Vie quotidienne – Les jupes des filles

Dans Le Monde, un entretien dont je vous recommande la lecture avec l’historienne Christine Bard, qui déclare entre autres :

Le vêtement met en tension permanente trois fonctions traditionnelles : la parure, la pudeur et la protection. L’émancipation des femmes s’est jouée sur la modification des dosages entre ces trois fonctions. […]

Au lieu d’affronter les urgences sanitaires, sociales, on discute de manière un peu routinière, avec un petit côté de déjà-vu, sur la façon dont doivent s’habiller des jeunes filles. C’est fou. Les lycéennes en crop top de 2020 sont aussi, à mon avis, les victimes collatérales d’une angoisse diffuse qui active les désirs autoritaires de contrôle du corps des femmes. Au risque de nous faire régresser collectivement.

Ce qui m’a rappelé, sur cette question, Jeanne Huet, la jeune fille qui s’est vu refuser l’accès au Musée d’Orsay en raison de sa tenue. Le Média l’a interviewée à ce propos :

Jeanne Huet
[Corrigez-moi si je me trompe, mais la robe objet du scandale me semble coupée dans un splendide wax hollandais.]

Mon opinion sur la question étant identique à celle de Christine Bard, je vous renvoie à ce que dit l’historienne.

J’ai cependant une interrogation, à propos d’une phrase prononcée par Jeanne Huet, et qui me semble représentative de ce que d’autres jeunes filles ont dit récemment ici et là :

C’est les autres qui voient en moi un potentiel sexuel et moi non, je porte juste une robe que j’aime.

Il me semble qu’à d’autres époques il serait allé de soi que le potentiel sexuel d’une personne, c’étaient bien les autres – et eux seuls – qui en décidaient. Comment en est-on venu à penser que son potentiel sexuel, on soit seul juge de sa présence ou de son absence ?

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52 réflexions sur « Vie quotidienne – Les jupes des filles »

  1. Dans le même esprit de régression collective en cours qui ne touche pas simplement la France, un conseil : voir ou revoir sans attendre ce reportage de France 24 intitulé, Israël : la révolte des shorts…

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  2. Pourquoi les femmes sont-elles les seules à exhiber leurs attributs sexuels? A quand le porte-couilles pigeonnant? le pantalon fendu jusqu’à mi-cuisses???
    Quand une femme met un décolleté mettant ses seins en valeur , elle ne porte pas seulement ‘une robe qu’elle aime’ mais elle envoie aussi des signaux sexuels ‘forts’. L’un n’exclut pas l’autre.. Où est le mal?

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      1. Juan ce n’est pas des costumes ça s’appelle  » évolution  » . Ajouter un air sur le seuil et vous posséderez 2 nouvelles ailes.

      1. Merci pour ces précisions.
        Que dire des jeans moulants des années 70 ?
        Que dire des pantalons « taille plus que basse » dont la ceinture descend bien bas ? Sous les fesses de façon à montrer son caleçon pour être précise.
        Que dire du sourire du plombier ?
        Il me semble qu’il y a ce que chacun a envie de montrer et ce que chacun apprécie de regarder.
        Il me semble aussi qu’il y a une forme de jeunisme qui fait qu’un corps jeune est plus valorisé et apprécié, ceci d’autant plus qu’il répond aux mensurations considérées comme idéales dans une société donnée.

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    1. Euh… les expressions wax hollandais, wax anglais, wax ivoirien, me semblent sans ambiguïté aucune quant à l’origine de la marchandise. Le prestige du wax hollandais me semble lié à la qualité de la toile.

  3. Chaque matin, tandis que la reine se coiffait, elle lui demandait :
    – Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle. Et, invariablement, le miroir répondait :
    – En cherchant à la ronde, dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus belle que toi. »

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  4. En tout cas, excellente pub pour le musée d’Orsay qui va connaître une recrudescence de fréquentation masculine…

  5. -1 : m’est revenue en tête une répartie que l’on prête à Jean XXX III ( Bernard rectifiera au besoin ) , qui alors qu’on lui demandait de trancher dans un différend sur la tenue de différends ordres religieux de bonnes sœurs , aurait répondu : « qu’elles se vêtissent comme Dieu nous a fait , c’est la tenue la plus universelle « . Jean XXXIII serait alors le pape des nudistes .

