L’éducation nationale devra bouter les parents hors de l’école ! par JeNeSauraisVoir

Sans doute les personnes d’un certain âge se souviennent-elles de parcours scolaires – le leur ou celui d’un camarade – effectué pour ainsi dire sans les parents ? C’est ce que j’ai vécu moi-même comme écolier dont les ascendants ne savaient ni lire ni écrire. Pour autant, ils se sont montrés extrêmement concernés par le parcours scolaire de leurs rejetons, ne manquant jamais l’occasion de nous rappeler de nous comporter à l’école comme il est attendu de nous ! C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai tendance à la ramener quelquefois devant ce que je considère comme un excès de proximité entre l’école et les parents.

Pourtant, il parait que Jules Ferry, ce bienfaiteur de l’humanité devant l’éternel, avait voulu d’une école qui éduque les enfants à l’abri, voire à l’encontre de leurs parents. Mais il est vrai que les parents en questions étaient d’affreux Communards de 1871 que Jules Ferry et sa clique de Versaillais plutôt monarchistes ont fait hacher menu quelques temps auparavant !

Depuis ce temps, notre éducation nationale a fait bien du chemin au point d’encourager au travers des associations de parents d’élèves, une coopération en bonne intelligence dirait-on, entre l’institution et les parents, sans oublier de prévoir pour les enfants, un programme de nourrissage conférant aux ascendants un rôle d’auxiliaires actifs et tant pis pour ceux qui ne parviendraient pas à concocter, à la place de leurs rejetons, de beaux exposés richement illustrés sur les résistants de la guerre de 39-45.

On comprend bien que la chose a été souhaitée et insidieusement installée notamment par cette parentèle comprenant bien son intérêt : celui de la reproduction sociale. C’est d’abord la bourgeoisie qui ne s’est plus contentée d’offrir un supplément de capital culturel à la maison et qui a voulu des écoles « ouvertes vers l’extérieur » pour paradoxalement favoriser l’entre-soi. Elle est suivie de près par la classe intellectuelle puis largement aujourd’hui par la classe moyenne, tout ce beau monde qui aimerait que le plus de temps possible de sa descendance puisse être consacré à la consolidation de ce qu’il a pu mettre de côté par-delà sa foi inébranlable aux vertus de la collectivité. Et vas-y alors que je te la nique cette p… de carte scolaire pour inscrire mes enfants aux meilleurs endroits dans le public, sinon je change de crémerie !

Ce que l’on a peut-être oublié, c’est que l’immixtion des parents dans les affaires de l’école est une porte ouverte sur bien plus de choses que celles qu’on espérait. Et pendant que les uns contrôlent que l’école n’insiste pas trop sur l’égalité, d’autres veillent à la préservation de l’héritage qu’eux aussi tiennent à transmette à leurs rejetons, c’est-à-dire leurs croyances qui, d’après leur expérience, les protègent d’un monde qu’ils ne comprennent peut-être pas et qui les domine assurément. Pourquoi dites-vous donc à mes chers enfants sur qui je compte pour vivre ce que n’ai pu vivre moi-même que la terre est ronde ? Et comment osez-vous leur enseigner autre chose que « Dieu a créé le monde en 7 jours » ?

Au bout du compte, chaque parent devenu client particulier (gloire au marketing) de l’Education Nationale se croit fondé de rechercher la responsabilité individuelle d’un enseignant pour tout motif d’insatisfaction. Dès lors qu’un parent d’élève peut se plaindre du tatouage d’un enseignant alors même que l’institution n’y voit, à juste titre, aucun inconvénient, n’avons-nous pas déjà basculé en zone trouble ? Sans doute cela fait-il les affaires de l’Education Nationale (donc les nôtres collectivement) de se défausser sur ses fantassins ? Dans une société qui met le modèle de l’entreprise privée à toutes les sauces a-t-on jamais vu client mécontent demander la démission de l’employé qui lui a vendu le produit jugé avarié à la livraison ? Existe-t-il encore quelque chose que l’on puisse appeler Education Nationale dès lors qu’en cas de difficulté les parents s’en prennent directement à l’enseignant ? Ce processus d’hyper-rapprochement (d’intégration) ayant pour résultat un certain effacement de l’institution derrière des éléments isolés (les enseignants) ne favorise-t-il pas les comportements d’intimidation et le passage à l’acte de la parentèle ?

Si voulons faire de notre système scolaire un sanctuaire où nos enfants pourront être exposés à des vérités négociées et donc pouvant s’écarter des dogmes qu’ils subissent à la maison, ne devrions-nous pas nous doter d’une Education Nationale capable de lutter efficacement contre la reproduction sociale et ne serait-il alors pas logique de bouter les parents – tous les parents – hors de l’école ?

