Faire perdre à une personne le contact avec la réalité

Un des comptes-rendus les plus étranges et qui fut pour moi la cause d’une grande perplexité du suicide de mon mari, affirmait que lui Jeff Archer, le fils du Révérend Timothy Archer, s’était tué parce qu’il craignait d’être homosexuel. Un bouquin écrit plusieurs années après sa mort – après la mort des trois – massacrait les faits avec une telle détermination que quand vous aviez terminé de le lire (je ne me souviens même plus du titre ou de qui l’avait écrit) vous en saviez moins sur Jeff et le Révérend Archer et Kirsten Lundborg qu’avant de l’avoir lu. C’est comme dans la théorie de l’information ; c’est le bruit éliminant le signal. Mais c’est du bruit se faisant passer pour du signal de telle sorte que vous ne le reconnaissez même pas comme étant du bruit. Les agences de renseignement appellent cela « désinformation », une chose sur laquelle le bloc soviétique compte énormément. Si vous parvenez à maintenir une quantité suffisante de désinformation en circulation vous abolirez entièrement le contact d’une personne avec la réalité, et probablement le vôtre également.

Si vous avez aimé ce passage de The Transmigration of Timothy Archer (1982), le dernier roman de Philip K. Dick, vous adorerez le Tome II de La chute de la météorite Trump, intitulé « Haute trahison » paru le mois dernier aux éditions du Croquant.

Susan George : « Se lit comme un polar ! »

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16 réflexions sur « Faire perdre à une personne le contact avec la réalité »

  1. « Si vous parvenez à maintenir une quantité suffisante de désinformation en circulation vous abolirez entièrement le contact d’une personne avec la réalité, et probablement le vôtre également. »
    On songe évidemment à Trump. Actuellement sa ténacité à affirmer qu’il y a fraude électorale massive et évidente cherche a obnubiler ses sympathisants… et lui-même. Et en fait il pourra tenir ce discours longtemps, contre toutes les décisions judiciaires : car il ne sera pas « spécialement » démenti et pourra dire que ce sont des mensonges qui sont validés. Tiendra-t-il ce brouillard irréel durant quatre ans ? Saura-t-il faire le show si longtemps ?
    Plus largement, Maxime Vivas a listé récemment tous les dénis de réalité, ces fausses informations qu’on nous a donné à voir et à croire :  » les charniers de Timisoara, les couveuses du Koweït, la fiole d’ADM de Colin Powell, l’invasion de l’hôpital de la Salpêtrière par les gilets jaunes, l’arrêt du nuage de Tchernobyl à nos frontières ». Combien avons-nous lu d’analyses de la fausseté et de la volonté de mentir sur ces différents dossiers ? Qu’avons-nous retenus, pour nous convaincre que rien de cela n’a un début de réalité ?
    Sur Le Média, Franck Lepage explique combien une langue de bois nous a envahi les neurones, dont la désintoxication n’est pas simple : https://www.youtube.com/watch?v=JjJ2tzh3r7w
    Pour terminer, je disais hier combien Emmanuel Macron, dans un style différent de Trump évidemment, a aussi la volonté de nous seriner une réalité qui est le contraire de la réalité (je résume ses propos) : dans la police, il y a des violences individuelles et je veux qu’elles soient sanctionnées » ; nous avons commis des erreurs et tous nos pays ont été surpris par ce virus » ; « nous sommes face à une guerre et ensemble avec vous tous, nous allons la gagner ». Un politicien met souvent en scène sa volonté et beaucoup moins le bilan de ses actes. Outre que ces dires sont tous faux, et qu’il utilise maintenant BRUT pour les diffuser, il y a lieu de s’inquiéter gravement des décrets qui sont adoptés, dont notamment l’élargissement des fichiers de police à nos opinions et « intentions »…

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    1. Il existe aussi une langue de bois auto-produite : on peut alors être « victime de la métaphore », victime d’une simplification abusive qu’on prend pour une réalité qui restera compliquée ou même franchement complexe.
      En fait chacun vit dans une strate avec un vocabulaire adapté à cet environnement; un entre-soi qui n’a rien de ‘corrupteur » au départ mais qui peut le devenir dans un contexte différent, façon de nier les difficultés qui nous dépassent – comme c’est souvent le cas dans le relations internationales par exemple. Mais cela vaut aussi en épidémiologie et même dans les sciences qui se veulent rigoureuses. J’ai du mal à comprendre qu’il soit si difficile d’obtenir des chiffres fiables en médecine mais visiblement les méthodes comptables sont en soi une intrusion dans des mondes différents, jaloux de leurs spécificités.

      1. Je crois savoir que , depuis le début…!! , il a été constitué au niveau de l’Elysée une cellule chargée de  » créer des éléments de langage « .. des mots/verbes suffisamment ambigus qui permettent au locuteur de dire en une phrase « tout&le contraire de tout »..
        Un vrai programme.