    – 2 : que signifie  » aimer une robe » ( ou un tenue , ou une coupe de cheveux , ou des tatouages , ou des fards , ou des peintures de guerres ou de cérémonies , ou un uniforme …) ?

    -3 : la revendication du « Je » contre le nous aurait elle une armée féminine , comme il y a une armée masculine , chaque armée étant le  » cache sexe » du narcissisme général ?

    – 4 : J’aime bien les robes décolletées mais surtout , sinon seulement , ce qu’elles montrent …..

    1. Il n’y a guère que le point 3 qui puisse constituer une tentative d’ébauche d’idée en réponse à votre interrogation des deux dernières lignes du billet .

    2. @ juannessy
      Concernant le pape Jean XXXIII , la répartie semble plausible venant d’une personne dont la bonhommie avait la vertu d’apaiser les tensions .
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_XXIII

      Pour le reste , et pour vous faire réviser, « de gustibus et coloribus non disputandum ».
      Avec sa version moins latine : « J’ai les goûts les plus simples du monde, je me contente du meilleur. »

      1. Pour le latin de cuisine , j’arrive encore à faire des versions sans erreur grossière , telle le genre grammatical de soleil .

        Sur le billet , en pirouette , et pour compatir à la condition  » féminine , j’ai retrouvé une pensée d’Oscar Wilde , qui , pour les consoler peut être , disait :

        « Les femme s’amusent beaucoup plus que les hommes: on leur interdit tellement plus de choses !

        Je ne sais pas pourquoi , je sens que ça va les énerver . Mais ça va peut être nous ramener Dundee , qui doit être fâchée depuis que l’étoile de l’hydroxy chloroquine pâlit .

    3. Je veux bien rectifier une partie aussi : Jean XXXIII me parait un peu exagéré au niveau de la numérotation !
      🙂

    1. « Et la vie toute entière Absorbés par cette affaire Par ce jeu de dupes »

      Souchon a sans doute bien vu, si j’ose dire, qu’il n’y a rien à voir sous les jupes des filles, et c’est bien ce qui en fait un jeu de dupes à vie, pauvres hommes…ils ne savent pas ce qu’ils font, pauvres voyeurs de rien du tout, de là à leur pardonner c’est mal barré. Et les pauvres filles éduquées à croiser les jambes donc innocentes exhibitionnistes à méduser les regards. Que ne faut-il pas inventer pour assurer la survie de l’espèce !

  6. « Au lieu d’affronter les urgences sanitaires, sociales, on discute de manière un peu routinière, avec un petit côté de déjà-vu, sur la façon dont doivent s’habiller des jeunes filles.  » Cela est totalement vrai. Mais il s’agit là juste d’un « petit joueur » en la matière, car comme tout le monde le sait, le vrai poids lourd de la diversion de la plèbe des vrais problèmes de la société, c’est l’islam. D’ailleurs, l’ex-banquier prépare son duel attendu face à MLP en attisant dès maintenant les chiffons rouges de l’islamisme, du séparatisme, et tutti quanti. Moi j’appelle cela personnellement la yougoslavisation de la société occidentale et on a vu où cela mène. Quand on n’a pas de solutions aux gros problèmes, il ne reste plus que le « regardez, c’est la faute des étrangers/migrants/musulmans/juifs/noirs/…  » pour s’en tirer.

  7. Avec les 3/4 des zozio frustrés ( dont bcp de ridicules marcassins se prenants pour des 1/2 dieux ) tu mettra un pantalon, de toutes manières winter is coming.