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33 réflexions sur « L’éducation nationale devra bouter les parents hors de l’école ! par JeNeSauraisVoir »

  1. Ça se tient.

    Pour autant, il y a des situations où des délégués de parents d’élèves pleins de bonne volonté se trouvent face au mur d’une institution pas du tout disposée au dialogue constructif.
    La réfection des toilettes ? pas possible (trop cher selon l’intendant)
    Laisser l’accès libre aux dites toilettes sans que les élèves soient obligés d’aller quémander la clé ? pas possible. Ces sagouins ne pensent qu’à y faire des bêtises.
    Le papier toilette ? n’y pensez même pas !
    Le problème des cartables pesant plusieurs kilos pour les petits de 6ème ? je pourrais écrire un roman sur les années de lutte avec les camarades de la FCPE. Nous avons tout essayé, proposé des solutions, mais rien à faire. PAS POSSIBLE !
    La question des tenues vestimentaires ? un summum de conformisme, de non-réflexion.
    Etc.

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    1. En 20 ans de balayeur et d’entreteneur de chiottes en collège, accessoirement réparateur de casiers et reboulonneur de bancs, pas une seule fois mais pas une seule fois en 20 ans, il a été question de tous se poser la question c’est quoi vivre ensemble dans un lieu aussi clos qu’un collège. Traité avec mépris par la direction et la plupart des profs, ignoré par les parents, délaissé par le conseil départemental. Nous montrons à nos enfants que nous pouvons vivre en discréditant une part de la population d’un petit territoire et que le système fonctionne, enfin avant qu’il n’implose. Nos petits sont jeunes et les surveillants bien vite dépassés : ils ne font que leur « gueuler » dessus . Pathétique. Cordialement. birnum

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    2. Pour faire écho à cette image, je me permet de rapporter ce que j’ai retenu du témoignage d’une enseignante de primaire ayant fait récemment son stage dans une école de beaux quartiers (ou Cartier :-), puis débuter sa carrière dans une école défavorisée. La première correspondrait trait pour trait à la case 2009, lorsque la seconde se serait semble-t-il figée à l’année 1969 du dessin.

      1. Salut PMA,

        De ma brève expérience dans l’EN, j’aurais tendance à faire le même constat, hors cas limites de revanchards qui, une fois adultes, ont décidé de régler leurs comptes avec l’École pour ce qu’ils y ont subis et la vie qu’ils mènent. Il reste, en général, dans les classes populaires un certain respect pour l’institution qui s’érode quand on monte sur l’échelle sociale (classes moyennes et moyennes sup). Pour le so-called élites, la rupture est consommée et les stratégies d’évitement sont légions jusqu’à la scolarisation dans des écoles privées ou internationales. Les classes populaires croient encore – les pauvres (deux fois) – à la méritocratie et aux possibilités d’ascension sociale qui sont le mythe de l’école républicaine… On vous y trouvera quelques contre-exemples à ce que j’avance (comme pour le mythe capitaliste du self made man) histoire de maintenir l’illusion !

        De ceci, découle une juridicisation et une judiciarisation de l’école. Faut couvrir ses arrières face à des populations armées intellectuellement pour percevoir les enjeux et la compétition féroce qui s’y déroulent et utiliser tous les outils du droit à des fins de réussite scolaire. Les passages en lycée général négociés par les classes moyennes et moyennes sup en conseil de classe sont légions quand on retrouve à résultats supérieurs les enfants des classes pop en technique ou en professionnel (les parents ne négocient pas). Tout ceci est largement documenté, je vous dispense des biographies (sociologues de l’éducation). Pire, c’est même valable pour les notes, les attendus enseignants correspondant à la culture de l’élite (P. Merle, sauf erreur de ma part), là encore les biais sont pléthoriques. Jusque dans les méthodes d’apprentissage (par projets etc) qui ne font que renforcer l’avantage concurrentiel culturel déjà acquis. Il est prouvé que les méthodes « à l’ancienne » (frontal, cours dicté, etc) sont plus favorables aux enfants des classes populaires qui ne maîtrisent pas les outils complexes.

        Sur l’institution elle-même, rien ne m’empêchera de penser que le collège n’est qu’une vaste gare de triage redoublant les inégalités sociales au lieu de les réduire et c’est encore plus prégnant dans le cas des élèves d’origine étrangère où les codes culturels sont parfois diamétralement opposés aux attendus implicites de l’École. C’est triste mais tout cela est largement documenté depuis longtemps maintenant.

