16 réflexions sur « Ceux qui affament les petits enfants »

  1. Dans la phrase « J’ai l’impression d’assister au baroud d’honneur d’une bande de soixante-huitards qui après avoir fait la fête toute leur vie et pour un an, un jour, une heure de vie en plus essaient d empêcher les jeunes générations de vivre » il faut remplacer soixante-huitards par « boomer ». Ceux qui ont 20 ans aujourd’hui ignorent totalement le phénomène 68 et héritent bel et bien du monde que laissent les « boomers » (enfants du baby boom) en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. Assez naturellement, les boomers souhaitent vivre autant de « minutes de plus que possibe » MAIS de façon fort cohérente, des philosophes contemporains ex soixante-huitards défendent bec et ongle ce droit de vivre des jeunes frappés par la crise du COVID.

    1. 68, belle année de mes 20 ans d’un monde qui m’était inconnu, apparemment illimité et ouvert avec un minimum de bagages : le monde des boomers ! Toutes les évolutions ou révolutions étaient donc possibles.
      Aujourd’hui le monde est dans la poche sans aucun bagages, fait de réseaux et de technologies apparemment illimités mais physiquement et géographiquement limité, pollué et refermé.
      Seuls les financiers capitalistes ont encore le droit à la bêtise qui semble illimitée dans ce monde fini, usé.
      Le virus couronnant n’est qu’un détail du laisser aller ambiant, un gravier dans la chaussure qui ralentit la marche, mais comme ils ne savent pas faire autre chose, ils fourbissent leurs armes pour reprendre la course. Comme la « Démocratie », ce n’est qu’un épiphénomène de plus qu’il faut intégrer dans les coûts de production !
      Les politiciens sont-ils plus menteurs que hier ou avant-hier ? Pas forcément mais ils se trahissent plus vite et le vocabulaire ne peut pas suivre. La puissance financière reste le Léviathan.

      1. Politicien: Personnalité active dans son engagement politique, et spécialement quand elle représente un parti politique ou est une élue du peuple.
        La généralisation du nom que vous faite est,est dangereuse car elle assimile par exemple François Ruffin, un homme clair et honnête dans ses engagements, a des arrivistes ambitieux sans principes éthiques comme Gérald Darmanin.

      2. Merci pour cette précision. J’accordais à ce mot une dimension péjorative que j’éviterai dorénavant.

  2. Ça me rappelle aussi une histoire familiale, un grand père qui voyant pour la première fois un de ses petits fils né la veille a pour tout commentaire :

     » Et voilà celui qui va tout bouffer  »

    Et ça rappelle aussi l’histoire de Paul sur les paludiers, quand il dit :

    Ce n’est pas l’homme qui hérite de la parcelle, mais l’inverse.

    Certains hommes sont ce qu’ils ont, jusqu’au jour où leur hippy de fils ou de fille, bouffe tout 🙂

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    1. Il y avait aussi un énoncé appliqué aux riches familles bourgeoises ( quand la bourgeoisie était une bourgeoisie entrepreneuriale )

      – le grand père fonde l’entreprise et la développe ,
      – le fils fait fructifier l’affaire et la renforce ,
      – le petit fils picole , se drogue et entretient plusieurs maitresses , et  » bouffe » tout le capital .

      Je suis sérieusement inquiet du sort advenu à Jducac . Est ce que Coronavirus a eu raison du spermatozoïde capitaliste ? Mais s’il peut encore nous lire , je l’embrasse ( sans ironie ) , en suite des bonnes paroles d’une encyclique papale , et à défaut de l’extrême onction , je lui souhaite de partir dans la meilleure paix avec le monde .

