Je m’adresse à vous, les enfants et les petits-enfants de ces Messieurs-Dames du Sénat qui ont voté contre une « quasi-obligation de résultat » dans la lutte contre l’extinction

Le Monde, ce soir :

L’exécutif renonce à inscrire la « préservation de l’environnement » dans la Constitution et à le faire adopter par référendum

[…] Il s’agissait initialement d’inscrire à l’article premier, qui pose les principes fondateurs de la République (égalité, laïcité…), que la France « garantit la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et lutte contre le dérèglement climatique ».

[…] Or les deux chambres se sont livré une bataille de mots, qui aura débouché sur une impasse. Le Sénat a réécrit en mai le projet de loi constitutionnelle, s’opposant au terme « garantir » voulu par le chef de l’Etat, qui instituerait une « quasi-obligation de résultat ». La majorité à l’Assemblée a alors dit faire « un pas », en remplaçant en deuxième lecture le verbe « lutter » par le verbe « agir ».

Ils ont raison les sénateurs et sénatrices français : vouloir mentionner « la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et la lutte contre le dérèglement climatique » dans la Constitution, faut être culotté ! Car il y a déjà des relents d’attitude anti-business dans le mot « préservation » ! Et mentionner « le dérèglement climatique », c’est grave en soi (car rien n’est prouvé n’est-ce pas ?). Mais avoir l’outrecuidance de vouloir « lutter » contre le dérèglement climatique, alors là ! Et admettons même que soient mentionnés dans la Constitution « la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et la lutte contre le dérèglement climatique », pourquoi vouloir les « garantir » ? Ignorez-vous vraiment que le mot « garantir » laisse entendre une « quasi-obligation de résultat » ? Non seulement ce serait inscrit dans la Constitution, mais nous nous serions engagés d’une certaine manière à agir !

Messieurs-Dames du Sénat, qui avez voté contre une « quasi-obligation de résultat » dans la lutte contre l’extinction du genre humain, il est de coutume au spectacle affligeant d’une irresponsabilité aussi faramineuse que la vôtre, de recourir à des termes grandiloquents comme « l’Histoire vous jugera ! ». Je m’en abstiendrai car, par votre vote contre, vous avez apporté avec intrépidité votre pierre à ce que de l’Histoire humaine, il cesse d’y en avoir. Quant au paragraphe qui suit, il ne vous concerne pas, ignorez-le.

Vous qui êtes les enfants et les petits-enfants de ces Messieurs-Dames du Sénat qui ont voté contre une « quasi-obligation de résultat » dans la lutte contre l’extinction, c’est votre monde à vous que vos parents et vos grands-parents balaient d’un revers de main parce que sauver le genre humain témoignerait d’une attitude anti-business. Je m’adresse à vous, prenez un peu de votre temps, et allez leur dire ce que vous en pensez.

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27 réflexions sur « Je m’adresse à vous, les enfants et les petits-enfants de ces Messieurs-Dames du Sénat qui ont voté contre une « quasi-obligation de résultat » dans la lutte contre l’extinction »

  1. Je pense que, outre un échec pour la convention citoyenne pour le climat, cet abandon est un acte prémédité . Après avoir lu l’article du Monde on sent très bien que le gouvernement est en train de dire: « c’est pas nous c’est eux. LREM sont gentils , LR sont méchants , voyez comme ils ont manœuvré pour refuser le texte ! »
    Et le tour de passe-passe est joué .

    D’une façon globale je trouve que ce gouvernement délègue beaucoup aux autres ses propres incapacités .

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    1. @ Khanard

      Excellente analyse politique !

      J’ai eu la même intuition que vous lorsque j’ai entendu la nouvelle à la radio. LREM ne voulait absolument pas acter cette évolution constitutionnelle mais comme il ne pouvait pas apparaitre au grand jour comme celui qui a initié la Convention Citoyenne pour le Climat et celui qui l’étouffe par ailleurs, il a sous-traité en coulisses l’ annulation des articles les plus « problématiques », via le Sénat et le parti L.R. Ayant les mêmes intérêts politiques et économiques, l’un donne faussement le « la », et l’autre siffle la fin de la récréation. Partage des tâches bien compris entre deux partis politiques néolibéraux qui aspirent au statu quo et qui veulent que rien ne change absolument. Ils font tout pour noyer le poisson en prévision de l’élection présidentielle de 2022 où une alliance politique semble bien en préparation comme l’élection régionale en PACA nous la démontré.