        Dans le cadre du CA, la mise en minorité du corps enseignant face à l’équipe administrative, les collectivités locales ou territoriales et les représentants des parents d’élève, transforme cet organe en centrale d’enregistrement (avec motion de censure systématique de la DGH par les profs, dont les chefs d’établissement se défaussent prestement sur les choix nationaux hors de portée) s’il est bien préparé et négocié en amont.

        Pour ce que j’ai pu en voir le rôle des parents d’élèves se borne d’années en années à 3 points : 1/ le poids des cartables (et l’installation de casiers) 2/ les menus du self (sic) et 3/ les fournitures scolaires pour les plus démunis (ce qui est bien). Là encore, la représentation est majoritairement CSP moyennes et moyennes sup sauf exception et volonté forte ou activisme de l’équipe pédagogique élargie parfois à l’administration.

        Bref, restent captifs de l’École publique, les populations parmi les moins équipées pour affronter la terrible concurrence qui s’y joue sans qu’il en aient même conscience souvent. Est-ce à dire que celle-ci est un échec et plus particulièrement un échec involontaire ? Je ne pense pas, il s’agit d’une stratégie délibérée, la même que pour les services publics en général : asphyxie progressive par attrition des moyens alloués, constat d’échec et recours au privé pour ceux qui ne sont pas captifs ou qui en ont les moyens matériels et intellectuels (écoles privées, cours particuliers etc). Les moyens alloués comparativement aux étudiants de Fac, pour les chiffres dont je dispose qui datent un peu, 6 à 7000 euros par an contre 35000 pour les écoles supérieures où l’on retrouve majoritairement des CSP+ et… des enfants de profs ! (J’ai entendu le mot de corruption passive ?! Pfff soyez pas médisants !!!)

        Ce qui me fournit mon dernier argument : j’espérais tomber dans un nid de gauchistes là-bas et de gens intellectuellement développés… Je n’y ai trouvé que le ventre mou du PS (et encore ! en cas d’une quelconque conscience politique qui ne vire pas de plus en plus FN…), conformisme déprimant et hypocrisie permanente. L’horreur ! Sans même parler du traitement réservé aux jeunes profs tant par l’Institution elle-même que par des chefs d’établissement rendus manipulateurs du fait des contraintes imposées et de leur arrivisme (premier petit poste politique de l’EN).

        Enfin, pour ne pas me mettre à dos la majorité du lectorat du blog, il reste heureusement quelques énergumènes (certainement pas la majorité du genre !) dévoués et passionnés, conscientisés, qui font ce qu’ils peuvent pour leurs élèves mais cela ne suffira certainement pas à déjouer la stratégie néolibérale à l’oeuvre là-bas comme ailleurs, jusqu’à ce que « Softmicro » et « DocMads » en viennent à la pourrir définitivement ou à délivrer des diplômes…

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      2. Yo les intellos 🙂

        Je me retrouve complètement dans les billets de PMA et 2Casa. A savoir que le système éducatif est le meilleur producteur des inégalités sociales. Pour l’anecdote, je raconterai ce qui m’a été rapporté d’un fonctionnaire de la sécurité des bâtiments universitaires. Il s’est trouvé à travailler à l’université de médecine de Paris, celle qui forme « les chirurgiens qui vont opérer des joueurs de foot comme Ronaldo » (lol). Son bureau était à côté de celui qui s’occupe de l’administration des résultats des examens. Ce dernier avait continuellement des appels de papa avocat, de maman médecin, pour prendre la température… Une fois ce brave homme aurait eu le malheur de s’insurger « Vous n’allez quand même pas lui donner son diplôme, c’est tout juste s’il distingue le chou de la carotte! », on lui a gentiment dit de la fermer, ou alors il était viré.

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  2. Pas d’accord. Parce qu’une école ouverte en particulier dans les milieux défavorisés est le meilleur moyen pour créer une relation de confiance avec des parents qui seraient plutôt méfiants de prime abord. Si l’on veut une scolarité équilibrée pour l’enfant, inclure les parents est essentiel. Après peut se poser la question du comment, et là il y a lieu à débattre.

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      1. Je parlais des milieux défavorisés et des enfants dont les parents seraient méfiants de prime abord. Le fait de les inclure, qu’ils voient l’école, qu’il puisse interagir avec les enseignants et parfois participer à des événements les met en confiance. Si on arrive à un point de crispation, les parents en question iront plus spontanément vers le dialogue que la confrontation. Tout ce travail en amont permet de désamorcer des conflits nés souvent d’incompréhensions et de malentendus. Si ce genre d’école se referme et devient un sanctuaire opaque, alors là je n’ose pas imaginer les problématiques auxquelles risquent d’être confrontés les enseignants et directeurs d’écoles.

