Vie quotidienne – Pourquoi les prénoms bidon pour des anonymes ?

Dans l’article du Monde, Mobilisation contre le projet d’extension du Grand Port maritime de Nantes-Saint-Nazaire, la phrase suivante :

Lucille (certains manifestants ont préféré ne pas révéler leur nom)…

J’ai commenté ainsi :

Quels sont les obscurs motifs de cette très curieuse coutume journalistique consistant à donner un nom de fantaisie à une personne préférant ne pas révéler son nom ?

Qu’est-ce qui pourrait déranger dans la phrase « Une jeune femme ayant préféré ne pas révéler son nom… » ? Car que veut-on que nous fassions de cette « Lucille » qui n’en est pas une ?

Je n’ai pas la moindre idée de l’explication. Avez-vous une idée ?

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50 réflexions sur « Vie quotidienne – Pourquoi les prénoms bidon pour des anonymes ? »

  1. Je dirai pour que le lecteur puisse s’identifier à la personne et entrer en empathie, là où « une personne ne voulant pas révéler son nom » amène directement à la pensée « quelqu’un qui a des trucs à cacher ».

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  2. Pour identifier l’origine de la personne et éviter en l’occurrence de dire « une jeune femme d’origine française et de parents français de type caucasien, gauloise etc.. ?

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  3. « Une jeune femme ayant préféré ne pas révéler son nom » ça a un côté complotiste. Très à la mode ces jours-ci 🙂

    Ils peuvent la prénommer « x » mais c’est moins joli. Sauf si c’est un informaticien ou un matheux qui lit l’article.

    Au final je pense que ça évite de multiplier les « Une jeune femme ayant préféré ne pas révéler son nom » ou « la jeune femme dont on parle au début de l’article qui a préféré rester anonyme ». C’est lourd et beaucoup moins poétique que « Lucille ». Un peu de rêve dans ce monde de brutes 🙂

  4. Je me suis demandé la même chose plusieurs fois. Pour donner corps et vie à l’article?

    1. Je vois deux explications:
      – Dans un article long, impliquant des dialogues et/ou la description d’actions (Lucille s’empare alors du drapeau et empale le thon qui essayait d’escalader la fenêtre…), ces prénoms sont nécessaires pour identifier les protagonistes.
      – Ce que voyant, des journaliste flemmards adoptent un gimmick de communication, sans se questionner sur sa réelle nécessité. S’ils savaient être concis, plus généralement s’ils écrivaient « bien », le monde serait peut être moins pire. Ce qu’on vient chercher sur ce blog, c’est **aussi** une narration fluide, une syntaxe correcte, bref un récit vivant.

      Nécessité? Souvenons nous que des auteurs du XIXème siècle n’hésitaient pas à appeler leurs personnage « Madame X… » ou « colonel Y… »

      1. Oops! J’ai répondu avant de tout lire, et je m’aperçois que d’autre avaient dit la même chose que moi, parfois mieux. Du coup quel intérêt mon intervention? Lire avant de répondre, andouille!

  5. Ne pas trop concéder d’aveux de faiblesses pour ce grand corps journalistique ?
    Pour les ouragans c’est qu’un prénom marque les cervelles.
    (On aurait du appeler Gringo le COVID )

  6. Juste pour permettre de suivre les déclarations des différentes personnes au fil de l’article
    « Lucille » pourrait refaire surface trois paragraphes plus loin
    On pourrait aussi indiquer « Intervenant 1 », « Intervenant 2 » etc

  7. Lorsque différentes personnes sont évoquées plusieurs fois, cela permet d’avoir un identifiant d’une fois sur l’autre tout en gardant un style plus fluide que « le témoin numéro 1 » par exemple. De plus les individus renommés sont placés sur le même plan que ceux dont les noms ne sont pas changés.

  8. Le Sésame journalistique pour camoufler leurs biais! Ne nous reste qu’à croire sur parole ce qu’ils auraient eu l’heur d’entendre…Je ne vous dis pas la marge disponible!

  9. C’est pour faire mystérieux , dangereux lanceur d’alerte , protégeant ses sources ; elles memes persécutées en puissance, avec courage et abnégation !
    Faire vendre quoi !!!

  10. C’est sans doute dans un but d’identification à une personne en particulier, ce que ne permettrait pas le concept ‘Une jeune femme ayant préféré ne pas révéler son nom…‘, tout en ne divulguant pas sa véritable identité, dans le but louable de lui éviter des ennuis avec d’autres personnes qui ne seraient pas du même avis.

    1. Je comprends bien, mais si j’ai fait le billet, c’est parce que je me suis rendu compte hier que quand je tombe dans un article sur une falsification de l’identité comme celle-là, j’interromps aussitôt ma lecture, comme si la mystification (même admise) avait automatiquement contaminé tout le reste du texte.

      1. C’est aussi souvent à la demande des activistes qui ne veulent pas être trop vite démasqués par les forces de l’ordre que l’on met un nom d’emprunt. En Belgique, quasi tou.te.s les porte-parole de collectifs un tant soit peu « désobéissants » se font systématiquement appeler Camille.

