Sujet de thèse pour anthropologue : archives + info, le tout clé en main

En 1977, la fondation Wiener-Anspach satisfaite du travail que j’ai accompli à l’Université de Cambridge en 1975 et 1976, m’accorde à nouveau une bourse. Cette fois je rédigerai sous la direction de Sir Edmund Leach (1910-1989), une thèse sur l’émergence de l’anthropologie sociale, une invention britannique, dans les années 1830 à 1950.

Deux éléments interviendront pour mettre fin à l’aventure : l’université met la pression pour que je me consacre plutôt à mon enseignement lorsque je suis nommé maître de conférence en 1979 et Leach – enthousiaste jusque-là – m’annonce un beau matin : « On laisse tomber : ce qu’on a rassemblé ferait trop de peine à trop de gens », traduisez : « On (lui directeur, moi thésard) ne pourrait pas honnêtement passer sous silence les coucheries de Bronislaw Malinowski, son mentor, dont certaines des bénéficiaires/victimes/complices font partie des personnes que nous côtoyons tous les jours ».

J’ai déterré tout à l’heure toutes mes notes, ma documentation : des dizaines de photocopies d’articles, ou de la correspondance de Malinowski, de Radcliffe-Brown, la thèse de Barnard sur Ambrym dans les années 20 que je ferai publier dans les années 80, la correspondance émue que j’entretiens alors avec sa fille, ma correspondance avec Ian Langham qui sera acculé au suicide parce que son travail d’historien honnête de l’anthropologie britannique contreviendra à la version officielle, etc.

Tout cela, il serait dommage que cela se disperse après le travail considérable de rassemblement que cela avait nécessité.

Si vous êtes jeune anthropologue et que cela vous intéresse, signalez-le moi, je pourrais – tant qu’il en est temps – vous expliquer encore tout ce que cela signifiait, et pourquoi ce savoir accumulé sur le genre humain dans sa remarquable variété culturelle est important.

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10 réflexions sur « Sujet de thèse pour anthropologue : archives + info, le tout clé en main »

  1. Il est à espérer que quelqu’un prendra la suite pour mener à bien cette tâche dans l’intérêt de l’anthropologie sociale.
    Une chose me bluffe, comment avez-vous pu gérer la conservation de tant de livres et documents malgré les aléas de vos pérégrinations intercontinentales ? 🙂

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  2. « Une chose me bluffe, comment avez-vous pu gérer la conservation de tant de livres et documents malgré les aléas de vos pérégrinations intercontinentales ? »

    Cette question est purement technique et apparaît régulièrement dans les fils de commentaires . Intéresse t’elle vraiment ?

  3. Initiative digne de louanges.
    Ce que je vois autour de moi chez mes ainés, ce sont plutôt des gens qui préfèrent crever sur leur matelas de documentation plutôt que d’en faire bénéficier la génération suivante.
    Un cas plus triste, un collègue atteint du syndrome de Diogène. Ce ne sont pas que les archives de toute une carrière qu’il avait conservé (une montagne!) mais tous ses déchets pendant une décennie. Quand nous sommes venus aider la famille à vider la maison après son décès, il n’y avait plus grand chose de récupérable.
    https://www.syndrome-diogene.fr

    1. oui le cas que vous exposez est très problématique . une tante de mon épouse avait accompli un travail de recherches ethnologiques , fruit de travaux de toute d’une existence de 93 ans. Et pffftttt . atteinte du syndrome de Diogène tous ces écrits se sont retrouvés inexploitables en raison d’un Alzheimer . documents attaqués par l’humidité, sorte de charançon . tout à la déchèterie §!
      Au delà du coté personnel c’est bien là un problème qui ne semble pas intéresser le ministère de la culture. Que fait-on de cette transmission des savoirs portée par des anonymes qui à bien des égards mériteraient d’êtres sauvegardés , peut être par les archives départementales ?

      1. @Khanard
        Oui on peut déposer des documents familiaux aux archives départementales.
        Mais pas sur la pas de la porte 😉
        Il faut prendre rendez-vous avec le conservateur et justifier de l’intérêt historique, scientifique ou patrimonial du lot.

  4. Michel Serres raconte qu’ en compulsant les archives de l’ académie française il tombe sur l’écrit d’ un lointain  » immortel  » : « Les bretons sont tellement sots qu’ils croient que le soleil et la lune font les marées « 

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    1. Michel Serres, et il n’est pas le premier, a été mystifié par Alphonse Allais. C’est une citation d’une fausse chronique de Francisque Sarcey  » notre oncle à tous ». L’intéressé, à qui des lecteurs de ses chroniques avaient écrit, avait démenti officiellement et avec le sourire être l’auteur de ce genre de papiers. Il disait aussi que son neveu avait bien du talent.

      1. Précision. C’est dans « De quelques réformes cosmiques » du recueil « Pour cause de fin de bail » 1899. Lisible sur fr.wikisource.

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