Notre handicap par rapport à la Chine ne date pas d’hier

Dans Moïse ou la Chine. Quand ne se déploie pas l’idée de Dieu * de François Jullien paru ce mois-ci chez L’Observatoire.

Pages 93 et 94 :

… du côté chinois, il n’est pas dressé de Scène originaire engageant d’emblée un questionnement sans fin [P.J. Dieu crée Adam et Ève pour leur reprocher aussitôt un million de trucs – pourquoi, dans son infinie bonté, ne leur a-t-il pas épargné ces avanies ?] Par suite, ne se voit pas développer de réflexion existentielle ouvrant à la diversité des interprétations [P.J. Mais, bon dieu, pourquoi ?]. Un dispositif relationnel, fonctionnel, se trouve d’ores et déjà impliqué, au niveau du monde comme de l’humanité, d’où dérive le principe d’un bon gouvernement [P.J. Les Chinois comprennent spontanément qu’ils naissent au sein d’un merdier et que la priorité c’est de se retrousser les manches pour ramener un peu d’ordre dans tout ça]. Ce n’est d’ailleurs pas l’homme, en tant que tel, qui se trouve en cause (« Adam »), mais la « multitude » du peuple d’un côté, de l’autre la capacité « vertueuse » du souverain, celui-ci étant chargé d’incorporer l’ordre ou « commandement » du Ciel au sein du social [P.J. Ce n’est pas juste une affaire de « Moi-je », mais de tout le monde]. De sorte que la cohérence tissée par la pensée de la Régulation fait barrage – ou vient à bloquer – la question d’un sens, abyssale comme est celle-ci [P.J. Arrête de te poser des questions : bosse !]. Ne surgit pas de grand Pourquoi énigmatique ni ne se creuse d’enjeu dramatique – cette cohérence est sans béance par où s’engouffre une interrogation vertigineuse [P.J. Il y a des problèmes à résoudre, tout le reste, c’est du vent !]. Car si un tel ordonnancement en vient douloureusement à se fissurer, au cours des temps, y produisant tant de « calamités », l’Histoire n’en est pas moins appelée à être restaurée par la lignée suivante, rétablissant du Ciel le mandat [P.J. Le peuple exigera des nouveaux dirigeants d’être moins nuls que les précédents]. Le dévoiement auquel a conduit un mauvais gouvernement ne donne pas à rencontrer la tentation du mal ni n’appelle non plus à se révolter. L’humanité n’y est pas précipitée dans une déréliction à laquelle seul peut répondre un plan divin du Salut, justifiant Dieu en grand recours face à l’angoisse humaine [P.J. Ne te tourne pas vers le Ciel : il vaut bien mieux « compter sur ses propre forces et lutter avec endurance » (Mao Zedong)].

* Quand la reliure a rendu l’âme alors que vous n’avez encore lu que vingt pages, je le signale toujours consciencieusement. On n’ignore pas mes griefs de cet ordre chez Gallimard non plus à propos de la collection « Tel » 😉 .

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50 réflexions sur « Notre handicap par rapport à la Chine ne date pas d’hier »

  1. Une révélation, à croire en effet que nous avons été pollués à l’insu de notre plein gré .

  2. N’y a-t-il pas eu à l’Ouest de l’Oural quelques essais d’implémenter le « [P.J. Ce n’est pas juste une affaire de « Moi-je », mais de tout le monde] » ?
    Des essais aux points « gagnés par dieux » (god win) ?

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    1. C’est au nom des plans divins que l’Eglise catholique a façonné la pensée politique occidentale. L’Etat comme principe de continuité sur lequel baser une action humaine dans un milieu historique est à la Renaissance la transposition dans le monde séculier de l’éternité divine ; avec Machiavel, c’est la raison qui guide désormais les humains qui ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes.

      Quant à l’absence du grand Autre, de Dieu, en Chine, il n’impliquait pas l’absence des superstitions, et des croyances. Moult empereurs de Chine s’y soumettaient ou étaient sous leur influence.

      Jullien il me semble, hypostasie la pensée confucéenne, ce qui fait une Chine du coup un peu hors sol, comme l’ont bien vu Billeter ou Lévi (jean).

      Quand il écrit par exemple que « Le dévoiement auquel a conduit un mauvais gouvernement ne donne pas à rencontrer la tentation du mal ni n’appelle non plus à se révolter. » c’est un peu fort de café quand on sait les innombrables révoltes qui ont émaillé l’histoire de la Chine, que les passages d’une dynastie à l’autre ont toujours été brutaux. Les transformations silencieuses se terminaient souvent très mal. La première chose que faisaient les nouveaux emprésures étaient le plus souvent de détruire toute trace des précédents empereurs, que ce soient leurs palais, ou la famille impériale en la trucidant.

      Bref inférer une supériorité de la Chine sur l’Occident en temps de crise me paraît un exercice hasardeux.

      Quant à « compter sur ses propres forces et lutter avec endurance » c’était un des slogans du Grand bond en avant ou de la Révolution culturelle. Cela n’a pas donné que du bon ….

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        1. Honorable Cloclo ! Dénoncer la malfaisance de Mao est un passage obligé pour le pensif occidental d’aujourd’hui (il y a entre 50 et 60 ans avant aujourd’hui c’était le contraire, j’y étais). Tout le monde a oublié qu’il avait ramené la paix (la Chine n’avait pas cessé d’être en guerre étrangère et civile depuis 1840 environ, l’affaire des Taïping a fait plus de morts que le Grand Bond en avant), débarrassé le pays des étrangers, et renouvelé la société civile par la loi sur la famille et l’état-civil de 1950, ce que la République de Sun Yatsen avait été incapable de faire. Il serait mort juste après, on lui rendrait un culte comme au refondateur de l’Empire, ce qu’il est en effet. Xi Jinping est un nain à côté, et le sait.

          1. Honorable Pierre Guillemot,

            Pour ma part, je n’ai pas d’estime particulière pour aucun des dirigeants du passé, du présent et de l’avenir. La plus part sont de grands malades, et quand ils se sentent investit d’une « mission » généralement ça crève à tout va tout autour. Non pas de passage obligé me concernant, juste une acuité particulièrement vis à vis de tous ces « grands personnages » de l’Histoire qui fait que je ne peux pas les encadrer (je ne peux pas les piffrer en fait car je déteste la concurrence…).

