35 réflexions sur « Veille effondrement #83 – Vidéo – Les États-Unis à la dérive »

  1. Merci Paul,

    Et vous avez bien fait !

    Concernant « l[‘in]capacité [du genre humain] à réagir dans les crises », il y a surtout une incapacité de sa part à percevoir à l’oeil nu les rayons de courbure de l’espace-temps !

    Pour lui, du moins en général, autrement dit pour le quidam en général, il ne peut pas y avoir de mélange entre la dimension temporelle (qui se résume grossièrement à ses yeux sous la forme de montres, d’horloges, d’agendas et de calendriers permettant de rythmer sa vie sur Terre) et les dimensions spatiales (qui se résument grossièrement à ses yeux sous la forme de murs, de clôtures, de zones et de frontières permettant de cloisonner sa vie sur Terre)…

    Le genre humain ne voit en permanence que l’espace au sein duquel il évolue ; il ne sait pas voir les choses à 360° faute d’éducation et donc d’entrainement, ce qui rend forcément ici l’opposition Chine vs. Monde Occidental géographiquement logique… Le genre humain est incapable de se percevoir en tant qu’effet papillon, autrement dit en tant que toute petite source de variation potentielle de l’équation pouvant provoquer l’éloignement de l’Humanité toute entière par rapport à son attracteur entropique naturel…

    Autrement dit, tant qu’il demeurera cloisonné (le temps étant ici, à sa manière, sous-entendu par sa durée), eh ! bien le genre humain ne réagira jamais… Il demeurera indéfiniment prostré face aux crises qui l’accablent, en effet… Et ce constat s’applique autant à la Chine qu’au Monde Occidental, les quelques mesures d’urgence prises par la Chine étant à ce stade, certes intéressantes, mais hélas ! bien trop tardives au regard de l’accélération systémique en cours et s’apprêtant à prendre de vitesse le monde entier ; personnellement, je perçois donc les décisions de la Chine comme une confirmation sérieuse de la situation pré-collapsologique dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui…

    Amitiés,

    Philippe

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    1. J’ai ouvert le lien proposé par Khanard -16h25 du 10 sept- et j’ai découvert avec une certaine jubilation cette phrase que le conférencier attribue au président Mao à propos de l’engagement des femmes dans les mouvements de libération nationale et sociale (entre les années 1920-30 et 1968?) : « Les femmes sont la moitié du Ciel ! » Pour moi la question de savoir si le communisme est sincèrement ou non compatible avec l’émancipation des femmes, c’est secondaire. Ce qui me réjouit c’est que la phrase de Mao serait historiquement compatible avec les écrits assez contemporains- mais non publiés par lui du philosophe Husserl affirmant qu’à contrario des certitudes annoncées par Galilée :«  la Terre ne se meut pas », et  elle conserve sa platitude !. A preuve le désastre écologique apparaissant. Et cela fut publié dans cette même période, que j’ai vécue jeune , où Merleau-Ponty réécrivait le rôle décisif du corps dans la pensée, dans la ligne de travaux décrivant les êtres vivants en tant que «  machinistes » et non plus comme des machines. ( cf Uexkull) , puis de la sémiotique , de l’écologie, de la mésologie, etc
      La pensée dominante commence à être remise à plat, par exemple contre la pseudo-science économique : Descendons du Ciel classique où opéraient jadis des humains mâles et désincarnés, annonceurs de prédicats désormais douteux. Ceux- la qui se prétendirent «  sachants » ou « entreprenants» ( les physiocrates par exemple) . Certes nous dépendons encore des « dominants », mais les signes de l’effondrement ne sont pas que négatifs, m^me s’il n’y a pas de plan A, ou B , ou C pour sortir de effondrement commançant
      S’il fallait illustrer mon propos je choisirais « Narcisse et Echo » peint par Nicolas Poussin/, que tout le monde connais. Nous ne sommes pas en Chine, mais dans une symbolique classique (gréco-romaine et catholique) : un jeune mâle Narcisse, recherche dans l’image qu’il a de lui-même, en reflet, le discours de sa future catéchèse.(1) Demi-dieu il est du Ciel. La nymphe Echo – sa personne féminine relève de la Terre- en recueillerait les échos)
      (1°Cathéchèse : du grec catekeo « faire résonner »