  8. Nous observons ici aussi un écroulement des libertés.
    Un signe de plus.
    Le fait que ce furoncle de la censure ait poussé sur la tronche du Musée d’Orsay, qui ne présente aucune oeuvre abstraite en est comique par ailleurs.

    Piquée par un serpent

    http://histoiretrespersonnelle.fr/wp-content/uploads/2013/05/Musee_dOrsay_204_Clesinger_Femme_Piquee_par_un_Serpent_2008.jpg

    J’ai de la difficulté à m’expliquer les motivations de la chaine de commandement ayant abouti à ce clash.
    Au départ des directives venant de … d’un rond de cuir muséal atypique relayé par du personnel d’entrées imbibé d’une droiture rigueur capot …
    ???
    Bigre ! Les Emirats seraient-ils rentrés au capital du Musée d’Orsay ?

    Si c’est non, faut revenir à l’idée de départ.

    1. Pourtant dans ce musée on s’y connait en matière de nu:
      https://www.musee-orsay.fr/index.php?id=649&L=0&tx_ttnews%5Btt_news%5D=37292&no_cache=1
      Avec la bourgeoisie hypocrite du XIXe siècle, le nu masculin ou féminin est encouragé quand il est « moralement » voilé par la thématique mythologique.
      Le tableau Rolla (Gervex 1878) fit scandale, parce que trop en phase avec le réel:
      https://histoire-image.org/sites/default/styles/galerie_principale/public/rolla-courtisanef.jpg?itok=UZ1f4RaX

  9. « Il me semble qu’à d’autres époques il serait allé de soi que le potentiel sexuel d’une personne, c’étaient bien les autres – et eux seuls – qui en décidaient. Comment en est-on venu à penser que son potentiel sexuel, on soit seul juge de sa présence ou de son absence ? »

    C’est d’autant plus vrai que les femmes savent – et ne manquent jamais- de se juger entre elles sur CETTE dimension précise (rivalité, dangerosité potentielle, etc.).

    Il faudrait préciser, quand même, qu’il n’y a que les européennes qui font semblant de ne pas le savoir ; elles s’en rappellent bien vite, toutefois, dès qu’il s’agit de profiter de cet « avantage » pour négocier une amende… #leshommessonttellementcons
    Ce genre d’ingénuité passe pour une gamine de 15 ans (je suis peut etre trop optimiste).
    Au dessus, elles se foutent carrément de la g… du monde.

    Par contre, ne pas autoriser une personne à rentrer dans un musée à cause d’un décolleté… c’est tellement n’importe quoi que j’ai franchement peine à le croire… est-on sûr qu’il n’y avait pas autre chose?

  10. Bonjour à tous,

    J’ai le souvenir de voyages en Italie, en Espagne, en Grèce ainsi que dans quelques états d’Afrique du nord, où l’on ne
    s’étonnait guère que certaines femmes étrangères un peu court-vêtues (et même certains mâles ventripotents en short avec
    leur kodak sur le bide), se fassent régulièrement recadrer par les gardiens de musées, les hommes d’églises ou d’autres lieux de
    cultes quelles qu’en soit l’obédience …
    On leur prêtait alors un voile, heu pardon… un foulard, et le tour était joué, sans scandale ni protestation.
    Ainsi, comment s’étonner qu’avec le développement du tourisme international en France, on en soit arrivé à conjuguer les
    réflexes éthiques de ceux là même qui nous visitent aujourd’hui…
    Faudrait pas décourager les touristes un peu pudibonds de revenir, en ces temps de récession?
    Bon, il semblerait que le Louvre soit un brin dépassés : même plus un seul sac poubelle pour couvrir la belle…
    Trop de masques à jeter, certainement…