          2. Honorable Pierre Guillemot,
            « LA PAIX » selon Saint Mao, j’espère que vous plaisantez ?!
            certes, absence de conflits extérieurs… mais dans la Chine, quelle PAIX ! L’acception des mots est certes sujet à variations, avec d’infinies connotations ; néanmoins la connaissance et la bienséance, ou pour reprendre encore ce cher Orwell la « common decency », devraient parfois nous policer, ou du moins « contraindre » un minimum dans certains élans par trop péremptoires…
            Je ne vous rappelerai pas le nombre de victimes (chinoises) dues au régime maoïste… sans doute « un passage obligé », comme vous dites… Il y a 50 ou 60 ans, c’était peut-être le cas pour une certaine intelligentsia parisienne… certainement pas pour Simon LEYS, ni J.F. BILLETER, qui vivaient en/la Chine de l’intérieur. Je vous invite justement à lire le petit livre de Billeter sur son expérience vécue dans la Chine maoïste , « Une rencontre à Pékin » (Allia, 2017)… quelle PAIX !

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            1. La rencontre entre le jeune Billeter et sa future épouse, j’ai lu. Les habits neufs du président Mao, aussi. En ce temps là, il y avait en Occident un mythe du nouvel âge d’or maoïste. Il faut lire le RP Lelong « Voyage par le Transsibérien » , pastiche des descriptions beates de ce temps là ( j’avais tout juste l’âge de le lire). La Chine des années 1960 était un pays totalitaire (elle l’est toujours, ça revient) mais plus un pays en guerre. Là est la différence avec la Chine républicaine, en guerre civile avant d’être en guerre contre le Japon puis de nouveau en guerre civile, insécurité pour tous et destruction. Mao a apporté la paix, condition du progrès, pas la morale des droits de l’homme d’aujourd’hui, anachronisme sur quoi on base l’indignation vertueuse qui gratifie ceux qui la pratiquent. Quant à la réforme de la famille, grand œuvre de la première année de la République socialiste, comparable à l’œuvre de la révolution française dans le même domaine, je n’en avais jamais entendu parler avant d’aller là bas.

              1. Je dirais que ce n’est pas seulement « Les Habits neufs du président Mao », qu’il conviendrait de lire, mais tous les essais de S. Leys sur la Chine, passionnants et éclairants de A à Z ! et notamment « La Forêt en feu », avec un chapitre précisément intitulé « Les droits de l’homme en Chine » (1978). 
                Il y écrit qu’aucun souverain (ou presque) de la Chine d’avant Mao n’avait été aussi totalitaire ! (« les gouvernements de la Chine traditionnelle étaient infiniment moins despotiques que le maoïsme » – et quand bien même, cela ne le justifierait  nullement), et explique très bien comment ce que le maoïsme a essentiellement « pris » du « communisme » et de la Russie communiste, se résume au stalinisme (dont Mao était le plus grand nostalgique).  Aucune paix, aucune sécurité ne justifient un tel totalitarisme, de tels massacres et un tel lavage de cerveau à l’échelle d’un pays aussi immense. Il ne s’agit nullement d' »indignation vertueuse » et/ou de droit-de-l’hommisme.
                Je cite (en partie) la conclusion de ce chapitre, qui me semble particulièrement pertinente, et même capitale (sans faire d’essentialisme) : 

                « Dans toutes les variations successives, l’idée de « différence » demeure le concept clef. Si les contestataires soviétiques ont, dans l’ensemble, réussi à susciter plus de sympathie dans l’opinion occidentale, n’est-ce pas parce qu’ils sont blancs et Caucasiens – tandis que les Chinois sont « différents » ? Trop souvent l’argumentation des sympathisants maoïstes rappelle le langage raciste de l’ère coloniale-impérialiste. A cette époque-là, la « différence chinoise » était un leitmotiv chez les chefs d’entreprise occidentaux : cette notion leur permettait de justifier leur exploitation des « indigènes » (…)  Au fond, de toutes les rationalisations qui sont offertes maintenant pour éluder le problème des droits de l’homme en Chine, on retrouve précisément cette même mentalité. Evidemment, il existe des différences culturelles – c’est d’ailleurs une tautologie de l’affirmer, puisque la différence constitue l’essence même de la culture. Mais si, à partir de là, on cherche à extrapoler un ordre de différences qui pourrait limiter l’application des droits de l’homme à certaines nations seulement, ceci équivaudrait à nier l’universalité de la nature humaine. Pareille attitude, à son tour, débouche sur une logique de cauchemar qui nous ramène tout droit aux abominations dont nous avons été témoins en Europe il y a quelques décennies à peine, durant l’ère hitlérienne. » 
                (« La Forêt en feu », in « Essais sur la Chine », R. Laffont, coll. « Bouquins », 1998, p. 655)

                L’actuel pouvoir chinois est passé maître dans la rhétorique visant à cultiver et glorifier « la différence », voire l’exception chinoise vs l’Occident, le libéralisme, les Lumières… y compris les Lumières chinoises du passé… mis à part le confucianisme qu’il reprend désormais pour en faire un ciment moral de la nation. Le Parti (qui cultive par dessus tout le secret) est éminemment habile et rusé dans ses revirements, pour critiquer, et ensuite vanter, récupérer, tel ou tel aspect de la culture millénaire chinoise. Pendant des décennies, les Lumières chinoises ont été dénigrées comme archaïques, élitistes, responsables de tous les maux… mais aujourd’hui, et depuis les discours « postmodernes », l’anti-intellectualisme du pouvoir a changé de figure, et afin de justifier son nationalisme et ses succès économiques, le Parti loue désormais le confucianisme (naguère vilipendé ou oublié) avec le même cynisme que Mao (alors même que la morale confucéenne a toujours constitué le principal rempart contre la montée possible du totalitarisme). Tout un renouveau rhétorique du discours nationaliste, paré des atours du relativisme culturel. 

                Sur ce point, voir en ligne cet excellent article (dont je ne cite qu’une phrase, vers la fin) de David Bartel (auteur d’une thèse sur les Lumières chinoises du XXeme siècle) : 
                https://laviedesidees.fr/Qu-a-t-on-fait-des-Lumieres-chinoises.html

                « Perdu entre la tradition moderne puissamment critique du 4 mai, et une tradition ancienne cooptée dans ses aspects les plus rigoristes et nationalistes, négligeant systématiquement l’injonction morale du devoir de juste rébellion face à des princes corrompus, le Parti marche à tâtons en essayant vainement de réconcilier deux traditions essentiellement antinomiques autour d’un désir déjà ancien de richesse et de puissance. »
                Et de conclure par ces propos définitifs de l’historien Arif Dirlik : « La réponse au problème des Lumières, c’est plus de Lumières, et non de capituler devant l’oppression et la bigoterie présentées sous les oripeaux des différences culturelles. » 

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      1. complètement d’accord avec vous.
        Je vais faire un très bref écho à vos propos en répondant à P.J. plus bas.