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  2. Coucou,

    J’ai un peu de mal avec ce raisonnement. D’un coté les bien-pensant de l’autre coté ceux qui ne voient pas la réalité.

    Ce qui fait la diversité du monde,que le monde est monde, c’est justement parce que chaque homme perçoit la réalité de son point de vue, forcement différent.

    Alors partir du principe que seule la vérité que l’on perçoit est juste , vraie et que les autres sont dans le déni me semble être justement l’erreur que vous imputez aux autres.

    Notre époque, sur bien des sujets , et alors que nous avons pleins d’outils de communication, d’apprentissage, d’informations, est caractérisée par ces postures radicales, et c’est paradoxal.

    Non seulement , aussi incroyable et bizarres et incongrues ou répugnantes que peuvent être les positions de trumps ou d’autres, concernant pleins de sujets , non, je n’ai pas raison contre lui, je défend mon point de vue et ma vision, mon espérance du monde.

    C’est pas pareil.

    Bonne journée

    Stéphane

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    1. Peut-être faut-il distinguer réalité et réel pour sortir du paradoxe.

      Ce que vous semblez dire c’est qu’on ne peut pas nier le réel qu’un autre que soi appréhende.
      Dans ce cas effectivement chacun a son point de vue unique sur le Réel, c’est un truisme que de le dire. Personne ne peut nier la subjectivité radicale de tout autre que soi.

      Une réalité par contre est construite, et peut donc être l’objet d’un débat au cours duquel elle peut être réfutée avec des arguments, c’est un ensemble de propositions composées de mots qui indiquent la façon dont on explique le monde dans ses manifestations multiples.

      Partant, dire que tel ou tel nie une réalité signifie simplement qu’il n’adhère pas à la même explication des choses. Forcément, adhérer à une explication en exclue une autre, et c’est à ce titre que l’on dira que tel autre nie la réalité.

      1. Paul Jorion avait tenté d’y voir clair entre Réalité et Vérité , mais si en plus il doit faire la différence entre Réalité et Réel , ça devient …. difficile .

        Le boson de Higgs , il est réel , dans la réalité , ou vrai ?

        1. si en plus il doit faire la différence entre Réalité et Réel , ça devient …. difficile.

          Si vous lisez le livre vous verrez que c’est également couvert. (Tout ça pour le même prix !)

      2. Ha bon , j’avais du shunter ce passage .

        Je vais ressortir la bête de ma bibliothèque , promis .

        Qu’est ce que je fais avec mon boson ?

      3. Si j’osais le Boson, Juan tu pourrais essayer de te le … Mais non ! 😀

        Le réel est en gros, de mon point de vue, les briques élémentaires, les faits, la matière, les Lois physiques, donnés à l’état brut et intangibles. La réalité est ce qui en ressort organisé une fois passé au travers de notre prisme subjectif et nos sens. Plus on est nombreux à regarder le réel et plus on applique la méthode scientifique et le partage ainsi que des techniques/moyens d’observation plus on éclaire des pans du réel. Mais le réel nous reste en vérité, hors d’atteinte à jamais, la réalité en est une représentation commune ou individuelle.

        Mais j’ai peut-être tout faux, j’ai pas lu (encore) le livre de Paul sur le sujet.

      4. Après avoir ressorti le bouquin et reconsulté quelques chapitres et paragraphes , je confirme à Clo Clo qu’il a faux en grande partie et qu’il oublie la  » vérité » dans la trilogie .

        Quant à mon boson je suis allé le confronter à l’évocation de la logique quantique ( page 259) , ce qui m’a redonné quelques lueurs ….que j’ai un peu reperdu en poursuivant jusqu’à la chute sur Newton et Turing , ou « l’être donné « .

        Je me demande quel retour Paul Jorion a pu avoir sur ce bouquin qui ne s’aborde pas sans une solide connaissance mathématique , psychanalytique et anthropologique ( et / ou de bons bouquins et dictionnaires en parallèle pour suivre , ce qui a été et reste un peu mon cas ) .

        1. Question :

          Je me demande quel retour Paul Jorion a pu avoir sur ce bouquin qui ne s’aborde pas sans une solide connaissance mathématique, psychanalytique et anthropologique (et / ou de bons bouquins et dictionnaires en parallèle pour suivre, ce qui a été et reste un peu mon cas).