    Eric

  11. Paul dit ! « C’est les autres qui voient en moi un potentiel sexuel et moi non, je porte juste une robe que j’aime. » — Il me semble qu’à d’autres époques il serait allé de soi que le potentiel sexuel d’une personne, c’étaient bien les autres – et eux seuls – qui en décidaient. Comment en est-on venu à penser que son potentiel sexuel, on soit seul juge de sa présence ou de son absence ?
    Le potentiel sexuel, c’est l’effet d’un genre sur un autre. Et c’est le genre « érotisé » qui est juge. Ainsi seules les femmes (sauf exception) auront un avis pertinent sur les fessiers des hommes… Pertinent pour elles. Et la poitrine féminine n’a aucun effet érotisant pour d’autres femmes (en mesure générale).
    Par contre, il y a un pouvoir de répression de l’impact érotisant, qui est exercé par les deux genres. Les hommes auront tendance à dévaloriser une femme trop érotique à leurs yeux (« c’est une pute ») et donc à dénigrer sa valeur sociale. Mais leur jugement est ambivalent, par exemple sur la mini-jupe dans le sondage IFOP/Marianne sur la proposition Blanquer. Et les femmes auront tendance à surjouer cette répression masculine par volonté de protection maternelle ou de jalousie. (Le sondage récent a montré que c’était les femmes d’âge supérieur aux lycéennes qui souhaitaient une répression du vêtement féminin.
    Paul semble dire que cette jeune fille ne peut pas affirmer « Je porte juste une robe que j’aime ». Et qu’elle ne peut juger elle-même de son non-érotisation.
    En quelque sorte elle doit subir son statut d’objet sexuel et incorporer le jugement d’autrui. Je voudrais souligner encore une fois que les femelles des singes sont complètement à poil, avec les seins à l’air, qu’elles présentent une turgescence des parties quand elles sont en rut et qu’elles baisent en public en affirmant nettement leur non-consentement éventuel parmi les mâles quémandeurs. Par rapport à cela, nous vivons dans une société de répression masculine manifeste, relayée par les femmes « traditionnellement ». Une répression qui définit la « bonne féminité » en fonction de critères masculins.
    Ce que les femmes d’aujourd’hui disent, c’est que ce monde-là est obsolète. Qu’elles veulent se montrer et éventuellement érotiser sans s’arrêter au jugement des mâles dominants. Sans avoir peur. En étant autonomes. Faudrait peut-être s’y adapter…

      1. @Paul Jorion :

        C’est d’ailleurs grâce au succès reçu par cette affirmation , que JC a été promu par les femmes comme personne , et que la chrétienté lui doit de s’être répandue comme une trainée de poudre avec une armée féminine très motivée .

        @Timiota :

        A propos de nos frères singes , je vais me risquer à relayer une remarque d’anthropologue que j’avais lue il y a bien longtemps ( peut être dans  » le singe nu » ) , selon laquelle le rouge est ,dans le règne animal , la couleur privilégiée pour tenter les mâles lors des périodes sexuelles . C’est ainsi que les guenons exhibent un arrière train écarlate dans cette occasion . Il poursuivait en disant que la femelle hominidé civilisée avait inconsciemment conservé cet appât en se fardant de rouge aux lèvres . Moyennant quoi , ça devrait méchamment refroidir les candidats pour embrasser la jeune fille qui s’est vu refuser d’entrer au Musée d’Orsay .

        Bon , là , si Dundee ne m’égorge pas , je n’y comprends plus rien .

      2. Madame Chabian est une self made woman, qui a ses opinions toujours surprenantes. Je lui parle un jour de cette volonté des trans-femmes (les hommes trans, donc) d’avoir leur place dans les toilettes de femmes. Elle me répond : j’ai jamais compris pourquoi il faut des toilettes séparées hommes/femmes.
        Sur le sujet qui nous occupe (enfin… je ne sais plus si c’était à propos de ce musée ou à propos de Blanquer et son costume républicain) je crois qu’elle a dit : c’est du grand n’importe quoi.
        Sur le groupe très masculin que nous formons ici, elle ne pense pas du bien.
        Mais on m’a aussi signalé ceci en postcast (je mets deux liens possibles mais sur inscription tous deux je crois) :
        https://www.rtbf.be/auvio/detail_le-point-de-vue-de-felix-radu?id=2687789
        https://www.facebook.com/194298783928090/videos/3037274493166147

    1. La comparaison avec le singe suggère qu’on a changé quelque part au Néolithique ou un poil (:;) avant.
      La femelle singe n’est pas un « proxy » pour la propriété, car il n’y a pas de propriété durable pour les singes. Les hommes inventent le grenier, stockent réserves et outils, ils perdent une partie du savoir sociétal « nu » de désamorçage des violences (la partie « bonobo » pour faire court) et se remettent à diverses forces (armes) et artefacts (murs, foyer avec enceinte) pour limiter lesdites violences.