  3. « J. Dieu crée Adam et Ève pour leur reprocher aussitôt un million de trucs – pourquoi, dans son infinie bonté, ne leur a-t-il pas épargné ces avanies ? »

    Pourquoi la véritable bonté passe par le respect du libre arbitre de l’être humain ?
    Parce que l’amour ne s’impose pas , il se partage .

    Les récits au dėbut de la Bible relève de la poésie .A quoi sert la poésie ? A rendre accessible peu à peu les vérités que l’on ne peut encore porter.L’homme est en cours d’évolution , pour ceux à qui cela aurait échapper .
    Comment interpréter un langage qui correspond à un genre littéraire d’autrefois?
    Adam , Ève , ça semble précis , mais les fruits d’un arbre du bien et du mal , un arbre de la vie éternelle , on voit bien qu’on rentre dans le domaine de l’image poétique.Demander à un scientifique d’expliquer ces mots relève de la blague , et n’est pas sans rappeler le fameux «  vous aurez beau…. s’il vous manque l’amour .. ».

    Comment interpréter , comment comprendre l’entièreté de la signification de ce passage ?
    A mon avis , la signification complète nous échappe tant les mystères de la vie sont grands mais …
    avancer dans la connaissance du bien et du mal fait partie de la vocation de l’être humain , puisqu’il est capable de discerner la nature des conséquences de ses actes : bonnes ou mauvaises , engendrant la vie ou la mort , l’amour ou la haine. la paix ou la violence.
    Goûter les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal alors que cela fut interdit , cela veut dire quoi ? Rien dit le scientifique athée vu que , selon lui , Il n’y a pas de Créateur. Difficile à croire, vu que même ce scientifique a un père qui a lui même un père , qui avait lui même un père etc…mais bon, cette notion relève de la foi seulement , du moins du temps de son vivant .

    Avancer dans la recherche du bien et du mal sans l’aide de Dieu , c’est supposer que l’on est capable d’affronter le monde sans aide divine .Se méfier de l’amour de Dieu au point de croire que l’on peut par soi même discerner le bien et le mal , c’est se donner beaucoup de valeurs tout en soupçonnant Dieu d’interdire juste pour préserver son pouvoir , alors que tout ce qui vient de Dieu relève de l’amour .

    Les interdits que l’on fixe par amour , tout père sensible à sa progéniture connaît cela. IL sait bien que l’évolution ne rend pas accessible immédiatement la sagesse à l’enfant , qui comme tout humain a des phases d’évolution.
    Il faut l’aide de Dieu pour avancer dans la connaissance du bien et du mal , vouloir le faire seul n’est pas sans danger , voilà la signification que je tire de ce passage de la Bible. Mon expérience de vie, et celles de mes amis chrétiens , pour dire si j’ai vu juste ou pas .

    Quand à l’arbre de la vie éternelle , y accéder pour vivre un bonheur éternel , super . Toute autre option devenant irrémédiablement catastrophique, l’image de l’interdit devient plus accessible.

    PS : quand à vanter le coup d’avance d’un peuple supposé méconnaître la notion même de Dieu …avec un mao pour référence( … Ne te tourne pas vers le Ciel : il vaut bien mieux « compter sur ses propre forces et lutter avec endurance » (Mao Zedong)].) ….. que dire … la vie sous une dictature , combien de morts au juste ?

    PS : petite précision historique

    https://www.youtube.com/watch?v=epCJbfpjSUQ

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  4. Dans les semaines qui ont précédé le 8/08/2008, la date d’ouverture des Jeux Olympiques, le parcours de la flamme à travers le pays était un sujet quotidien du journal télévisé. Les organisateurs s’étaient amusés à (ou avaient choisi sérieusement de, comment savoir) lui faire faire étape dans les différents lieux où était vénéré un de ceux qui avaient suscité les Hommes. Car, avant d’être des humains, c’étaient des animaux comme les autres. Donc un grand héros avait enseigné l’art des arcs et des flèches, ou la pêche au filet, ou la cuisine (donc l’art des pots et le feu), ou la médecine (les plantes médicinales), et ceux qui avaient alors pratiqué étaient ainsi devenus des Hommes. Exactement le contraire d’Adam et Eve, et quelque chose qui ressemble à ce que croient et enseignent les paléontologues d’aujourd’hui.

    Je suppose que François Jullien connaît et a théorisé les mythes en question (hélas, mes capacités intellectuelles ne sont pas à la taille de ses pensées et j’ai renoncé à le lire). Jean François Billeter (Genevois qui alla étudier en Chine au temps de Mao, en ramena une épouse, et plus tard enseigna la langue aux Européens et commenta Zhuangzi) est plus à ma portée. Sa malveillance confraternelle (« Contre François Jullien », 2006, où il prétend que son idée de l’altérité fondamentale de l’esprit chinois par rapport à l’esprit chrétien-rationnel-grec-etc. est consciemment un artifice) m’a beaucoup réjoui.

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      1. Ce débat très gaulois (français ou francophone) a fini par me lasser, surtout dans l’opposition entre deux personnes… Cela dit, non, Billeter ne se trompe pas du tout ! tout dépend de quoi l’on parle…
        Jullien dit/écrit des choses très intéressantes et passionnantes en philosophe… et en sinologue aussi, mais là, il y a de fortes réserves à émettre.
        Malgré ma « petite connaissance » du sujet, comme l’a dit très justement dit Pierre Yves Dambrine (plus haut) : « Jullien il me semble, hypostasie la pensée confucéenne, ce qui fait une Chine du coup un peu hors sol, comme l’ont bien vu Billeter ou Lévi (jean). »
        Pas le temps de développer tout de suite… mais depuis qq tps je me suis replongé dans la lecture du Tchouang-tseu, lu naguère dans l’ancienne trad. (1969) parue chez Gallimard (coll. « Connaissance de l’Orient »), proprement… illisible ! car « collée » à une traduction littérale, proprement impossible, s’agissant de langues aussi éloignées que le français et le chinois… même sous prétexte de vouloir traduire unilatéralement des « concepts » (qui n’en sont pas vraiment, tel « Tao »), comme le préconise Jullien justement… A présent, je lis/déguste (par petits verres – presque une jouissance, en tout cas une redécouverte !) la trad. de Jean Levi (suivie d’échanges passionnants/passionnés entre lui et Billeter)
        En deux mots, ce que reproche Billeter (et Levi idem) à Jullien et à la plupart des autres sinologues français est de « mystifier » la Chine, d’en faire un « grand Autre » quasi incompréhensible pour les Occidentaux, et d’aborder la pensée chinoise avec des cadres conceptuels empruntés aux jésuites (qui ont fondé la sinologie européenne), en gros une théorisation arbitraire abstraite (Jullien serait « trop philosophe, et trop peu sinologue ») / ce que n’est pas le Tchouang-tseu (malgré certaines obscurités) – car c’est surtout autour de ce livre que le débat a fait / fait rage entre eux… En tout cas, dans la nlle traduction de Levi, tout est bcp + vivant, « réel », « incarné », et non abstrait…
        PS : quant à Mao ou l’actuel ploutocrate « petit mao », no comment…

