COMMENT FURENT AUTORISES LES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX (I) INTRODUCTION

La « financiarisation » de l’économie observée au cours du dernier demi-siècle est la conséquence d’une concentration excessive de la richesse. On constate à un bout de l’échelle sociale un manque de ressources et à l’autre, des ressources en excès cherchant à se placer qui, n’arrivant pas à le faire dans le secteur de la production en raison d’une menace constante de surproduction, se consacrent du coup à des paris sur les fluctuations de prix. Il faut interdire de tels paris qui non seulement ponctionnent des sommes astronomiques sur l’activité de l’« économie réelle » (ponctions qu’alimentent les consommateurs quand le prix spéculatif est à la hausse, et les producteurs quand il est à la baisse) mais fragilisent aussi son fonctionnement en créant de longues chaînes de créances dont le défaut d’un maillon quelconque signifie la défaillance tout au long. La finance dite « d’investissement » aura alors été ramenée à sa taille naturelle, sa taille humaine, soit une fraction de ce qu’elle est aujourd’hui, libérant des ressources nécessaires à une multitude d’objectifs positifs comme le bien-être des ménages dont les revenus sont constitués de salaires ou la remise en état de l’environnement.

De la même manière que le retour à un ordre monétaire mondial, prélude à une pacification des relations économiques entre nations, nous force à revenir à la bifurcation qui existait à Bretton Woods en 1944, quand le monde eut à choisir entre la proposition de Harry Dexter White présentée au nom des États-Unis et celle de John Maynard Keynes représentant la Grande-Bretagne, et à nous engager résolument dans la voie qui ne fut pas empruntée à l’époque, de même, la question de l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix nous oblige de revenir à une bifurcation, celle, beaucoup plus ancienne, qui eut lieu dans la plupart des pays, et en 1885 pour ce qui touche à la France, quand l’article 1965 du Code Civil exempta de l’« exception de jeu » les paris sur les fluctuations de prix, c’est-à-dire admit comme recevables les plaintes relatives au non- paiement des enjeux de ces paris.

Dans ce cas-ci aussi, il nous faut revenir à la bifurcation et emprunter la voie qui fut ignorée en son temps. Pour comprendre pourquoi la voie qui fut alors négligée doit être empruntée aujourd’hui, il ne suffit pas de vanter les mérites de la meilleure approche, il nous faut comprendre aussi pourquoi un mauvais choix fut fait autrefois. La raison de ce choix malheureux, c’est l’incapacité pour les acteurs de l’époque de distinguer la rationalité d’un point de vue économique des marchés à terme, du caractère nocif de diverses pratiques, venues d’horizons historiques différents, qui leur semblaient être inextricablement liées au bon fonctionnement de ces marchés : paris purs et simples, ventes à découvert et débouclage de contrats par « paiements de différences » (ce qu’on appelle aujourd’hui « compensation »). Cette incapacité n’était pas liée à un état particulier du développement de la théorie économique mais à une réflexion insuffisante quant à, d’une part, l’importance de la ponction qu’opère la spéculation sur la richesse créée, et d’autre part, la nature du risque associé à ces pratiques dans une perspective de risque systémique pour l’économie toute entière. L’image s’est simplifiée, par décantation pourrait-on dire, et nous n’avons plus aucune difficulté à distinguer les pratiques qui accroissent le risque global de celles qui le réduisent en en opérant le partage contractuellement, à savoir ce que nous appelons la fonction assurantielle des instruments financiers.

Le choix qui fut fait en France en 1885 était frappé du sceau du bon sens, mieux encore, il paraissait, comme nous le verrons, réparer une injustice : que quand les opérations financières tournaient mal, les pauvres tombaient sous le coup de la loi alors que les riches étaient épargnés. Une fois encore, et c’est là une constante de l’histoire humaine, l’enfer était pavé de bonnes intentions.