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      1. hihihi…..nous sommes au moins deux à être d’accord ! et deux n’est ce pas le début d’une assemblée ?

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  2. Le problème n’est pas le « business » mais la religion de la croissance (de la consommation et de la population) qui unit les « nomenclaturas » aux pouvoirs.
    Un référendum ne servirait qu’à exprimer les frustrations (2005, brexit..).
    Après l’écocide planétaire, la démocratie meurt lentement mais surement.

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  3. Par contre, pour inscrire l’absurde limite de 3% de déficit budgétaire dans la constitution européenne, les mêmes se lèvent comme un seul homme.
    Pitoyable.

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  4. Rions un peu. Lisant le coeur du texte et la discussion de chaque mot, je me suis rappelé une histoire de « Lambique » et Sidonie : Lambique ouvre une poissonnerie et s’offre une belle enseigne « Ici on vend du poisson frais ». Sidonie passe par là et objecte peu à peu sur les mots « ici » (c’est inutile), « frais » (c’est évident), « on vend » (on ne donne pas), « du poisson » (on le sent déjà). Finalement la pancarte n’est plus que des ratures ! Le travail parlementaire donne à peu près ce même résultat…
    Ensuite versons une larme. En 2004, Chirac nous avait déjà fait pleurer dans les chaumières pour inscrire le principe de la défense de l’environnement dans la Constitution. Palabres étendues, finalement : Le Peuple Français proclame son attachement (…) aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004″. Je vous invite à relire la Charte de 2004, un monument d’hypocrisie et de non engagement. Du chèvre-choutisme !
    Enfin réjouissons-nous. Cette pantalonnade de 2021 ne vaut-elle pas mieux que les « nobles sentiments » de 2004 ? Tout cela c’est de la politique spectacle.
    A propos du dernier paragraphe, je trouve que le Pere Fouettard Jorion exagère un peu en obligeant les enfants d’en remontrer aux parents et même aux grands-parents. Je pense qu’ils ont mieux à faire ! Les jeunes doivent prendre le pouvoir ! et renverser tout pouvoir des vieux, nous y compris (disait un antrhropologue belge dans une vidéo sur Belgian Alternative média, si je me souviens bien (j’ai du mettre ce lien sous la discussion de la vidéo de Paul « RIP » ).

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  5. L’amendement du 5 mai dernier, adopté par le Sénat, est ici http://www.senat.fr/amendements/2020-2021/449/Amdt_2.html

    Il permet de mieux comprendre les réserves des sénateurs. En deux mots, le message est que :
    – Le gouvernement a mal rédigé sa proposition, en laissant ouverte plusieurs interprétations contradictoires, entre lesquelles il n’a pas tranché
    – Quelle que soit l’interprétation qu’on choisit, de toute façon l’impact réel sera nul, il n’ira pas au-delà de ce qui est déjà dans la Charte de l’environnement de 2004
    Du coup, les sénateurs ont proposé d’au moins rédiger la chose correctement, puisque de toute façon ça n’aura aucun effet.

    Je refais le sketch :
    – Le gouvernement fait un simulacre politicien si ce n’est politicard pour faire semblant d’être un grand environnementaliste
    – Les sénateurs répondent « écoutez si vous voulez faire des gesticulations creuses, rédigez-les un peu mieux quand même »
    – Le gouvernement conclut « ils font de l’obstruction, je dois renoncer à mon grand projet pour l’environnement, quel affreuse irresponsabilité ces gens de LR ! »

    Tout ceci ayant évidemment tout à voir avec la préservation de l’environnement. Et rien, mais alors rien du tout avec les élections de l’année prochaine…

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    1. N’oublions pas que pour les citadins qui représentent maintenant plus de 80% de la population occidentale et dans laquelle on retrouve notre élite politique et technoscientifique, « l’environnement » signifie jardin public et bac à fleurs, des plages dépolluées juste là où l’on se baigne et des parcs nationaux pour protéger quelques hectares de la belle nature pour les yeux. On voit tout de suite ce que représente la protection de l’environnement à leurs yeux. 🙂

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  6. Sinon, pendant que les jeux politiques continuent, le niveau de CO2 atmosphérique est déjà revenu à la valeur qu’il avait au pliocène il y a 3 millions d’années (1) De ce point de vue, nous sommes déjà sortis du quaternaire, c’est-à-dire la période la plus récente de l’histoire de la Terre – celle au début de laquelle le genre Homo dont nous sommes les derniers représentants en date est apparu.

