Le moment Pearl Harbor du réchauffement climatique, par Cédric Chevalier

© Hervey
Un article intéressant d’une Américaine qui évoque le concept de « moment Pearl Harbor » que vous avez évoqué dans votre ouvrage :
Our climate change turning point is right here, right now | Rebecca Solnit | The Guardian

Avons-nous observé, observons-nous, allons-nous observer un « moment Pearl Harbor » qui définira un point d’inflexion dans la trajectoire de l’humanité ? Il y a une course entre les forces de destruction et les forces de métamorphose, pour le moment, la destruction gagne. Et comme il y a des irréversibilités et des seuils, une quantité de destruction est déjà enregistrée et sera prochainement enregistrée. Comme un avion en train de descendre en flamme, on n’a pas encore engagé la procédure d’atterrissage d’urgence. L’avion continue à accélérer.

Il y a certes des inflexions locales de tendance, que l’auteure cite à la fin de son article, mais pas encore de moment Pearl Harbor.

Ce qui provoque plusieurs réflexions :

– l’espèce humaine pourrait disparaître sans connaître de moment Pearl Harbor ;
– le moment Pearl Harbor pourrait avoir lieu mais trop tard (même résultat final) ;
– à mesure que les méga-phénomènes climatiques/environnementaux se multiplient et s’aggravent, la thèse du « moment Pearl Harbor » doit faire appel à une « catégorie d’événement » de plus en plus « irréversible et terminal » ;

sauf si le moment Pearl Harbor a déjà eu lieu, que nous l’ignorons, et que lui aussi (comme le climat) souffre d’un moment d’inertie avant de pouvoir déployer sa dynamique de bifurcation mondiale, en devenant hégémonique face aux forces de destruction. (un peu d’optimisme ne nuit pas 😉

J’avais déjà écrit là dessus sur ton blog Paul : Aurons-nous l’opportunité d’un « moment Pearl Harbor écologique » pour déclencher un Etat d’Urgence écologique et la transition ?, par Cédric Chevalier | Blog de Paul Jorion

Maintenant nous avons de plus en plus de « data » pour « calibrer cette théorie » (haha).

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27 réflexions sur « Le moment Pearl Harbor du réchauffement climatique, par Cédric Chevalier »

  1. Ce qui définit le moment Pearl Harbour, c’est à mon avis :

    – un événement ( l’attaque )
    – une prise de conscience d’une communauté toute entière qui réagit en tant que telle ( la nation US )

    Hors pour le climat, la communauté  » visée  » par les événements climatiques n’existe pas en tant que telle.

    La pandémie a eut beau confiner 4 milliards de personnes au même instant, aucune communauté mondiale n’en a émergé.

    C’est même plutôt un mouvement inverse de replis qu’on observe, face à une adversité contre laquelle la seule issue consisterait à unir nos efforts.

    1. @Thomas Jeanson. On peut relâcher un peu vos contraintes de définition. La communauté « tout entière » pourrait être définie au niveau d’un Etat, ou d’une partie d’Etat (Californie). Et l’événement (l’attaque) pourrait être une catastrophe naturelle d’une ampleur extrêmement significative (= un nombre de morts arbitrairement élevé pour provoquer un choc national : exemple des attentats du 11 septembre 2001).

      Mais je vous suis sur la différence entre une « attaque intentionnelle » causée par « eux » contre « nous »… qui rentre dans la définition classique des événements de Pearl Harbor.

      Il s’agit de se demander si le concept de « moment Pearl Harbor » pourrait être adapté et appliqué pour un événement écologique non intentionnel de prime abord (souvenons-nous que les catastrophes écologiques sont causées par l’espèce humaine ou du moins une partie d’entre elle, pour les différencier des catastrophes naturelles).

      Sommes-nous capables de nous unir face à une adversité « d’apparence non intentionnelle », il semble que oui : lors des catastrophes naturelles, il y a aussi un phénomène de « nous » contre « le monde », pour la survie de la communauté.

      1. Oui

        Il y a plein de petits moments Pearl Harbour, de l’individuel au collectif. Paul parle de percolation quand une idée ou un concept se répand tout d’un coup, de façon beaucoup plus large.

        Pour le réchauffement climatique, de grosses différences de perception sans doute, entre les pays riches, qui ont  » beaucoup de marches à descendre  » et les pays où la question de survie est déjà présente au quotidien depuis longtemps…

        Et après ?

        Nous sommes déjà dans ce temps où le marché vient faire de l’argent avec cette émergence de l’alarme climatique.