      2. Un peu comme lorsqu’un mensonge d’un membre d’un couple fait disparaître la confiance que l’autre avait dans son partenaire. L’illusion de la perfection de l’autre disparaît brutalement.
        La confiance est longue a créer mais facile a détruire.

      3. C’est sans doute qu’ils ont dé-inventé la vérité mais pas la réalité.

        Lire à ce non-sujet, mon non-article, non-publié :
        « Comment la réalité et la vérité furent dé-inventées seulement 10 ans après qu’on ait compris qu’elles avaient été inventées » .

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  11. Ca relève tout simplement de la mode , il y a encore 2 ans , après le titre , le journaliste écrivait , explication !
    Maintenant c ‘est décryptage !
    Avant c’était , notre interlocuteur qui préfère taire son nom , maintenant c ‘est Paul , prénom d emprunt !

  12. Je ne sais pas si vous connaissez cette émission de F Inter,  » rendez vous avec X  » ?

    Le principe est simple, deux acteurs, l’un dans le rôle du journaliste, l’autre dans celui d’un ex-service secret font du question – réponse pendant 30 minutes à une heure de grande écoute sur un événement historique, proche ou lointain.

    Aucune source, aucune règle journalistique ne vient soutenir la véracité de la version de l’histoire qui est présentée, le roman est assumé, mais la voie de la source anonyme vient quand même donner un sentiment bizarre.

    Ce que je me dit, par rapport à la question de Paul :

    Peut-être que l’auditoire aujourd’hui, a plus envie d’entendre une histoire, que de savoir ce qu’il s’est passé, et les redactions le savent très bien.

    J’ai entendu aussi que ces publicités radios qui se présentent comme une micro-histoire ( tiens, elle est chouette ta voiture etc… ) sont en fait le fruit d’une réglementation : il FAUT raconter une histoire.

    Nous sommes bercés comme au plus jeune âge….

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  13. Pour éviter une sorte d’anonymat qui noie la personne dans la masse. Pour différencier des personnes anonymes différentes plus facilement .

    Mais surtout, je crois qu’un nom porte toujours une signification (à différencier de sa signification d’origine). Ainsi, Lucille n’est pas Simone (différence d’âge), Lucille n’est pas Carla, Kamima, ou Angela (différence d’origine), Lucille n’est pas Brenda (différence de milieu). Je sais, ce sont des stéréotypes, mais nous fonctionnons beaucoup comme cela.

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    1. C’est effectivement selon moi aussi , le principal handicap de cette méthode bien pratique aussi bien pour le journaliste que pour le lecteur ( que l’on trouve souvent dans les comptes rendus de procès ou faits divers impliquant des mineurs par exemple ) .

      Attribuer un prénom ou un nom n’est jamais totalement neutre ( les parents qui choisissent un prénom pour leurs enfants à naitre le savent bien ) , et chaque prénom véhicule déjà des sensibilités ou a priori positifs ou négatifs , qui ne sont sans doute pas , le plus souvent , la réalité du « dénommé « anonyme .

  14. Sur le site de PJ je suis anonyme.
    Je conseille aux manifestants de tous bords de se choisir un nom de totem.
    Cela incitera des journalistes pas vraiment à l’aise avec leur fonction démocratique de rapporter/interpréter vos propos en évitant de vous affubler de leur pseudonyme connoté.

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    1. Y a le système ZAD aussi, qui consiste à s’appeler tous  » Camille « , ce qui finit par être un signal assez fort…

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  15. La raison d’Etat est un droit au mensonge, la transparence trouve sa limite dans le constat que le sujet disons « psychologique »n’est pas transparent à lui-même (or dans ses fondements le sujet de Droit, est responsable : actes et propos), dissimulation/manipulation s’y débattent. La vie publique est éclairée, la vie privée dans l’ombre et les deux ne font pas toujours bon ménage. Les journalistes s’accordent une liberté de transcription uniquement contestée par ceux qui en ont le pouvoir social. Le moindre rapportage d’un propos anonyme public ou privé s’il était précédé par un « Tartempion(ne) a dit » généraliserait le doute sur la fiabilité des propos.
    Sérieusement, mieux vaut savoir à qui on a affaire !

  16. Dans les colonnes du Monde , on cite souvent  » un haut fonctionnaire » ou  » un diplomate de haut niveau » qui s’exprime  » sous couvert de l’anonymat  » …..
    Je propose de les baptiser  » Monsieur Oscar  » , ça fait ambiance guerre froide

  17. On pourrait y voir un effet de journalisme « people » ou « téléréalité » : répondre à notre « désir » (sic) de pénétrer dans l’intimité des gens, et donner encore plus de crédibilité à l’écriture « par un récit anecdotique situé ici et maintenant » plutôt que par toute généralité (du style générique « un manifestant a déclaré »). Par exemple en ce jour de rentrée France inter était dans le Collège Untel avec untel et untel, tandis que France Culture était dans l’école unetelle avec untel et untel. Intérêt ? Nul.

