Coronavirus – Etats-Unis, vers une extension de la catastrophe, ou le refus de regarder la réalité en face, par Alexis Toulet

Les Etats-Unis se dirigent tout droit, non pas tellement vers une deuxième vague, mais vers une relance de la première à échelle supérieure, qui risque de déboucher dans les prochaines semaines sur un regain du rythme des morts – et pire encore, la poursuite de l’extension du virus au-delà du record déjà atteint.

La principale défaillance est politique, le refus de regarder les réalités en face. Pendant qu’une bonne partie du pays s’abime dans des disputes et criailleries politiques, le virus a tout loisir de se répandre.

Voici un point détaillé sur la situation des Etats-Unis par rapport à l’épidémie de Covid-19 et les inquiétudes qu’elle peut susciter.

I. Situation générale à ce jour

Si on regarde les sept Etats américains comptant le plus grand nombre de cas détectés et totalisant un peu plus de la moitié du total national de presque 2,9 millions à ce jour, on trouve :

– Trois Etats New YorkNew Jersey et Massachusetts où le coronavirus a très fortement reculé et ne continue à circuler qu’à niveau faible, une situation assez parallèle à celle que nous connaissons en France, en pire cependant si on tient compte des populations respectives, par exemple à peu près 700 contaminations détectées par jour en France, comme dans l’Etat de New York, mais celui-ci n’a qu’un tiers de la population de la France

===> Épidémie sous contrôle, le danger de reprise demeure naturellement, mais il n’est pas forcément plus élevé que ce que la France ou l’Italie connaissent

– Un Etat plus tangent l’Illinois où le rythme des nouvelles contaminations a certes nettement baissé comme dans les trois précédents, mais reste à niveau assez élevé, presque 800 par jour pour un cinquième de la population française

===> Épidémie sous contrôle, mais avec une inquiétude plus grande 

– Trois progressions de type exponentiel en Californie, Texas et Floride avec dans chacun de ces Etats un rythme de nouvelles contaminations plus élevé que jamais et en cours de multiplication. En un mois, la moyenne sur 7 jours des nouvelles contaminations a été multipliée par 2,5 en Californie, elle a  presque quintuplé au Texas et littéralement décuplé en Floride

===> Trois catastrophes en cours

Soit dit en passant, on n’entend guère parler de restrictions de voyage entre ces trois Etats et le reste du pays. Leurs « performances » en matière de lutte contre le virus auront donc probablement des effets à l’échelle nationale. J’écrivais plus haut que le danger de reprise n’était pas forcément plus grand à New York ou à Boston qu’il ne l’est en France ou en Italie, en fait il vaudrait mieux dire qu’il ne serait pas plus grand si ces Etats refusaient l’entrée aux Californiens et aux Texans. Mais comme ce n’est pas le cas…

II. Evolution probable dans les semaines à venir

A regarder les résultats cette fois-ci à l’échelle fédérale, dans l’ensemble des Etats-Unis, on peut faire deux constats.

1. La moyenne sur 7 jours des nouveaux cas détectés a presque doublé dans les deux dernières semaines, environ 24,8 milliers au 18 juin contre 47,2 milliers au 2 juillet

La valeur la plus grande atteinte jusqu’ici était de l’ordre de 30 à 32 milliers par jour, sur la période du 7 avril au 1er mai. Cependant, il n’est pas certain que les chiffres soient comparables : ferait-on davantage de tests aux Etats-Unis aujourd’hui qu’au mois d’avril ? Si oui, il est possible que la situation ne soit pas en fait aussi grave qu’au mois d’avril, du moins pas encore. Mais elle est de toutes façons deux fois pire qu’il y a deux semaines ! Et c’est cette dynamique qui est le principal facteur d’inquiétude.

Et encore, en tenant compte du fait que les frontières intérieures de la fédération américaine n’étant pas fermées, il y a fort à parier que le désastre en cours aujourd’hui en Californie, au Texas et en Floride ne tarde pas à déborder sur le reste du pays.

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Le rythme des contaminations quotidiennes a doublé en deux semaines

2. La moyenne sur 7 jours des morts quotidiens continue à ce jour à décroître, moins de 600 contre plus de 1 000 à début juin et plus de 2 000 à la mi-avril

Bien sûr, il y a un risque que cette tendance s’inverse. D’une part ceux qui succombent au Covid-19 « mettent un certain temps à mourir » à partir du moment où ils sont détectés positifs, si bien que beaucoup des nouveaux malades californiens, texans et de Floride des deux dernières semaines peuvent très bien résister encore au virus mais mourir bientôt, d’autre part le nombre des nouvelles contaminations pourrait fort bien continuer à augmenter dans les semaines qui viennent.