        Quand est-ce que ce marché renoncera aux bénéfices à court terme ?

        Quand répondront ils à la question de Paul autrement que par un éclat de rire ?

        « Avez vous pensé aux conséquences de la fin de l’humanité sur votre chiffre d’affaires ?  »

        C’est quand même surtout dans cette sphère là que le moment Pearl Harbour n’a pas encore eu lieu.

  2. « sauf si le moment Pearl Harbor a déjà eu lieu, que nous l’ignorons »

    Cette possibilité me paraît difficile à envisager. Un « moment Pearl Harbor », c’est une évidence qui s’impose tout à coup au corps social et force à l’action énergique et déterminée. Un tel moment ne peut par définition pas subvenir subrepticement.

    Et même si l’on étend le concept de « moment Pearl Harbor » à une prise de conscience qui serait progressive, en ne gardant que le critère « action énergique et déterminée », si bien que l’idée d’un moment doive être remplacée par celle d’une « période », il reste que l’action pour limiter le réchauffement climatique et ses effets brisants n’est certainement pas encore vraiment énergique ni déterminée.

    1. @Toulet Alexis. Tout à fait d’accord avec vous 🙂 (mais il fallait que je cite en passant l’hypothèse, par soucis d’inventaire).

  3. Il me semble que Roosevelt attendait ce moment, ce choc (qui fut soudain l’attaque de Pearl Harbor) pour renverser l’opinion américaine qui était non interventionniste. Il a conduit le changement d’opinion chez les parlementaires et il était prêt (à l’action).
    On peut songer aussi à Erdogan qui profita d’un mini-coup d’Etat pour opérer un contre-coup d’Etat manifestement préparé.
    On peut se demander si une dose de nationalisme « ré-enflammé » n’est pas nécessaire pour passer à l’action avec légitimité.
    Ces remarques pour se demander si les conditions pourraient être réunies d’un passage légitime à l’action en matière de climat. Brésil, Australie, Sibérie : les événements-choc n’ont pas manqué il y a un an ou deux. Que nous faut-il de plus ? Peut-être : une nation, un chef, et une volonté prévue d’agir.

    1. Il faut effectivement une « volonté ». Et je dirais aussi des gens « prêts à agir ». Un plan n’est pas nécessaire, Roosevelt, contrairement à ce qu’on a pu dire sur le New Deal, n’avait aucun plan prédéterminé, il a beaucoup improvisé et a accepté le phénomène d’essai-erreur.

  4. Sur le sujet de la politique énergétique face à l’impératif de limitation du réchauffement climatique, j’ai trouvé intéressant l’article de Byford Tsang « Climat changeant dans le débat sur le charbon en Chine » pages 6 à 10 de l’étude « Mettre en question les engagements climatiques de la Chine » publiée par l’Institut Montaigne (1) [ Il faut noter que cet institut, créé par Claude Bébéar, est d’obédience libérale, précision qui ne me semble toutefois pas très importante s’agissant de cet article qui décrit l’évolution d’un débat et d’une lutte d’influences en Chine ]

    L’intérêt principal de l’article est de rendre compte du fait qu’en se fixant des objectifs ambitieux, quoique moins que ceux définis par l’UE – soit la neutralité carbone en 2060 plutôt qu’en 2050 pour l’UE et le pic des émissions de CO2 en 2030 alors que celui de l’UE à 28 était en 1979 (2) – la Chine commence à « entrer dans le dur »… et le débat et les tiraillements et les procrastinations commencent, même si les formes n’en sont pas démocratiques puisque c’est à l’intérieur des instances du Parti unique.

    Voici la traduction de quelques extraits :

    [début de citation]
    He Jiankun, directeur de l’Institut de l’économie à faible émission de carbone de l’université de Tsinghua, est généralement considéré comme le cerveau de la recherche qui a fourni la base factuelle des objectifs de la Chine en matière de plafonnement du carbone en 2030 et de neutralité carbone en 2060, communément appelés « objectifs 30/60 » (3060目标).

    Son étude, intitulée Stratégie de développement à long terme à faible émission de carbone pour la Chine (中国长期低碳发展战略研究), détaille la transformation nécessaire dans tous les secteurs industriels pour que la Chine atteigne les objectifs 30/60. Pour rester dans les limites des exigences les plus strictes de l’Accord de Paris, les émissions de gaz à effet de serre de la Chine devraient diminuer de 90 % d’ici à 2050 et les énergies non fossiles devraient représenter 85 % de la consommation d’énergie primaire d’ici à 2050 (15,8 % en 2020), l’énergie du charbon fournissant moins de 5 % de l’électricité du pays (60 % en 2020).