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      1. La phrase est plus exactement : « les femmes portent la moitié du ciel ». J’ai trouvé ceci, venant d’un chinois :
        In 1955, the Guizhou Federation of Democratic Women released a publication titled « Equal Pay for both Men and Women in Cooperatives. » After reading this article, Mao Zedong put forward the slogan « Women can hold half the sky. »
        Apparemment Il s’agissait à la fois d’inscrire les femmes dans le travail salarié pour le décupler, et d’y être respectées. Et de renverser la forte hiérarchie masculine.
        Il s’agit peut être d’une ancienne phrase chinoise, mise en avant par Mao.
        La phrase a surtout été répandue par les mouvements de femmes dans le monde, dans les deux versions : « portent » ou « sont ».

        1. Avec une ambiguïté tout de même. Est ce qu’elles « portent » la moitié du Ciel « dans leur ventre » ? Auquel cas , ce serait plus près de Kinder Kuche Kirche ! 😂😂😂
          Chacun aime à voir les choses dans son intérêt 😉

        1. Brillant oui, un peu trop même.
          Evoquer les deux petits fils de la reine Victoria comme garant de la paix entre l’Allemagne et l’Angleterre est d’une coquetterie vraiment indépassable.
          Sacré Attali !

          1. Je n’ai pas lu  » comme garant de la paix  » , mais comme « garant de l’imbrication économique  » entre les deux pays , en tant que démonstration que les imbrications actuelles du commerce mondial ne sont pas garantes de la paix mondiale ou en tous cas du non recours à des conflits très violents .

        2. Brillant ou pas , il est assez facile de repérer ce qui nous rend moins bête . Une autre manifestation d’effort de réflexion :

          https://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-face-a-face/le-grand-face-a-face-du-samedi-11-septembre-2021

          A noter que dans les deux cas , on finit le voyage en Chine .

          De même que , quoi qu’il se passe au Mali , la France se joint aux USA et à l’Australie pour des exercices de manœuvres militaires dans le Pacifique ( qui va devoir changer de nom ) pour les prochaines années .

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          1. Il faudrait d’ailleurs ajouter l’Angleterre , le Japon et les Pays Bas à l’Australie et la France , pour cette reconversion « Pacifique » .

  2. Sinon, la guerre US est une vengeance contre le 11 septembre, dont les auteurs ne sont pas un Etat, mais un Ovni juridique, Al Quaida. Une vengeance contre un mouvement. Néanmoins c’est un pays qu’on attaque. La Plus Grande Démocratie du Monde, comme ils aiment à se présenter, oubliant que l’Inde est trois fois plus nombreuse, voulait juste TUER UN type. Et quand ce fut fait, ils n’ont su comment se tirer de là. Entre 70.000 et 130.000 Afghans sont morts, bravo la, bravo LA, démocratie.

    Quand à l’activation de l’article 5 du traité de l’Otan qui recommande à tous les pays membres de se coaliser avec l’Etat attaqué, elle a été l’occasion d’un alignement indigne, répugnant en ce qui me concerne, de toutes une bande de pays serviles, que Qashington a traité comme des vassaux, ne les consultant jamais, ni au début, ni pendant, ni à la fin : la Franche (Valéry Giscard d’E. parlait comme ça), les British, la Deutschland-pas-encore-vraiment-autorisée-à-tuer-comme-les-autres-mais-ça-vient, le sympathique Danemark (très guerrier en l’occurrence), des Pays-Bas aux moulins en bois, de l’inoffensive Belgique, etc. Tous ces pays ont tué et tiré sur des villages dont la seule indication de « bon à tuer » avait été celle de renseignements invérifiables recouvrant en fait des haines locales manipulées par des informateurs invérifiables.