On pourrait faire remonter l’histoire (1) – ou plutôt la préhistoire – de notre affaire aussi loin dans le passé que l’on le souhaiterait, par exemple à la première formulation en droit français de l’exception de jeu : une ordonnance en 1629 qui « déclare toute dette de jeu nulle, et toutes obligations et promesses faites pour le jeu, quelque déguisées qu’elles soient, nulles et de nul effet et déchargées de toutes obligations civiles et naturelles » (Maréchal, Constantin, Les marchés à terme. Conditions. Validité. Exception de jeu, Paris : A. Chevalier-Maresq, 1901 : 19). Au début du siècle suivant, l’attention de ceux que nous appellerions aujourd’hui les régulateurs des marchés se porte sur une pratique particulière : la vente à découvert.

(… à suivre)

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(1) Merci à Cédric Mas de m’avoir guidé dans la littérature sur le sujet.

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61 réflexions au sujet de « COMMENT FURENT AUTORISES LES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX (I) INTRODUCTION »

  1. Il me semble que dans notre époque historique il existe toujours un présupposé qui n’est jamais énoncé.
    Ce présupposé est que la Technique en tant que concept et en tant que l’ensemble des techniques existantes et/ou à venir, peut et doit résoudre l’ensemble des problèmes qui se posent à l’humanité.
    Ce postulat est la base de la société moderne disons depuis le développement industriel du XIXe siècle.
    La Technique intervient donc dans des domaines aussi variés que l’alimentation, la communication ou l’énergie.
    On sait bien qu’en ce qui concerne le nucléaire un pari a été fait quoique rarement avoué.
    Ce pari consiste à croire et à affirmer que le problème de l’élimination des déchets sera, un jour (mais quand et comment ?), résolu par l’évolution des techniques.
    Ce qui veut dire que « demain on rasera gratis ».
    Dans le domaine de la finance, comme dans tous les autres, il existe cette foi aveugle et dissimulée que le progrès et la mise en place de techniques différentes mais plus efficaces pour soigner le malade pourront résoudre tous les problèmes sans remettre en cause les fondements de l’organisation présente.
    C’est un mauvais rêve.

  2. « la première formulation en droit français de l’exception de jeu : une ordonnance en 1629 qui « déclare toute dette de jeu nulle, et toutes obligations et promesses faites pour le jeu, quelque déguisées qu’elles soient, nulles et de nul effet et déchargées de toutes obligations civiles et naturelles » » : comme quoi on était moins bête en 1629 que des siècles plus tard.

    Seulement voilà, quand le petit épargnant place ses économies sur des « titres » que sa banque lui recommande et lui présente comme « sérieux », ne relevant pas d’un « jeu », quelles garanties a-t-il que ce soit effectivement le cas ? J’ai bien peur qu’ils n’en aient aucune. Aussi, en cas de pépin, il n’a que la justice pour obtenir réparation. Et si cette justice lui dit que ses titres relevaient du jeu, il en sera pour ses frais. Pour compléter le dispositif, il faut donc prévoir un nouveau délit, celui de faire accroire qu’un contrat ne relève pas de l’exception de jeu.

    1. La loi ne punit elle pas de l’escroquerie, la fraude? Après il faut prouver celle-ci…
      Le risque étant de tomber dans une trop grande technicité financière et juridique.
      Cet aspect rend indispensable l’établissement d’une constitution pour l’économie.

  3. Désolé pour être casse pied, Paul Jorion.

    Mais vous tounez en rond dans une bullo-intello-bureaucratique.

    Intéressant historiquement et certe, pas complètement inutile!!!! ,Mais ce n’est pas une exercise qui va nous aider de sortir de la crise. Malheureusment ça va nous plutôt enfermez dans la crise intello-financo-économique. A lire avec un très grand clin d’oeil qui ouvres les portes à l’intérieur.

    Je dit ça parce que votre analyse se trouve trop dans la bulle technocrate avec trop peut de lien avec le vie quotidien. Franchement mon analyse a la même problématique/challenge. 😉

    On se trouve dans la même bateau, venu d’un autre angle de la vie.

