Le Soir, Un processus de deuil collectif est nécessaire pour aller de l’avant, le 8 février 2021

Il faut pleurer ses morts.

Par un collectif de signataires*

La mort fait partie de la condition humaine, de la vie même. Et un peu d’oubli de cette condition est sans doute nécessaire aux humains pour être heureux. Mais un déni trop important est problématique, rend malheureux, peut tuer même faute de reconnaître les risques. C’est pourquoi nous avons besoin de rituels collectifs autour de la mort. Pour laisser les morts en paix et permettre aux vivants de retrouver le chemin du bonheur. Pour nous souvenir des risques et mieux les anticiper à l’avenir, ensemble.

Voici un an, le premier Belge était déclaré positif au coronavirus. Début 2020, se déclenchait la pandémie de covid-19. Depuis lors, plus de 20.000 personnes sont mortes de cette maladie dans notre pays. Près de 700.000 personnes ont été contaminées. Quasiment tous, nous avons été touchés, directement ou indirectement. Nous sommes contraints, et certains plus que d’autres, à subir le deuil, la maladie, l’angoisse, de nombreuses restrictions de liberté, plusieurs confinements et l’absence de certitudes quant à l’avenir.

Encore une fois dans cette nouvelle ère mondialisée de l’histoire, nous pouvons ressentir la destinée commune de toute l’Humanité. Nous formons une même espèce, confrontée à une menace universelle. Partout dans le monde, à cause de ce virus, on meurt, on souffre, on subit, on pleure, on déprime, voire on désespère. La détresse est aussi morale, spirituelle, car l’avenir est incertain, la foi, même laïque, dans l’aventure humaine est ébranlée.

Un deuil sociétal

Mais les statistiques ne disent rien de notre vécu. C’est la personne humaine qui est touchée au cœur. Le confinement mutile la joie de nos relations. Nombre d’entre nous ont connu la tragédie de perdre un proche, un grand-parent, une mère, un père, un.e collègue, un.e ami.e, une sœur, un frère, un enfant parfois. Des élus privés de sommeil, des soignants privés de repos, des indépendants privés d’activité, des retraités privés de visites, des employés privés de contacts professionnels, des jeunes privés d’amitiés et d’aventures, des couples privés d’amour, des enfants privés d’insouciance… Ce n’est bien sûr pas la première fois dans l’histoire. Mais nous espérions que nos civilisations avaient dépassé les grands fléaux du passé. Peut-être étions-nous trop insouciants ? Car ce que nous vivons est bel et bien un fléau historique, une grande privation collective, un véritable deuil sociétal.

Toute l’Humanité est confrontée à une même adversité, malgré les privilèges de certains. Le virus nous ramène à notre commune condition mortelle et souffrante. On ne peut rester plus longtemps dans une certaine forme de déni, de non-dit subtil mais réel, de ce grand deuil collectif. Nous avons besoin de passer par toutes ses étapes, dont la première est la reconnaissance publique de la réalité de la perte.

Un rituel ancestral

Le rituel du deuil est une des premières traces anthropologiques de l’Humanité. Dès l’aube de notre espèce, on enterre les morts avec d’infinies précautions, on déduit des rituels élaborés et on ne peut que ressentir que, déjà, on pleure celui ou celle qui s’en va. On peut dire sans erreur que ce qui fonde notre humanité, ce qui nous rend humain, c’est notre considération pour le caractère unique de l’individu. Cela implique la reconnaissance de la perte irrémédiable que constitue un décès, pour le reste de la société. Nous sommes des êtres de relation, de rituel et de récit collectifs. Le deuil collectif est nécessaire pour maintenir soudée une société, une tribu, une organisation, une famille, un couple, un pays.

La trame sociétale a été déchirée pendant de trop longs mois par le confinement, par l’absence de présence aux côtés des mourants et des souffrants, par la solitude, par la tristesse et l’angoisse, par l’oubli. De nombreux processus de deuils ont été saccagés par les circonstances, n’ont même pas commencé. Autant de bombes à retardement psychologiques, sociales et politiques. Certains pans de la société courent le danger de se réveiller méconnaissables, frustrés, pleins de rancune.