      Bref, la monogamie cultivée sur 20 millénaires comme corollaire de la possession matérielle (certes circulante, me dit Malinowski dans l’oreillette trobriande) peut-elle expliquer l’état culturel où nous nous trouvons sur le sexe vêtu ?

      La logique inévitable ou au moins intermittente me semble être la classique crainte que  » l’on ne sait pas où ça s’arrête si on déplace la limite ». D’où récurrence de situations inconfortables dans nos sociétés. Richard Sennett souligne que le code vestimentaire de la fin XIXè était devenu source de confusion pour les femmes, (et pense-t-il pas pour rien dans les névroses sauce viennoise que Freud disséquait). 3 jupons et on passe pour une demi-mondaine, 5 c’est bon, on va vers la bonne bourgoisie.(dans « Tyrannies de l’intimité » , de mémoire)

      Le code vestimentaire a donc forcément une zone limite, où la confusion va de façon récurrente se faire jour; et cela sera traité soit par des troubles individuels (genre au stade 0 « je ne peux pas m’empêcher de regarder la raie des fesses des mecs, mais je ne le dis pas tout haut, et je ne regarde longtemps qu’à l’abri de mes ray-ban », et je laisse à d’autres les stades 1,2, 3 suivants) , soit par des effets collectifs (Israel et les shorts…).

      Est-il simple de dire le « potentiel » (sexuel) dans la bouche des uns ou des autres ? C’est une co-construction sociale; je me souviens enfant voir les formes des femmes sans avoir la moindre pulsion d’imaginer un corps dessous, alors qu’aujourd’hui, en plus d’un biais dû à l’abondance de vêtements plus moulants, je peux jauger l’existence de cette pulsion, facilitée par la dynamique de la plastique par exemple dans le cas des poitrines « topless ».
      Le côté « émotion » étant maximal dans l’état de voilement partiel (c’est là que le cerveau corrélateur actionne la manette de secours « émotion » pour renforcer la probabilité de trouver quelque chose), on se retrouve pour tenter de résumer avec plusieurs dynamiques émergentes :

      – la société « propriétariste » (depuis le néolithique, avec d’immenses variantes et ds quasi absences), qui met la femme dans le vêtement dans un code social lié à cette tendance idéologique (d’autres mots sont possibles)

      – La structure individuelle des émotions dans les flux d’informations, le cerveau d’une personne comme « construit par la société ».

      – Le caractère très innervé des zones vestimentaires cachées, un peu symétrique dans le « bas des tuyaux » de l’innervation « dans le haut » (visage), dame nature étant bricoleuse sans se forcer.

      – L’influence inverse de la première, émergence du collectif et d’une norme de vêtement, avec sa zone de frange ;), effet de bord où se fixe une partie de la conflictualité, par instanciation/concrétion de la peur du « on ne sait pas où ça s’arrête », le conservatisme en ce qu’il bride le regard du vrai sinon du beau.

      Nous vivons un moment de mutation du premier item surtout, et aussi, à moindre degré, une modification des émotions par l’accès à des flux d’images immenses, notamment à l’adolescence (connu pour être très déterminant par exemple pour les goûts musicaux). L’effet de bord version 2020 me semble juste la manifestation de tout cela.

      1. je ne sais plus si c’est Françoise Héritier qui a dit : quand une société est en crise (en recherche de boucs émissaires) ce sont les faibles qui écopent : à cause de la jalousie profonde que les hommes ont vis à vis des femmes, elles sont des cibles parfaites!.