    [début de citation]
    de nouvelles études menées sur des carottes de glace et des sédiments marins montrent en fait que le seuil de 400 ppm a été dépassé pour la dernière fois il y a 3 millions d’années, pendant le Pliocène. Alors, les températures s’élevaient à 3 ou 4° C au-dessus de celles actuelles et le niveau des océans était de 15 mètres plus haut (…) « La fin du Pliocène est relativement proche de nous en termes de niveaux de CO2. Nos modèles suggèrent qu’au Pliocène il n’y avait ni cycle glaciaire ni grosses calottes glaciaires dans l’hémisphère nord. Le CO2 était trop élevé et le climat trop chaud pour le permettre »
    [fin de citation]

    Les 15 mètres d’élévation du niveau de la mer liés à un seuil de 400 ppm de CO2 – que nous avons dépassé – correspondent en gros à la fonte du Groënland (+ 7 mètres) et à celle de la banquise antarctique ouest (+ 8 mètres). Cette élévation du niveau de la mer par exemple est déjà inévitable – sauf à retirer du CO2 de l’atmosphère, ce qui est à ce jour de la science-fiction – même si l’économie mondiale s’effondrait aujourd’hui et que toute émission de GES anthropique cessait (2)

    C’est-à-dire que nous avons déjà « programmé » une transformation profonde de notre environnement – bien au-delà du niveau de la mer, d’ailleurs. Si l’on s’en tenait à ce qui a déjà été brûlé dans l’atmosphère cependant, il est probable que cette transformation s’étalerait sur un certain nombre de siècles, ce qui laisserait sans doute le temps à nos descendants de s’adapter progressivement, y compris en abandonnant certaines régions de la planète et en colonisant d’autres (l’Arctique)

    Mais bien sûr, nous continuons à brûler des combustibles fossiles, et nous les brûlons encore de plus en plus vite. Seules la pandémie au Covid-19 et la crise financière de 2008 ont eu un impact sur cette augmentation. Et encore un impact petit et temporaire, rien de plus. Nos efforts pour réduire notre rythme de combustion n’ont pas eu d’impact, pour la bonne et simple raison qu’ils n’existent pas vraiment : nous consommons de plus en plus de charbon (Chine, pays en voie de développement), nous consommons de plus en plus de gaz naturel (y compris comme complément obligé des énergies intermittentes dont nous prétendons qu’elles sont décarbonées)

    Si l’élévation continue jusqu’à un niveau de 800 ou 1 000 ppm, alors nous serons revenus à l’époque du Crétacé il y a une centaine de millions d’années (3) Nous sommes en train de transformer la Terre. Nous la faisons remonter dans le temps….

    Une crise pour la biosphère est déjà programmée, une crise destructrice mais une crise à laquelle l’humanité survivrait certainement. S’agissant de ce qui est déjà émis, s’entend. Et non sans des transformations profondes, voire brisantes, mais des transformations relativement lentes à l’échelle d’une vie humaine.

    Le problème, c’est que nous continuons à transformer la Terre. A augmenter l’amplitude du changement, et aussi sa rapidité. A un certain moment, à un certain degré de brutalité, la crise de la biosphère deviendrait tellement grande qu’elle pourrait menacer la survie même de l’espèce humaine en effet. Ou au strict minimum la capacité de la planète à nourrir plus qu’une assez petite population humaine.