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      2. PS : Selon moi, les ondes cérébrales du sommeil sont infiniment proches, les ondes cérébrales du travail sont presque immédiates = que vous soyez au 1er ou au 6e trait d’un hexagramme du yi-jing ; dans l’idée d’une montée en puissance de la conscience ! L’intérêt pour la cité reste que nous parvenions à tenir ensemble les traits 3 et 4, en sachant que s’il y a un vide, il faut qu’il soit (dissimulé) au milieu -je ne reviens pas sur la place du coeur chez Aristote : de là, on peut poursuivre sur le tiers-inclus ! (lobe préfrontal etc…)

    1. Je ne suis pas du tout sinologue mais il me semble toutefois qu’une personne comme Mme Michèle Loi (1926-2002 ), si mes souvenirs sont bons , a fait circuler pas mal de fausses idées sur la Chine .

  5. En tout cas ,sûrement que certains aimeraient …que plus de chinois est connaissance du «  aimez vous les uns les autres «  .

    « La majorité des quelque 12 millions de Ouïghours sont de confession musulmane, tandis que certains sont de confession chrétienne. “Il existe des preuves de leur présence dans la région depuis des centaines, voire des milliers d’années”, avance Marie Holzman, sinologue et présidente de l’association Solidarité Chine. »
    https://www.geo.fr/geopolitique/comprendre-la-repression-des-ouighours-par-le-regime-chinois-207211

    ( à mettre en parallèle avec la vidéo citée précédemment attestant de la présence de st thomas en Chine , et de ce qu’elle a pu inspirer )

    Le coup du « handicap » par rapport à la chine , fallait quand même oser , surtout quand on constate les cause de décès dans ce pays

    https://globometer.com/mortalite-deces-chine.php

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  6. Merci , merci merci.
    Merci de m’avoir permis grâce aux recherches que permet internet une merveilleuse sinologue .

    « En 2008, elle devient la porte-parole du Collectif Jeux Olympiques 2008. Elle appelle les sportifs et hautes personnalités étrangères à boycotter la cérémonie d’ouverture des jeux tant que les dirigeants chinois ne changeront pas de position sur la répression et l’emprisonnement d’opposants tibétains15.« 
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Holzman

  7. « Le dévoiement auquel a conduit un mauvais gouvernement ne donne pas à rencontrer la tentation du mal ni n’appelle non plus à se révolter. « 

    Je complète ce que j’ai écrit plus haut.
    Jullien fait cette observation parce qu’il sait que chez les lettrés chinois il y a une tendance à ne pas se révolter frontalement ; les lettrés mandarins lorsqu’ils n’étaient plus d’accord avec le souverain se retiraient de la vie publique et allaient se réfugier dans des endroits reculés, ou bien simplement dans leur province d’origine, d’où ils revenaient éventuellement ensuite lorsque le souverain avait changé ou bien était revenu à des meilleurs sentiments.
    C’est une tendance, mais pas la seule, il y a eu de véritables désobéissants, comme le premier grand historien de la Chine, Sima Qian, qui avait pris fait et cause pour un général chinois qui au lieu de se suicider par loyauté comme la coutume le voulait s’était rendu à l’ennemi barbare pour avoir la vie sauve. Sima QIan fut condamné à la castration, mais il ne se découragea pas, il écrivit la première grande histoire générale de ce qui ne s’appelait pas encore la Chine ; son oeuvre fut une telle réussite qu’elle servit de modèle pour toutes les histoires dynastiques, qui n’égalèrent cependant pas Sima QIan pour la qualité littéraire.

    Dans la tradition chinoise, la révolte ne prend pas les mêmes formes qu’en Occident, mais cela ne signifie pas pour autant qu’un sentiment de révolte, même très fort, n’existe pas, et qu’une appréciation élogieuse ne peut se porter sur des personnages historiques qui sont allés à contre courant.
    Pour preuve la tradition littéraire chinoise accorde une place de choix à Sima QIan déjà cité, et même une place singulière, qui ne le place ni dans la catégorie des ritualistes, ni dans celle des taoïstes. C’est une place singulière et pourtant c’est un modèle. Certes contesté par les confucéens très orthodoxes.
    Une expression devenue célèbre caractérise sa littérature : fafen shushu 發憤著書 que l’on peut traduire assez littéralement par « sortir sa colère et écrire » (par indignation, insatisfaction …) ; dans les exemples cités par le grand historien il s’agit d’ exprimer une colère, parce que devant certaines situations concernant la politique, un état de la société, il y a lieu de s’indigner, parce qu’elles sont injustes. Sima QIan n’est pas ritualiste, parce qu’il n’oppose aucun frein à sa colère, à son expression. IL n’est pas non plus taoïste, parce qu’il ne cherche pas à oublier son insatisfaction du monde tel qu’il est. Il est confucéen proposant sa propre école et rationaliste, il pense l’Histoire comme miroir à l’aune duquel les hommes du futur pourront apprécier leur monde contemporain et en tirer certaines leçons, et aussi la force de persévérer à l’unisson du Ciel et de la Terre dont il se propose de sonder les interactions.

    Le principal reproche que je ferais à Jullien c’est qu’il gomme la conflictualité qui existe bel est bien dans le monde chinois. Un des leitmotif de son oeuvre, avec la notion de régulation, c’est qu’il faut se laisser porter par les tendances fortes qui se dessinent et qu’il n’y aurait qu’à suivre pour réussir.
    Or dans l’histoire de la Chine, dans sa littérature, il y beaucoup d’exemples qui contredisent cela, où des lettrés, ou de simples paysans, en prenant les armes, se font un devoir, une nécessité d’aller à contre-courant de l’ordre établi, fût-il présenté par le pouvoir du moment comme étant le cours naturel des choses.
    L’approche de Jullien, c’est la Chine du point de vue du pouvoir, des puissants.

