15 réflexions sur « Veille effondrement #23 – Prendre conscience pour commencer »

  1. Si seulement…
    Hélas, le réchauffement climatique semble de toute évidence être un sujet moins vendeur et moins affolant que la pandémie. Encore une fois, cela est lié au fait que la pandémie a des effets directs sur les personnes, et par effets directs j’entends : la maladie et la privation de libertés, avec les confinements, le couvre-feu et le pass sanitaire, si décrié (peut-être à juste titre) et, néanmoins, nécessaire si l’on veut en finir avec cette chose.
    Le réchauffement climatique reste, aux yeux du plus grand nombre, un phénomène de science-fiction, tout juste bon à faire frissonner lors de la projection d’un film catastrophe, et encore trop peu tangible (heureusement, et malgré les catastrophes et tempêtes à répétition) pour faire réellement peur et faire naître un déclic durable et salvateur.
    La vraie question est la suivante : quand l’éveil des consciences aura-t-il lieu? Très vraisemblablement quand il sera trop tard… Nous avons une fâcheuse tendance à évaluer la vie non en tant que collective et planétaire, mais en tant qu’individuelle et dans un espace donné. Souvent poussés par nos ambitions et désirs personnels, nous oublions que le mouvement, pour fonctionner, doit être collectif et concerté.
    Avons-nous envie de finir dans le feu et les flammes, ou bien dans l’apaisement et le réconfort?
    A méditer.
    Cordialement

  2. Pour comprendre ce que l’on peut – et ne peut pas – attendre des médias sur le sujet climatique, je recommande cette belle synthèse de JMJ : https://jancovici.com/publications-et-co/bric-a-brac/les-medias-et-le-changement-climatique-diffuser-correctement-linformation-mission-impossible/

    Elle date de 2012 mais le fond est, hélas, toujours valable.

    Quant au matraquage sur la covid, il n’a visiblement pas été efficace à 100%. Sur le climat, je compte plutôt sur le matraquage solaire et le matraquage pluvial alternés pour faire comprendre que nous avons un problème aussi grave (relativement) que celui d’Apollo XIII.

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  3. C’est pas comme si on n’était pas prévenu. Pour rappel : René Dumont candidat à l’élection présidentielle de 1974… 1,3 % des voix au premier tour.

    Voici une interview de lui datant de 1997 : https://www.lanutrition.fr/interviews/rene-dumont-le-pere-de-lecologie-militante


    Mais il faut dire que la catastrophe que je surveille le plus, celle que j’ai le plus étudiée, c’est l’effet de serre. (…)
    Je suis passé en Irak en octobre 1991 après la guerre. J’ai examiné des épis de maïs, et les paysans m’ont dit : « Cette année, l’été a été un peu plus chaud » ; c’est le réchauffement global, du à l’effet de serre. A une certaine température, les épis de maïs ne sont plus fécondés. Sur un épi de maïs, il y a place pour 120 à 150 grains. Or, il y avait 8 grains fécondés sur 150. Ils sont donc obligés de renoncer à la récolte d’été, sur les deux récoltes annuelles, parce que le climat n’a pas permis la fécondation. Quand on voit ça…(…) L’automobile est un instrument de mort pour le climat. Le pétrole est très bon marché. On a eu une période de pétrole cher, de 1979 à 1985. A cette époque, il y avait ici sur les toits des panneaux solaires. Une fabrique de panneaux s’était même créée près d’ici. Dès que le pétrole a baissé, la société a fait faillite et voilà. L’énergie solaire, l’énergie éolienne, les énergies alternatives n’ont pas de crédits. Les crédits vont aux essais nucléaires.

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  4. Une excellente vidéo d’Arthur Keller. Il ne faut pas hésiter à prendre le temps de la regarder, elle est vraiment bien et réaliste. On sort enfin d’une certaine niaiserie ambiante et l’auteur énonce les choses clairement. Il apporte aussi des solutions concrètes à la hauteur des enjeux et il ne mâche pas ses mots.