    (1) https://www.ecoco2.com/blog/une-concentration-de-co2-au-plus-haut-depuis-3-millions-dannees/
    (2) Marseille, New York, Londres, Shanghai, Tokyo, Los Angeles, le Bangladesh… sont déjà perdus. Simplement nous n’avons pas encore été obligés de les abandonner
    (3) https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/co2-depuis-4ga.xml voir notamment ce graphique https://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/objets/Images/co2-depuis-4ga/co2-depuis-4ga-fig02.gif sachant que RCO2 est le rapport entre la masse de CO2 atmosphérique à un temps donné et la masse préindustrielle – correspondant à une pression partielle de 300 ppmv

  7. Bonjour Paul,
    Entièrement en phase avec votre billet.
    Juste un petit point, il est préférable de parler de réchauffement climatique ou de changement climatique. Le terme dérèglement climatique est à proscrire (je sais que c’est celui utilisé dans le projet de loi) car il laisse à penser qu’on pourrait réguler le climat.
    Bien à vous

    1. Le terme de réchauffement est aussi maladroit. Il est vrai en moyenne, mais inadéquat par rapport aux perceptions. J’aime bien l’idée de perturbations climatiques, car on a de la grêle en juin, des inondations et tornades, etc, autant que des canicules. Bien sûr cela fait un peu météo. Autre chose ?

  8. Témoignage. J’ai passé ma soirée du 2 juillet avec une sénatrice et un député. Une bonne heure d’échange à bâtons rompus. La remarque que je me suis faite en rentrant, c’est que les grands groupes doivent bien se marrer face à des législateurs de ce niveau. D’un côté, je trouvais intéressant d’être représentés par des gens ordinaires. De l’autre, leurs limites intellectuelles et surtout culturelles me glaçaient en pensant au futur.
    L’État, institution pluri-millénaire, n’est pas adapté pour faire face à l’enjeu de l’extinction de l’espèce. Le monde n’est plus celui des sumériens. Les intérêts privés, les ambitions personnelles, la corruption morale, l’absence d’éthique, la bêtise, le paralyse face au danger.
    Le seul espoir, c’est de transformer notre économie en économie de guerre. D’entraîner les européens avec nous, puis le reste du monde.
    Malheureusement, lorsque je regarde lucidement la qualité de notre personnel politique et que je la compare à la complexité du problème à résoudre, je me dis que l’espoir est bien mince.

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    1. On vient de republier « Mahomet et Charlemagne » de Henri Pirenne (1935), avec une intro de Bruno Dumezil — Texto-Tallandier, 2021. Il fait la description d’un pouvoir en décrépitude. Intéressant. La fin d’un cycle et l’illusion d’un nouveau, celui de Charlemagne, vite disparu.
      En fait, la période de 650 à 750 au moins est une période de forte régression de l’Europe, devant se recentrer sur ses zones plus nordiques, car la civilisation méditerranéenne et gréco-romaine s’écroule avec la victoire de l’Islam sur la Mer et sur les terres (Espagne, razzias en Italie et France, etc.). Le grand commerce disparait, donc la comptabilité, l’écriture et la connaissance du latin. Le pouvoir mérovingien disparait, le pouvoir carolingien surgit pour un temps. Pepin et Charlemagne étaient illettrés. Tout tient par la fidelitas et la vassalité, plus que par l’empire et son administration. L’église est corrompue. La langue romano-latine se perd. Seuls les moines anglo-saxons vont débarquer avec une connaissance du pur latin, non corrompu par l’usage comme sur le continent. L’école de Charlemagne, c’est eux et c’est quasi exclusivement pour les prêtres. D’ailleurs ce sont souvent des moines qui font l’administration. La cour impériale est très restreinte.
      La période ouverte par Macron est un peu comparable : un parti non inséré localement, avec quelques têtes pensantes et un groupe parlementaire à la botte qui disparaîtra en 2022 (sauf si porte l’argument : c’est moi ou le chaos) – et la perte de puissance des Etats contre le Commerce et la Finance mondialisées. Un pouvoir qui n’attire plus des grandes pointures (depuis Delors, sans doute…) mais les bons manipulateurs.

    2. Merci pour votre témoignage. Je vous rejoins tout à fait sur le constat.

      Au sujet de la crainte que l’espoir soit mince, je voudrais citer ce dicton allemand « Wo ein Wille ist, ist auch ein Weg » : là où existe une volonté, existe aussi un chemin.