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    1. PS J’ai écrit que Sima Qian n’est pas taoïste, je voudrais préciser que ce n’est pas dans l’absolu.
      Dans l’univers chinois divers courants, tendances peuvent coexister chez un même homme, un même auteur. La taoïsme lui-même comporte plusieurs aspects, et mêmes plusieurs tendances, celle qu’a étudié Billeter est l’une d’entre elles, ou d’une moins une lecture de Zhuangzi. Selon la lecture de Zhuangzi par Billeter, Sima Qian pourrait être qualifié de taoïste en tant qu’il ne se emprisonne pas dans le ritualisme.

    2. là, je vous rejoins complètement.
      Innombrables, par exemple, sont les poètes chinois (à plusieurs époques) qui se sont révoltés contre le pouvoir, en s’exilant, en effet…
      « L’approche de Jullien, c’est la Chine du point de vue du pouvoir, des puissants. » = complètement

  8. Pourquoi l’histoire de Adam et Eve et du serpent n’a jamais été comprise en Chine ….

    Ben les Chinois aurait bouffer le serpent, et fin de l’histoire.

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  9. J’ajoute un petit commentaire mi-personnel…
    j’ai voyagé en Chine à 5 ou 6 reprises (dont une fois, il y a 20 ans, pendant trois mois, en zigzaguant de Pékin à Hong Kong), et sans parler chinois (même si j’avais appris qq rudiments avant mon 1er voyage), j’ai toujours pensé que sans parler une langue, dans un pays étranger, on peut par ses yeux, sa sensibilité, son coeur, son esprit, son corps, sentir et comprendre pas mal de choses… Bref, la Chine et les Chinois m’ont toujours paru extrêmement « autres » (par rapport à un blanc caucasien, que je suis… ce qui pourrait, a priori, rejoindre « la thèse » de F. Jullien)… néanmoins, ni plus ni moins que l’Inde ou tant d’autres pays/cultures… par exemple (comme je « l’imagine ») les îles Tonga ou tel ou tel peuple d’Amazonie… Ce qui me gêne, entre autres (sans parler des questions de traduction, où là, F. Jullien me semble avoir vraiment tort), est cette sorte de dualisme (assez factice, voire facile) qu’il a établi depuis des années entre la Chine et l’Occident… comme une sorte de biface / Janus de la « pensée »… Ceci me semble au final une construction très conceptuelle.
    Certes, sans aucun jugement, hors de toute axiologie, la Chine a engendré, développé une tout autre « pensée » (dans son immense et millénaire production effective, écrits, etc.) que les îles Tonga ou telle tribu amazonienne… Néanmoins, in fine, je ne peux que rejoindre Segalen, sinologue et ethnologue (et poète) dans sa vision de « l’exotisme » : il n’y a au fond que du divers… diversité du / des mondes et des hommes, des rapports au monde, à la nature et aux autres (« Par-delà nature et culture », pour citer Descola)…

    PS : par rapport à ça :
    Billeter vs Jullien 2, par DH & DD | Blog de Paul Jorion

    il n’y a pas que les « intellectuels » chinois « modernes » à ferrailler, ou avoir ferraillé, contre le pouvoir (chinois)…
    mais celui-ci a toujours fait en sorte de répandre la poudre aux yeux (qui, grosso modo, équivaut à celle de « l’ordre » – et la Chine actuelle en est une illustration exemplaire ! avec tous les sacrifices de l’homme concret à un « homme (chinois) abstrait », pour paraphraser Grossman) ; feuilletant au hasard, les essais de S. Leys sur la Chine, je tombe sur cette phrase, en réf. à G. Orwell : « le totalitarisme est l’apothéose du subjectivisme ». Poudre aux yeux érigée en absolu. La « population éduquée et disciplinée » de la Chine… disciplinée, certes, depuis toujours (à coups de bâton)… « éduquée », c’est très relatif… et cela dépend des époques… En tout cas, la propagande maoïste a fait en sorte de « déséduquer » les Chinois ! Comme l’analyse très bien S. Leys, des générations perdues, sacrifiées… (Cela dit, je me souviens de rencontres avec des étudiants qui me récitaient par coeur des poèmes de Li Bai – VIIIeme siècle ! cela dit, certainement pas un « effet » du maoïsme).
    Au-delà, aux racines mêmes de cette civilisation (dont Billeter n’a jamais dit qu’elle n’était pas « autre », et encore moins à négliger, mais qu’il refuse d’ériger, « à la Jullien », en dualismes conceptuels vs l’Occident), il est clair que « l’oubli créateur » est un ressort essentiel de la « pensée chinoise », qui fait que l’impermanence, le changement y sont perçus, conçus, pensés, vévus comme plus « naturels » qu’en Occident… Cela suffit-il à en faire « l’Autre » de l’Occident (= notion tout aussi fantasmatique que l’Orient) ??

    In fine, quant à la Chine (vue du pouvoir) depuis Mao, cela me rappelle toujours cette anecdote (citée par S. Leys, dans « Ombres chinoises » – « l’après-maoïsme »), évoquant une plaisanterie de la mère de Brejnev visitant les palais d’hiver et les villas d’été de son fils, s’exclamant : « Tout cela est bien joli, mais que faire si les Rouges devaient revenir ? »

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    1. Plus dur que le retour des Rouges. Entendu dans la bouche d’une universitaire détachée à Paris : _ La bombe atomique, en quoi est-elle utile au peuple chinois ? _ Au peuple chinois, je ne sais pas, mais indispensable au Parti, si jamais le peuple voulait faire la révolution.

      Depuis, j’ai lu des variantes. Le grand problème du Parti, c’est l’absence de confiance du peuple, et les 90 millions de membres n’y change rien. C’est rassurant. Difficile de faire la guerre dans ces conditions.

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  10. Oui, bien sûr la Chine est pragmatique sa devise pourrait être « j’indique la voie ».
    Cependant, je crois qu’il y a très peu de point commun entre les enseignements initiaux et ceux que l’église met en avant. Quoi de plus clair que  » on récolte ce que l’on sème » sur les conséquences de nos actes ?
    Quand au mot Dieux il dépend vraiment du sens qu’on lui entend (certains disent qu’il est amour entre autre mais on peut se référer à Spinoza), ou alors en Inde : « Purnam adah purnam idam purnat purnam udachyate ; purnasya pur-namadaya purnameva avshishyate (Cela est l’infini. Ceci est infini. Enlevez l’infini de l’infini, l’infini demeure). citation de Swami Nirlipananda.