    Le « nation building » n’a été promu que tardivement, pour donner un prétendu objectif vertueux à l’affaire. Au début il n’en était pas question, et aujourd’hui certains officiels US nient qu’il en ait jamais été question. Je recommande à tous le dossier Afghanistan du Monde diplomatique de ce mois. Ce journal a toujours le chic de sortir du bois des analystes peu connus mais de compétences incroyablement précises et bien établies. La vision US, à laquelle la Deutschland a bien contribué, est une vision d’un pays livré à des baronnies locales, une mosaïque de chefferies aux religions et langues variées. Il y a de ça, mais il y a aussi un véritable sentiment national afghan par-dessus le tout, totalement méconnu des puissances envahissantes, et les auteurs invités par le Diplo expliquent tout ça très bien. Il n’est pas jusqu’aux talibans, mouvement patriotique et nationaliste (il faut le répéter), qui ne fassent place à des gens issus de toutes les régions du pays dans leur directoire de moins d’une douzaine de barbus.

    Une autre source remarquable sur les erreurs et l’impuissance US en Afghanistan, est un entretien donné au Monde par James F. Jeffrey : « L’armée américaine a fait un boulot catastrophique ». https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/27/james-f-jeffrey-l-armee-americaine-a-fait-un-boulot-catastrophique_6092541_3210.html .
    James F. Jeffrey est directeur du programme Moyen-Orient au Wilson Center, à Washington, ancien ambassadeur en Turquie (2008-2010), puis en Irak (2010-2012), ensuite envoyé spécial des Etats-Unis pour la Syrie et auprès de la coalition internationale contre l’organisation Etat islamique (EI). J’ai mis cet article en ligne pour les non abonnés au Monde : https://condrozbelge.com/wp-content/uploads/2021/09/lemonde.fr-James-F-JeffreyLarmee-americaine-a-fait-un-boulot-catastrophique.pdf .

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  3. « Un conseiller de Bush Jr, ex-président des USA, qui pourrait paraitre un intellectuel par rapport à Trump, lui souffle à l’oreille qu’en Irak il y a une forte minorité Chiite à prendre en compte.
    Le président fronce les sourcils, regarde son conseiller :
    —- Vous êtes sûr de ce que vous avancez Bob ?
    —- Oui Monsieur le président.
    —- J’ai toujours pensé qu’il n’y avait que des musulmans en Irak, merci Bob. »

  4. À la fin de cet article de Newsweek https://www.newsweek.com/police-dc-concerned-about-september-justice-rally-charged-capitol-rioters-1620751, je comprends que la police de Washington a peut-être mal fait son travail de renseignements mais qu’elle l’a quand même fait, et que, néanmoins, aucune des informations à sa disposition ne permettait d’envisager l’ampleur publique de la tentative d’insurrection du 6 janvier… qui ne serait ainsi attribuable qu’à Trump lui-même.

  5. Je ne pense pas qu’on doit voir le fait que des dirigeants ne sont pas en prison comme une faiblesse de la démocratie. Les régimes démocratiques ont de tout temps craint un « gouvernement des juges » ; car le 3e pouvoir n’est pas démocratique, n’est pas élu. Même plus : les juges sont nommés par le parlement, en Belgique. Un juge pourrait donc, suite à une procédure d’accusation, empêcher un ministre, une politique, etc..
    Donc, il faut un pouvoir démocratique pour juger les politiques. Parfois une cour spéciale est réunie, souvent composée d’hommes politiques. La Haute Cour en France, si je me souviens bien.
    Du temps des grecs (et des romains ?), le peuple des citoyens était réuni dans le stade et jugeait les élus à la sortie de leur charge annuelle, et sans qu’ils puissent se représenter immédiatement, créant donc une circulation du pouvoir sur d’autres têtes. C’était démocratique ? Oui, mais cela a créé le « clientélisme »: l’homme politique fortuné pouvait acheter le peuple du stade avec du pain et des jeux…
    La procédure d’impeachment devant être menée devant le parlement US est-elle démocratique ? Oui, (et Nancy Pelosi estimait qu’on devait démocratiquement la proposer, même sans espoir d’y arriver) mais elle parait inefficace quand le pouvoir est partagé entre deux forces égales, qui sont créés par cette version de la démocratie qui prévoit un seul gagnant en un seul tour ou en deux tours dans des circonscriptions à un seul poste. Car cela crée deux grands partis (US, UK) et aucune autre opposition.
    En général c’est la prédation du pouvoir par un système de partis qui imposent leurs hommes et leurs fonctionnaires tenant tout l’Etat qui rend malade la démocratie aujourd’hui. Il est urgent que l’institution démocratique s’élargisse mieux à une participation citoyenne ou un jugement citoyen d’élus qui doivent périodiquement « rendre des comptes » (principe discuté puis écarté à la fondation des USA).