Une cohésion sociale nécessaire

Jamais peut-être dans l’histoire moderne de la Belgique, y a-t-il eu autant de morts civils au cours d’une seule année. Il y a toujours eu des virus et des épidémies certes. Mais les pandémies de caractère mondial n’ont émergé que depuis que nos sociétés sont mondialisées. La fréquence des pandémies augmente depuis que nos interactions avec la faune et les virus sauvages sont devenues insoutenables. La vitesse des déplacements internationaux favorise la contamination internationale. Malgré des pronostics scientifiques très précis, nous avons été pris au dépourvu, désarmés, dès l’entame de la pandémie, et jouons encore perpétuellement un coup en retard. La pandémie de grippe espagnole de 1918 n’a pas fait l’objet de suffisamment de prise d’acte à l’époque, d’études scientifiques, de reconnaissance officielle, de cérémonies de deuil nationales, ni de monuments alors qu’elle a tué plus que la Première Guerre mondiale. Ce déni sociétal s’expliquait par la proximité de la guerre mais est fâcheux car la mémoire de nos populations n’a pas suffisamment intégré le risque pandémique. On voit qu’en Asie, des pays récemment frappés par d’autres virus à caractère pandémique ont pu déployer plus rapidement et mieux les contre-mesures pandémiques, avec davantage de cohésion sociale. La mémoire collective, qui s’incarne dans des institutions comme les universités, les administrations, les institutions sanitaires de lutte contre les virus et la création culturelle en général, est ce qui permet aux sociétés de ne pas reproduire les mêmes erreurs et de ne pas se retrouver désarmées face aux incertitudes et aux fléaux. La mémoire sociétale est un instrument de résilience collective. Sans célébration de deuil national, et sans construction, à terme, par exemple, de monuments aux morts et aux victimes, sans création d’institutions de veille, de détection, de préparation et de lutte contre les pandémies, nous serons encore pris au dépourvu lors des prochaines pandémies, fortement probables.

Trouver le réconfort dans la solidarité nationale

Victimes comme les autres à différents degrés, nous souhaiterions proposer une démonstration nationale de solidarité envers ceux qui souffrent au sein de la population, en particulier les plus vulnérables. C’est pourquoi nous demandons aux chefs d’exécutifs et d’assemblées du pays d’examiner l’opportunité de décréter une journée ou une semaine de deuil national pour les plus de 20.000 morts de la pandémie. Ceci afin que notre société puisse reconnaître et pleurer ceux qui sont partis, reconnaître et exprimer collectivement ses souffrances, trouver le réconfort dans la solidarité nationale, et récupérer un peu d’énergie vitale afin de continuer à lutter, ensemble, contre la pandémie. Le deuil est une étape nécessaire pour nous permettre de tourner notre regard, avec détermination, vers l’avenir. Concrètement, il s’agit d’organiser ce rituel de deuil national : discours officiels, drapeaux en berne, appel aux citoyens à allumer une bougie et afficher un drapeau en berne, minutes de silence dans les assemblées, propositions de cérémonies citoyennes de recueillement, où l’on donne la parole aux victimes, en particulier les plus vulnérables (dans le respect des règles actuelles, virtuellement si nécessaire).

Nous devons reconnaître ce qui nous arrive en tant que société, si nous voulons rester humains et du côté de la vie. Il ne semble y avoir que de mauvaises raisons pour reporter davantage cette étape de deuil indispensable pour la société.

Ressusciter la convivialité nationale

Les rituels de deuil accompagnent la mort et la souffrance de la perte. D’autres rituels célèbrent la vie et la joie du vivre ensemble. C’est pourquoi, et même si cette perspective nous paraît encore éloignée, nous demandons également aux responsables politiques et de la société civile de lancer, dès que la situation sanitaire le permettra, des processus populaires pour recoudre le tissu sociétal, des fêtes pour ressusciter la convivialité nationale, des dialogues pour rétablir la confiance entre les citoyens et les élus. Nous pourrions alors honorer les victimes dans une vraie chaleur humaine. Nous pourrions alors affirmer notre détermination à refaire ensemble société, à construire ensemble une existence plus heureuse, en meilleure santé, plus juste, plus soutenable et plus prospère.

*Signataires : Paul Blume, agent de la fonction publique retraité, Observatoire de l’Anthropocène ; Gauthier Chapelle, auteur et chercheur in-Terre-dépendant ; Philippe Defeyt, économiste (Institut pour un Développement durable), ancien président du CPAS de Namur ; Linda Delory, formatrice en Ecopsychologie et Transition Intérieure, facilitatrice de cercles de deuil ; Olivier De Schutter, juriste, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits humains, professeur à l’UCLouvain ; Richard Duport, médecin généraliste, Docs4Climate – Health for Future ; Isabelle Ferreras, présidente de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, professeure à l’UCLouvain ; Paul Jorion, anthropologue, sociologue, essayiste et psychanalyste, professeur associé à l’Université Catholique de Lille ; Marc Lemaire, entrepreneur, Coalition Kaya ; Corinne Mommen, animatrice à Terr’Eveille et Humus asbl ; Gabriel Ringlet, prêtre, écrivain, poète et théologien, professeur émérite de l’UCLouvain ; Maye Vandenbussche, médecin généraliste, Centre de Médecine générale Tombu à Bruxelles ; Jean-Pascal van Ypersele, climatologue, ancien vice-président du GIEC, professeur à l’UCLouvain ; Vincent Wattelet, écopsychologue, Mycélium et Terr’Eveille ; Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de Coopération au développement (CNCD).