    (…) Dans le même temps, He Jiankun a souligné à plusieurs reprises que la Chine devrait mettre en place des « contrôles stricts de la consommation de charbon (对煤炭消费量进行严格的控制) », plafonner l’utilisation du charbon pendant la période du 14e plan quinquennal (2021-2025) et décliner par la suite. Kang Junjie, directeur adjoint de l’Institut de l’énergie de l’université de Pékin, a demandé des mesures beaucoup plus radicales : l’arrêt complet de tous les nouveaux projets de centrales au charbon.

    (…) Lors du sommet des dirigeants sur le climat, convoqué par le président Biden en avril, le président Xi a indiqué pour la première fois que l’énergie du charbon était en voie de disparition dans le système énergétique chinois, Il s’est engagé à « contrôler strictement » la croissance de la consommation de charbon au cours de la période couverte par le 14e plan quinquennal (2021-2025) et à réduire progressivement l’utilisation du charbon au cours de la période couverte par le 15e plan quinquennal (2026-2030) (« 十四五 « 时期严控煤炭消费增长、 »十五五 « 时期逐步减少). Cependant, les critiques ont déclaré que cela laisse une marge de manœuvre pour la croissance de l’énergie au charbon d’ici 2025, et ne correspond pas au rythme de changement requis par l’Accord de Paris.

    Les inspecteurs du Bureau central de supervision de l’écologie et de l’environnement (中央生态环境保护督察办公室), le chien de garde officiel du gouvernement en matière de politiques environnementales supervisé par Han Zheng, membre du Politburo, ont publié en janvier 2021 un examen cinglant des politiques de l’Administration nationale de l’énergie (ANE). L’équipe d’inspection a reproché à l’ANE de ne pas avoir adapté sa politique en matière d’énergie charbonnière aux stratégies du pays en matière de lutte contre la pollution atmosphérique et d’énergie à faible teneur en carbone, ce qui a conduit à une situation où « ce qui aurait dû être construit n’a pas été construit, tandis que ce qui n’aurait pas dû l’être l’a été à tort. » (该建的没建、不该建的建了).

    Des experts en énergie ont défendu le rôle du charbon dans les futurs systèmes énergétiques, pour des raisons de sécurité énergétique. Wang Guofa, membre de l’Académie chinoise d’ingénierie, estime que le charbon, la source d’énergie la plus abondante disponible au niveau national, est « le ballast pour sécuriser l’approvisionnement en électricité » et « un stabilisateur de la transition énergétique » (煤炭仍是能源安全稳定供应的 « 压舱石 », 支撑能源结构调整和转型发展的 « 稳定器 »), car il complète la nature variable des énergies renouvelables.[fin de citation]

    En somme, en Chine comme ailleurs, une fois définis et proclamés les engagements de limitation des gaz à effet de serre, une fois lancé et tonitrué le programme ambitieux et crucial qui permettra à la Commission européenne / au Parti communiste chinois / au Parti démocrate américain (suivant le cas) de tordre le cou au danger du réchauffement… des forces contraires apparaissent. En sourdine. Mais puissantes. Et ensuite, elles sont moins en sourdine.

    Des réfractaires ? De dangereux opposants antieuropéens / antichinois / antiaméricains comme ceux qui soutiennent les partis « populistes » européens / les menées « pro-démocratiques » à Hong Kong et autres lieux / les rebelles « populistes » qui prirent d’assaut le Capitole à Washington ? Eh non… Ou plutôt, pas seulement.

    C’est qu’on est en train de rentrer dans le dur. Et au moins une partie des opposants sont motivés par des arguments difficiles à rejeter d’un revers de la main… parce que ce sont des arguments physiques et technologiques.