          Réponse :

          En faisant confiance à cet art d’écrire de Julien, j’espère ne pas avoir trahi son secret en écrivant les pages qui précèdent. Ni d’ailleurs le secret de personne. Parce que ces pages ne diront rien qui vaille à ceux que l’empereur voulait exclure du petit nombre des lecteurs compréhensifs de ses écrits philosophiques. Elles ne leur diront même rien du tout. Car dans l’esprit de leur auteur, ces pages ne contiennent rien d’autre ni de plus qu’un modeste salut adressé aux bons entendeurs de la Philosophie : par-dessus les océans et à travers les siècles.

          L’Empereur Julien et son art d’écrire
          ALEXANDRE KOJÈVE

          Die Erfindung von Wahrheit und Wirklichkeit, à paraître incessamment à Vienne chez Turia + Kant. *

          – Projet de publication en anglais en discussion en ce moment chez un des principaux éditeurs britanniques (traduction en cours).

          * Les éditions Turia + Kant sont un éditeur de livres principalement de littérature humaniste basé à Vienne et Berlin.

          Le programme se concentre sur la psychanalyse, les sciences culturelles et humaines, la théorie politique et la philosophie. Il comprend de nouvelles découvertes et des redécouvertes de la littérature théorique allemande et internationale.

          Entre autres, l’éditeur publie les traductions allemandes des écrits et séminaires du psychanalyste français Jacques Lacan.

          Le programme comprend d’autres auteurs connus tels qu’Alain Badiou, Homi K. Bhabha, Maurice Blanchot, Judith Butler, Jacques Derrida, Frantz Fanon, Louis-René des Forêts, Philippe Lacoue-Labarthe, Achille Mbembe, Jean-Luc Nancy, Fernando Pessoa, Aníbal Quijano, Gayatri Chakravorty Spivak et Slavoj Žižek.

      5. @Paul Jorion :

        Vous aviez déjà cité cette prochaine parution aux éditions Turia+Kant et sa traduction en langue allemande , et je me réjouis qu’il faille voir là un accueil d’orfèvre à votre livre .

        J’espère que les Allemands n’auront pas gardé rigueur à celui qui n’était pas encore l’empereur Julien de ses quelques règlements de compte chez eux et qu’ils apprécient tout autant Kojève et Paul Jorion ( comme j’apprécie l’empereur Julien ) .

  3. Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai voulu dire. Et votre conception n’est elle pas une porte ouverte au « relativisme » ?En fait nous fonctionnons de plus en plus de manière clivante : les bons et les méchants. Mais par la discussion et par l’examen et l’acceptation de la complexité, nous approchons davantage des faits, nous les établissons dans l’échange et la vérification. Bien sûr; notre effort de vérité est aussi biaisé par nos désirs, nos affects, nos intérêts. On sent la puissance des émotions dans les images échangées sur les réseaux sociaux. C’est donc un travail collectif (ce que souligne Lepage, dans une vidéo un peu courte il est vrai).
    Mais celui qui veut produire une réalité et l’asséner, la seriner pour nous faire croire et se convaincre lui-même n’est pas dans l’échange. C’est Trump, c’est Macron (je ne me souviens pas de l’avoir vu interrogé dans un entretien TV comme les anciens présidents — c’est pas génial, mais c’est mieux, si cela permet d’aller plus loin). C’est l’absence de doute. C’est le magicien, parce que vous le méritez bien. Et cela crée le clivage, cela l’entretient.
    Et je trouve que les entreprises ont effectivement produit un discours de greenwashing et de compétition de chacun contre tous, qui n’a rien changé à leurs objectifs mais bien à leur performance, au détriment de leurs « shareholders », « partenaires, c’est à dire leurs exploités et leurs pollués (secteur où j’avais une compétence pro).

  4. Coucou,

    La complexite de l’organisation de nos sociétés fait que l’on peut prendre une certaine radicalité pour une volonté d’imposer un point de vue.
    C’est le talent de certains hommes politique de savoir garder une raison, une espèce de cap intérieur. Accompagner sans générer de trop grandes tensions, sans lacher l’essentiel pour eux, qui n’apparaitra que plus tard, ou jamais, ce ne sont que des hommes !

    Est ce la voie vers le relativisme. Je ne crois pas.
    C’est un combat politique qui peut se muer en guerre civile . Il faut en être conscient. C’est une vision de la société contre une autre, si les gens ne s’ecoutent pas.
    On peut expliquer son point de vue sans tromper. Avancer sans gruger. Mais aussi se souvenir de cette phrase de Miterrand, qui disait que en politique « on ne sort de l’ambiguité qu ‘à ses dépends »

    Il faut espèrer que nos enfants aient d’autres choix que la termitière ou la guerre.

    Mais c’est vrai qu’entre les egorgeurs, les policiers matraqueurs, les politiiciens vereux et ceux fordistes nazillons qui affirment que la couleur de la voiture est celle que vous voulez à condition qu’elle soit noire, le chemin actuel n’est pas facile !

    Bonne jourénequand même

    Stéphane

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