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33 réflexions sur « Le Soir, Un processus de deuil collectif est nécessaire pour aller de l’avant, le 8 février 2021 »

  1. « Des processus populaires pour recoudre le tissu sociétal, des fêtes pour ressusciter la convivialité nationale, des dialogues pour rétablir la confiance entre les citoyens et les élus »

    C’est une plaisanterie ? Des feux d’artifice pour oublier la paupérisation galopante ? Des flonflons pour cacher l’effondrement des classes moyennes et l’avenir dramatique promis à leurs enfants ? Des « grands débats » pour masquer la totale impuissance politique des populations ?

    Refaire société dans un monde néolibéral est un pur oxymore et la réponse la plus probable n’est pas à aller chercher bien loin dans l’Histoire : « parle à ma Svastika, ma tête est malade ».

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    1. J’ai eu l’occasion ce matin de lire la chronique nécrologique, pour le dernier trimestre de 2020, concernant la ville moyenne où j’ai vécu en Rhône Alpes. Le décompte des décès selon l’âge ne confirme aucunement l’esprit du présent texte et des commentaires sur l’actualité d’une pandémie jusqu’ici dévastatrice:
      Sur les 49 personnes décédées ici , 36 avaient plus de 80 ans! ( 20 avaient plus de 90 ans et 2 étaient centenaires! ), et seulement 3 avaient mois de 50 ans. Ne dois-je pas en déduire que le virus apparu en 2020 aura surtout ( du moins jusqu’à maintenant ) détruit les fausses illusions d’un possible « dépassement transhumaniste », et aussi celles plus globalement partagées sur la capacité de l’espèce humaine à dominer à son profit la nature, au mépris des lois du vivant, sous toutes ses formes ( y compris les plus humbles, donc les virus)

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  2. Le deuil des morts est bien sur légitime et souhaitable .

    Mais la manifestation publique large existe déjà .

    Le 2 Novembre .

    Ça ne dispense pas , bien évidemment , de parler et compatir avec ses proches ou son voisin dans la détresse . Plus qu’une semaine si nécessaire .

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  3. Texte remarquable, qui porte une idée salutaire et une initiative à la hauteur de ce que doit être une civilisation, quand la dignité de l’individu grandit dans le collectif et inversement.

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  4. Il me semble que les rituels du deuil ne sont que partiellement restreints par les mesures prophylactiques.
    De quoi s’agit-il ? De l’impossibilité pour les proches d’accompagner l’agonie et de voir le corps du défunt avant la mise en bière. Pour le reste, si les obsèques se tiennent en petit comité, elles ont bien lieu et les restes des défunts sont amenés à reposer selon les usages courants.
    La difficulté du deuil à la suite de la Grande Guerre tenait surtout à l’absence du corps (environ 700 000 dispersés aujourd’hui encore sous les anciens champs de bataille), ce qui a motivé le projet de sépulture du soldat inconnu, censé représenter à lui seul tous ces corps non retrouvés.
    Certes la grippe espagnole a fait autant de morts que les tués de la guerre, mais les deux événements ne sont pas indissociables, les mouvements de troupes au niveau mondial constituant un des principaux vecteurs de la pandémie. A tel point qu’il a bien fallu se poser la question d’attribuer ou non la mention « Mort pour la France » aux soldats victimes de la maladie. Statut qui avait une grande importance puisqu’il conditionnait l’obtention d’une sépulture à perpétuité au frais de l’État, une pension pour la veuve et les pupilles de la nation.
    Est-ce qu’on peut parler d’un déni sociétal au sujet de la pandémie de grippe de 1918-1919 ? Je ne prononcerai pas, n’ayant pas souvenir d’avoir lu une étude sérieuse sur la question, mais j’ai des doutes.

    Pour ce qui est de la proposition d’une forme de commémoration, de deuil national, ne serait-ce pas un peu tôt ? Qui sait si les mois à venir ne seront pas pires ? Faudrait-il « mettre le corbillard avant les bœufs » ?

    https://www.artistikrezo.com/wp-content/uploads/2020/04/7-Deligne-Confinement-Monuments-aux-morts.jpg

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  5. http://www.epel-edition.com/publication/87/ni-pleurs-ni-couronnes.html
    Ce n’est pas le diagnostic déjà ridé qui ne va pas, mais l’idée que par décret le rituel serait décrétable. Je n’ai pas un bon souvenir du rituel de masquer des miroirs, de porter un brassard noir, de ne plus écouter la radio, de pèleriner au cimetière les dimanches, de la marche à pied dernière le corbillard en silence (J’en avais eu un fou rire) c’était en banlieue parisienne 1957-1965. Mieux vaut aller à Mexico au 1er novembre. Ici le rituel chrétien est évidé mais quelle autorité serait à même de pondre un rituel ? Macron ? chiche !