    Voilà, il se trouve que les énergies « renouvelables » sont de nature variable, intermittente (c’est la partie « physique ») Donc, ce n’est pas avec ça seulement que l’on peut faire marcher une économie industrielle moderne, qui a besoin de sources continues d’énergie, notamment électrique mais pas seulement. A moins naturellement de savoir faire du stockage énergétique à très grande échelle, ce qui permettrait d’emmagasiner de l’électricité quand le soleil brille et le vent souffle, que l’on utiliserait ensuite quand les nuages ou la nuit sont là et que le vent est retombé. Seulement voilà… on ne sait pas faire (c’est la partie « technologique »)

    Alors on fait quoi ? Eh bien :

    1. Il y a la solution « verte radicale ». Pas seulement « la fin de la croissance », hein. Plutôt : le niveau de vie de l’Afrique subsaharienne pour tout le monde, dans tous les pays y compris en Chine, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France etc. Bref, on débranche l’essentiel de l’économie industrielle des trois principales zones économiques du Monde (Chine + EU + UE, totalisant ~55% des émissions)… et celles des autres aussi. Et on vit avec des économies essentiellement agrariennes et artisanales.

    Mouais, ce n’est pas vraiment le mandat du Parti communiste chinois / de la Commission européenne / du Parti démocrate américain. Non… ce n’est vraiment pas leurs mandats ! Alors on oublie.

    Cette solution est appliquée par 0% des communautés politiques humaines (nations, groupes de nations…) Enfin, sauf celles qui ne peuvent pas faire autrement, comme par exemple Cameroun, Bolivie et quelques autres, ça s’appelle « sous-développement » – mais on y travaille à changer la situation, ça s’appelle « développement »

    2. Il y a la solution « l’intendance suivra ». On continue à proclamer les objectifs nécessaires et justes, on continue à assurer que la Volonté du Parti communiste / du Parti démocrate / de la Commission prévaudra quelles que soient les oppositions, même celles que posent les réalités – ne savent-elles d’ailleurs pas, ces « réalités », quelle est la force de nos machines à illusions, pardon de nos systèmes politiques et systèmes de croyance ? Elles n’ont qu’à bien se tenir, ces « réalités » !

    Et ensuite, on fait ce qu’on peut. Comme le reconnaît à demi-mot le président chinois, on va se laisser un peu plus de temps avant d’arrêter de faire croître l’utilisation du charbon… quelques années de plus seulement hein (pour l’instant). Et d’aucuns suggèrent, puisqu’en fait on ne sait pas faire sans le charbon, on pourrait peut-être le renommer « stabilisateur de la transition énergétique » ? Ça le ferait, non ? En UE, c’est le même principe, mais avec le gaz dans le rôle du charbon : les enjeux sont moindres parce que les émissions de CO2 n’y sont que le tiers de celles de la Chine (2) mais le jeu est le même. D’ailleurs le gaz est une énergie liée à la « transition énergétique », non ? Puisqu’on ne sait pas faire sans. Donc le gaz c’est bien, de même qu’en Chine c’est le charbon qui est bien : quand c’est lié à la « transition énergétique », c’est forcément vertueux.

    Alors on va quand même faire quelques choses utiles, bien sûr. Travailler sur les mesures d’économie : l’isolation des bâtiments, l’efficacité des moteurs à explosion, etc. En somme, comment obtenir le même avantage économique (logement à bonne température, mobilité) avec moins d’émissions de gaz à effet de serre. C’est utile. Mais d’une part les avantages en sont rapidement compensés par une augmentation des biens produits, c’est le fameux paradoxe de Jevons (3), d’autre part ce serait de toute façon très insuffisant à soi seul, même si ça n’était pas compensé.

    Alors, dans quelques années, on prendra acte non seulement du fait que limiter le réchauffement en ce siècle à 1,5 °C c’est raté (ça l’est déjà en 2021), mais aussi que pour 2 °C ça commence à sérieusement sentir le sapin. Alors on va viser 2,5 °C. Voilà, ça c’est réaliste. Et on va repartir pour un tour. Parce que non seulement on est vraiment déterminé, mais la réalité se plie à nos souhaits – d’ailleurs on est tellement immergé dans nos souhaits qu’on ne lui laisse pas d’autre choix que de s’y plier ! Vous dites ? 3 °C ? Ah non, alors ! Certainement pas ! Enfin, pas pour l’instant, du moins…

    Cette solution est appliquée par beaucoup de communautés politiques humaines. En fait, par toutes les communautés sauf celles qui sont trop pauvres pour s’inquiéter d’autre chose que de leur développement (les pays les moins développés) et celles qui refusent mordicus de regarder en face non seulement la réalité que les énergies renouvelables ne permettent pas de préserver contre un réchauffement climatique excessif, mais encore la réalité même du réchauffement (les Etats-Unis jusqu’en 2020, le Brésil encore à ce jour…)