    Sinon, si je reprends les traductions d’Annick de Souzenelle, les mots Adam et Eve sont le féminin et le masculin présent en tout être comme principes ou polarités.
    Quand à l’histoire du paradis et de l’enfer c’est un moyen commode de dominer par la peur. Si je prends l’histoire qu’on raconte la résurrection me paraît plus importante que le reste et pourtant passée à la trappe.
    Je précise que je n’ai jamais entendu parler de tout cela avant un âge assez avancé pour me renseigner par moi-même ayant été élevé par des communistes !

  11. Ils n’ont pas la vérité, mais laissent au temps la décision de pérenniser les solutions harmonieuses du double binôme peuple/gouvernement et Terre/Ciel.
    Je n’ai pas l’impression, comme c’est le cas en Occident chrétien, de voir se répéter les mêmes erreurs de gouvernance encore et encore. Il me semble que le mode de fonctionnement du binôme chinois à bonne mémoire et devant l’échec, il se lance dans une nouvelle combinaison inédite.

    1. Ce n’est pas faux (voir ce que je disais de la philosophie de l’histoire de Sima QIan plus haut) mais ce n’est pas non plus la panacée, car cette ‘mémoire de gouvernance’ spécifiquement chinoise outre le fait qu’elle a ses moments d’ absence aux conséquences catastrophiques (elle n’a pas empêchée le Grand bond en avant ou la Révolution culturelle, ni l’ethnocide culturel en cours du peuple Ouïgour … ) demeure en l’état auto-centrée : la résilience de la civilisation chinoise s’applique, par définition, à un espace réduit si l’on considère l’échelle planétaire, celui circonscrit au territoire de la Chine, grâce un culture unificatrice et homogénéisante.
      Le gouvernement chinois actuel ne propose pas un modèle alternatif universel viable qui permettrait à l’humanité d’éviter l’extinction ou à tout le moins l’effondrement des sociétés complexes. On peut difficilement envisager que la variable locale chinoise parmi des modes de gouvernement ayant existé dans l’histoire de l’humanité puisse devenir la norme partout dans le monde, que ce soit sous l’égide d’un impérium chinois ou bien sous le mode diffusionniste.
      Certes il y a les avancées et les applications systématiques de l’intelligence artificielle en Chine, mais c’est un pari ; émuler l’être humain personne ne peut prédire ce que cela produire, il y a autant de raisons de penser que cela produit des solutions viables que de penser que cela accélère la fuite en avant actuelle dans des directions mortifères. Au Xinjiang on voit bien à quoi peut servir l’IA. https://www.lepoint.fr/monde/une-ia-testee-sur-des-ouigours-pour-detecter-leurs-emotions-27-05-2021-2428332_24.php
      L’exemple de la lutte contre le covid a montré que la stratégie O covid ne fonctionne que localement, et non pas à une échelle planétaire, pour cela il aurait fallu que tous les pays, partout et en même temps l’appliquent. La réflexion devrait donc se porter prioritairement sur les causes de la pandémie plutôt que sur les moyens de la stopper, même si bien sûr il est important de la stopper pour éviter de perdre des vies humaines. Or la Chine de Xi refuse de coopérer de manière approfondie avec les scientifiques du monde entier, pour une raison qui justement tient à son mode de gouvernance.

    1. Un roman magnifiquement traduit en français pas Jacques Dars à la Pléiade (existe désormais en poche) . C’est le pouvoir vu du peuple, mais in fine la rébellion sera récupérée par la morale confucéenne dans la dernière version du roman.

      Feu François Houang https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Houang, enseignant la philosophie chinoise aux Langues’O nous disait que la traduction du Shui Huzhuan « Au bord de l’eau » était encore meilleure que l’original en chinois, et surpasse les Trois mousquetaires !

      Une histoire de 108 bigrands en embuscade au fil de l’eau dans les marais du Shandong, pourfendeurs de la corruption, redresseurs de torts, qui servira même dit-on de manuel de rébellion dans la vraie histoire chinoise, avec même quelques scènes d’anthropophagie ; une famille d’aubergiste sympathisante des brigands fabrique des raviolis chinois avec la chair humaine de ceux qui tombent dans ses filets (ces épisodes d’anthropophagie sont censurés dans les éditions chinoises courantes en Chine. ) narrées sur un ton allègre … peu recommandables tout de même. 😉

  12. Une analyse un peu en biais :
    Un des aspects de la question « Chine vs Occident » est l’adaptation aux normes collectives.
    La version française est qu’en cas de sentiment négatif, on se replie sur l’individualisme, genre :
    « Machin m’a demandé de l’aider à faire tel job, mais quand j’ai vu qu’il fallait bosser avec des gens qui
    salopait le boulot ou n’en foutais pas une, j’ai pas voulu continuer »
    En Allemagne par exemple, on est déjà plus enclin à se plier à une norme de job (modulo + de paternalisme
    et « la ferme qui hérite du fils »). D’où l’acceptation complète du contrôle d’identité + le pass dans les magasins lambda (2ème main par exemple)
    pas imaginable en France.

    En plaquant la question des modes de gouvernance chinois sur cette vision très partielle, il me semble qu’effectivement, on aura en Chine davantage d’accord collectif sur l’acceptation des normes de comportement dans le travail et l’espace public, et par rebond dans la vie privée et par exemple dans le consumérisme et l’urbanisme.(qui est bien obligé de faire des cages à lapin de 18 tours de 18 étages à 18 appartements par étage à la chaine).

    Ce qu’on ne voit sans doute pas aussi bien est la dose de « groupthink », de pensée de groupe auto-conformatrice/confirmatrice que cela implique. En France, on le voit assez rapidement, en 5 ans disons, un esprit moutonnier se manifeste par exemple dans la majorité gouvernementale, qui conduit à ne pas critiquer des options lourdes prises au départ. Il est vrai que le résultat est souvent superficiel, faut d’analyse en profondeur des options lourdes, on va passer à des variantes par des coups de com.
    Dans la logique chinoise, ces réorientations existent aussi et sont peut-être moins superficielles, une certaine fluidité est prêtée au fondement confucianiste et autres qui a été évoqué plus haut par plus connaisseur que moi (et je distords le message un peu par ces mots, soit); Mais la « pensée de groupe » a pour propriété de conduire à des aveuglements longs, comme ceux qui menèrent à la crise de 2008.
    De fait, il y a des périodes où quelques « vecteurs bien orientés » masquent facilement le rôle néfaste de ces blocages. Nos Trente Glorieuses occidentalo-européennes en sont peut-être un exemple. Je soupçonne que l’échelle de temps pourrrait être comparable en Chine, mutatis mutandis, avec  » leurs 30 glorieuses » commençant vers 2000, et donc assez de « vecteurs bien orientés » (grâce à l’énergie, le charbon etc. et aux exports) pour aller jusqu’en 2030.
    Peut-être « Belt& Roads » est une tentative déjà d’aller au-delà, mais elle me semble d’ordre « logistique » et ne répondra peut-être pas aux contradictions de 2030, qui seront analogues à celles que vit le Keynes de 1935 en Occident, ou à notre plongée dans une « crise sans fin » depuis … 49 ans en Europe (1973, je veux bien décaler à 1978, genre 2ème choc pétrolier, m’enfin…).