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  6. Je ne comprends pas, la Californie est de gauche depuis une centaine d’année ?
    Mais n’a-t-elle pas voté pour un gouverneur républicain à de multiples reprises sur cette période, en particulier pour deux acteurs fameux ?

    1. Ah ! si les choses étaient si simples ! 😉

      Vous répondre demande une vidéo à soi tout seul, mais, bon, pour aller vite :

      1° L’élection au poste de gouverneur est très liée à la personnalité.

      2° L’assimilation pure et simple Démocrate = gauche, Républicain = droite n’est possible que depuis ± les années 1980.

      3° Hollywood c’est un (en réalité 3) quartier de Los Angeles, la plus grosse ville de Californie. Hollywood c’est le groupe de pression le plus important de Californie, et l’un des plus puissants des États-Unis.

      4° Malgré sa carte du Parti républicain, Schwarzenegger est une personnalité de centre gauche dont il n’est de secret pour personne que les vues étaient à l’époque où il était gouverneur (2003-2011) celles (beaucoup plus articulées !) de son épouse Maria Shriver, figure de choc du clan Kennedy (sa mère Eunice était la sœur de John, Robert et Ted Kennedy).

      Etc. (il y aurait encore beaucoup à ajouter).

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      1. Merci d’avoir pris le temps de m’éclairer.
        Donc, si je comprends bien, cela ne fait que 40 ans qu’on parle de gauche/droite, et avant, pour remonter à un siècle, c’est plus compliqué… ^^
        Et j’imagine que Reagan est une exception notoire 😀
        Schwarzy est centre gauche ? Là j’apprends quelque chose. J’avoue avoir du mal à imaginer qu’il puisse y en avoir chez les Républicains, même si je sais que ce ne sont pas tous des extrémistes. J’imaginais que la limite s’arrêtait au centre-droite. Et que la limite dans l’autre sens chez les Démocrates était à droite, avec une majorité plutôt centre/centre-droite (j’avoue que naïvement, j’ai toujours du mal à classer les gens qui prônent le capitalisme comme étant de gauche…) et que les Démocrates à gauche n’étaient qu’une minorité, à voir les scores de Sanders face à Clinton.

        Pour Hollywood, oui, je suis au courant qu’il est de bon ton d’être démocrate. Dommage qu’il ne soit pas aussi influent que la NRA ?

  7. Qu’est-ce qu’une institution?

    Subsidiarité & iségoria => Si quelqu’un dit vrai quelque part, il faut que tout le monde soit au courant ! (Pour l’appliquer localement – quel collège décisionnel? – , si et seulement si on peut, de la même manière, faire remonter toute réfutation.)

    « […] N’importe quel citoyen peut prendre la parole (liberté qu’en grec ancien on appelle ἰσηγορία, isegoria), exercer son pouvoir d’amendement et proposer une motion. C’est le propre de la démocratie directe. Une fois votée, la loi est exposée au public sur l’Agora. […] »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne#L'Eccl%C3%A9sia

    1. Expliquez-vous. Moi je me suis déjà très bien expliqué. Ma position, je vous le rappelle, est la suivante :

      Mes arguments dialectiques sur la situation au Xinjiang ? Eh bien, les voici.

      Cette marche Nord/Ouest de la Chine a une histoire mouvementée : c’est une zone d’instabilité, de conflits et de rivalités depuis deux millénaires au moins. Vous m’excuserez d’être un peu long mais vu l’âpreté des débats en cours ici sur mon blog en particulier, la question mérite d’être analysée systématiquement et consciencieusement.

