Deleuze : « Antonioni, cinéaste anti-freudien », par Phil Gill

Aussi, pourquoi Monsieur Jorion s’intéresse-t-il, entre autres, à l’œuvre d’Antonioni ?

Je suppose que l’une des raisons principales est que les films de ce cinéaste sont au croisement des « trois regards, philosophique, psychanalytique et cinématographique ». Et pourtant, selon la lecture deleuzienne des films d’Antonioni par Daisuke Fukuda dans “Savoirs et clinique”, le philosophe Gilles Deleuze tenait Antonioni pour un cinéaste anti-freudien, du fait notamment que les personnages antonioniens se trouvent dans un monde où l’on n’a plus rien à dire.

Evidemment, cette remarque me renvoie au conte de science-fiction — au croisement même de ces trois regards — qu’évoque Paul Jorion au début de son billet, et d’après lequel tout ayant été compris de l’univers tout entier et les raisons qui se cachent derrière tant de choses, la parole elle-même en quelque sorte s’épuiserait, et ainsi nous pourrions quitter le monde l’âme sereine.

Sauf que l’enfant ne l’entend pas de cette oreille…

À ce moment, pourquoi donc l’ouïe, ce « sens aveugle », reste-t-il au contraire sur ses gardes comme un petit soldat, alors que les autres sens tomberaient dans un sommeil profond ?

Pour l’histoire, « Au contraire » : l’épitaphe qui devrait un jour orner la tombe de Jean-Luc Godard…

Alors, que faut-il entendre dans la question que pose l’enfant ?

Suggère-t-elle qu’il faut imaginer quelque chose par-delà la psychanalyse ?

Daisuke Fukuda : « Le monde désœuvré d’Antonioni s’ouvre, ainsi suggère le philosophe, là où se clôt l’espace psychanalytique dont la parole est un élément fondamental. » Cependant, si à la place de la parole et du discours vient l’image, ou dit autrement, face à la crise de la parole, le verbe se fait image — à supposer que l’image soit plus résistante et efficace que la parole — à quelle identification ou incarnation nous renvoie celle de l’enfant, que d’abord l’on pourrait imaginer être Michelangelo Antonioni, et qui nous pose cette question désœuvrée « Et après ? »

Eh bien, pour conclure, il se trouve que par le plus grand des hasards, Naomi Klein dans son tout dernier livre avec Rebecca Stefoff, « Vaincre l’injustice climatique et sociale – Feuilles de combat à l’usage des jeunes générations », et ayant toujours foi en l’avenir, formule exactement la même question, dans son troisième et dernier chapitre pour nous éclairer la voie : « Et après ? ».

Soit, face à quelle énigme ou Identification d’une femme sommes-nous ? Qui est donc cette enfant sans nom, et dont il est frappant de constater la totale absence dans les films d’Antonioni, sauf dans son film Le Cri ?

On poursuit les recherches.

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Une réflexion sur « Deleuze : « Antonioni, cinéaste anti-freudien », par Phil Gill »

  1. Enfin, quoi? Personne n’a vu un film d’ Antonioni?

    Perso, je me souviens de son “Zabriskie Point”. Avec le recul, j’avoue que que son engagement anti-freudien m’a impressionné. “Blow-up” aussi, mais moins nettement.
    Ne m’en demandez pas plus. Les souvenirs me fuient. Pour un cinéphile , que je ne suis pas du tout, les vrais impressions ne sont pas disables. On est tous passés par une période contestataire qui nous faisait accepter n’importe quoi, pourvu que l’œuvre soit cataloguée contre.

    Donc, mon avis est que Phil Gill a raison.

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