-je dire, du blog de Paul Jorion.

    Dans quelques livres de Paul Jorion, y compris la BD avec Grégory Maklès il est rappelé que la richesse crée est scandaleusement mal répartie entre l’actionnariat, le patronat et le salariat (je sais, je fais une fixation). Et quand Nicolas Sarkozy a fait son discours de Toulon, il me semble qu’il a été dit qu’on ferait 1/3, 1/3 et 1/3 !

    Mais il y a bien une chose que je n’ai personnellement trouvée nulle part : la répartition qui a court aujourd’hui ! Par exemple pour les sociétés du CAC40 en France, quelle est la répartition de l’écart au coût de la perpétuation de l’entreprise entre l’actionnariat, le patronat et le salariat? Appelons cela « l’indicateur Jorion ».

    Pour ne rien vous cacher, j’ai déjà téléchargé la comptabilité d’une entreprise du CAC40 dans le but d’entreprendre une recherche exploratoire mais j’ai été vite découragé par la perspective d’affronter ce que je ne sais pas en matière de comptabilité (c’est-à-dire à peu près tout). Mais je suis persuadé que la production d’un « indicateur Jorion » et la mise en évidence de son évolution à cheval sur la crise de 2008 est d’un grand intérêt !

    Alors quand nous aurons fait la preuve de la possibilité d’un ‘brainpower’ en travaillant sur les statistiques du Covid-19, j’espère que nous nous attaquerons à l’élaboration d’un ‘Indicateur Jorion’.

    Et pour ne pas vous laisser l’impression que je suis un mauvais camarade, tenez : je crois qu’il ne serait pas pertinent d’utiliser la densité de population d’un pays sans précisions complémentaires. Il y a des pays très étendus (de faible densité) avec seulement quelques agglomérations très densément peuplées. Les risques de contamination y sont plus importants que dans des pays plus uniformément peuplés avec une densité de population plus forte.

    1. Sur le sujet général, le collègue-camarade non-ingénieur Piketty n’a quand même pas démérité.
      Voir sa base d’inéqalité WID
      https://wid.world/fr/accueil/
      Bon, certes, n’ai pas trouvé la réponse à la question de la répartition de la richesse comme demandé dans la base WID.
      Elle doit transparaitre du dernier pavé, nénanmoins, et donc du site web de donnée associée.
      http://piketty.pse.ens.fr/files/Piketty2020TablesFiguresLinks.pdf
      Aux alentours de la figure 10.6 par exemple :
      http://piketty.pse.ens.fr/files/ideology/pdf/F10.6.pdf

      En général, la Finlande est le top, pour pas mal d’études fines:
      Registre des entreprises complet et en ligne, permettant d’obtenir leur réseau d’interaction , etc.

      1) Au hasard d’un première pêche côté ocde
      https://www.oecd.org/tax/revenue-statistics-finland.pdf
      Page 2 : la structure des taxations par sources : salaires, capital, etc.

      2) L’office des stats finlandais lui-même
      (faut naviguer…
      http://pxnet2.stat.fi/PXWeb/pxweb/en/StatFin/StatFin__tul__tvt/statfin_tvt_pxt_11i8.px/
      là faire des clicks judicieux…)
      http://pxnet2.stat.fi/PXWeb/pxweb/en/StatFin/StatFin__tul__tvt/statfin_tvt_pxt_11i8.px/table/tableViewLayout1/
      Earned income, mean, EUR
      WHOLE COUNTRY
      2005 20,375
      2006 21,204
      2007 22,162
      2008 23,391
      2009 23,754
      2010 24,311
      2011 25,177
      2012 26,088
      2013 26,589
      2014 26,902
      2015 27,170
      2016 27,492
      2017 27,801
      2018 28,534

      http://pxnet2.stat.fi/PXWeb/pxweb/en/StatFin/StatFin__tul__tvt/statfin_tvt_pxt_11i8.px/table/tableViewLayout1/
      (même lienn, la sélection se fait au sous-niveau html ad hoc, j’imagine)
      Capital income, mean, EUR
      WHOLE COUNTRY
      2005 1,320
      2006 1,693
      2007 2,126
      2008 1,616
      2009 1,217
      2010 1,541
      2011 1,722
      2012 1,446
      2013 1,700
      2014 1,897
      2015 1,995
      2016 1,905
      2017 2,161
      2018 2,296

      Pour vraiment la fortune, pas trouvé.
      on a les détails sur les entreprises, néanmoins :
      http://pxnet2.stat.fi/PXWeb/pxweb/en/StatFin/
      http://pxnet2.stat.fi/PXWeb/pxweb/en/StatFin/StatFin__yri__yrti__yri/statfin_yrti_pxt_11d4.px/
      (presque) que du bonheur.