      — A l’époque de l’Empire Han (autour du début de notre ère), cette zone est contrôlée par des pasteurs nomades dont le territoire d’usage s’étend de la Mongolie au Pamir : les Xiongnu. Ils harcèlent les frontières Nord de la Chine. Le premier projet de Grande Muraille visait à les contenir.

      — Au Vème s. cet immense territoire tombe au pouvoir d’une confédération : celle des Tujue ou Turcs (nom donné à l’ensemble des peuples parlant une langue altaïque). A la fin du VIème s. cet Empire tujue se scinde en 2 : Turcs de l’Est dont le centre est en Mongolie et Turcs de l’Ouest qui contrôlent le Tarim. La Chine va profiter de cette division.

      — En 618 c’est une famille à demi turque qui accède au trône impérial en Chine. Elle fonde la Dynastie des Tang. L’Empereur Taizong (627-650) va remporter contre les 2 Empires turcs des victoires qui lui permettent de reprendre le contrôle du Tarim. La mainmise sur cet axe de l’Asie Centrale joue un rôle capital dans les échanges de la Route de la Soie terrestre. Les succès de Taizong doivent beaucoup à l’aide apportée par une grande tribu turque les Ouigours qui devient une alliée précieuse pour les Tang dans cette zone et étend alors son contrôle jusqu’à l’actuel Gansu (Dunhuang, Turfan).

      — Au cours du VIIIème s. les Tang à leur apogée vont pourtant perdre peu à peu de leur superbe : l’Empire est menacé par de très hardies incursions tibétaines et surtout par l’expansion arabe. Les Arabes arrêtent la contre-offensive chinoise en battant l’armée Tang à la bataille de la rivière Talas (au Nord du Fergana) en 751 (moins de 20 ans après celle de Poitiers). La Chine doit renoncer à ses ambitions sur les pays situés en-deçà et au-delà des Pamirs.

      — Les Ouigours partagent la vaste zone dont la Chine vient d’être dépossédée avec 2 autres populations (toujours présentes, mais minoritaires de nos jours au Xinjiang, les KIRGHIZ et les KAZAKH). Ces 3 groupes de population se sont convertis à l’islam dont ils adoptent religion et coutumes. Passés momentanément au XIVème s. sous la domination ouzbek de Tamerlan, les Ouigours ont développé une civilisation islamique brillante qui reste tournée vers l’Asie Centrale. Ce qui ne les empêche pas d’avoir une politique offensive de conquête en direction de territoires traditionnellement reconnus chinois et de couver des ambitions d’extension (y compris sur le Tibet) qui froissent gravement le pouvoir impérial mandchou des Qing (1644-1911).

      — Pékin, sous le règne de Qianlong, décide d’une expédition punitive (d’extermination) en 1757-1758. Toutes les régions de l’Altaï aux Kunlun et de Dunhuang aux Pamirs sont placées sous commandement militaire et administrées par l’Armée. Elles reçoivent le nom de « Nouveaux Territoires » (« Xin jiang » en chinois). En 1884, le Xinjiang sera promu au rang de « province ». Puis de « Région autonome » sous la RPC.

      — En 1864, un mouvement insurrectionnel embrase ces « Nouveaux Territoires » : pendant plus de 10 ans un insurgé, Yakub Beg, tiendra tête aux autorités et fondera un Etat indépendant tout de suite reconnu par les gouvernements anglais, russe et turc (Le Sultan de Constantinople investira même Yakub Beg comme « Prince de Kachgarie »). Faisant à nouveau des milliers de victimes, les autorités chinoises materont la révolte en 1878, réoccuperont le Xinjiang et y mèneront une active politique de peuplement (plus ou moins forcé) par des Mandchous, des Mongols et surtout des Han.

      — Entre 1911 (chute des Qing) et 1949 (avènement de la RPC) le Xinjiang a été continûment déchiré entre Russes, autonomistes Ouigours et Seigneurs de la Guerre chinois… Mais il faut entrer dans les détails.