    Bref, le Weber de ce nouveau capitalisme à teinture confucéenne est demandé à l’accueil. (:;) Il a le droit aux livres de J. , de B. ou d’autres !

  13. !!! A LIRE IMPERATIVEMENT !!!

    Ah lala !! Mon cher Paul,
    Anthropologue émérite de son état,

    Que dire d’Odile, et de ses vaches ?!

    Pour toutes celles et ceux qui se demandaient ce que pouvait bien signifier l’expression d’« écologie républicaine » :
    https://www.lejdd.fr/Politique/tribune-corinne-lepage-nous-avons-besoin-dune-ecologie-republicaine-4063973

    Petit cours de droit administratif POUR LES NULS :
    https://www.lagazettedescommunes.com/784919/odile-et-les-vaches-devront-finalement-vivre-ensemble/
    https://www.lagazettedescommunes.com/telechargements/2022/01/ta-adainville-vaches-01-21.pdf

    Nul doute donc que les vaches savent très bien « compter sur [leurs] propre forces et lutter avec endurance » !!
    Tout ça, sans en passer forcément par un corollaire par l’absurde, du type : les vaches ont bien lu Mao Zedong !!

    Ah !! La vache !!
    Et Odile dans tout ça ?! Lirait-elle tous les livres en diagonale ?! Les manuscrits, ça c’est certain, mais les livres ?!
    N’était-ce pas pourtant John Maynard Keynes lui-même qui prit le premier la défense d’une vache, à savoir la vache à lait allemande, dès 1919, dans son livre intitulé, Les conséquences économiques de la paix ?!

    Et le Cap écologie dans tout ça ?! Allez, allez !! Pour les Colibris : Hip Hip Hip !!

    Le Diable se cachera toujours dans les détails finalement. Voilà pourquoi la pire chose à faire est de continuer à creuser.
    Avec un sens aigu de l’observation, avec beaucoup de patience et aussi du temps, tout finit inéluctablement par arriver…

    Bonne lecture,

    Philippe

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  14. « Bosse! » :))
    « Se retrousser les manches » est un mantra de Paul Jorion.

    Il faudrait nous expliquer comment toute cette sagesse chinoise produit aujourd’hui un régime à ce point intrusif et mensonger, arc-bouté sur le nationalisme forcené de la « civilisation de cinq mille ans », où un milliard quatre cent millions de citoyens de ce « peuple » qui « prend les choses en mains » se couche devant le Parti, lui-même consacré au pouvoir d’Un seul qui fait honte aux espérances humaines.

    « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », disait Étienne de la Boétie. Ce peuple couché est la source du relèvement prodigieux de la productivité matérielle et même scientifique, certes. Mais qui en-dehors de la Chine voudrait vivre sous la tutelle du crédit social?

    La Chine de Xi a inventé la dette existentielle. Il suffit de naître pour être débiteur.

      1. Comment un pays de 1,4 milliards d’habitants avec un environnement aussi massacré et l’obligation de piller la planète pour trouver des ressources pourrait s’en sortir? D’une façon ou d’une autre ça finira mal pour eux. Combien de chinois parmi les millions de réfugiés climatiques qui se presseront à nos frontières dans les prochaines décennies?

    1. Cloclo,
      Cela n’a pas de valeur légale, seulement symbolique, les négationnistes pourront donc continuer de nier l’existence de ce génocide en cours.
      Notons l’embarras des communistes et des insoumis qui se sont abstenus.
      Je m’en souviendrai lorsque je me rendrai (ou pas) dans mon bureau de vote.

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      1. Pierre-Yves Dambrine 20 janvier 2022 à 14 h 05 min

        « Je m’en souviendrai lorsque je me rendrai (ou pas) dans mon bureau de vote ».

        C’est très clair !

        Si j’ai bonne mémoire, vous avez été un soutien pour la fin des dictatures Saddam, Kadhafi, Bachar, mais que pense la majorité (donc dictature de la majorité) des gens de ces pays là libérés de la dictature (Syrie exclue) entre leur vie d’avant et celle d’aujourd’hui ?

        1. Rosebud,
          J’étais pour la fin des dictatures Saddam, etc, comme je serais pour la fin de n’importe quelle dictature. Après, sur les moyens employés pour y mettre fin, je n’ai jamais été en faveur de la guerre menée par les US contre le régime de Saddam. Vous faites donc fausse route.
          Je ne suis pas pour entrer en guerre contre la Chine-PCC non plus, seulement pour envoyer des signaux forts et exercer quelques pressions, car ne rien dire, ne rien faire, vaut approbation. .
          Quoiqu’on en dise, les régimes dictatoriaux n’aiment jamais pas avoir mauvaise presse, sinon comment expliquer leur propagande ? .
          Une partie de la population chinoise, et même certains au sein du PCC, n’approuvent pas la politique de Xi à l’encontre des Ouïgours. Sinon comment expliquer les China-leaks qui émanent de l’administration chinoise ? Dans ces papiers on peut lire noir sur blanc les directives du présidents chinois concernant le sort qu’il faut réserver à la population Ouïgoure.

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          1. Les seuls qui osent encore afficher Saddam au moyen-orient ce sont les militants nationalistes suprémacistes arabes. Mes amis kurdes en savent quelque chose. A part cette racaille (et leurs soutiens souverainistes français) personne ne regrette cette ordure génocidaire.

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          2. PS.
            Bien entendu j’accepte et même j’encourage la réciproque : que la Chine-PCC critiquent les politiques de nos gouvernements quand ils faillissent à leurs propres principes démocratiques, ou humanistes, ce que font d’ailleurs de temps à autre ceux qui sont en charge de la diplomatie chinoise.
            Mais le fait est que la plupart du temps ces diplomates s’abstiennent d’utiliser ce genre d’argument préférant opposer des valeurs occidentales aux valeurs chinoises fidèles à l’antienne de Xi Jinping, cela en dépit du fait que l’universalisme n’est pas étranger à la culture chinoise contemporaine.