      Et encore cet extrait d’un discours (1) de Charles de Gaulle aux élèves de Saint-Cyr, en un autre temps, sur un autre sujet, mais avec une leçon toujours actuelle : « Quant à l’inconsistance des pouvoirs publics, je ne crois pas qu’elle durera toujours. Il me semble qu’elle est, chaque jour, plus nettement reconnue par tout le monde, sans exception, ce qui est la première condition pour que les choses s’améliorent »… Oui, quand un problème est reconnu, et de plus en plus nettement, c’est la première condition pour que les choses s’améliorent !

      Et le problème est de plus en plus reconnu, et les Français sont prêts à l’action, et même à une action dure (2) :
      – « Il faut que le Gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques pour faire face à l’urgence environnementale, même si cela signifie de demander aux Français de modifier en profondeur leurs modes de vie » ===> OUI 77%
      – « Il faut que le Gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques pour faire face à l’urgence environnementale, même si cela signifie de demander aux Français et aux entreprises des sacrifices financiers » ===> OUI 57%

      La première condition est réalisée. Pour le reste, comme le dit le Général dans le même discours « Il n’est que de vouloir, de prendre le problème corps à corps ».

      (1) https://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00326/discours-a-saint-cyr.html
      (2) Voir page 85 de cette étude annuelle fouillée sur l’opinion en France https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2020-09/fractures_francaises_2020.pdf

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    3. @Manuel
      A mon échelle, je fréquente quelques « petits » élus locaux dans mon « petit » département rural et je ne peux que constater la même chose. Des gens, souvent retraités à tendance 4ème âge, qui semblent avoir eu la place parce que personne n’en voulait. Pour beaucoup, ce sont des personnes du XXème siècle qui raisonnent comme du temps des 30 glorieuses. C’est là véritablement le symptome d’un disfonctionnement dans notre système démocratique. Nous sommes dans ce conflit entre l’urgence de réagir qui est plutôt l’apanage de la jeunesse et un monde d’élus qui est là pour s’occuper pendant la retraite. Il y a bien évidemment des exceptions mais malheureusement, ils se heurtent à l’inertie des autres. Il y a un problème de cinétique comme dirait Aurélien Barrau. Nous avons un système économico-industriel qui nous mène droit dans le mur à grande vitesse et si le personnel politique devait être une pédale de frein, c’est une pédale rouillée et presque bloquée.
      Au delà de ce problème démocratique, notre culture occidentale consumériste et hédoniste a percolé à travers le reste des populations de la planète, au point qu’elle est entrée dans nos habitus. Changer des habitus par la seule volonté prendra du temps. Un temps sans doute en inadéquation avec l’urgence du problème. Encore une fois, ce problème de temporalité est très bien décrit dans la vidéo d’Aurélien Barrau (oui, durée 1h mais ça vaut le coup). Les pistes de solution ne sont pas dans l’éducation ou le rajeunissement du monde politique qui s’organisent sur le temps long. Il donne quelques pistes de changements individuelles mais il montre aussi que nous avons à nous remettre en cause individuellement, et ça c’est beaucoup plus compliqué. C’est plus facile de se dire, même si c’est une réalité, que les plus dangereux sont aux manettes et que nos élus sont des pantins. C’est plus facile de désigner l’autre comme responsable que de chercher à se changer soi-même. Mais y a-t-il une autre solution ?

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      1. Salut Pascal !

        Tu as changé quoi individuellement, tu t’es remis en cause de quelle manière ?

        Question subsidiaire : Comment individuellement avant tu as contribué réellement à ce merdier, je dis bien TOI ?

        1. Aaaah CloClo ! Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre, Pierre…

          Qui vit comme un Franciscain, pour reprendre les mots de Giraud ? Toi, moi ?

          Suivant en cela les conseils d’Aurélien Barrau – par anticipation – j’ai arrêté de manger de la viande, le premier pas qu’il signale comme un véritable effort sur soi-même. Ben, c’est carrément la misère ! Si t’as pas cette culture là, tu sais même plus quoi manger. Sans parler des invitations, si tu veux pas passer pour la mauvaise conscience de la soirée, t’as intérêt à pas trop faire le mariole… Pression sociale, forte. Résultat, après 6 mois, j’ai craqué. Diminution mais pas arrêt. Alors ça va pas chercher loin mais même bien motivé – conscience écologique, les ptites bêtes toussa – ça coûte énormément sans parler de l’effort quotidien, le temps et les déceptions – parce que les machins de soja, boulghour, sarrasin et compagnie c’est quand même pas le top ! :-/ Vivement les algues et les insectes !