    3. Alors il y aurait bien une autre solution.

    Qui consisterait en la combinaison de deux politiques :
    – D’une part faire tout ce qui est possible pour limiter les émissions en gaz à effet de serre : rechercher partout l’efficacité, chauffage, mobilité, production industrielle etc. tout en limitant volontairement la croissance afin que cette efficacité supérieure se traduise en émissions de GES moindres plutôt qu’en production supérieure. En se gardant bien de l’illusion que cela pourrait suffire à soi seul – puisque c’est une illusion, comme les « renouvelables » sont une illusion, du moins dans leur forme actuelle. Mais comme moyen de laisser un peu plus de temps à la deuxième politique de réussir
    – D’autre part un effort de recherche fondamentale et de R&D massif en priorité absolue (mobilisation type « projet Manhattan » ou « projet Apollo ») pour résoudre le problème de notre présente incapacité technologique à faire marcher une économie développée industrielle sur une autre base que principalement de l’énergie fossile. Les pistes existent, au minimum deux : a) le nucléaire à combustible fertile (thorium 232 ou uranium 238 beaucoup plus abondants que l’uranium 235, designs de réacteurs envisageables plus sûrs que les réacteurs nucléaires actuels type « cocotte-minute ») et b) des « super-batteries » aptes à stocker l’énergie électrique aussi efficacement que les carburants liquides ne stockent l’énergie chimique (recherche fondamentale en physique des matériaux à prévoir…)

    Combinaison qui viserait à sortir par le haut de la véritable nasse où se trouve aujourd’hui l’Humanité, ses deux seules options réalistes avec son niveau technologique actuel étant d’une part de débrancher ses économies industrielles et de choisir consciemment un profond sous-développement (et ça ne passe pas, c’est le moins qu’on puisse dire !), d’autre part de condamner sa descendance – à condition qu’il y en ait une, la question est discutée – à un avenir misérable dans une Terre ravagée après des catastrophes écologiques et aussi démographiques inouïes, dont les plus jeunes parmi nous pourraient fort bien voir au moins le début (et personne ne le veut activement, mais comme c’est le résultat de la plus grande pente…)

    Cette solution est appliquée par 0% des communautés politiques humaines. Pas d’exception.

    (1) https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/china-trends-9-une-chine-decarbonee-est-elle-possible.pdf
    (2) https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/15/World_fossil_carbon_dioxide_emissions_six_top_countries_and_confederations.png
    (3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Jevons

    2
    1. Un éclairage sur votre note 2. Je n’aime pas comparer un Etat comme la Chine à l’Europe, car les échelles, le besoin de développement, la richesse (de moyens) sont différentes. Si on examine la production de CO2 par habitant, on comprend un peu mieux les enjeux. Il y a des Etats (la France, notamment) qui font mieux que la Chine, mais tous sont au dessus de la ligne prescrite.
      (Remarque. Les petits pays sont manquants, et les besoins en chauffage (des pays nordistes) influent apparemment sur la production de CO2.)
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_%C3%A9missions_de_dioxyde_de_carbone_par_habitant#/media/Fichier:2019_AQAL_Capital_and_Tom_Schulz_variwide_chart_%22Worldwide_Co2_emissions%22.png

    2. @Toulet Alexis.
      J’ai deux bémols :
      1)
      « 1. Il y a la solution “verte radicale”. Pas seulement “la fin de la croissance”, hein. Plutôt : le niveau de vie de l’Afrique subsaharienne pour tout le monde, dans tous les pays y compris en Chine, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France etc. Bref, on débranche l’essentiel de l’économie industrielle des trois principales zones économiques du Monde (Chine + EU + UE, totalisant ~55% des émissions)… et celles des autres aussi. Et on vit avec des économies essentiellement agrariennes et artisanales. »
      –> Il faut creuser davantage selon moi. On ne peut pas juste balayer le scénario décroissant fondé sur les modes de vie d’un revers de la main. Ici on parle quand même d’un problème sérieux : la survie de l’humanité. Tous les scénarios doivent être méticuleusement examinés. Quand je vois un tableau peint pas le courant flamand au XVIe siècle, je vois parfois une abondance incroyable de nourriture. Et ces gens-là émettaient moins de CO2 que ce que la planète pouvait absorber. Evidemment, nous ne voulons pas vivre, être malade et mourir comme eux. Evidemment nous sommes beaucoup plus nombreux. Je suis de ceux qui pensent que 75 à 90% de ce qui fait notre qualité de vie peut-être découplé de la destruction écologique. Il y a des technologies (low tech) notamment qui ont d’excellentes propriétés écologiques et un excellent rendement « qualité de vie procurée / empreinte écologique ». Donc le but ce n’est pas de maintenir notre économie thermo-industrielle mais bien de maintenir une qualité de vie la plus élevée possible (en sachant que le prix de la survie pourrait être une qualité de vie moindre que l’actuelle, mais je mets ça de côté). La marge de manoeuvre est à mon sens gigantesque. Le simple fait de devenir végétarien ne peut pas être considéré comme une « baisse significative de la qualité de vie » (sérieusement, les carnivores, allez !), et pourtant cela crée un espace de réduction de l’empreinte écologique gigantesque. Le reste est à l’avenant pour la mobilité, le logement, la production, etc. Les marges de réduction d’impact sont immenses. Mais toutes s’accompagnent de changement de mode de vie drastiques. Je pense que ces changements s’accompagneraient d’une hausse drastique de la santé et de la qualité de vie. Donc pas d’accord de fermer cette porte, d’autant plus à cause de mon 2e bémol.