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    1. Ce texte fait un bon constat, reste à trouver les meilleurs moyens d’effectuer ce deuil collectif.
      Une journée d’hommage me paraît être une bonne idée.
      Concernant les fêtes, il me semble qu’elles adviendront spontanément quand la situation se décantera.
      Pourquoi pas une journée européenne de deuil national ?

      Quant à la Chine qui est parvenue jusqu’ici à contrôler l’épidémie, la question du deuil s’y pose également avec notamment le cas encombrant du Dr Li Wenliang, auquel les autorités refusent un hommage national malgré, ou plutôt, à cause, de sa contribution en tant que lanceur d’alerte et victime du coronavirus !
      La Chine a aussi à faire avec sa mémoire …. sur un autre plan certes, mais tout aussi important pour la suite à donner à cette pandémie en termes de nouvelles attitudes …

      https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/08/un-an-apres-sa-mort-les-chinois-se-souviennent-du-medecin-lanceur-d-alerte-li-wenliang_6069147_3210.html

      1. J’ai mal positionné mon commentaire, désolé Rosebud1871, le mien est indépendant du votre.

  6. Un rituel pour retrouver la vie d’avant ?
    Des nouveaux rites (asiatico-européens) pour unir les peuples à la construction de la vie qui vient ?
    Notre histoire universelle pour nourrir et nous donner courage à affronter une nouvelle manière de vivre ensemble ?
    Le tout dans un désert aride de solidarité parsemé d’oasis d’eau empoisonnée par notre déni d’appartenance au Vivant.
    Ça va secouer…

  7. Oui, c’est bien mais il y a une telle défiance envers ceux qui nous gouvernent, une telle distance entre le haut et la base de la pyramide que l’on peut craindre, en réalité, qu’un tel voeux ne se transforme en simulacre…
    En France, une pluie d’eau bénite tombant des plafonds de l’Assemblée Nationale et du Sénat pourrait venir concrétiser les bons voeux des signataires. Je la souhaite.
    Faute de quoi, la multiplication par 3 ou 4 des décès actuels devrait y pourvoir.
    Regrets éternels.

  8. Chères toutes, chers tous,

    Avec le, la covid je, nous nous confrontons au choc de la perte de ceux qui sont morts mais pas que !!!

    Et ce n’est que la première étape.

    Alors ou en sommes nous individuellement et collectivement face à ce choc, en colère assurément, dans le déni pour certains (style complotiste), tristes pour toutes celles et ceux morts trop tôt, acceptant le masque et tous ses corollaires

    Oui un deuil collectif pourquoi pas !!!
    Selon Elisabeth Kübler-Ross les étapes du deuil sont :
    1 Choc et déni
    2 Colère
    3 Négociation, marchandage
    4 Dépression et douleur
    5 Acceptation

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    1. bonjour,
      il s’agit des étapes du deuil de soi-même ; mais involontairement vous avez raison.
      C’est bien d’un deuil collectif de notre société moribonde et de ce que nous étions dans celle-ci dont nous avons besoin.
      Pour l’instant nous vivons notre deuil sociétal en déphasage. Ce deuil est indispensable pour accepter les changements à venir.
      Un changement de société entraine un changement des modes sociaux.
      Le lien social se reformera avec ou sans notre aide.
      Sans notre volonté d’un monde juste pour tous le nouvel équilibre social se fera sur le charnier des boucs-émissaires.
      Je soutiens la tentative de re-phasage proposée car elle a le mérite d’envisager une nouvelle ligature sociale sans discriminations.

      1. Je partage l’approche , pas forcément la conclusion ; car faire son deuil sur un mort qui n’est pas tout à fait le bon , je ne suis pas sur que ça prépare des lendemains solides .

        A moins qu’il ne s’agisse d’une ( très grosse ) ruse de la raison .

        1. On ne pleure jamais que sur soit même, faire le deuil c’est avant tout accepter le vide laissé par l’autre et le néant pour soi.
          Aujourd’hui la Covid est la cause de décès d’environ 1 personne sur 1000 à 1 personne sur 500 en 1 an dans nos sociétés occidentales à pyramides des âges champignonnesques. Si nous replacions cette statistique dans le contexte de la société d’ancien régime, elle ne représenterait même pas l’épaisseur du trait.
          Nous avons chassé les anciennes chimères, déménagé le paradis, sorti le cimetière du cœur du village. Revers de la médaille nous sommes maintenant victimes de thanatophobie.
          La conclusion peut paraitre utilitariste, elle l’est, car la proposition telle que portée me parait préférable socialement à celle de ressusciter les anciennes croyances ou pire.