          Est-ce que tout le monde est prêt à ça ? Rien qu’à cela ? J’en doute.

          Alors le reste…

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          1. Salut mon bon 2Casa

            Ma question était en fait destinée à montrer la « bêtise » de la démarche individuelle, et sa lenteur, tu en témoignes très bien. Je reproche à Aurélien Barrau sont manque de condamnation du système capitaliste et de la propagande qui l’accompagne (TINA…) pour s’en remettre à cette foutaise du Colibri. D’ailleurs, lui même sait et reconnait que le problème est systémique, mais bon hein, faut être iconoclaste mais trop même dans la recherche, sous peine d’exclusion excommunication, alors comme il parle plus souvent de ces « petits gestes », les gens ne retiennent que cela à tort…

            Oui bien entendu que la société se réforme par la transformation de ses membres aussi et essentiellement, mais dans un système donné (superstructure et « conditionnement ») ça revient souvent à pisser dans un violon si le cadre n’est pas changé fondamentalement.

            Sinon ma poule, pour la viande, une bonne réduction à 2/3 fois par semaine 80 gr suivant l’âge ça serait déjà pas mal et agréable, avec un coup de poisson par dessus, légumes, féculents, et fruits, et quelques amandes, baies rouges et noires hé ho la vie c’est pas un truc de fourmi quand tu as un cortex.

            A bientôt, si tu veux un jour venir à ma table t’es le bien venu. Promis on mangera une salade de tomate à l’huile d’olive, un thon aller retour sur le grill avec un peu de riz blanc avec un citron pressé et une bonne quille de pinard, salade de fruits en dessert. Et c’est moi qui sert !

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            1. Flûte alors ! J’ai loupé le stratège socratique qui sommeillait en toi… Merci pour l’invitation et merci pour la bêtise de la démarche individuelle ! 😉

              Mais pour le poisson, c’est mort, chuis allergique, les fruits de mer aussi. Pas d’bol pour un Breton. D’où la galère. Il restait pas grand-chose.

              (Le pinard, pas d’allergie signalée)

              Pour revenir au débat, je suis pas un spécialiste de Barrau mais dans la conférence à Polytechniques postée hier ou avant hier ici, il ne m’a pas donné l’impression du tout de nier l’aspect systémique du problème. Au contraire, un peu plus « incisif » que d’habitude comme il le souligne lui-même, il prend à partie les « ingénieurs comme ingénieurs », ou les représentants de l’élite polytechnicienne comme élément constitutifs du problème, par la reproduction du même dont ils sont le pur produit selon lui. Quant au changement global de cadre j’ai pas trop l’impression qu’il passe à côté en leur demandant de se remettre en cause comme il le fait. Ils seront aux manettes demain.

              (Oups ! On m’annonce que pour cause de fin du monde, demain a été annulé… Dommage.)

              Ceci dit, l’exemple de la viande qu’il utilise sert selon moi à souligner la part de volonté (sic) ou de responsabilité individuelle en faveur du changement. Si personne ne le souhaite vraiment – comme diminuer drastiquement sa ration de bidoche peut l’illustrer – quelle pression sur les politiques ou les décideurs ? C’est vachement hypocrite sinon de notre part, non ?

              Systémique, d’accord, mais si personne ne pousse à la roue les politiques – qui n’entérinent que le fait accompli, l’anticipation étant trop dangereuse politiquement – en montrant que c’est désirable et désiré… quoi ?