      2)
      « un effort de recherche fondamentale et de R&D massif en priorité absolue (mobilisation type “projet Manhattan” ou “projet Apollo”) pour résoudre le problème de notre présente incapacité technologique à faire marcher une économie développée industrielle sur une autre base que principalement de l’énergie fossile. Les pistes existent, au minimum deux : a) le nucléaire à combustible fertile (thorium 232 ou uranium 238 beaucoup plus abondants que l’uranium 235, designs de réacteurs envisageables plus sûrs que les réacteurs nucléaires actuels type “cocotte-minute”) et b) des “super-batteries” »

      Je ne pense qu’on ne doit rien attendre de la technologie si on ne l’accompagne pas d’une limitation politique de notre activité humaine sur Terre. Pour aller à l’extrême, la maîtrise parfaite de la fusion nucléaire sur Terre (disons une « énergie propre, sûre et durable à 100% ») ne résoudra pas l’insoutenabilité de notre économie mondialisée si elle reste dans un paradigme d’illimitation : on pourra détruire la biosphère avec de l’énergie de fusion verte infinie, d’autant plus qu’elle sera abondante : toute débauche d’énergie va augmenter l’entropisation donc la destruction du monde.

      Donc je reviens à 1) : le seul scénario crédible pour moi est une civilisation de la haute qualité de vie, assise sur une conception bien différente de la technologie : une technologie non pas « verte » mais authentiquement « écologique ». Exemple : pas des drones électriques polinisateurs mais une agro-écologie où la nature fait son travail. Le high tech n’est pas ce qu’on imagine : le high tech d’aujourd’hui serait considéré dans un paradigme « permaculturel » comme le low tech frustre du passé, par rapport à la densité de connaissance scientifique incorporée dans les technologies écologiques (aujourd’hui décrites comme ‘low tech’).

      Ce scénario là, on ne l’a jamais vraiment essayé.

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      1. Salut Cédric,

        Dans tes 2 bémols (qui en fait sont des dièses si on veut coloré ton propos clairement) Merci pour cette belle bifurcation réaliste et profondément humaine de mon point de vue.

  5. Par contre Macron ne semble pas avoir cette fibre d’opportunisme. Ses dernières annonces ont été d’une rare violence. Père fouettard. Tandis qu’il avait une opportunité offerte par la conférence citoyenne et qu’il l’a refusée avec inconséquence.

      1. Oui, meilleur rhéteur du MEDEF il est et il restera.
        Ceci dit, toute écologie à base humaine (il y a des tendances en écologie qui postulent avant tout qu’il faut envisager la nature sans l’humain, un hippocampe de passage m’a confirmé qu’il trouvait l’idée bonne) implique d’arbitrer « quoi produire » et « comment produire » , même si les indicateurs de PIB et autres sont remplacés par des indicateurs de bonheur, ou de taux de conversion sismondienne des coopératives, ou idem pour les boites du CAC40.

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      2. @Michel

        Ne vous moquez pas, le premier immunologiste de France faisait référence aux chewing-gums à la chlorophylle. Que croyez-vous ? Il faut bien les produire avant de les mâcher !

        A moins que ce ne soit une faute de frappe et qu’il ne faille lire :  » échologie de production  » ; telle une étrange science vocale qui ne parle qu’à soi-même et qui est condamnée à répéter tout ce que le président de la république entend et tout ce qu’il ne comprend pas.

    1. @ Chabian

      (?)