            1. Je peux partager votre première phrase , mais il n’empêche que pleurer , même sur soi , quand on croit pleurer un mort , ça a plus de chance de préparer un esprit  » les yeux ouverts  » pour l’avenir , si on ne commence pas par se mentir sur le  » catalyseur » de pleurs .

              1. Très bien, alors soyons patient. Je ne doute pas que viendront de meilleurs « catalyseurs » sans équivoque. Pas trop efficace quand même, sous peine que la réaction ne produise pas le résultat escompté.
                Je ne pense pas que l’on puisse se mentir sur un « catalyseur », mais se tromper c’est possible.

                Bonne nuit à vous!

  9. Très beau texte, vraiment .
    L’idée de deuil national , d’ancrer le souvenir des morts et de la pandémie (bien que l’on soit dans l’immédiat pour le Covid) , parmi les vivants participera à la cohésion sociale.
    Comme l’enterrement d’un proche renforce l’amitié ou le lien familial.
    Merci

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      1. Lors du partage…
        Guy de Maupassant a écrit une nouvelle sur un couple qui commence à se partager les biens de la grand-mère qu’ils croient morte dans sa chambre à l’étage. L’erreur de diagnostic les met bien mal à l’aise quand de façon inopportune mémé descend manger sa soupe comme tous les jours.

  10. Je soutiens l’initiative à 100%.

    Il reste trop de dissensions, certains refusant encore de porter le masque ou renient l’existence de la maladie.
    Ces dernières décennies, l’individualisme de distinction a fait des ravages dans l’esprit de certains. Un rituel collectif pourrait aider à recréer de la cohésion.

    Bien entendu, la question reste du quand et du comment.

  11. Bonjour Paul,

    Ce billet co-signé sonne plutôt comme un aveu collectif…

    Ne sont-ce pas justement les personnes âgées qui doivent généralement s’approprier ce travail de deuil de l’autre afin de pallier les atteintes à leur propre narcissisme ?

    Car vu la forte probabilité de corrélation remarquable (pléonasme volontaire) entre vagues de Covid-19 et vagues d’allocentrisme en découlant, je ne serais pas du tout surpris que ce soit ça… Depuis début 2020, c’est bel et bien notre ami Narcisse qui en prend un sacré coup !

    Ô ! FREUD ! La pyramide des âges s’effondre, et avec elle, la mélancolie les guette !

    Amitiés.

  12. Si cette initiative pouvait faire revenir à la raison des élu.e.s de droite extrême et d’extrême droite, qui en France, n’hésitent pas à prétexter que leurs administrés demandent, en s’en servant en somme… que les aides municipales, soient confisquées aux parents d’enfants présumés, sans autre forme de procès que médiatique, « populaire », de culpabilité et délinquance… pour prouver qu’eux au moins agissent à retrouver « l’unité »…

    Si elle pouvait à un plus long terme que des discours purement électoralistes, buzz des médias mainstream… des « élu.e.s » profitant de « l’état de choc » de la population, de « l’État d’urgence… » de la démocratie, pour amalgamer risque insécuritaire et risque en général… parler à autre chose que les attentes d’un populisme en col blanc ou bleu, réduit qu’à des « temps de cerveaux disponibles » qu’à vouer un « culte féroce » à la « DICTATURE des émotions » ne flattant que les doutes, incertitudes, de leurs « ras le bol fiscal », « poujadisme », « bas instincts »…

    Si elle avait la capacité d’acquérir le pouvoir de démontrer à la cohésion sociale, que parmi les victimes à honorer du deuil sociétal, au cour d’un recueillement rituel réconciliateur… les plus vulnérabilisés, fragilisés, à devoir « vivre avec le virus » (celui ci n’étant qu’annonciateur d’autres aux potentiels encore pire, avec le dérèglement climatique,la perte de la biodiversité…), la gestion néolibérale de la crise sanitaire, les « réformes structurelles » du modèle social… et la promiscuité de l’exiguïté de logement souvent insalubre lors de confinements, et la pauvreté aggravée par l’explosion des dépenses contraintes (notamment en matière de bien de premières nécessité – masques, etc – et de subsistance alimentaire…), et la précarité de services publics hospitaliers aussi exsangues que l’emploi, le travail digne, les protections sociales (inégalités territoriales, scolaires, de destins) à qui il serait question de s’apprêter à sacrifier le droit à la solidarité, au niveau municipal, local, etc. … sont souvent des mères isolées et femmes de ménage, en « première ou seconde ligne ».