    Effondrement / Conférence d’Arthur Keller :  » Nourrir Liège  » – 14 mai 2021 :
    https://www.youtube.com/watch?v=VQ99UXDV6zU

    Portrait d’ Arthur Keller / Wikipedia :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Keller

  5. « La Planète Malade » : Guy Debord (1971)

    « La « pollution » est aujourd’hui à la mode, exactement de la même manière que la révolution : elle s’empare de toute la vie de la société, et elle est représentée illusoirement dans le spectacle. Elle est bavardage assommant dans une pléthore d’écrits et de discours erronés et mystificateurs, et elle prend tout le monde à la gorge dans les faits. Elle s’expose partout en tant qu’idéologie, et elle gagne du terrain en tant que processus réel.

    Ces deux mouvements antagonistes, le stade suprême de la production marchande et le projet de sa négation totale, également riches de contradictions en eux-mêmes, grandissent ensemble. Ils sont les deux côtés par lesquels se manifeste un même moment historique longtemps attendu, et souvent prévu sous des figures partielles inadéquates : l’impossibilité de la continuation du fonctionnement du capitalisme.
    L’époque qui a tous les moyens techniques d’altérer absolument les conditions de vie sur toute la Terre est également l’époque qui, par le même développement technique et scientifique séparé, dispose de tous les moyens de contrôle et de prévision mathématiquement indubitable pour mesurer exactement par avance où mène – et vers quelle date – la croissance automatique des forces productives aliénées de la société de classes : c’est à dire pour mesurer la dégradation rapide des conditions mêmes de la survie, au sens le plus général et le plus trivial du terme.
    Tandis que des imbéciles passéistes dissertent encore sur, et contre, une critique esthétique de tout cela, et croient se montrer lucides et modernes en affectant d’épouser leur siècle, en proclamant que l’autoroute ou Sarcelles ont leur beauté que l’on devrait préférer à l’inconfort des « pittoresques » quartiers anciens, ou en faisant gravement remarquer que l’ensemble de la population mange mieux, en dépit des nostalgiques de la bonne cuisine, déjà le problème de la dégradation de la totalité de l’environnement naturel et humain a complètement cessé de se poser sur le plan de la prétendue qualité ancienne, esthétique ou autre, pour devenir radicalement le problème même de la possibilité matérielle d’existence du monde qui poursuit un tel mouvement. L’impossibilité est en fait déjà parfaitement démontrée par toute la connaissance scientifique séparée, qui ne discute plus que de l’échéance ; et des palliatifs qui pourraient, si on les appliquait fermement, la reculer légèrement. Une telle science ne peut qu’accompagner vers la destruction le monde qui l’a produite et qui la tient ; mais elle est forcée de le faire avec les yeux ouverts. Elle montre ainsi, à un degré caricatural, l’inutilité de la connaissance sans emploi.
    On mesure et on extrapole avec une précision excellente l’augmentation rapide de la pollution chimique de l’atmosphère respirable ; de l’eau des rivières, des lacs et déjà des océans, et l’augmentation irréversible de la radioactivité accumulée par le développement pacifique de l’énergie nucléaire ; des effets du bruit ; de l’envahissement de l’espace par des produits en matières plastiques qui peuvent prétendre à une éternité de dépotoir universel ; de la natalité folle ; de la falsification insensée des aliments ; de la lèpre urbanistique qui s’étale toujours plus à la place de ce que furent la ville et la campagne ; ainsi que des maladies mentales – y compris les craintes névrotiques et les hallucinations qui ne sauraient manquer de se multiplier bientôt sur le thème de la pollution elle-même, dont on affiche partout l’image alarmante – et du suicide, dont les taux d’expansion recoupent déjà exactement celui de l’édification d’un tel environnement (pour ne rien dire des effets de la guerre atomique ou bactériologique, dont les moyens sont en place comme l’épée de Damoclès, mais restent évidemment évitables).
    Bref, si l’ampleur et la réalité même des « terreurs de l’An Mil » sont encore un sujet controversé parmi les historiens, la terreur de l’An Deux Mille est aussi patente que bien fondée ; elle est dès à présent certitude scientifique. Cependant, ce qui se passe n’est rien de foncièrement nouveau : c’est seulement la fin forcée du processus ancien. Une société toujours plus malade, mais toujours plus puissante, a recréé partout concrètement le monde comme environnement et décor de sa maladie, en tant que planète malade. Une société qui n’est pas encore devenue homogène et qui n’est pas déterminée par elle-même, mais toujours plus par une partie d’elle-même qui se place au-dessus d’elle, qui lui est extérieure, a développé un mouvement de domination de la nature qui ne s’est pas dominé lui-même. Le capitalisme a enfin apporté la preuve, par son propre mouvement, qu’il ne peut plus développer les forces productives ; et ceci non pas quantitativement, comme beaucoup avaient cru le comprendre, mais qualitativement.
    Cependant, pour la pensée bourgeoise, méthodologiquement, seul le quantitatif est le sérieux, le mesurable, l’effectif ; et le qualitatif n’est que l’incertaine décoration subjective ou artistique du vrai réel estimé à son vrai poids. Pour la pensée dialectique au contraire, donc pour l’histoire et pour le prolétariat, le qualitatif est la dimension la plus décisive du développement réel. Voilà bien ce que, le capitalisme et nous, nous aurons fini par démontrer.