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Le rythme des morts continue pour l’instant à décroître… par simple effet retard, les nouveaux malades n’ont pas eu « le temps de mourir »

Il est cependant permis d’espérer que les Etats-Unis ne reviennent pas aux plus de 2 000 morts quotidiens du mois d’avril, le plus fort de l’épidémie. Ou plutôt il serait permis de l’espérer :

– Si une partie de l’augmentation des cas détectés était bien l’effet de tests plus nombreux

– Si la prise en charge médicale des malades s’était réellement améliorée comme certains échos l’affirment

– Et surtout si la dynamique de l’épidémie était bientôt brisée, ce qui nécessiterait sans doute à la fois un confinement vraiment sérieux dans les Etats où la progression du virus est exponentielle et une forte restriction des déplacements avec le reste du pays – à noter que les trois grands Etats en question Californie, Texas et Floride totalisent 90 millions d’habitants, pas loin de 30% de la population américaine totale, et probablement une plus grande part de l’économie du pays

Le problème principal, et le premier souci d’inquiétude, c’est que ce genre de programme d’action déterminé ne semble pas être envisagé sérieusement. Bien loin de là

III. Tempête et criailleries politiques, le refus de regarder en face les réalités déplaisantes

Des mesures partielles commencent à être prises, de manière désordonnée d’un Etat à un autre, mais sans vision d’ensemble et sans que l’on parle de restreindre les déplacements entre Etats – ce qui peut faire craindre que tout succès contre le virus obtenu localement par tel Etat ne soit bientôt compromis par une nouvelle propagation depuis tel autre Etat où la lutte aura été moins efficace.

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Le virus qui dès qu’il est éliminé à un endroit peut se réfugier et resurgir ailleurs – le prix d’une politique non coordonnée entre les différents Etats.

Drôle s’il s’agit du Jeu de la taupe. Moins drôle quand la vie de centaines de milliers de gens est en jeu

D’autre part, l’Amérique traverse une tempête politique d’une rare violence, qui mène beaucoup d’Américains à détourner les yeux de l’épidémie pour se réfugier dans tel ou tel récit politique fermé sur lui-même, qui leur permet peut-être avant tout de s’échapper de la réalité d’un virus hors de contrôle et d’une catastrophe économique historique avec une trentaine de millions d’emplois détruits.

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Trente millions d’Américains ont perdu leur travail en deux mois, on comprend aisément que le désarroi soit profond. Le problème, c’est que les troubles politiques empêchent de lutter contre le virus, d’où remontée de la contamination qui risque de briser le début de remontée du taux d’emploi

Source : US Bureau of Labor Statistics

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19 réflexions sur « Coronavirus – Etats-Unis, vers une extension de la catastrophe, ou le refus de regarder la réalité en face, par Alexis Toulet »

  1. Je viens de lire que la petite amie du fils ainé de Trump est testée positive donc Trump senior va t-il encore dire que c’est imaginaire ?

    1. Il ne dit pas que c’est imaginaire : il dit que ça relève du domaine du miracle, sous-entendu, ça vient d’En-Haut, autrement dit que ça ne touche que les méchants. Nuance !

      1. Pourtant, on pouvait lire qu’il prenait de l’hydroxychloroquine à titre préventif, puisque ce médicament se révélait être aussi efficace dans cet usage-là, selon certains.

        Trump n’a(vait) donc alors pas vraiment 100% confiance dans le fait de faire partie des gentils ?

      2. La petite amie du fils ainé de Trump est testée positive à la Covid ; la covid ne touche que les méchants ; donc la petite amie du fils ainé de Trump est méchante.

  2. Trump a bien sûr tout faux dans la gestion de cette Crise, mais il faut noter que la France est toujours devant pour le nombre de décès par habitants , pour l’instant .
    USA : 328 millions d’habitants et 130000 décès et France : 65 millions et 30000 décès.
    Ceci pour dire que la gestion française n’est surement pas l’exemple à suivre.

    1. Il faut comparer à l’Europe, avec des pays moins touché (Autriche, Slovénie, Grèce, Portugal) pour avoir une comparaison réaliste.
      Et le fait que, contrairement à l’Italie notamment, ils étaient prévenus et ont eu en gros 1 mois de plus pour se retourner et jauger le degré de confinement vs test vs tout le reste
      entre les « menus » européens (DE/IT/ES/FR/NL/BE…)

  3. Sur https://fr.flightaware.com/live/ on voit en temps réel le trafic aérien mondial.
    Le trafic est surprenant quand on pense que ce n’est que 15% du trafic habituel en France : ça grouille !
    et on voit que le trafic de et vers la Californie est très minime, et au contraire semble très intense de et vers Floride et Texas. Il y a visiblement une différence de comportement.