      Extrit :
      Enterprises financial statements (enterprise unit) by Size category of enterprise by EU, Year, Industry (TOL 2008) and Information
      Net investments in tangible assets, enterprises (1000 euro) Value added/staff expenses, enterprises Operating margin, per cent, enterprises Income before extraordinary items, per cent, enterprises Net result, per cent, enterprises Total result, per cent, enterprises Return on capital invested, per cent, enterprises Equity ratio, per cent, enterprises Total debt/turnover, per cent, enterprises
      All enterprises
      2017
      B-S excl. K INDUSTRIES B-S excl. K (05-96 excl. 64-66) 16,241,381 1.6 9.8 10.2 6.6 7.3 6.1 44.0 86.5
      B Mining and quarrying (05-09) 273,532 2.4 23.1 32.5 20.0 20.2 9.7 54.5 114.3
      C Manufacturing (10-33) 4,140,854 1.7 9.9 12.6 9.2 10.1 7.1 48.6 89.9
      10-12 Food industry etc. 445,843 1.5 7.5 6.5 2.6 3.0 3.7 48.3 58.2
      10 Manufacture of food products 377,700 1.4 6.5 5.2 1.6 2.0 2.8 50.0 53.7
      11 Manufacture of beverages 68,144 2.1 14.4 15.7 10.2 10.4 8.5 39.3 91.

      1. Coté OCDE , j’ai aussi retrouvé ça , qui date un peu , et qui essayait de trouver , au delà du constat , les causes potentielles du déclin de la part du travail ( qui n’est pas forcément les travailleurs ) dans la répartition de la valeur ajoutée entre capital et travail .

        https://read.oecd-ilibrary.org/employment/perspectives-de-l-emploi-de-l-ocde-2012/partage-de-la-valeur-ajoutee-entre-travail-et-capital-comment-expliquer-la-diminution-de-la-part-du-travail_empl_outlook-2012-4-fr#page2

        A la grâce du capitaine .

    2. En tous cas la  » proportion obscène » ne se bouscule pas au portillon pour répondre à la question dans l’esprit où elle a été posée .

      Pas assez de « mauvaises herbes  » dans le jardin obscène ? Ou question sans réponse claire ?

      Une herbe diplomate plus qu’ingénieur, bien connue ( Hubert Védrine ) pendant 20 minutes à partir (de 2h20mn à 2h40mn) sur la pandémie , l’écologie , l’Europe , les états et d’autres choses dont l’Otan .

      https://www.franceinter.fr/

      1. Bonjour,

        Je vous conseille de raisonner système, et sur ce point, la modélisation d’une pandémie offre déjà ses premiers outils de réflexion tirés de la science dont certains très pertinents ont d’ores et déjà été pointés du doigt par timiota ; c’est la seule voie à suivre selon moi, en complétant les entrées par des actions génériques propres aux gouvernements (appelons les les perturbateurs du système), puis en comparant l’évolution des sorties du système selon des choix très différents des Etats…

        Voilà ce qu’il faut faire en songeant au préalable à tout ce qui demeure invariant… Faut mettre du Piketty dans votre raisonnement, faire une sorte de transposition de l’économie du capital (appelons le le virus)…

        Mais plus rapidement : il fallait confiner tout le monde dès février, et non pas attendre mi mars comme cela a été fait…

        Amitiés.

      2. M. Hubert Vedrine est tout à la fois, ingenieur, historien, diplomate, chef d’orchestre.. Vous devriez le savoir, à votre âge…

  7. « . Nous disposons aussi d’autres chiffres : le chiffre P de la population, la surface S du pays en km2, ce qui permet de calculer la densité (P/S) par km2 »

    Ce qui n’est absolument pas pertinent vu les possibles disparités de densités de populations au sein d’un même pays…
    Si on utilise votre calcul, la Belgique à une densité d’environ 375 habitants/km²….et les USA de….33 habitants/km²…..
    Or une ville des plus touchée comme New-York a une densité de 7100 habitants/km².