    Si seulement cette initiative pouvait servir à ce qu’enfin il soit reconnu, qu’en France, notre modèle social n’est pas le plus « redistributif » comme les discours idéologiques, « scientistes » le laissent entendre derrière la vielle rengaine du pays au taux d’imposition le plus élevé…

    Les NON RECOURS aux RSA, aux allocations logements, etc, à tout ce qui est ignoré comme droit non redistribué, à tout ce qui n’est pas demandé par peur d’être stigmatisé… et/où par méconnaissance, à tout ce qui est ostracisé, dissuadé comme devoir de défendre ces droits non recourus (« assistanat cancer de la société », « chômeur.e.s/bénéficiaires du RSA = fraudeur.s.s », « pognon de dingue mis dans les minimas sociaux qui fait que les pauvres le restent et se déresponsabilisent ») attestent qu’il ne suffit pas d’additionner sur un tableau Excel des recettes fiscales et des dépenses sociales… pour avoir raison.

    Et le fait de ne pas recourir à porter plainte lors de « discriminations systémiques » impunies (à l’embauche, dans l’accès aux logement, dans les brutalités commises lors de contrôles aux faciès, « manifestations interdites », par une partie des 50 % du personnel du « monopole de la légitime violence de l’Etat », votant pour l’extrême droite), démontre à quel point la plaie est profonde dans le corps social à soigner malgré son degré ultime de défiance… et à quel niveau de souffrance psychologique et psychique se retrouve sans « représentativité » une partie de la population (plus d’1 million de nouveaux pauvres, corps fragilisés devant résister à la pandémie, depuis le début de la crise sanitaire), la plus vulnérable, exposée, aux séquelles traumatismes de cette pandémie, aux crises économiques, sociales, financières, de dettes publiques, politiques, climatiques, etc.

    Ne pas recourir à un droit qu’on ignore, qu’on « nous » dissuade de le faire valoir, et ne pas porter plainte, auprès d’une « institution sécuritaire » n’inspirant plus confiance… n’est pas faire acte volontaire, politique, de « séparatisme »… Où alors, si l’on a à juger « du bon dans le coté de la force », que dire de l’impunité des fraudes fiscales, morales, sociales, patronales, actionnariales (« immorale optimisation », flat tax, etc) du chantage à l’emploi, etc, qui creusent 100 fois plus les déficits des comptes publics que les « fraudes sociales » (en plus d’exploser les dettes publiques, en « socialisant » les dettes privées impayées, les pertes casinos…), qui manquent d’autant plus au financement des besoin de plus de lits de réa pour sauver des vies… aux autres services publics subissant des privatisations/digitalisations/« ubérisations »… ? Est-ce de la « sédition de factieux »… ?

  13. Chères toutes, chers tous,

    Oh qu’il n’est pas simple d’envisager une procédure de deuil national et/ou collectif.

    Les récupérateurs de tous bords seront sur les starting bloc.

    Il n’empêche que nous aurions un avantage à nous reconnaître les uns et les autres face à la traversé d’un même choc.
    L’objet est commun, La covid
    La traversée à quelque chose de partageable ne serait ce que par les contraintes.
    Le ressenti est personnel et pourrais être recueilli, j’allais dire accueilli sur des cahiers commun comme les cahiers de doléances, ce serait alors des cahiers de deuil.
    Quelque question ouverte pourrait aider :
    Depuis la covid ….. (ce qui suis est un exemple)
    Je ne sais plus envisager l’horizon.
    J’avais envisagé ma vie dans le tourisme mais le secteur est « destroy » je dois tout repenser, je n’y arrive plus, la covid a volé ma jeunesse etc…
    A titre personnel nous avons le loisir d’écrire un journal,
    A titre collectif nous avons à mon humble avis le devoir de mémoire de ce trauma en cours et de l’importance de le recueillir et l’accueillir à chaud.
    Voili, voilà pour l’immédiat.
    Avec toute mon humaine tendresse pour toutes celles et ceux pour qui la traversée de LA COVID est un grand voire un trop grand chambardement (reférence à la chanson de Guy Béart)
    Paroles de la chanson Le Grand Chambardement par Guy Béart
    La terre perd la boule
    Et fait sauter ses foules
    Voici finalement
    Le grand le grand
    Voici finalement
    Le grand chambardement

    Un grain de sable explose
    Un grain c’est peu de choses
    Mais deux mais dix mais cent
    Ça c’est intéressant

    Voyez messieurs mesdames
    Dans l’univers en flammes
    Entre les hommes-troncs
    La danse des neutrons

    C’est l’atome en goguette
    Le ping-pong des planètes
    La lune fait joujou
    Et met la terre en joue

    C’est la grande escalade
    Les monts en marmelade
    Sous le rayonnement
    Du grand du grand
    Sous le rayonnement
    Du grand chambardement

    Place pour le quadrille
    Des fusées des torpilles
    Ce soir c’est le grand bal
    La « der des der » globale

    Oyez les belles phrases
    La Chine table rase
    Se crêpant le chignon
    A coups de champignons

    Sur les montagnes russes
    Passées au bleu de Prusse
    Les bons gars du Far-West
    Ont bien tombé la veste

    Regardez qui décide
    Ce joyeux génocide
    Qui dirige vraiment
    Le grand chambardement

    Ciel ! Ce sont les machines
    Les machines divines
    Qui nous crient en avant
    En langue de savant

    Que les calculatrices
    Sur le feu d’artifice
    Alignent leurs zéros
    Comme des généraux

    Elles ont fait merveille
    Bravo pour ces abeilles !
    Qu’on décore à cette heure
    Le grand ordinateur !