            Bref, je suis à 100% pour une émulation généralisée en faveur des principes humanistes et démocratiques à l’échelle de la planète. On souffrira toujours plus de n’avoir pas assez de critiques pertinentes, d’où qu’elles viennent, que d’en avoir trop.

            C’est l’erreur que commettent les Insoumis Mélenchonistes et autres communistes français (enfin pas tous, mais ceux qui dirigent actuellement ces partis) que d’attendre quelque chose de tel ou tel régime dictatorial (Russie, Chine …) qui selon leur optique favoriserait leur cause au motif que tel ou tel régime serait à même de s’opposer à la force qui devrait être considéré comme étant l’ennemi absolu et ainsi de s’abstenir de critiquer ces régimes pour ce qu’ils sont. Cela montre en creux le peu de foi qu’ils ont pour le régime démocratique et pour la force des idées.

    2. Cloclo,

      « …D’après la Convention des Nations Unies adopté en 1948, les critères constitutifs de génocide sont les suivants : meurtre de membres d’un groupe ; atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres d’un groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe… »

      A l’aune de cette définition je pense qu’on peut effectivement évoquer un génocide.

      La Shoah n’a été reconnue comme génocide qu’après la seconde guerre mondiale. Pendant qu’avait lieu la destruction des Juifs d’Europe des personnes isolées, dont un juif polonais juif si je me souviens bien, aucun journal dans le monde n’a évoqué stricto sensu un génocide qui était pourtant en cours de réalisation. Des rapports sont bien parvenus dans les mains des administrations de Churchill, et Roosevelt, mais ce n’était pas la priorité des ces gouvernements d’alors.
      Aujourd’hui tout le monde ne peut ignorer qu’il y a de nombreux indices factuels concordants qui incriminent le gvt de Xi Jinping pour sa politique visant les Ouïgours. Il existe une directive officielle émanant du président lui-même exhortant à n’avoir aucune pitié. . Des témoignages de Ouïgours, des photos satellites, des captures d’écrans sur les réseaux sociaux chinois qui montrent des des dizaines de milliers de policiers ont été expédiés au Xinjiang pour surveiller, réprimer et persécuter les Ouïgours.

      Il n’y a certes pas de document officiel appelant au meurtre de masse, mais à terme le résultat
      risque d’être le même ; à petits feux c’est un peuple qu’on détruit, culturellement et/ou en faisant en sorte que sa population diminue drastiquement.

      D’abord il y a à l’oeuvre une logique concentrationnaire qui se traduit à grand renfort d’intelligence artificielle par la surveillance, l’intimidation des lOuïgours.
      Cette logique s’est traduite notamment dès 2014 par le transfert de nombreux Ouïgours d’une province chinoise vers leur province d’origine, le Xinjiang.

      https://www.liberation.fr/planete/2014/03/14/pekin-entreprend-le-rapatriement-force-des-ouighours_987056/
      Le Xinjiang est devenu comme un immense camp où sont retenus prisonniers tous les Ouïgours, avec ses checks points, et avec tous les camps proprement dits où l’on humilie, viole, torture, et stérilise. Or l’humiliation c’est une phase obligée de tout génocide.
      Il ne s’agit pas certes pas d’un génocide planifié à la manière de celui des Juifs ou des arméniens, c’est plus ‘subtil’, car étalé dans le temps, et sous couvert de lutte contre le terrorisme.

      En tout cas c’est bien toute la population Ouïgoure qui est visée, à telle enseigne que les Ouïgours résident à l’étranger sont eux aussi traqués, surveillés, intimidés par l’œil de Pékin, et parfois même ils sont obligés de retourner au Xinjiang où ils subiront le même sort que leurs congénères.

      A leur domicile même les Ouïgours doivent subir une fois par mois la présence d’un « cousin chinois » qui les surveille, les interroge, et empiète sur leur intimité si bien que les ces familles Ouïgoures sont en quelque sorte en prison chez elles.

      L’article de Pierre-Antoine Donnet sur Asialyst :

      https://asialyst.com/fr/2022/01/20/ouighours-assemblee-nationale-france-condamne-genocide-xinjiang/

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    3. Cher Cloclo,
      Un dernier élément à verser au dossier qui te convaincra, peut-être, qu’il s’agit bien d’un génocide, certes lent, mais bien réel.
      En tous cas on pourra pas dire qu’on nous avait pas prévenus.

      En ce qui concerne les Insoumis, j’ai regardé l’intervention de Clémentine Autain à l’Assemblée nationale. Je l’ai trouvé réellement concernée et même préoccupée, indignée, par le sort réservée aux Ouïgours en Chine, mais bigre pourquoi joue-t-elle sur les mots, en préférant, au nom de la rigueur intellectuelle (sic), évoquer des crimes contre l’humanité plutôt qu’un génocide ? … J’espère que c’est de la naïveté plutôt que la funeste discipline de Parti.

      https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/persecution-des-ouighours/video-ouighours-campagne-de-sterilisation-massive-des-femmes-et-entraves-aux-naissances-la-preuve-d-un-genocide-demographique-selon-un-chercheur_4781783.html?fbclid=IwAR2kQON72itVYAtuGhwtuSL6hnSq1gBeMR_9J9497Y-80IKl2MbasimF9lA

      1. Xi Grand Coquin est donc un dictateur génocideur par dessus le marché.

        Remarque le gars a eu une enfance un peu spéciale, entre privilèges et déchéances, obligé de dénoncer son père à 9 ans aux gardes rouges de Mao, il passe par un camp de rééducation. Sa soeur ce suicide durant cette période. Il passe des années dans un camp de travail. Puis une fois son père réhabilité, il finit par intégrer le PCC apr!ès 9 refus, il se marie avec la fille de l’ambassadeur de chine en GB, puis divorce, puis épouse une chanteuse populaire. Sa fille étudie à Harvard aux USA. Il est multi millionnaire. Toute sa carrière il la doit à son statut de fils à pôpa. Il est devenu le nouveau phare qui éclaire l’Univers prêt pour diriger l’Empire toute sa vie et créer une nouvelle dynastie (sous réserve des coups de poignards et des manigances de palais qui doivent battre leur plein à la cours).

        Ben si c’est pas un bon gros taré dangereux, je ne m’y connais pas en taréssitude. Alors tu sais, ça ne m’étonne pas vraiment qu’il massacre des gens dans une région en mode génocide.

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