      2. Par ailleurs le soutien des parents pour une bonne scolarité est essentiel, encore une bonne raison d’inclure le plus possible des parents qui sont parfois analphabètes ou semi-alphabétisés. Il y a de nombreuses solutions qui existent pour accompagner les enfants de ces personnes et combler le manque d’aide à la maison. Mais cela ne peut se faire qu’avec l’accord des parents.

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      3. Pour moi aussi bouter les parents hors de l’école paraît une proposition tout droit sortie d’une époque où les totalitarismes paraissaient encore des systèmes politiques très fréquentables. Ça rappel certaines idées de la république de Platon, et leur application dans le régime Roumain de Nicolae Ceaușescu par exemple.
        Les parents ne sont-ils pas des citoyens ? Ne devraient-ils pas être les premiers responsables de leur progéniture ? Dans un régime démocratique, ou même seulement républicain un peu équilibré, ne devrait-il pas falloir une condamnation par une autorité judiciaire pour des raisons graves pour leur ôter cette responsabilité ?
        Prononcer ainsi des vœux de séparation de l’école et des citoyens, n’est-ce pas au final un aveux d’échec démocratique effroyable ? Cela ne revient-il pas à affirmer, en quelque sorte, que l’on souhaite former les futurs citoyens hors de l’influence des actuels ? Ces derniers étant par trop infréquentables ?

    1. L’école peut être ouverte à tous ceux qui s’inscrivent dans une communauté du savoir.

      Je ne dis pas communauté de sachants, qui partageraient un savoir donné, je dis « du savoir »,
      c’est-à-dire de tout ce qui le favorise (et tout ceux et toutes celles qui le favorisent),
      tout ce qui en favorise la « biodiversité » (en tant que savoir, donc « fait religieux « : ok).
      Compte tenu de l’importance de l’éducation, qui n’est plus naturellement pyramidale (quoiqu’en France hum),
      cela peut vouloir dire la mise en place d’un nombre considérable de gens du même genre que les « référents laïcité »,
      mais qui sont chargés de médier entre parents d’élèves et enseignant.

      Donc d’écranter ceux qui ne sont pas dans la logique précitée, avec clarté et sans hésiter.
      C’est la garantie de l’émancipation des adultes. Avec ce qu’elle comporte de risque, mais c’est sur ce curseur qu’un choix national a été fait en France, qui n’est pas remis en cause par la majorité : pas de tutelle des anciens (famille, communauté religieuse, etc.) sur le devenir à long terme des enfants, sur les restrictions à leur domaine d’exploration intellectuelle.

      A reformuler sans doute mieux, mais il me semble que c’est le genre de distinction qui peut rendre service sur un mode durable, dépassionné, et « tirant vers le haut ».

  3. Personnellement je ne comprend pas trop, ni dans un sens, (école « ouverte »), ni dans l’autre (école sanctuarisée, et vive l’uniforme). J’ai plutôt l’impression que l’école est en miroir avec la société, et même l’amplifie, qu’une certaine confusion y règne, et les professeurs (je ne sais pas pourquoi, je n’aime pas le diminutif de « prof' » utilisé à tout bout de champ) sont débordés sans soutien de l’institution. En écoutant un témoignage ici ou là, on a l’impression qu’un hiatus existe entre les professeurs « au front », et la hiérarchie aux abonnés absents et déconnectés du terrain. Mais là aussi, on retrouve des « symptômes » qui existent dans d’autres institutions, avec une déconnection de la base avec les échelons supérieurs. Mélange de bureaucratie, reflet d’une segmentation sociale, tant du côté des personnels que des élèves ? La dernière réformes du programme est révélatrice à cet égard, critiquée par ceux du terrain comme pensée dans des bureaux parisiens bien éloignés de la réalité . Au fond, pour reprendre une thématique d’un commentaire ci-avant, comme compte de plus en plus le capital culturel issu du milieu d’origine (capital culturel qui se confond de plus en plus avec le capital financier ou patrimonial), peu importe pour la classe supérieure que cela passe pas bien dans les bahuts, parce que leurs enfants s’en trouvent relativement protégés et bénéficient de conditions favorables pour faire éclore les « talents » de leurs « petites têtes blondes »….Me trompe-je ?