        2. @Cloclo
          Le changement, c’est pas un truc magique. Alors je dirais que je suis en chemin. Et comme tous les chemins, c’est très personnel et ça ne commence pas d’hier. Donc je vais prendre quelques raccourcis.
          Quand j’étais jeune 😄 et déprimé par l’adolescence, j’ai écrit une phrase que je comprenais pas. Un truc du genre : la vie est tellement simple que l’homme ne la comprendra jamais. 40 ans ont passé, la déprime des 50 ans, quelques années à fouiller dans mon inconscient avec un psychologue (je crains les psychanalyste 😂). Bon, du mieux, mais bof ! Et puis toujours ce cerveau, ces pensées qui tournent et que des fois on rêve de mettre en standby.
          Alors pourquoi pas essayer la médiation et puis aussi le yoga. Et comme dirait Paul, merci à l’IA googlelienne qui m’a fait découvrir un vieux barbu indien. Et en l’écoutant, en explorant les techniques qu’il propose, dans le foutoir de mes pensées (malgré le boulot précité ), j’ai commencé à voir une cohérence s’installer, un peu comme le ciel bleu et les rayons du soleil après un orage. Trêve de poésie. C’est surtout une expérience que je vis donc pas facile d’en faire une théorie ou une philosophie. D’autant que d’après le vieux barbu indien, s’embarquer à vouloir en faire une philosophie, c’est déjà passer à côté du truc. Le plus important étant d’en faire l’expérience par soit même.
          Donc, je vais quand même tenter de mettre un peu ça en mots.
          Dans la culture indienne, l’homme semble condamné à la souffrance. Et c’est en cherchant à échapper à cette souffrance que l’homme adopte des comportements catastrophiques, au début pour lui même et son entourage et maintenant pour la planète entière. Pour échapper à cette souffrance, dont la conscience de sa propre mort à venir, il cherche par la pensée à organiser le chaos du monde pour lui donner un sens. A l’aide de sa mémoire (aujourd’hui augmentée par l’informatique ), il va écrire une histoire du monde (avec Dieu pour la Bible, avec le Big bang pour la science moderne ). A l’aide de son imagitation, il va concevoir et écrire des projets (de ton prochain barbecue avec des amis, jusqu’à une futur constitution pour ton pays). Parce que la particularité de l’homme par rapport aux autres animaux, c’est d’avoir une mémoire et une imagination incroyablement plus performantes. Et si tu y regardes bien, dans notre histoire toutes les merdes que l’homme a pu inventer c’est pour des « raisons  » historiques (type terrorisme islamique, royauté, apartheid en Israël, la Grande Russie de Poutine, America great again. …) ou pour des « projets » sensés faire du monde un paradis (l’Arianisation de l’humanité par Hitler, toutes les colonisations, le progrès technologique, le néolibéralisme, le transhumanisme ….). Nos deux plus grandes facultés sont à la base de nos souffrances individuelles (désir, jalousie, mépris, orgueuille… ) qu’on retoune contre soit même jusqu’à la dépression ou contre les autres jusqu’à l’agression. Nous sommes perpétuellement en guerre contre nous même (ambition, compétition. ..) et contre les autres (humiliation, dénigrement, jugement. ..) Et au final, on est concrètement en guerre contre la Vie (extinction de masse, dérèglement climatique. ..). Bref, c’est notre pensée, notre mental qui nous rend fou parce que nous ne savons pas le maîtriser. Nous n’en sommes que les esclaves. Ce merveilleux cerveau que l’évolution nous a donné, c’est comme si on nous avait donné les clés d’une Ferrari sans avoir le permis de conduire. D’où notre incapacité à changer alors que nous allons droit dans le mur.
          Bon ok et alors, tu fais quoi maintenant ?
          Ce que je sais, c’est que chacun de nous est dans ce merdier et que même si demain on donnait le pouvoir aux « meilleurs  » d’entre nous, rien ne pourrait garantir qu’ils ne deviennent les pires monstres. Si je souffre, je répandrai de la souffrance autour de moi et pour me justifier, je dirai : on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. Alors pour commencer, je vais travailler à progressivement « sortir » de ma propre souffrance.
          Une autre grande source de souffrance c’est l’attachement.
          Tous les grands (et les petits) tortionnaires étaient (sont) attachés à  » leur » image, à « leur  » idéologie, à  » leur  » projet, à « leur » carrière. … Et ça va très loin, l’attachement familiale qui nous semble si normal (et dont l’absence serait condamnable moralement dans nos sociétés ) nous empêche d’apporter les meilleurs réponses à nos proches (je le vois tous les jours en tant qu’enseignant, je peux en témoigner en tant que parent). Dans la société et dans le sujet de ce billet, c’est l’attachement à nos croyances (idéologie, certitudes. ..), c’est notre attachement à notre « niveau  » de vie, c’est notre attachement à nos habitudes. … Qui nous paralysé. Et on se leurre persuadé de notre libre arbitre quand nous sommes déterminer par tout ce à quoi nous sommes attachés. Et notre attachement le plus douloureux, c’est notre attachement à la vie. Ce que nous appelons « ma » vie et dont nous sommes persuadé d’être les détenteurs. C’est là qu’est venu pour moi la grande bifurcation. Quand j’ai compris ma méprise. « Ma vie  » n’existe pas, c’est encore une croyance. Nou ne sommes qu’un fruit de La Vie parmi la multitude infinie qui grouille sur la planète. J’ai pu enfin donner du sens à cette phrase : la vie est tellement simple que jamaisl’homme ne la comprendra. … Par la pensée.
          Depuis ce que j’ai changé, puisque c’était la question, j’ai cessé de m’attacher à ma femme, à mes enfants, à ma carrière, au blog de Paul Jorion, à l’idée de changer le monde. Et depuis, la sérénité (que je travaille toujours ) à changé mon rapport aux autres (en témoigne les gens autour de moi) et je sais mieux répondre aux souffrances autour de moi.
          Si tu es arrivé jusque là Cloclo, tu dois bouillir « mais et le rapport avec là catastrophe vers laquelle on va ? « . Pour moi, il n’y a pas de catastrophe, seulement La Vie qui a peut être fait une connerie en nous donnant un gros cerveau 😂. La Vie ne fait jamais de conneries. Elle essaie des trucs, ça marche ou pas. Mais la petite micro poussière que je suis dans le cosmos, a cessé de s’attacher à La Vie qui fait bien ce qu’elle veut, en se foutant pas mal du regard oblique…. Des petits humains honnêtes. Ça me permet d’être plus heureux et de donner un peu d’amour (aimer, c’est aider l’autre à se détendre, dit Alexandre Jolien) autour de moi. Et on ne sait jamais, si je peux convaincre d’autres personnes qui eux même. . ..
          Mon cher Cloclo, tu vas peut être me trouver un peu barré. … ou pas.
          Au plaisir