      Macron est typiquement  » opportuniste  » et il saisit parfaitement bien l’opportunité de la crise du Covid 19 pour avancer ses pions dans le but de détruire les libertés sociales et politiques.

      Lisez ou relisez le livre de Naomi Klein  » La Stratégie du Choc  » et vous comprendrez mieux là où je veux en venir.
      Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Strat%C3%A9gie_du_choc

      Et puis n’oubliez pas les paroles désormais célèbres de Denis Kessler, ex-vice président du Medef et PDG du groupe Scor ( Réassurance ) :

      – « Il s’agit de défaire méthodiquement le programme du CNR » :

      1/ Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/republicain/blog/191211/denis-kessler-il-sagit-de-defaire-methodiquement-le-programme-du-cnr

      2/ Les Echos : « Denis Kessler élu Stratège de l’année  » – Photo (!) : https://www.lesechos.fr/2015/03/denis-kessler-elu-stratege-de-lannee-201178

      3/ Affaire Darmanin & Adrexo :  » Dans n’importe quelle autre démocratie, une telle aventure aurait provoqué le départ du ministre !  »
      https://www.blast-info.fr/articles/2021/affaire-adrexo-dans-nimporte-quelle-autre-democratie-une-telle-aventure-aurait-provoque-le-depart-du-ministre-WGYhW-b4QWa4KRdoUNClqA

      Bonne lecture.

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  6. Petit risque dans l’idée d’un moment Pearl Harbor :

    Que le capitalisme se soit justement construit à des échelles où il échappe aux échelles des catastrophes naturelles pour un bon bout de temps.
    Je m’explique : Les très grosse cata, c’est Sendai (tsunami) + Fukushima (Pearl Harbor du nucléaire civil , ou ayant l’échelle ad hoc pour, cf les décisions teutonnes dans la foulée).
    Mais, pas de chance, TepCo est de fait une entreprise « assurée d’état », le Japon un pays au capitalisme « renormalisé » dans un monde polarisé par un but commun (le mythique MITI, ministère qui régenta l’industrie et qui trouva dans les Toyota et autres Mitsubishi les partenaires ad hoc), quasi explicite dans le discours et la pratique des dirigeants.

    Les cata « moyennes » , c’est l’EverGiven d’Evergreen qui se voit encalminé en travers du canal de Suez. Juste à l’échelle d’une secousse boursière, mais contournable/surfable. Des algues paralysent la mer de Marmara tout entière ? Là aussi, échelle « pas trop grave », c’est pas la Mer Noire.

    Pour revenir aux très grosses cata, on a l’exemple de la covid et de la façon de faire tourner l’économie en présence d’info et de société « dégradée », et ça résiste pas si mal (en surface).

    Peut-être qu’ un modèle plus « évolutionniste », où des bouts du capitalisme mutent dans des coins du monde où la « pression de sélection » s’exerce dans des directions différentes du reste du monde, est plus adapté qu’un modèle en attente de Pearl Harbor (les deux Guerres Mondiales qui ont mené au « vrai » Pearl Harbor pouvant être vues comme le fruit final d’un pan de la Grande Transformation polanyienne, le mix de nationalisme et de mutation des masses rurales en masses ouvrières ne trouvant pas d’autres « débouchés »).
    Dans ce modèle évolutionniste, le capitalisme muté dans son coin revient ensuite faire évoluer l’autre lorsqu’il est remis en contact assez intensément. C’est en filigrane l’épisode chinois, qui est en train de modifier au moins le point de fonctionnement état/capitalisme dans certains états cibles (Sri Lanka et Pirée : Ports (bientôt Tunisie me dit un collègue) Hongrie : entrisme en Europe,…). Il y a aussi un « capitalisme fossilissime » établi dans le Golfe (EAU, Qatar, etc., le fleuron Dubaï étant astucieusement avant tout un havre financier sans ressource fossile) et qui ne pourra pas faire une bien grande mutation à première vue.

    Mais la messe n’est pas dite. Si l’Australie finit par se sentir trop exposé au chaleureux Radiateur Climatique Anthropique, elle pourrait mettre fin à ses exportations de charbon, et marquer par un rapide domino le vrai début de la fin de l’ère du charbon (dont on peut rappeler que seule la consommations par habitant baisse, la consommation absolue étant grosso modo stable depuis 30 ans de mémoire).