    Il faudrait donc voir jusqu’à quelle échelle de foyer d’infection il faudrait descendre afin que la densité de population soit un critère permettant de caractériser l’épidémie, et donc l’impact des mesures de lutte prises.
    Et cette échelle pourra/devra varier selon le type de répartition de la population au sein du pays : répartition homogène sur tout le territoire (souvent le cas pour de petit pays) ou répartition plus « granulaire » avec concentration dans des grands centres urbains.
    Même sur un petit territoire comme la Belgique, on voit l’impact de la répartition de la population en fonction de la densité des différentes zone de densité :par exemple peu de cas et de transmission en province de Luxembourg ou au sud du sillon Sambre et Meuse en général.

    1. Bin sûr que c’est pertinent. C’est pertinent pour Saint Marin et pour Andorre. Ce que vous dites, c’est que plus le pays est grand, plus il faut entrer dans le détail. Croyez-vous vraiment que cela m’ait échappé ? Vous m’avez vu écrire quelque part que l’état de New York et le Wyoming, c’est la même chose ?

  8. Un autre critère à intégrer dans l’étude de la pertinence des réactions gouvernementales pourrait être aussi la préexistance de système social de santé, son état, et son accès pour la population.
    Il me semble évident que l’impact d’une épidémie sera/est bien différent dans des pays avec un système médical bien installé et en (relativement) bon état de fonctionnement et surtout avec un accès aux soins relativement aisé et « équitable » (globalement pays européens) par rapport à des pays où le système sanitaire est faible ou d’un accès inéquitable…
    Il faudrait créer un espèce d’indice sanitaire pré-épidémie qui pourrait être intégré dans la mesure….

    1. Gestion du(de la) C-19 en Belgique…. Incroyable mais vrai….Surréaliste et pourtant…. Les CONSÉQUENCES pour les HÉRITIERS des très nombreux et surtout imprévus décès suite à cette épidémie… ( =pas de temps pour « by-passer » le fisc…) légalement « aménagées »…!!
      https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/un-decret-pour-limiter-l-impact-de-la-crise-du-covid-pour-ceux-qui-heritent-5eef89507b50a66a599570ca
       »  »  » En Wallonie, une proposition de décret du CDH[=Chrétien Démocrate…Humaniste , en plus…] sera-t-elle votée par la majorité?

       » Pour tenir compte de la chute des cours constatée, à l’instar de ce qui s’est fait en 2008, la présente proposition de décret vise à prolonger le délai pour soumettre une déclaration de succession afin de ne pas pénaliser économiquement certains héritiers qui pourraient être amenés à payer des droits de succession sur un montant supérieur à ce que valent les actions au moment de la déclaration de succession » , explique André Antoine.  »  »  »
      Surréalisme désarmant… le souci du « prochain »…

    2. Quelles conclusions pourrait-on tirer des chiffres publiés par Worldometer ?
      Pour illustrer, comparons les chiffres du total des cas et du nombres de cas tirés d’affaire (total recovered) pour trois grands pays européens : Italie, Allemagne et France, l’on abouti aux résultats suivants pour les pays cités : Italie 76 % de tirés d’affaire ; Allemagne 91 % de tirés d’affaire ; France 46 % de tirés d’affaire.
      Comparons plusieurs petits pays européens selon la même méthode (recovered/total cases) :
      Belgique 27 % ; Portugal 63 % ; Finlande 86 % ; Irlande 89 % ;Danemark 90 % ; Suisse 92 %; Norvège 93 % ; Autriche 93 % ; Luxembourg 96 %
      A supposer que les chiffres publiés soient parfaitement honnêtes et fiables, cela laisserait supposer dans un premier temps que la performance des services de santé est bien meilleure dans certains pays que dans d’autres, mais la réalité nous enseigne qu’en Europe, les services de santé se valent globalement ; doit-on penser alors que l’explication viendrait de la constitution physique des individus ? Chose peu pensable si l’on compare les chiffres du Luxembourg qui possède une frontière commune avec le sud de la Belgique, des liens très étroits entre les populations des deux pays et des caractéristiques ‘ethniques’ semblables, mais une réussite très différente (96%contre 27%)
      Le cas de l’île de Saint Martin partagée entre la France et la Hollande pour un peuplement assez semblable et des services médicaux comparables :
      Saint-Martin 86 % ; Sint Maarten 80 %
      Sans chiffres fiables recueillis selon les mêmes critères, il sera difficile d’en tirer des conclusions utiles, il y a certainement une action à mener au niveau de l’Europe pour fiabiliser le recueil des chiffres dans ce domaine de la santé.