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    1. « … la hiérarchie aux abonnés absents et déconnectés du terrain …)
      Dans une explication sur l’épreuve du grand oral qui fera son apparition en juin prochain, cette phrase d’un Inspecteur (IPR): « On ne parle pas de problématique mais de questionnement dans une démarche heuristique de problématisation »
      Les réunions avec les parents vont être longues! …

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    2. @ Emmanuel

      Vous dites :  » La dernière réforme du programme est révélatrice à cet égard, critiquée par ceux du terrain comme pensée dans des bureaux parisiens bien éloignés de la réalité .  »

      Il serait bon de se renseigner sur le projet politique gouvernemental et sur l’idéologie macroniste vis à vis de l’Éducation nationale incarnée directement par M.Blanquer. Franchement, croire à chaque fois qu’une  » réforme  » est actée sur le terrain, celle-ci serait le fruit de  » cols-blancs- déconnectés- du-terrain  » est au mieux naïf, au pire passablement irresponsable. Il serait temps me semble t-il de comprendre que le projet ultime des néolibéraux est de dissoudre l’Éducation nationale en privatisant les établissements scolaires et les enseignements. Ne pas le comprendre, ne pas comprendre ce qui anime idéologiquement et concrètement – par les lois votées au parlement depuis trente ans – les bataillons de néolibéraux aux affaires, c’est rater le coche et répéter un mantra éculé dont se gargarisent la plupart des journaux. Non, toutes ces personnes dans « les bureaux » ne sont pas lunatiques ou simplement incompétents, ils ont un projet politique à défendre et un agenda à mettre en œuvre et c’est bien ce qu’ils font. Vous aurez un premier aperçu sur le projet néolibéral pour l’Éducation concocté par nos gouvernants avec cet excellent ouvrage :

      – « Vers une nouvelle guerre scolaire – Quand les technocrates et les neuroscientifiques mettent la main sur l’Éducation nationale » – Philippe Champy – Édition de la Découverte.

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      1. Oui, merci pour cette référence. Là où je travaille, je vois de nombreux professeurs, les plus agés qui n’en peuvent plus, désabusés, et pour certains d’entre eux, qui n’attendent plus que de partir à la retraite…..

      2. Très intéressant. Merci Hervé, Dominique.e et Emmanuel pour ces informations et liens concernant le livre de Philippe Champy.

  4. Lutter efficacement contre la reproduction sociale est un bel objectif, dont on nous rabat les oreilles, mais il semble que poussé à son paroxysme il ne puisse aboutir qu’aux solutions efficaces de Pol Pot, formé d’ailleurs chez nous.
    Qu’en est-il d’ailleurs de la reproduction sociale des enseignants, aux valeurs partagées, souvent bourdieusiennes, pratiquants souvent l’endogamie ?
    Le risque d’exclure les « clients » Parents c’est qu’ils risquent d’aller voir ailleurs, pour les plus favorisés il y a sans doute de très bon pensionnats en Suisse. veux-t-on séparer l’élite méritocratique de la classe moyenne qui ne pourra se l’offrir des rejetons de notre « élite économique » ?
    Pour ce qui est du récent incident qui nous vaut ces discussions, il ne semble pas que le parent qui s’est agité suite peut-être à des déclarations mensongères de sa fille, s’en soit pris directement à l’enseignant , mais plutôt à l’institution par une démarche auprès de la principale, puis par une tentative de mouvement collectif.

    1. « Pour ce qui est de l’incident récent «  : enquête en cours sur les liens entre le père de la jeune fille et le meurtrier.

  5. J’ai un fils à l’école primaire et j’ai la chance d’habiter dans un endroit favoriser, un village magnifique et une population plutôt favorisée dans l’ensemble (éduquée, ayant voyagé, portée par des valeurs plutôt écologique, comprenant de nombreux artistes…) .
    Nous avons récemment fait une balade contée d’une journée, tout les parents étaient invité à accompagner. la conteuse (une amie) est elle même institutrice dans un village proche et nous a fait profiter d’un récit qui a captivé de nombreux enfants tout au long de pauses jalonnées sur la journée.

    Ce genre de journée d’intégration fait que je connais mieux l’équipe enseignante (atsem, avs et instit.) mais qu’ils me connaissent mieux aussi. Et personnellement je pense que l’intégration des parents pourrait apporter beaucoup à l’école. Par exemple leur savoir et savoir faire pourrait être utilisé dans l’éducation des enfants.Des couturières pour apprendre la couture, un parent anglophone pourrait aider à l’apprentissage de l’anglais, le champ est vaste.
    Evidemment cela impliquerait d’y mettre des moyens.
    J’ai aussi donné des cours de soutien au collège pendant 1 an (en mathématique discipline pour laquelle j’ai le plus d’affinité) et j’ai pu voir des profs de 4ème m’expliquer qu’ils préparaient leurs élèves au bac ce qui m’a un peu interloqué.
    J’ai pu voir aussi des méthodes de mathématiques dont l’idée de démonstration était absente alors que ma première démonstration de géométrie plane m’avait apporté une grande satisfaction en 4ème.
    Les professeurs en question ne m’ont pas paru s’épanouir dans leur métier et un objectif plus modeste de préparation à la 3ème m’aurait suffit. Je précise que l’enseignement ne m’est pas totalement étranger ayant été entraîneur de jeu d’échecs pendant une dizaine d’année, ayant mené des enfants au championnat de France et des élèves au chamionnat interacadémique.

