Coïncidence : Arthur Koestler (1905-1983)

Avant-propos : J’ai raconté récemment ici  qu’Helena Wayne-Malinowska, la fille de Bronislaw Malinowski, l’un des fondateurs de l’anthropologie sociale dans les années 1920, avait un jour tenu à me présenter à l’un de ses amis : Arthur Koestler.

Corps du récit : La chaîne YouTube « Les possédés et leurs mondes », qui publie en feuilleton de longs entretiens, s’est entretenue avec moi au mois de septembre. À la fin de l’entretien, on m’avait signalé que le lendemain serait interviewée dans le même cadre, la philosophe Isabelle Stengers qui avait été ma contemporaine à l’Université Libre de Bruxelles où nous appartenions au même groupe de réflexion informel d’une vingtaine d’étudiantes et d’étudiants. Très logiquement, avant-hier et hier ont été publiées sur YouTube la première dans la série respective de nos vidéos.

La coïncidence en question : Isabelle Stengers et moi mentionnons comme le livre qui nous a tout particulièrement marqués au départ de notre carrière intellectuelle, Les somnambules (1959) de Koestler où celui-ci raconte la vie de quelques « somnambules », des personnages convaincus d’être des mages (des astrologues) alors qu’ils sont à leur insu les inventeurs de la méthode scientifique moderne (les premiers astronomes).

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Une réflexion sur « Coïncidence : Arthur Koestler (1905-1983) »

  1. D’écouter Stengers, quelques réflexions :
    1/ Vous aurez remarqué le mégot éteint. Toute une époque. (Aussi une conquête féministe)
    2/ J’ai été frappé par la distinction entre imaginaire (selon moi, fiction et délire, fiction romanesque, rêverie, poésie, liberté sans entrave, inconscience) et imagination (selon moi, curiosité des choses, questionnement & philosophie, écart pertinent vis à vis de la réalité, créativité pratique et efficace), réalité qu’on nous a apprise et qu’on répète pour la solidité des choses selon le discours des dominants). Plus fort (faudra qu’elle nous explique, d’autant qu’elle s’y est référée dans ses travaux) : « La pensée critique (Foucault, etc.) était pour moi trop proche de l’imaginaire » .
    3/ Suite à mai ’68, « beaucoup de personnes se sont demandés ce qu’ils allaient faire de leur vie ». La remarque est interpellante. On entend aujourd’hui la jeunesse se poser la question, et c’est l’effet d’un cocktail « Covid19, Crise climatique et Précarité », selon moi. Actuellement au moins une double crise, et un malaise social. Quelle rupture fut Mai ’68, sans aucune crise extérieure la justifiant ? Sans doute la mort du colonialisme de nos sociétés (1960) et donc les discussions de la guerre d’Algérie et de la guerre du Vietnam qui militarisaient des jeunes, et donc de l’Empire américain et son « parapluie nucléaire » avec l’Otan.. Et dans le monde Catho, le concile Vatican II en ce qu’il déstabilisait les dogmes qu’on ne pouvait interroger. Mais aussi ces révoltes des jeunes tchèques et autres contre l’impérialisme d’URSS, que nous comprenions moins mais regardions avec sympathie.
    4/ La différence me parait l’angoisse de 2020, moins réelle en 1968. Mais aussi en ’68 « un autre monde est possible » (dit-elle), et nous n’avons pas peur (selon moi). Echo à cette idée que le travail « généalogique » de la pensée critique ne nous ouvre pas la question du possible. Et donc l’attrait du marxisme, du maoïsme, de l’écologisme… , autres mondes possibles et indispensables (trotskisme et anarchisme, rajouteront certains).
    5/ Ouverte au féminisme (elle ne cite pas la date de son achat de Sexual Politics (paru en 1970, I. Stengers avait 21 ans) , elle se dit rétive au féminisme théorique qu’elle dit venir de France (époque de son séjour à Paris ?). Disons qu’elle a manqué un féminisme belge plus concret et pratique avec Marie Denis et Françoise Collin (et tant d’autres) et notamment les Cahiers du Grif, eux aussi en marge de l’Université… mais elle s’est donné d’autres chats à fouetter.

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