    Les maîtres de la société sont obligés maintenant de parler de la pollution, et pour la combattre (car ils vivent, après tout, sur la même planète que nous ; voilà le seul sens auquel on peut admettre que le développement du capitalisme a réalisé effectivement une certaine fusion des classes) et pour la dissimuler : car la simple vérité des nuisances et des risques présents suffit pour constituer un immense facteur de révolte, une exigence matérialiste des exploités, tout aussi vitale que l’a été la lutte des prolétaires du XIX siècle pour la possibilité de manger. Après l’échec fondamental des tous les réformismes du passé – qui tous aspiraient à la solution définitive du problème des classes -, un nouveau réformisme se dessine, qui obéit aux mêmes nécessités que les précédents : huiler la machine et ouvrir de nouvelles occasions de profit aux entreprises de pointe. Le secteur le plus moderne de l’industrie se lance sur les différents palliatifs de la pollution, comme sur un nouveau débouché, d’autant plus rentable qu’une bonne part du capital monopolisé par l’État y est à employer et manoeuvrer. Mais si ce nouveau réformisme a d’avance la garantie de son échec, exactement pour les mêmes raisons que les réformismes passés, il entretient vis-à-vis d’eux cette radicale différence qu’il n’a plus le temps devant lui.
    Le développement de la production s’est entièrement vérifié jusqu’ici en tant qu’ accomplissement « de l’économie politique : développement de la misère, qui a envahi et abîmé le milieu même de la vie. La société où les producteurs se tuent au travail, et n’ont qu’à en contempler le résultat, leur donne franchement à voir, et à respirer, le résultat général du travail aliéné en tant que résultat de mort. Dans la société de l’économie sur-développée, tout est entré dans la sphère des biens économiques, même l’eau des sources et l’air des villes, c’est-à-dire que tout est devenu le mal économique, « reniement achevé de l’homme » qui atteint maintenant sa parfaite conclusion matérielle. Le conflit des forces productives modernes et des rapports de production, bourgeois ou bureaucratiques, de la société capitaliste est entré dans sa phase ultime. La production de la non-vie a poursuivi de plus en plus vite son processus linéaire et cumulatif ; venant de franchir un dernier seuil dans son progrès, elle produit maintenant directement la mort.
    La fonction dernière, avouée, essentielle, de l’économie développée aujourd’hui, dans le monde entier où règne le travail-marchandise, qui assure tout le pouvoir à ses patrons, c’est « la production des emplois ». On est donc bien loin des idées progressistes du siècle précédent sur la diminution possible du travail humain par la multiplication scientifique et technique de la productivité, qui était censée assurer toujours plus aisément la satisfaction des besoins « antérieurement reconnus par tous comme réels », et sans « altération fondamentale » de la qualité même des biens qui se trouveraient disponibles. C’est à présent pour produire des emplois , jusque dans les campagnes vidées de paysans, c’est-à-dire pour utiliser du travail humain en tant que travail aliéné , en tant que salariat, que l’on fait « tout le reste » ; et donc que l’on menace stupidement les bases, actuellement plus fragiles encore que la pensée d’un Kennedy ou d’un Brejnev, de la vie de l’espèce.
    Le vieil océan est en lui-même indifférent à la pollution ; mais l’histoire ne l’est pas. Elle ne peut être sauvée que par l’abolition du travail-marchandise. Et jamais la conscience historique n’a eu autant besoin de dominer de toute urgence son monde, car l’ennemi qui est à sa porte n’est plus l’illusion, mais sa mort. »

    La suite ici:

    https://infokiosques.net/lire.php?id_article=966

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    1. A fnh, commentaire du 16/08/2021 à 9h 32.