      2. J’ai toujours un hola quand on attribue soudain une évolution ou un saut aux seuls hommes (mâles) :
        « Les hommes inventent le grenier, stockent réserves et outils » et donc la possession des femmes ou la domination ? Et les femmes pendant ce temps, elle tricotent ? Pourquoi seraient elles séparées dans l’agir et dans la réflexion ? Françoise Héritier elle-même est dans une réflexion circulaire : les hommes, ayant vu que les femmes ne sont enceintes que de relations sexuelles et qu’elles font des filles mais aussi des garçons, en on été jaloux et ont considéré et imposé, etc. Pourquoi cette séparation et cette priorisation des hommes comme pouvoir et autorité ?
        Bien au contraire, on découvre que les (jeunes) femmes participaient à la chasse, et, me dit ma femme, un historien a récemment exposé que les femmes au moyen age aussi apprenaient à combattre pour leu , protection, soit en l’absence de l’homme au combat, soit en l’accompagnant en croisade etc.
        Bref, rien ne dit pourquoi les hommes se sont fait propriétaires des femmes et les femmes se sont laissées faire. Il y a cette explication de Françoise Sporenda selon laquelle les hommes attaquant d’autres peuplades tuaient les hommes et prenaient les femelles comme denrée rare et précieuse pour perpétuer l’espèce. Mais qui suppose à nouveau que les mâles sont à l’initiative.
        En fait, parce que les ossements ne disent pas tout, on ne sait pas si la domination masculine et le dimorphisme entre femmes et hommes est un changement de notre histoire ancienne ou d’une phase antérieure (dite animale). On attribue le dimorphisme à la compétition intra-masculine qui oblige les mâles à être grands et forts et impressionner l’adversaire (les espèces à mâle Alpha ou mâle isolé et polygame) ont moins de dimorphisme par rapport à leurs femelles (P. Picq, Le sexe, l’homme et l’évolution). Il faudrait savoir aussi pourquoi la « parure » est attribuée à un des deux genres dans une espèce (les oiseaux notamment, si proches de nous comme couple et comme société) et quelle en est la fonction et comment la modifier. Y compris par le Wax hollandais :
        https://www.guepecrea.fr/categorie-produit/homme/

  12. Ch.Bard : …  » Les lycéennes en crop top de 2020 sont aussi, à mon avis, les victimes collatérales d’ une angoisse diffuse qui active les désirs autoritaires de contrôle du corps des femmes « …

    Heureusement … dans la phrase il y a :  » à mon avis  » ..!
    Sinon c’eût été un vrai scoop.

  13. Le fameux crop top s’appelle chandail bedaine au Québec !
    Est-ce que cette nomination modifie le potentiel séducteur de cette tenue ?

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  14. Comment être seul juge de son potentiel sexuel ? En refusant d’admettre que l’humain est primate avant d’être législateur ?

    Françoise Héritier admettait négliger le fait que nous soyons émetteur/récepteur inconscients d’hormones, juste parce que la biologie n’était pas sa spécialité…