  3. Voilà, je me demande toujours quel est le cadre ?
    Une pandémie. Celle d’un virus qui a franchi la barrière des espèces ouvrant, sans doute, la voie à d’autres virus. Maîtriserons nous cet ennemi dont beaucoup d’entre nous meurent déjà ou vont mourir ? Qu’importe, d’autres armées de ces sales  » trucs  » attendent leur tour l’arme au pied et nous défieront pendant des décennies. Et quoi encore ? Une crise environnementale multiforme ; un dérèglement climatique dont nous n’avons eu qu’un léger aperçu des conséquences ; une démographie galopante impossible à contenir par des moyens acceptables ; des difficultés pour nourrir des milliards d’êtres vivants ; une eau souillée, un air irrespirable dans nombre d’endroits jusqu’à ce qu’un nouveau confinement ou bien un ralentissement gigantesque des activités ne ramène un peu de pureté ; une crise économique et de l’emploi ; et quoi encore ? La cécité des ‘’ élites ‘’ tournant en rond dans leur pré carré.
    Et quoi, encore ? ah oui, la jeunesse qui demande seulement le droit de vivre. Alors comme on ne leur apprend pas, dans ce monde où la vitesse est une vertu cardinale, à se poser un instant pour exprimer leur vision de l’avenir et dire comment ils voudraient vivre, ils trouvent plus commode et sans doute plus rassurant de s’inspirer de celles de leurs parents et grands-parents.
    Il va bien falloir leur expliquer que le cadre n’est pas le même et qu’ils vont être contraints de trouver des réponses à leurs questions pour peu qu’ils posent les bonnes. Personne dans ce monde ne doit être l’ennemi de personne, nous y avons tous une place singulière qu’une vision humaniste nous permettra de découvrir sans toujours avoir besoin de nous défendre, de nous quereller, de nous déchiqueter. Vivre sa jeunesse cela n’est rien d’autre que vivre selon nos aspirations profondes et nous approcher le plus possible du bonheur. Et cela c’est l’affaire de chacun. C’est d’abord notre affaire.

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    1. C’est effectivement le cadre de référence et donc les référents acceptés ou pas, qui faussent la plupart des discussions, – y compris entre nous ! Le cadre de référence du banquier ne peut pas se muter en celui du médecin ni du paysan.
      Malgré les efforts de pédagogie de l’anthropologue, il existe non pas un seul mais de multiples plafonds de verre qui isole les « classes » les unes des autres le plus souvent volontairement : on ne se promène pas d’une classe à une autre sans montrer patte blanche.
      Même les médecins ont montré combien il est difficile de faire de l’épidémiologie d’une spécialité à une autre: c’est affligeant ! Naïvement j’aurais attendu que « L’Ordre » fasse en quelques semaines le travail qu’il demandait à Raoult de faire : il en a les moyens financiers et techniques. Mais il préfère rester en retrait derrière des arguments administratifs poussifs: le contraire d’un travail sérieux. Dirimant !

  4. Le texte de Christian Laval est magnifique, merci. Christian Laval qui bosse avec Pierre Dardot et qui nous ont donné « Commun » (La Découverte), récemment « Dominer. Enquête sur la souveraineté de l’État en Occident » – continue(nt) d’ouvrir l’avenir. J’espère le et les lire encore sur ce blogue.

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  5. Bonjour Mr Jorion,
    Je ne prends aucune position sur les personnes qui ont participé à faire de 68 un mouvement de cette époque
    Ayant participé comme lycéen à l’époque .
    Ayant ensuite j’ai aussi fait parti de mouvements communautaires ( les fameux hippies d’Herve).
    Ce que je pense c’est qu’un certain nombre de ces personnes ont trahi leurs engagements de l’époque pour faire tourner ensuite à fond notre société libérale.
    Vous connaissez la chanson de Brel les concernants !
    Et je reconnais que je leur en veux un tantinet.

    1. « un certain nombre de ces personnes ont trahi leurs engagements de l’époque pour faire tourner ensuite à fond notre société libérale ».

      Vous pouvez donner quelques noms ? Pour illustrer.

      1. Le plus cynique sans doute : Denis Kessler, jeune maoïste en ‘68, il a ensuite renié totalement ses engagements de jeunesse, parvenu à la direction du MEDEF (N°2), il ose déclarer en 2007 qu’il faut abolir les acquis du CNR, il est toujours pdg de SCOR avec un salaire plus que confortabl€€€€€

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  6. Cela me rappelle un point précis sur lequel je suis prêt à suivre Piketty:

    L’effet Pandore, le fait que si on ouvre la boite du grignotage de la propriété,
    on ne sait pas où ça s’arrête, et c’est ça qui donne peur.
    (Il le dit avec seulement qqs nuances pour le taux d’imposition des revenus (ceux des rentiers aux longs débuts dudit impôt de 1850 à 1914 en gros…)
    et pour les « morsures » (« partages » ) possibles de la propriété.