  6. La tentation d’exclure met en lumière l’énorme souci de notre société actuelle : ne pas croire aux vertus du dialogue.
    Et quand supposé dialogue il y a , voir comment celui est empêché par la manipulation .
    Trop facile après de montrer du doigt l’inefficacité de l’école , de la république même…

    «  C’est pire que ce que vous croyez «  comme dirait un certain Jorion .
    https://www.leparisien.fr/politique/budget-2021-du-rififi-a-l-assemblee-apres-les-accusations-de-censure-de-ruffin-13-10-2020-8402283.php

  7. La tentation d’exclure met en lumière l’énorme souci de notre société actuelle : ne pas croire aux vertus du dialogue.
    Et quand supposé dialogue il y a , voir comment celui est empêché par la manipulation .
    Trop facile après de montrer du doigt l’inefficacité de l’école , de la république même…

    «  C’est pire que ce que vous croyez «  comme dirait un certain Jorion .
    https://www.leparisien.fr/politique/budget-2021-du-rififi-a-l-assemblee-apres-les-accusations-de-censure-de-ruffin-13-10-2020-8402283.php

  8. Pour « bouter » ( c’est un peu violent ) les parents hors de l’école il ne faut pas qu’il soit dupe de ce qui s’y passe et qu’il soit presque en total confiance !

    1. @ lulu018

      Je suis bien d’accord avec vous. Le vocabulaire guerrier s’immisce partout. J’ ai été quelque peu interloqué en écoutant sur une radio informative en continu, un invité assurant avec passion que les professeurs sont en  » première ligne  » – Qu’est-ce à dire ? Que les élèves seraient nos ennemis ? Hier encore, insultés, salis, vilipendés et traités de feignants, voici maintenant que les professeures et les professeurs sont nouvellement bombardés en « hussards noirs » de la V° république, soldats de cavalerie légère chargeant sabre au clair. Il faudrait que la raison nous revienne avec nuance et subtilité sans en rajouter sur l’atroce des actualités.

  9. Je vais tenter réagir globalement aux différentes observations en indiquant, dans la mesure du possible, à quel commentateur un développement précis est adressé.

    Permettez-moi d’abord de rappeler que l’enseignant assassiné pensait à coup sûr bien faire, qu’il croyait très certainement que l’école était cet endroit qu’on dit si souvent être un sanctuaire, qu’il a pu penser que son rôle d’enseignant consistait notamment à préserver cette caractéristique de l’école.

    Tout en prenant acte de la difficulté à laquelle notre société se trouve confrontée comme l’explique Paul Jorion, notamment dans sa vidéo du 20 octobre, il m’a semblé utile de revenir sur les conditions qui ont pu favoriser le lent écroulement des palissades du sanctuaire. Peut-être est-il possible d’essayer de préserver l’école tout en continuant à instruire les difficultés de notre société et sans doute le devenir de l’école fait-il partie de la solution ?

    La difficulté de ce que je considère comme une proximité excessive entre l’école et les parents, c’est que sous une apparence de bon sens, cette évolution a littéralement transporté la société à l’école. L’on peut estimer que c’est une bonne chose. Peut-être faudra-t-il alors doter l’école d’un doublon de toutes les autres institutions de la société ?

    Plus précisément (@PMA) les parents responsables de leur progéniture ? Oui ! Faut-il pour autant en faire, par exemple, des auxiliaires de l’enseignant ? A ce train (@Yann Argenton) les enfants des analphabètes ou semi-analphabètes s’en sortiront encore moins que ceux des lettrés. C’est l’institution dans son ensemble (@Yann Argenton) qui doit faire la preuve de la confiance que l’on est en droit d’attendre d’elle sans qu’il soit nécessaire pour chaque parent d’exercer son contrôle sur un établissement ou un enseignant en particulier. Oui (@PMA), il me semble souhaitable de former des citoyens qui puissent porter un regard critique sur les actuels.

  10. ne serait-il alors pas logique de bouter les parents – tous les parents – hors de l’école ?