    Nous finirons la guerre
    Avec des lance-pierres
    Si nous vivons demain
    Nous en viendrons aux mains

    Si nous vivons demain
    Nous en viendrons aux mains

  14. Plutôt que de faire une journée de deuil, dont tout le monde se foutra d’ici peu (il n’est que de voir l’affluence les 11 novembre et les 8 mai aux monuments aux morts) ce serait bien que tous les parents du Monde – au moins ces personnes ; car il parait qu’elles aiment leurs enfants – se sortent rapidement les d….. du d…… pour que soit arrêté le massacrer la Nature ; cela juste pour assurer un avenir à leur progéniture.
    Ainsi, les « parigos », rois et reines des réseaux sociaux, qui cherchent le grand air en ce moment, z’ont ka aller faire de grosses marches à Gonesse, sur la nouvelle ZAD, pour dire stop ! Stop ! une bonne fois pour toute ! à celles et ceux qui se goinfrent sur la destruction de la Nature.
    Notre combat, commun, qui peut être pacifique grâce à la masse d’exploités que nous sommes, il doit viser à changer la logique de notre économie : La richesse ne doit plus être générée par la destruction de la Nature mais doit résulter du travail fait pour sa restauration et sa protection.
    Si nous y parvenons, après ce sera tous les jours la fête.

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  15. Bonjour,

    J’ai éprouvé un profond malaise en lisant cet appel. Une nuit plus tard, j’ai quelques points à relever, dans le désordre.

    Nous sommes ici devant un cas d’administration de la science anthropologique/sociologique/ psychologique à une société malade ou potentiellement malade. Les signataires affirment des éléments théoriques globalement incontestables et prescrivent en conséquence un remède.
    Mais je crains que l’argument intellectuel ne puisse résoudre la chose. Il n’y a pas de médecins des sociétés.

    D’abord parce que l’argument intellectuel énoncé par des clercs n’est pas organique, il ne vient ni d’une autorité incontestée ni du ventre de la société. Nombreux sont ceux qui ont applaudi le personnel soignant sur leur seuil ou à leur fenêtre lors du premier confinement, qui refuseront d’allumer une bougie à la demande de nos gouvernants, des religieux s’il en reste, ou d’intellectuels non représentatifs d’un mouvement social.

    Ensuite, les signataires semblent oublier que les rituels sociaux fonctionnent dans une société qui elle-même fonctionne. Or nos sociétés sont divisées comme jamais, elles suscitent aussi peu d’adhésion que d’inquiétudes pour l’avenir, et leur organisation est remise en cause par des pans de plus en plus larges de la population. Nos sociétés sont vraisemblablement finissantes, et il y a au moins un signataire qui le considère. Il est aussi, pour pas mal de gens, souhaitable qu’elles finissent, et il y a au moins un signataire qui le souhaite, au moins par moments.

    À huit reprises, l’appel recourt au terme « national » pour son projet. Mais où est la « nation » ? De quoi est-elle le nom, quelles injustices et quelles inégalités représente-t-elle pour les gens modestes ? Les États nationaux sont à bout de course (du moins dans la course à la légitimité, pas celle aux armements), et ont montré leur pouvoir de nuisance historique. Il faut bannir ce mot dans les revendications progressistes ou à visée émancipatrice.

    De la même eau, le « nous » omniprésent du texte n’est pas seulement problématique, il est confusionnant. La plupart des signataires de l’appel acquiescent sans doute à la formulation de Christopher Laschs, qui a plus de vingt ans, selon laquelle les élites ont fait sécession.
    Il faut bannir ce « nous » consensuel qui ignore les dissensus et ne clôture aucun débat.

    Si le gouvernement de mon pays me dit « Éclairés par des intellectuels et des représentants de la société civile, nous décrétons un deuil national</em», je ne le suivrai pas.
    Même après discussion au parlement.

    G. L.

    PS : il me semble qu’un commentateur a évoqué sans trop le dire le nombre d’hommes blancs de plus de cinquante ans parmi les signataires. …Ça m’embête beaucoup ! Je suis moi-même un homme blanc de plus de cinquante ans.