    A l’inverse, nous sommes clairement dans la m… parce que cette propriété (notamment l’actionnariat)
    est pris comme valant le lot des trois sous-droits romains, « usus, fructus, abusus », qui distinguaient mieux que nous ces questions.

    Je crains, par saint Hegel et saint Frusquin, que notre langage soit un sacré farceur en la matière et nous bloque sur ce chemin.
    Quelques pistes pour tester : si Todd a raison que les russes sont plus sur un mode de famille communautaire, le langage de la propriété en russe contient-il des signes de la possibilité de ne pas l’absolutiser comme nous l’avons fait ?
    Autre hypothèse dans la suite de mes lectures de Baptiste Monsaingeon « Homo Detritus » :

    Je pense au moment où l’on a cessé de recueillir les excréments au XIXème siècle (pour s’en servir comme fumier, ce que les chinois font encore un peu , en France, la fertilité de la plaine de Montesson qu ialimentait Paris en maraiches venait de là via les égouts à un certain point. Les excréments de volailles étaient aussi recyclé (Primo Levi en parle et en extrait un composé azoté du genre alloxane qu’il essaye d’utiliser pour la demande de teinture d’un coiffeur en butée sur le sujet, vers 1948 de mémoire) ). N’est-ce pas à ce moment où notre corps s’est mis dans un métabolisme « retranché » du monde que sont apparues plus fortement les névroses du monde bourgeois que Freud allaient voir en grand nombre ? Toute mise à l’écart d’un choix d’action ne se vit bien que « habillée socialement », et non rejetée dans le non-dit complet. Notre non-parler de notre métabolisme (de sa fin côté « basse énergie ») et notre non-parler des marges autour de la propriété (n’y en a pas, c’est un tout, on n touche à rien) auraient-ils un point commun ? Une fracture à réconcilier de plus. Mais qui pourrait aider les réconciliations qu’on peine à mener à bonne fin (égalité des sexes, « cancel culture », choses dont on parle et qui ne changent pas comme on voudrait, les blocages n’étaient que déplacés par des vibrionnages ou courant le risque de se discréditer eux-mêmes… (voir les invités de G Erner @Franceculture ce matin sur la Cancel Culture…))

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  7. « C’est une très belle histoire, vous allez voir, à raconter aux petits enfants, presqu’un conte de fées. »

    On a l’habitude de dire que le conte de fées trouve ses origines dans des mythes et des légendes aux motifs universels, et aussi, que le conte de fées et la morale entretiennent des rapports très étroits.
    D’où ma question : quelle est la morale de cette histoire ?

    Y a-t-il quelque chose qui pourrait nous donner un indice ?

    Eh bien, nous lisons que cette très belle histoire se passe à Rotterdam.
    Or, la particularité des villes portuaires est d’avoir à concilier deux choses qui semblent incompatibles : un développement urbain harmonieux et la poursuite d’une forte activité portuaire. Comment faire pour que leurs relations ne deviennent pas conflictuelles ? Comment ville et port doivent apprendre à se connaître, et à ne pas se tourner le dos au fil du temps ?
    Mais peut-on remonter encore plus loin que cette simple métaphore urbano-portuaire, sans tomber dans une psychanalyse d’un presque conte de fées ?
    Qui veut que nous restions ignorants pour pouvoir régner en maître absolu et dicter sa loi ?
    Aphraate, auteur chrétien de langue syrique du IVe siècle, usait lui d’une autre métaphore : « Soyons le sel véritable, afin de ne pas devenir nourriture de serpent. »
    Enfin, comment répondre à la tristesse qui règne dans les familles où les enfants on faim ?
    Et quel rôle joue donc notre ventre, ce « deuxième cerveau », pour de gentilles fées ?

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