  15. J’ai gardé la nostalgie d’une soeur hippie ado des années 60 (partie trop tôt), qui se promenait en Clark et jean patte d’éléphant brodé de fleurs, parfois avec un maquillage tout à la fois léger et empreint d’une dérision enfantine (marguerite dessinée sur la joue et rinceau indien sur les tempes genre arabesque). Un pull tunique l’hiver, un polo orange pétard l’été. Une forme de simplicité confortable (de celle que s’octroie les mecs) qui lui faisait bannir de sa vie, le rouge à lèvres, le maquillage pour les yeux, les crèmes de jour, de nuit , d’entre-deux, le font de teint et autre poudre et pommade chimico-naturelle de produits dits de soins, promotionnés par les plus grands pollueurs de France. (c’est plus lucratif que de chercher des antibiotiques ou de nouveaux antiviraux). J’ai vu arriver avec un plaisir non dissimulé, la mode de la mini-jupe / pataugas et j’y ai espéré un symbole de libération de la femme de tous les corsetages chimiques, textiles, maroquiniers et sociaux dans lesquels une industrie de mauvais aloi arrive à l’enfermer en l’insécurisant sur son image. Mais qu’est-ce qui rend la femme si fragile, si insécurisée sur l’image que l’on a d’elle? Pourquoi construit-on l’enfant qu’elle a été autour de l’apparence qu’elle donne, avec l’injonction d’être jolie sans cesse renforcée par des compliments plus ou moins justifiés, et incessants sur ce thème pour soi-disant renforcer sa confiance. D’où vient que la confiance d’une enfant se trouve dans le fait d’être jolie et que la confiance pour un garçon s’acquerrait dans le fait d’être fort. Faisons attention à nos compliments dans l’éducatif….Et , s’il y avait une notion de blasphème à instaurer dans la société, ce serait celle de ne pas attaquer une femme sur son apparence, car nous avons collectivement construit sa fragilité depuis son enfance. De même qu’il n’est pas sain de s’attaquer à un homme sur son supposé manque de force pour les mêmes raisons…Ce sont des tabous auxquels on doit s’attaquer par la racine d’autant qu’une industrie qui fait le choix d’une mauvaise allocation des ressources sans utilités sociales (aidée par des médias de masse) est en embuscade derrière nos fragilités comme une araignée attend le moucheron. Là aussi un peu plus d’écologie pourrait aider à faire tomber l’industrie du complexe et non de la beauté. Après on pourra mieux justifier de s’attaquer à la pub sur les voitures…

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    1. Les filles et les garçons aiment plaire parce que c’est être aimé , rassuré , reconnu et « autre » . Que ça permet d’être  » au monde » et  » dans le monde  » .

      Ça devient négatif quand ça devient un élément de possession , de domination , qui transforme l’autre en objet , et non plus ce « sujet » dont Brassens chantait l’émerveillement (  » la première étrangère à qui l’on a dit tu  » …).

      C’est toute la fragilité de la sexualité qui , selon le sens donné à la vie , peut , de vecteur d’amour et de rencontre , se pervertir en vecteur de violence et d’injustice . Et il faut un peu de chance pour que les premières blessures instruisent sans tuer la joie de vivre et l’espoir en l’autre .

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  16. Ma soeur a passé plusieurs années en Polynésie Française avec sa famille, il est très courant là-bas de voir une jeune fille en rue habillée comme la dame aux cheveux longs que l’on voit de dos sur cette photo
    https://la1ere.francetvinfo.fr/image/2zttgpvHIhLeDUU7AQcJwTnEeBs/930×620/outremer/2019/10/02/5d95046c9fd31_circulaton20bt20hollande1.jpg
    Les femmes et les jeunes filles qui s’habillent de cette façon sont tout à fait banale là-bas, elles ne sont ni « embêtées » par les hommes, ni sifflées en rue et jamais victimes de sous-entendues graveleux indiquant que ce sont des prostituées. C’est juste une tenue adaptée au climat de là-bas où l’habillement est avant tout choisi pour son côté pratique.

    La vision de la société sur les tenues est bien une vision culturelle, l’attitude des hommes est bien une question d’éducation.
    Les réactions européennes sur ces questions ne donnent pas un retour flatteur de l’état de notre société… 🙁

  17. Les deux peaux

    Notre esprit apprivoise le monde dans un corps de chair protégé par notre peau biologique. Plus tard, le regard hagard nous découvrons le monde des avatars derrière nos écrans aux éclats bleutés.
    Notre esprit construit une nouvelle peau sur les murs, dans les chats ou encore dans des blogs du numérique. Le centre de gravité du moi se déplace entre ces deux pôles à la recherche d’un équilibre dans une humanité toujours en quête de nouveaux espaces. Chez certains, l’avatar prend tellement de poids, qu’il finit par altérer la perception du sujet vivant biologique.

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