      — 1937-1941 : Gouvernement de Chongqing (celui de Tchang Kaï-chek au nom du Guomindang). Le Japon a envahi la Chine sans déclaration de guerre. Le Gouvernement, fuyant cette invasion s’est replié de Nankin à Chongqing et souhaite s’armer contre l’envahisseur. L’URSS est la première à accorder une aide importante à la Chine : un prêt de 250 millions de dollars US, 1000 avions et 2000 aviateurs. Une partie de cette aide est acheminée par l’Asie Centrale que l’URSS contrôle et passe donc par le Xinjiang dont le gouverneur/Seigneur de la Guerre, Sheng Shi-cai, s’est rapproché de Moscou en 1935. Dans ce cadre un accord a été conclu : un régiment soviétique est stationné à Hami et un accord minier concède à l’URSS l’exploitation du sous-sol du Xinjiang. L’aide militaire de Moscou à la Chine prendra fin en avril 1941 avec la signature du pacte de neutralité entre Moscou et Tokyo.

      L’occupation de la Chine par les troupes japonaises a inévitablement vu se développer diverses formes de « collaboration » plus ou moins poussée selon les régions et les strates sociales. Les territoires du Nord-Ouest s’y sont distingués sous l’égide d’une puissante et active « Association musulmane » (probablement par sentiment antichinois fortement ancré : les ennemis de mes ennemis sont mes amis !)

      — 1946-1947 : déclin progressif du Guomindang après la capitulation du Japon. Le Xinjiang a « fait de la résistance », mais contre le pouvoir du Guomindang : dès 1944 les autonomistes ouighours, largement soutenus par la population, ont créé une « République autonome du Turkestan oriental ». En 1945 Nankin tente de négocier et propose de faire entrer le leader de l’autonomie, Saifudin, dans le gouvernement provincial d’Urumqi. Mais en 1947, c’est à nouveau la rupture : les autonomistes dressent à nouveau un pouvoir dissident que le Guomindang ne parvient pas à réduire.

      — 1948-1949 : arrivée au pouvoir des Communistes. Le Gouvernement de Nankin a encore tenté de reprendre la main au Xinjiang en nommant un gouverneur ouighour partisan d’une relative autonomie : Burhan. Mais celui-ci laisse Saifudin et ses partisans s’activer au sein de la « Ligue du Xinjiang » en faveur de « la paix et la démocratie ». Tous se rallieront aux communistes dès la proclamation de la RPC.

      Il est clair que le problème du Xinjiang ne date pas d’hier et que son intégration à la « Chine une et indivisible » continue à poser de gros problèmes. Ce territoire, comme celui du Tibet, a depuis longtemps déclenché des convoitises ( à commencer par celles des Arabes au VIIIe s.) et a fait loucher d’envie dans le cadre du « Grand Jeu » (à l’aube du XXe s.) l’Angleterre et la Russie. Sa langue et sa religion le mettent clairement hors de l’ordre culturel plurimillénaire des Chinois et le tournent plutôt vers les turcophones de l’ouest. Il a vu l’URSS démembrée en 1991 accorder une pleine autonomie politique à des voisins avec lesquels il a beaucoup en commun. Il jouxte une redoutable et très instable poudrière en ce début de XXIe s. : Pakistan et Afghanistan où rien n’est véritablement réglé. La Chine peut d’autant moins se résoudre à lâcher du lest qu’elle a établi au Xinjiang toutes ses bases militaires et spatiales sensibles. L’enjeu stratégique est immense. Et le problème sans doute installé dans la durée.

      Pour ce qui est de la situation actuelle, il apparaît certain que les Ouigours ont davantage en tête l’État Yettishar autonome que Yakub Beg parvint à instaurer dans le Xinjiang de 1865 à 1877, que leur ancienne qualité d’alliés fidèles de la Chine des Tang …

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      1. Sans vouloir aucunement questionner votre intéressant historique, m’est-il permis de chaudement recommander aux visiteurs de votre blog la lecture de l’invraisemblable périple accompli en 1935 par Ella Maillart et son compagnon Peter Fleming (frère de…) de Pékin au Cachemire en passant par ce Turkestan chinois déjà (ou encore) en plein soulèvement.
        https://www.babelio.com/livres/Maillart-Oasis-interdites–De-Pekin-au-Cachemire-une-femme/31543

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