    L’école d’aujourd’hui, dans les quartiers pauvres collèges-lycées n’est évidemment pas l’école d’hier.
    Les problèmes ne pourraient se résoudre que par une analyse fine de ce qui s’y passe aujourd’hui.
    Hélas, l’omerta règne.
    Cette école est rarement un sanctuaire pour les enfants.
    J’ai travaillé 20 ans dans le 93, dans un service qui lutte contre le décrochage scolaire MLDS. Nous rencontrons rarement les parents des enfants concernés. Nous sommes confrontés 0des situations d’enfants qui vivent dans un désarroi totale pauvreté et tout se qui en découle.
    Pendant 20 ans j’ai vu la situation se dégrader.
    Mes 2 dernières années, mon bureau basé en lycée professionnel, certains de mes collègues enseignants ne me serraient pas la main parce que j’étais une femme un collègue intendant se permet de te hurler dessus quand il parle par ce que tu es une femme et tout cela avec le soutien d’une chef d’établissement.

    Il y a beaucoup à dire sur cette école des pauvres, mais je ne crois pas instant que vous allez le lire dans la presse.
    cordialement

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  11. Témoignage d’un directeur et enseignant dans une petite école (4 classes) d’un petit village (600 hab) de néoruraux, ce qui n’a rien à voir avec un proviseur de collège en REP. La réalité de l’école est d’une immense diversité qu’il est impossible de circonscrire ici. Donc ceci ne sera qu’un point de vue forcément partiel.

    Comme le dit Yann Argenton, la place des parents est très importante dans la relation avec les élèves et donc dans la relation pédagogique. Si la relation est conflictuelle avec les parents, alors on perd très vite la confiance de l’élève et un élève qui n’a plus confiance dans l’enseignant ne cherche plus à apprendre. (c’est peut être différent avec les ados, témoignage de père ;-). Mais ce qui est fondamental, c’est de bien définir la place des uns et des autres.

    La place et le rôle des parents ne sont malheureusement définis nul part ce qui met souvent un nombre important de parents au mieux dans l’angoisse au pire en détresse. Le nombre de fois où l’on entend : « Avec mon enfant, je n’y arrive pas ! » (sous entendu : vous pouvez m’aider ?) ce sont ici les parents les plus sincères, parce que sinon c’est : « A bon, je ne comprends pas, à la maison il n’y a aucun problème ! » (sous entendu : s’il y a un problème, c’est vous monsieur l’enseignant). Mais ne nous y trompons pas, cette forme de déni est aussi une marque de souffrance de la part des parents. Seulement voilà, comment les aider ?

    Oui, les parents ont un rôle à jouer parce qu’ils sont les premiers éducateurs jusqu’à 3 ans. Malheureusement, beaucoup de situation difficile résultent d’un oubli ou d’une incapacité à assumer cette responsabilité. Or, la strucutration sociale d’un individu se construit principalement au cours des 3 premières années (socialisation, respect de l’autre, gestion des frustrations, structuration des bases du langage, maîtrise du corps…). Et malgré l’évolution globalement positive du niveau d’éducation de la population, nous voyons arriver des enfants dont les parents pensent qu’ils vont tout apprendre à l’école. Mais à 3 ans, pour les bases, c’est trop tard !

    Une fois, un psychologue scolaire (et celui-là était un bon professionnel compétent, je ne sais si j’aurai le temps de revenir sur la situation calamiteuse des réseaux d’aide nommés Rased) il m’avait dit : « tu vois cet enfant, il vit dans deux réalités différentes ; celle de la maison et celle de l’école. Mais pour lui, la seule réalité qui vaille c’est celle de la maison où il fait de la moto avec papa (élève de CP). Alors quand il vient à l’école, il attend patiemment que ça passe pour rejoindre la vrai vie à 16h30 ! » Combien d’exemples où jai pu mesurer cet écart.

    Et les enfants s’adaptent très bien, pour la grande majorité, aux règles l’école. Et dès qu’ils ont passé le portail de l’école ils retrouvent le référentiel parental jusqu’à sauter sur le toit de la voiture familiale. Combien de fois nous sommes nous dit avec les collègues : « Ici, ça va c’est une petite école où tout le monde le connait mais quand il va arriver au collège… » Et nous nous trompons rarement, le niveau d’encadrement du collège n’a rien a voir avec celui d’une petite école, c’est normal. Mais pour ces enfants qui peuvent même être très capables intélectuellement, le relachement du cadre peut être fatal. Et parmi ces enfants, tous ne sont pas forcément de milieux défavorisés.