      La thèse d’un temps intercepté s’impose comme une étape cruciale au sein d’un long processus qui caractérise la filière situationniste. Elle met en lumière la récolte de data qui sera ensuite acheminée des quatre coins de la France vers une petite plate-forme, le pavillon Debord, que seuls les connaisseurs fréquentent, au cœur de la grande centrale d’achat située à Rungis. Dans le jargon des vendeurs du MIN de Paris, on appelle cela : « faire l’évier. »

    2. @ fnh

      Merci vivement à vous d’avoir poster ici ce texte de Guy Debord que je ne connaissais pas.
      C’est si édifiant et si visionnaire que je ne commente pas plus sa découverte sinon le plaisir
      amer – au vu de ce qui s’y dit de vrai – de l’avoir lu.

  6. Y’en a tellement (de billets) que je sais plus où mettre un commentaire.
    Quand on a pris conscience, on peut commencer à réfléchir à ce qu’il faut faire.
    https://www.theguardian.com/environment/2021/aug/12/greenhouse-gas-emissions-must-peak-within-4-years-says-leaked-un-report
    Un condensé pour les pas assez anglophones (dont je fais partie).
    Les émissions de gaz à effet de serre doivent atteindre leur maximum d’ici quatre ans, selon un rapport des Nations Unies qui a fait l’objet d’une fuite.
    Traduction d’une partie de l’article :
    « Les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent atteindre un pic au cours des quatre prochaines années, les centrales électriques au charbon et au gaz doivent fermer au cours de la prochaine décennie et des changements de mode de vie et de comportement seront nécessaires pour éviter une catastrophe climatique, selon le projet de rapport de la principale autorité mondiale en matière de climatologie qui a fait l’objet d’une fuite.
    Dans tous les pays, les riches sont, dans leur grande majorité, plus responsables du réchauffement de la planète que les pauvres. Les SUV et la consommation de viande sont pointés du doigt, et la la croissance économique future basée sur une forte teneur en carbone est également remise en question.
    La fuite provient de la troisième partie du rapport historique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont la première partie a été publiée lundi et qui met en garde contre des changements climatiques sans précédent, dont certains sont irréversibles. Le document, appelé sixième rapport d’évaluation, est divisé en trois parties : la science physique du changement climatique, les impacts et les moyens de réduire l’influence humaine sur le climat.
    La troisième partie n’est pas prévue avant mars prochain, mais un petit groupe de scientifiques a décidé de faire fuiter le projet via la branche espagnole de Scientist Rebellion, une émanation du mouvement Extinction Rebellion. Elle a été publiée pour la première fois par le journaliste Juan Bordera dans le magazine en ligne espagnol CTXT.
    Bordera a déclaré au Guardian que la fuite reflétait l’inquiétude de certaines personnes ayant participé à la rédaction du document, qui craignaient que leurs conclusions ne soient édulcorées avant leur publication en 2022. Les gouvernements ont le droit d’apporter des modifications au « résumé pour les décideurs ».Les 10 % des émetteurs mondiaux les plus riches contribuent entre 36 et 45 % des émissions, soit 10 fois plus que les 10 % les plus pauvres, qui ne sont responsables que de 3 à 5 % environ, selon le rapport. « Les modes de consommation des consommateurs aux revenus les plus élevés sont associés à des empreintes carbone importantes. Les principaux émetteurs dominent les émissions dans des secteurs clés, par exemple les 1 % les plus riches sont responsables de 50 % des émissions de l’aviation », indique le résumé.
    Le rapport souligne les changements de mode de vie qui seront nécessaires, notamment dans les pays riches et parmi les personnes aisées au niveau mondial. S’abstenir de surchauffer ou de surrefroidir les habitations, marcher et faire du vélo, réduire les voyages en avion et utiliser moins d’appareils énergivores sont autant de mesures qui peuvent contribuer de manière significative aux réductions d’émissions nécessaires, selon le rapport. »
    Vous avez bien lu: dix ans pour fermer toutes les centrales à charbon et à gaz. Y compris je pense les quelques centaines en projet ou déjà en construction (y compris en Chine qui a promis que…).
    Quant à dissuader de prendre l’avion…
    Faut pas rêver!

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  7. Seulement 12 commentaires sur ce sujet crucial… et une flopée sur le sujet Covid plus haut.

    Qu’en déduit notre cher hôte ?

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