  9. Bon, sans grande difficulté technique puisque c’est dans Mediapart, voici ce qu’on peut dire des opérations de la BCE d’achat d’obligations quand on s’appelle LVMH/Bernard Arnault : Qui a beaucoup aura… plus.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/250620/quand-la-bce-subventionne-le-milliardaire-bernard-arnault?onglet=full

    Quand la BCE subventionne le milliardaire Bernard Arnault
    25 juin 2020 Par Laurent Mauduit

    Par sa politique monétaire, la Banque centrale européenne favorise les groupes riches. Au travers d’une émission obligataire historique, le groupe LVMH en est l’un des principaux bénéficiaires. La députée européenne (FI) Manon Aubry s’insurge contre ces largesses.

    Un extrait pour la route :
    ________________________________
    (…) Propriété de Bernard Arnault, le journal Les Échos a aussi parlé de l’opération mais sous une tonalité très technique, sous le titre « LVMH lance une opération hors norme sur le marché de la dette », ce qui n’empêche pas le journal de présenter l’opération de manière précise, même si Bernard Arnault n’est pas expressément ciblé.

    Dans la presse anglo-saxonne ou certains sites spécialisés, le ton est pourtant autrement plus acerbe. Le 7 février 2020, l’agence Bloomberg met carrément les pieds dans le plat avec ce titre : « France’s richest man gets a free lunch from the ECB ». Traduction libre : « La BCE offre un festin gratuit au plus riche des Français ». Et l’agence ponctue l’analyse de l’opération par ce commentaire : « L’homme le plus riche de France peut remercier la BCE pour cet état de fait. »

    Très connu aux États-Unis pour avoir révélé les turpitudes de Goldman Sachs au début de la crise financière, le site financier Zero Hedge est encore plus vif. S’adossant à l’analyse de Bloomberg, il consacre à l’affaire un article méchamment titré : « ECB Buys LVMH Bonds To Finance Tiffany’s Acquisition, Making France’s Richest Man Even Richer » (« La BCE achète des obligations LVMH pour financer l’acquisition de Tiffany, rendant encore plus riche l’homme le plus riche de France ».

    Et le site poursuit son récit en relevant que « grâce à l’héritage durable d’un Mario Draghi », président de la BCE de 2011 à 2019, « l’homme le plus riche de France est désormais encore plus riche car il a dû s’endetter ». De paradoxe, il n’y en a en effet aucun : avec la BCE, les conditions de refinancement sont tellement avantageuses pour ce type d’opération qu’une opération d’endettement enrichit celui qui en est l’émetteur. La morale de l’histoire, c’est le site financier This is money, lié au Daily Mail, qui la tire : « Comme l’a dit Francis Scott Fitzgerald, permettez-moi de vous parler des riches ; ils sont différents de vous et de moi. » Parce que les riches, à la différence de ceux qui ne le sont pas, savent faire de bonnes affaires, même quand ils s’endettent.

    Il faut, certes, accueillir avec circonspection ces moqueries de la presse anglo-saxonne et ne pas perdre de vue que de très nombreuses entreprises françaises sont éligibles à ces rachats de titres auxquels peut procéder la BCE. La liste des entreprises éligibles (que l’on peut consulter ici) est très fournie et la banque centrale, comme on l’a vu, assure qu’elle procède à ces rachats d’actifs en respectant la « neutralité du marché », c’est-à-dire sans que tel ou tel groupe ne soit privilégié par rapport à un autre.

    Il n’empêche, le dernier programme CSPP de la BCE, pour 189 milliards d’euros, permet aux très grosses entreprises d’être en partie financées par la BCE et réduit leur coût de financement (voir ici). C’est du moins la version officielle servie par la BCE elle-même. Laquelle version peut être décryptée de manière beaucoup plus abrupte : la BCE utilise donc bel et bien de l’argent public pour subventionner des entreprises qui sont richissimes, et leurs actionnaires qui le sont parfois encore plus.
    (…)
    Manon Aubry: « Revoir les objectifs et le fonctionnement de la BCE »
    ______________________________________
    Luc 19,26, es-tu là ?