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  16. Quelques remarques également.
    Pourquoi demander aux élus et attendre d’eux ? Alors qu’on dit que leur intention galvauderait la démarche ? C’est pourquoi dans bien des sociétés un « clergé » séparé mais proche du pouvoir était bien utile pour organiser des rituels. A notre âge démocratique, pourquoi pas un mouvement « horizontal », citoyen ?
    Le recours industriel à l’incinération en Belgique est récent et a changé le deuil. Certains sont déjà investis dans de nouvelles formes de deuil (parc du souvenir, etc.).
    Nous avons besoin d’une démarche à la symbolique forte et collective. Je songe notamment à la Marche Blanche qui fit communier 400.000 personnes en blanc et sans cris ou slogans (au moment de l’Affaire Dutroux et la disparition des enfants). Elle fut organisée par quelques citoyens, parents d’enfants disparus, avec une grosse logistique autour d’eux. Elle fut une forte réparation de ces événements qui avaient blessé notre communauté.
    Mais qu’allons-nous célébrer ? Pas les morts individuelles (sauf à dire qu’on partage la peine de ceux qui ont subi malaisément un deuil durant le confinement). Pas des soldats qui se sont sacrifiés. Plutôt le résultat d’une accident collectif : les mineurs morts à Courcelles-France en 1905, au Bois du Casier à Marcinelle en 1956, Ou dans l’incendie d’un dancing ou d’un grand magasin.
    J’ai bien aimé cette énumération de Elisabeth Kübler-Ross des états/étapes du deuil. Que pouvons nous dire de notre colère ? cad d’assigner les responsabilités ? Comment faire le chemin en plusieurs étapes : objectiver contre le déni, objectiver pour dépasser la colère ou l’émotion, négocier marchander la vérité de l’épreuve subie,
    Mais surtout une épreuve collective avec des aspects très divers de souffrance, où mettre une limite serait inhumain.
    D’un certain point de vue, le Mouvement des Gilets Jaunes est aussi une démarche horizontale à la symbolique forte, qui derrière la colère, a créé des liens pour beaucoup de gens, qui a construit quelque chose d’éphémère.
    Après la guerre 14-18, la création des monuments a été lente à venir, après la gestion des corps sur les champs de bataille, les premiers cimetières. Et la gestion des gueules cassées.
    Enfin dans nos institutions belges, nous avons notre Roi constitutionnel qui peut porter la parole d’une célébration collective. Ainsi Albert II a tenu au cours de l’Affaire Dutroux un discours de colère sur les institutions et leurs échecs (élus, police, gendarmerie, justice), à un moment nécessaire. Il pourrait le faire, dans la mesure où il n’est pas porteur d’opinions politiques. Mais le consensus serait moins fort qu’avec un mouvement citoyen. Je ne vois pas de dirigeant politique comme Macron, Johnson, etc., qui en aurait la légitimité, au contraire.
    Et même, l’exercice citoyen horizontal serait difficile, les colères sont multiples. J’ai bien aimé le commentaire ci-dessus : « Il faut bannir ce « nous » consensuel qui ignore les dissensus et ne clôture aucun débat ». Cette absence de débat et de clôture (que j’exprime par le mot de « objectivation ») est flagrante, notamment par l’action des médias d’aujourd’hui (je ferai peut-être un billet sur la vidéo « Ceci n’est pas un complot » que je vous recommande : https://vimeo.com/504845318
    Il faut bannir ce « nous » consensuel qui ignore les dissensus et ne clôture aucun débat.
    Si nous ne disons pas que les jeunes ont souffert, les couples ont souffert (33% en situation de violences physiques ou psychologiques ! selon une étude dans Le Soir), si les vieux ont souffert, si les malades ont souffert, si le personnel médical a souffert, si les dirigeants eux-mêmes ont souffert, si les personnes en perte d’emploi ou de revenu ont souffert, pourquoi serait il légitime de ne s’en tenir qu’aux morts ?

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    1. @ Chabian: je suis bien d’accord avec votre dernier paragraphe. C’est une des ambiguïtés de cet appel, qui n’ignore pas toutes ces souffrances, tout en proposant un « deuil » « national ».

      1. Bref , un classique de « fausse bonne idée »..?

        Je serais d’ailleurs curieux (sauf si c’était une sorte de « sacrilège ») de connaître le nombre de promoteurs-signataires de cet appel ayant subi pour des ultra-proches , c’est-à-dire quasi dans leur propre chair , le calvaire de l’abandon de l’agonisant(e) depuis la porte d’entrée de l’hôpital jusqu’à l’entrée du long sac-plastique au crématorium.
        Proche de zéro sans doute.
        Proposition de réponse qui n’engage que moi , mais révélatrice de mon sentiment instantané à la lecture.
        Par contre je n’ai rien de constructivement palliatif à proposer. A regret.

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