    Voilà pourquoi le rôle des parents est important dans la scolarité d’un élève. Mais comment faire quand les parents sont débordés par leurs enfants. Des petits de maternelle qui frappent leur mère. Un père qui dit à sa fille de 4 ans qui ne veut pas ortir de la garderie : « si tu viens, je te fais un cadeau ! »

    Dans ces familles souvent fragiliser, rencontrer les parents pour leur dire que leur enfant est en difficulté, même avec beaucoup de précautions, c’est souvent les fragiliser encore plus. Alors, il faudrait que l’institution elle-même puisse apporter son aide. C’est pour ça qu’avait été créé les Rased (réseau d’aide) mais quand il faut supprimer des postes, ceux là ne mettent pas les parents dans la rue. Chez nous, c’est le manque d’enseignants spécialisés et de psychologues scolaires qui font que nombre d’enfants ne peuvent pas être aider correctement surtout quand il faut se déplacer en milieu rural. Mais le constat est pire encore, après 15 ans de carrière, j’ai du travailler avec 4 ou 5 équipes différentes. Et mon bilan, c’est que sur ces 4 ou 5 équipes, une seule a vraiment été compétente et efficace ! La dernière fois qu’on a fait appel à notre Rased pour évaluer une petite en grande difficulté qu’il fallait orienter à son entrée au collège, le bilan était après 1/4 d’heure de test : « tout va bien, elle n’a presque pas de retard ». Les parents avaient fait faire un bilan par une orthophoniste, résultat, elle avait 2 ans de retard en lecture… Comment l’institution peut-elle rester crédible ? Et nous, les procédures administratives nous disent : faite d’abord intervenir le Rased ! J’ose espérer que nous sommes une exception mais je n’en suis pas sûr.

    La relation avec les parents est fondamentale mais nous devons souvent lutter contre l’image que même notre institution véhicule sur nous (voir les déclarations de notre Ministres sur les enseignants planqués lors du confinement, quand personnellement j’y passais une partie de mes weekends avec mes collègues, les sempiternelles polémiques sur les méthodes de lecture… sans oublier le profs-bashing des médias).

    J’ai un beau métier et j’ai toujours un grand plaisir à voir briller les yeux des enfants qui commencent à lire. Mais je fais partie de ceux qui arrivent en fin de carrière et qui ne voient pas, ce si beau métier, évoluer vers des conditions meilleures. L’Education Nationale a toujours été la dernière roue du carrosse gouvernemental, pour les nominés ministrables c’est le « baton merdique », celui qu’on prend à défaut d’en avoir eu un meilleur. C’est vous dire, derrière les affichages pompeux, combien la fonction d’enseignant est considérée. Cette considération est proportionnelle au niveau auquel vous enseignez, c’est vous dire pour les « professeurs des écoles ».

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    1. @Pascal,

      Nous sommes dans une situation où les parents sont déjà impliqués à l’école et se demander comment aider ceux qui n’y arrivent pas nous fait passer à côté du point que je soulève. Tenter, en l’occurrence, de démontrer (comme dans certains posts) que dans l’état actuel des choses et en raison de valeureuses expériences de terrain, il n’est pas possible de se passer des parents à l’école nous éloigne de mon propos ou plutôt conforte la nécessiter de s’interroger sur cette impasse.

      Il ne s’agit pas non plus de refaire le débat des programmes scolaires et de leur adéquation aux différents âges de l’enfant. La question que je pose est celle du rôle que nous souhaitons faire jouer à l’école, une question qui déterminera entre autres, comme ce fut sans doute le cas à une époque peut-être lointaine, l’organisation de l’institution, le contenu des enseignements et la manière de les dispenser.

      Voulons-nous faire de l’école une compagnie, une coopérative ou une association de précepteurs chargés de poursuivre (en tirant partie d’éventuelles économies d’échelle), pour chaque enfant, le programme que les parents ont initié – sont supposés avoir initié – à la maison ou encore celui qu’ils souhaitent voir dispenser ? Est-il encore possible de définir pour l’école une « vrai » mission, une mission qui inclurait également le rattrapage de ce qui est raté à la maison ; ratage qu’il faut comprendre notamment comme ce qui s’écarte des vérités négociées que nous entendons enseigner (ce qui suppose que ces vérités aient été préalablement négociées et qu’il n’échoit pas aux enseignants la tache de les « dealer » en permanence) ?

      A défaut, comment justifier que l’école prétende ouvrir les enfants à la laïcité au lieu d’être simplement continuatrice des croyances que les parents auront initiées à la maison ? Mais puisque l’école a la bonté de vouloir épargner à notre progéniture le malheur de tomber dans les excès religieux des ascendants, ne pourrait-elle pas ambitionner un plus grand bien, celui d’éviter aux enfants d’hériter de la mauvaise place dans laquelle notre société tient leurs parents ?

      Du moins n’est-ce pas une condition pour que chaque parent (et à défaut chaque enfant à qui il sera aisé de comprendre son intérêt) accorde volontiers sa confiance à l’Education Nationale ?

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