    1. Vous avez raison, c’est sans doute là aussi une des raisons pour lesquelles je déconnecte à la vue des prénoms bidons : le sentiment que je suis dans de la « télé-réalité », plutôt que dans de l’information.

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      1. C’est vrai mais l’appauvrissement  » spectacle » est autant le fait du lecteur que du journaliste .

        Vieille histoire de l’œuf et la poule .

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      2. Je me suis souvenu que je venais de lire un article avec « Nicolas, prénom d’emprunt ». L’article du « Soir » s’interroge sur la taxe locale nouvelle sur le tabac et interroge un commerçant : « Nicolas (un prénom d’emprunt) travaille pour une chaîne de magasin connue dans la région. « Je n’en reviens pas. Comment allons nous en sortir ? etc. »
        C’est ridicule pour signifier « un commerçant » ! En commençant par un mensonge ! On ne croit plus vraiment à la suite… Alors que le témoignage de ce commerçant peut être éclairant dans cet article !
        Pour retrouver ma lecture, j’ai tapé « Nicolas, prénom d’emprunt ». C’est vraiment cocasse de voir à quel point c’est pratiqué !
        @ Juanessy : j’ai toujours une réticence à « partager la responsabilité » avec les gens qui subissent une domination. Incriminez le système, la déculturation, l’individualisation, le néo-libéralisme. Mais pas « le lecteur » lambda, qui est sans pouvoir. La technique d’écriture du « récit » remplaçant l’analyse est enseignée aux journalistes depuis 1995 au moins… (je l’ai reçue dans une formation « comment communiquer aux journalistes »). Mais je veux bien vous suivre un peu. Les 2/3 de l’humanité attendent des religions qu’elles offrent une « réalité » qui promet, soigne et apaise, punit et culpabilise… (Cirulnyk). C’est notre pouvoir collectif à nous illusionner !

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        1. C’est ridicule pour signifier « un commerçant » ! En commençant par un mensonge ! On ne croit plus vraiment à la suite… Alors que le témoignage de ce commerçant peut être éclairant dans cet article !

          Je suis comme vous : ça me coupe l’appétit pour la suite.

          La technique d’écriture du « récit » remplaçant l’analyse est enseignée aux journalistes depuis 1995 au moins…

          Quel est l’intérêt ? On dit parfois que « la réalité dépasse la fiction ». Est-ce ici la vengeance de la fiction ?

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      3. @Chabian :

        « le lecteur n’a pas de pouvoir » ?

        Ben, il a celui de ne pas lire , ou mieux , de ne pas acheter ( puisque c’est le prix qui fait le rapport de forces ) .

  18. ça dépend , des fois il ne changent pas le prénom , par exemple le violeur de nantes récemment on sait qu’ il s’appelait François , vous voyez un peu le tableau ?

  19. C’est simple…
    Si on écrit « X » ou si on fait une périphrase commençant avec un article indéfini (UNE jeune femme, etc…), l’information est perçue par le lecteur comme étant « non vérifiable » (et potentiellement pipautée), en tout cas non digne de lui accorder même un crédit « minimal ».
    Alors que si on utilise un faux prénom, on « donne de la chair » à l’information, laquelle peut alors être associée avec des représentations qui la crédibilisent. Non pas X, mais « cette personne là », définie, car dotée d’un prénom (ce n’est pas un « individu » ni même une « personne » mais carrément une « présence », quelqu’un dotée d’une âme/d’une biographie unique).
    De la même façon, dans un reportage, il n’y a souvent aucun rapport probant entre ce qui est montré et ce que raconte la voix off à laquelle l’image sert de support. Mais curieusement, avec ou sans image, la crédibilité/véracité perçue du message n’a rien à voir. Sans, personne n’y accorde sa confiance. Avec, même si n’importe quoi est montré (pour ne pas dire d’un rapport de contextualisation minimal!), la crédibilité perçue augmente.

    C’est juste de la manipulation.

    On utilisera X seulement quand X crédibilise davantage que le prénom. Crédibilise le récit ou le narrateur! Typiquement quand il s’agit d’espionnage. Dans ce cas, utiliser X plutôt que « Jean-Pierre » rend l’info + crédible (il y a donc des contraintes de genre à respecter).
    On utilisera également X plutôt qu’une périphrase pour des raisons de mise en page et… d’économie (mais plus maintenant…) .

  20. Les prénoms peuvent révéler une certaine tranche d’âge.En dire , sans trop en dire. Lucille , ça fait la trentaine .Ce qui n’est pas le cas de Germaine par exemple (enfin, à priori , car de vieux prénoms reviennent à la mode sauf celui de Bernard … comprend pas pourquoi😩).

    PS : en cliquant sur le lien   de l’article du Monde , il y’a une petite option : «  relire ».
    Du coup, on découvre un bug du journal le monde : comment lire un article sans s’abonner .
    Je dis ça , j’dis rien . Des fois , mieux vaut préserver son anonymat …

    http://www.francesoir.fr/politique-france/des-manifestants-tele-verbalises-et-amendes-surprise-la-video-surveillance-est-elle

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