    De toute façon, si on a une solution qui marche pour des « moyens petits Pearl Harbor » , c’est-à-dire pour des petits chocs au niveau global mais qu’on sait convertir à chaque fois en mutation dans le bon sens (encore Darwin et de l’évolutionnisme ! ), elle sera applicable en principe à toute taille jusqu’aux plus grandes ce qui pourrait réconcilier sur le papier les deux points de vue.

    1. Hé oui, après l’âge du Fer, on est encore à l’âge du Charbon ici en 2021, malgré notre Physique et notre Technique.

  7. Comme si à un moment donné il suffisait de presser un bouton pour éviter le pire… Le changement climatique est une bombe à retardement.

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    1. C’est là le drame. Le climat d’aujourd’hui est lié aux concentrations en gaz à effet de serre d’il y a vingt ou trente ans. Si nous arrêtons toute émission anthropique aujourd’hui, le climat dans vingt ou trente ans aura quand même changé en fonction des concentrations actuelles.

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  8. Vaclav Smil, peu traduit en français, est un scientifique-ingénieur (agronome) qui a le don de faire les bonnes règles de trois pour les questions énergétiques et de pointer les vraies inerties.
    En l’occurence, changer de système d’approvisionnement énergétique, ça prend 30 ans quel que soit le nouveau système (éolien +PV ou géothermie ou réacteur thorium + des PAC en grand nombre).
    Du coup, il me semble clair que, outre la réduction des GES émis, compte tenu de l’inertie de ceux déjà émis (et les mauvaises nouvelles du genre l’Amazone qui n’est plus un puits mais une source de carbone, c’est mesuré en direct à 4000 m au-dessus, les permafrost qui dégèlent, etc.), il est indispensable d’utiliser le levier de l’agro-foresterie pour garder le monde vivable.
    L’agriculture peut se faire avec 10 ou 20% de rendement en moins (au début) dans un espace plutôt proche du bocage que du champ de 1 km². Des haies correspondant à des pans de forêts de 50 ou 100 m bien répartis assurent une belle réserve de biodiversité en comparaison du champ type Beauce ou Iowa avec épis ou colza à perte de vue. C’est aussi essentiel pour la bonne gestion des eaux , surtout en contexte hautement variable (inondation/sécheresse). Bien sûr je ne donne ici qu’un exemple par un bout de la lorgnette, à décliner infiniment aux différentes latitudes, etc.

    Par ailleurs, prévoir des plans canicules avec recensement des caves utilisables comme refuge pour un scénario 3 j à 49°C n’importe où en France. 70% à la louche des sols français se prêtent à bâtir avec des caves en roche, assez fraiches. Pour les sols granitiques, il y a certes un hic, mais c’est en côtes d’Armor et autour des vlllages de montagnes Corse, qui ont d’autres cordes à leur arc.

    L’intérêt serait aussi de voir une réalistion contrète réussie, comme le cas de l’ozone (accord de Montréal), une réussite au total (quelques bémols de ci de là certes) : Avoir à san actif un cas qui marche donne beaucoup envie de s’attaquer au suivant.

    Il faut donc être chlorophile (aimer le vert de la chlorophylle).

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    1. Vaclav Smil, peu traduit en français, est un scientifique-ingénieur (agronome) qui a le don de faire les bonnes règles de trois pour les questions énergétiques et de pointer les vraies inerties.

      Merci @timiota, les bonnes règles de trois sont exactement ce qui nous manque dans ce débat… Notamment pour ne pas se faire avoir par le greenwashing. Vous avez un livre en particulier à recommander ?

  9. Bonsoir,
    Je ne crois pas en un « moment Pearl Harbor » pour ce qui est du réchauffement climatique.
    Quel que soit les effets vous trouverez toujours un nombre important de gens dans le déni pour dire :
    -une pandémie, Ahah, il y en a eu d’autres et des pires
    -des inondations, ahah il y en a eu d’autres et des pires
    -des vagues de chaleur, ahah il y en a eu d’autres et des pires
    -….
    Un « moment Pearl Harbor » est un moment où une communauté humaine comprend qu’elle ne pourra pas ne pas prendre parti. Les conséquences sont toujours trop indirectes aux yeux du public pour être imputées avec certitudes au réchauffement climatique. De plus le public à convaincre est par trop hétéroclite pour obtenir à partir d’un stimulus (voire même d’un ensemble de stimuli) un mouvement suffisamment ample et orienté pour permettre l’émergence d’une nouvelle société et d’une lutte commune pour la survie de l’espèce. Un repli sociétal et égoïste est inévitable à moyen voire court terme et j’en suis parfaitement désolé !
    MG

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