  10. Toujours sur le sujet BCE/ LVMH ( ou l’on croise aussi en grande forme Natacha Valla, qui fut, si ma mémoire st bonne à un CSO de l’ami Taddéi avec Paul Jorion… oui elle est bonne : 12/12/2014 : https://www.dailymotion.com/video/x2cmc7t )
    Ce post dans le fil de MP donne une idée de « où suivre la monnaie » :
    La BCE n’injecte pour ainsi dire rien dans « l’économie réelle » (en gros les PME), quelle que soit les déclarations officielles.
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    25/06/2020 17:54 Par debourg
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    En fait c’est extrêmement simple à comprendre. Toute personne capable de lire un bilan, i.e. tout comptable de base d’une petite entreprise peut comprendre sans connaître les méandres de la politique monétaire. Je me réfère au bilan consolidé de l’eurosystème, i.e. au bilan consolidé de la BCE et de l’ensemble des banques centrales nationales au 31/12/2019 que l’on peut trouver ici1 Le total des actifs (assets) de l’Eurosystème est de 4 671 425 millions € comprenant 10% d’or (ligne 1 négligeable), qq devises étrangères, et qq créances en euros sur l’étranger (lignes 2 à 4), des crédits aux établissements de crédits de la zone euo (i.e. les banques commerciales) (lignes 5 et 6 pour 624 232 + 18 849 soit environ 14%) mais ligne 7 des prêts aux résidents (i.e. particuliers et entreprises financières de la zone euro) pour 2 847 102, soit 61 %, tandis que les prêts aux Etats -ligne 8) ne s’élèvent qu’à 0,5 %

    Conclusion :
    on apprend dans les manuels d’économie monétaire que la banques centrale (ici l’eurosystème) forme avec les banques commerciales un système bancaire chargé de financer l’économie réelle. La banque centrale crée la base monétaire qu’elle prête aux banques commerciales, lesquelles prêtent à l’économie réelle en amplifiant la masse monétaire par « l’effet du multiplicateur de crédit » Ce système permet de contrôler l’inflation. Par ailleurs la banque centrale est la banque de l’État auquel elle prête directement.

    Cette dernière fonction a été interdite par le traité de Maastricht, mais le tribunal de Karlsruhe peut être rassuré, l’eurosystème ne prête pas aux Etats (0,5% c’est négligeable)

    Ce qui est plus surprenant, c’est que la banque centrale ne prête plus beaucoup aux banques commerciales (seulement 14%) et qu’elle prête directement aux résidents, i.e. en fait aux grandes entreprises (61%). Il ne faut pas se faire d’illusion sur le système classique où les entreprises n’empruntaient qu’aux banques commerciales. Etant donné les liens privilégiés que les grandes entreprises entretiennent avec les banques (dont elles sont souvent propriétaires) , elles restaient favorisées par rapport aux petites et aux moyennes.

    Mais maintenant les apparences ne sont plus sauves : pourquoi se compliquer la vie en empruntant à des banques commerciales alors qu’on peut se servir directement à la banque centrale ?

    Par ailleurs les Etats n’ayant plus le droit d’emprunter à la banque centrale, mais étant bien obligés, au moins pour certains d’emprunter, sont obligés de la faire aux banques commerciales. Une part non négligeable des 14 % de prêts aux banques doit donc servir de base à ces prêts, ce qui diminue d’autant la base permettant de prêter aux petites et moyennes entreprises.

    Cette création monétaire importante est faite dans le but de favoriser l’inflation, conformément au dogme de la théorue quantitative. Mais comme elle se fait essentiellement au profit des plus riches, elle ne peut que favoriser l’inflation des actifs.

    1

    Référence :

    https://www.ecb.europa.eu/pub/annual/balance/html/index.en.html

    Aller en bas de page :
    Download the data

    Annual consolidated balance sheet of the Eurosystem 1999-2019 (xlsx)
    https://www.ecb.europa.eu/pub/annual/balance/shared/data/Annual_consolidated_balance_sheet_Eurosystem.xls?1999_2019

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