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  9. @ Toulet Alexis

    Bizarre cet étrange sondage où le PS et EELV sont parfaitement distingués ainsi que LREM, LR et le RN tandis que le PCF et la France Insoumise ne le sont pas. Un sacré biais idéologique dès le départ. A partir de là, peu de choses peut être considéré comme crédible. On ne lit plus, car l’affichage est complètement faussé. Le tableau n’est absolument pas représentatif des forces politiques en présence. Je note aussi que les avis de millions de françaises et de français n’apparaissent pas du fait qu’ils ne se reconnaissent dans aucune force politique déclarée par la signalétique affichée ici à géométrie variable et selon un évident régime de faveur.

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    1. Ce sondage a des limites techniques plutôt qu’idéologiques. Il a été fait sur 1 030 personnes, ce qui donne une marge d’erreur de l’ordre de +/- 3% lorsque c’est l’ensemble de l’échantillon qui est interrogé. Mais si l’on interroge un sous-ensemble de l’échantillon, par exemple de 100 personnes, la marge d’erreur passe à un ordre de grandeur de +/- 10%. Et sur un échantillon de 20 personnes… la marge d’erreur serait de +/- 22% !

      Grouper les personnes qui se déclarent proches du PCF avec celles qui se déclarent proches de la FI permet… de les prendre en compte dans la ventilation des résultats par opinion politique. Sinon, les personnes proches du PCF, qui doivent être de l’ordre d’une vingtaine dans l’échantillon, n’auraient pas pu être prises en compte. De même que par exemple celles qui sont proches de DLF, ou du NPA, ne sont pas prises en compte dans la ventilation.

      Reste de toute façon que toutes les personnes interrogées sont prises en compte dans le « résultat d’ensemble », c’est-à-dire le résultat pour l’échantillon total de 1 030 personnes. Qui de plus est le plus précis.

      C’est celui que je citais. Il me semble le plus intéressant, même si on peut toujours regarder la ventilation par opinion politique et par catégorie socio-professionnelle si on s’y intéresse.

      1. @ Toulet alexis

        Pourquoi ne pas associer LREM avec LR dans ce cas là ou LREM avec le PS voire LR avec le FN pour mieux  » ventiler  » ?
        Non franchement, quand on voit ça, c’est franchement du foutage de gueule.
        A jeter !

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