    1. Oui très intéressant : à ce train là New York va être rapidement réinfecté par la Floride. Les vols au Texas semblent être essentiellement des vols intérieurs à l’état. Quant à la Californie, pratiquement pas de vols qui en partent : quelques rares vols qui y arrivent du Mexique ou de Hawaï.

    2. En tout cas quand on regarde ces sites de trafic aérien, on voit que les liaisons ont bien repris et que les annonces comme quoi les frontières sont fermés avec les pays des Amériques vers l’EU sont totalement fausses !

      Aux dernières nouvelles, seulement 14 pays dans le monde pourraient échanger avec l’UE ! C’tte blague quand on voit les liaisons en directe.

      On peut suivre des dizaines d’avions chaque jour aux départs et à l’arrivées entre l’UE et les USA !

      On ne se foutrait pas un peu de notre gueule ?

      1. Euh je ne pense pas essayez d’aller aux états unis vous allez vous retrouver entre 2 MP et mis en quarantaine , ce ne sont pas des rigolos , les frontières sont fermées pour un bon moment , après ils gèrent leurs problèmes en interne en essayant de ménager la chèvre et le chou , c’est leur droit après tout

      2. Avec le redémarrage des vols, la fonction de Hub de connection en escale redémarre en Europe, même si l’Europe n’est pas une destination finale, je suppose, et donc des transmissions possibles sur la plateforme aéroportuaire, entre passagers, et avec le personnel local des infrastructures…

  4. Salut Alexis,

    Est-ce que l’analyse de courbes, comme pour la bourse, est vraiment pertinente pour approcher la réalité de diffusion et de conséquences d’une épidémie ? Poser la question c’est en partie y répondre ! Je dois t’avouer que je suis dubitatif sur ces analyses de courbes, ces analyses chartistes, de graphe.

    La preuve, tu utilises bien plus le conditionnel maintenant, les « si » et les paris.

    Je dis ça parce que maintenant ça me saute aux yeux comme lorsque je visionne rapidement les sites de boursicoteurs à la noix. Or, bien souvent cela est déconnecté de la réalité physique. Bien entendu ça match un moment, les courbes, construites, accompagnent ce que l’on observe ou l’on voit, puis sans savoir pourquoi ça décroche…

    Ici en matière de diffusion de petites bestioles simples à ARN ou ADN pernicieuses pour des systèmes plus complexes, il y a un telle multitudes de facteurs favorisant ou neutralisant que regarder des courbes peut peut-être, avec un degré de sophistication plus avancé, être le pendant de la lecture dans les volutes de fumées ou les viscères d’animaux.

    Permet moi cette petite réflexion, car sur Agoravox, la lecture rapide des tes derniers billets (lus ici aussi) me donne cette sensation.

    A plus

  5. moins de vieux, plus de chômeurs, moins de salaires , de quoi rêvait Trump lorsqu’il a été élu ? justement de ça.

  6. Non, la situation est hors de contrôle MAIS à Lopburi, en Thaïlande, car, depuis le confinement les singes ont repris le pouvoir sur leur territoire.
    Et les singes, quand ils ont faim, ils talochent l’habitant !

    LA REVANCHE DES SINGES
    En Thaïlande, les singes font la loi dans la ville
    À Lopburi, en Thaïlande, la population est effrayée, les rues de la villes ont été envahie par les singes suite au confinement et de l’absence de touristes.

    « À Lopburi, il y a 26 000 habitants et 6 000 macaques. Comme la France, la Thaïlande a mis en place un confinement durant lequel les macaques ont envahi les rues et dépassé le quartier où ils avaient l’habitude de rester. Résultat : les singes ont pulullé et pris le contrôle des rues.  »

    « Depuis les habitants de la ville se barricadent et cachent tout ce qu’ils peuvent, traversent les rues en courant face à cet assaut. Les singes ont pris le contrôle d’une partie de la ville et ils se battent entre eux pour de la nourriture. Certains magasins ont dû définitivement tirer leur rideau de fer, faute de clients et de peur d’être attaqués par une bande de macaques très violents. Les autorités ont décidé d’attirer les singes avec de la nourriture, et de tenter d’en stériliser une partie car à ce rythme, la population pourrait encore doubler très vite. »
    https://www.atlantico.fr/atlantico-light/3590915/en-thailande-les-singes-font-la-loi-dans-la-ville

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