    1. Vraiment pas d’accord avec vous, Peter, car, cette exception de jeu étant fondamentale, en connaître l’histoire est fondamental aussi. Face à ce capitalisme qui n’arrête pas de bouleverser nos vies, qui nie toute histoire humaine, qui fait tomber dans l’oubli les causes, les fins et les valeurs des pratiques populaires, il est vital, crucial et fondamental de rappeler l’histoire. En ce qui concerne les dettes contractées, les capitalistes se montrent intransigeants et implacables : ils en gardent jalousement la mémoire, pendant des siècles s’il le faut, mais il faudrait que notre mémoire à nous, gens du peuple, soit tenue pour quantité négligeable ?

    2. @ Crapaud Rouge, je ne suis pas en désaccord avec se que tu a écrit.

      Mais je comprend bien ma blabla n’est pas toujours tout de suite accesible, même parfois incompréhensible en rapport avec notre conditionnement humaine.

    3. Il est essentiel de comprendre l’erreur de jugement qui n’a pas envisagé le risque systémique et a amené à tolérer/légaliser les paris sur les fluctuations de prix.
      Si on ne l’envisage pas, comment contredire si l’on vous rétorque que l’autorisation des paris sur les fluctuations de prix existe depuis 1885 (sous entendu bien antérieur à la crise donc n’ayant pas de lien avec la situation actuelle)? Une telle contradiction n’aurait peut être pas d’effet sur le spécialiste , mais dans l’opinion rien n’est moins sur.

    4. @Peter : Si l’on veut faire interdire les paris sur les prix, il est important de savoir pourquoi ils ne sont pas considérés comme un jeu, à la manière des paris sur les chevaux de course. Je ne suis donc pas d’accord avec ton post, car tu dis que ce billet ne sert à rien. (« vous tounez en rond dans une bullo-intello-bureaucratique« )

    5. Pour moi les paris sur les prix va au frais des gens qui vont les vrais bouleau et services.

      C’est rien avoir avec la société ni l’économie. Je pens on est d’accord?

      Mais la problématique ‘des paris des prix’ va a mon sens beaucoup plus loin. On peut battre les paris sur le prix mais ça ne règle pas la problematique de notre croyance ‘aux prix’ au fond.

      On va enlever une mascarade (tête de dragon) mais deux autres vont paraître.

    6. @Peter Hoopman

      Je crois saisir ce que tu veux dire, mais tu parles là d’une mutation anthropologique, qui ne peut se concevoir que sur le long terme. Et qui ne se décrétera pas, qui ne résultera d’une prise de conscience soudaine. Penser le contraire me semble tenir de l’idéalisme. Paul Jorion parle ici de solutions immédiates à des problèmes immédiats. Chaque chose en son temps. On part nécessairement de ce qui est là, d’une situation donnée à un moment donné.

    7. @ Souvarine,

      A la base c’est l’analyse qui compte pour moi. Sauf erreur de ma part, qui bien sur c’est possible! Je suis un homme de doute! Je voit que l’analyse de Paul Jorion reste dans les effets. L’analyse des effets est très important, mais il ne vont pas nous aider de sortir de la crise. Ni maintenant, ni demain. 😉

    8. Souvarine,

      Et qui ne se décrétera pas, qui ne résultera d’une prise de conscience soudaine.

      Je me cite (par là, pas encore publié) :

      « On parie ? Alors comme ça on serait capable de prendre des décisions sur la forme, d’encadrer l’économie afin que l’homme évolue dans un cadre que l’on pense meilleur pour lui et qui serait plus propice à son adaptation, son évolution, sous-entendu « à l’insu de son plein gré en tant que peuple éclairé et aveuglé par une élite (bien-)pensante », mais l’homme serait incapable de prendre conscience qu’il n’est pas l’acteur de son existence ? Hum… Il suffit d’en parler. »

    9. @Peter Hoopman

      Tu estimes, si j’ai bien compris, que Paul Jorion ne distingue que les effets de la crise, ou qu’il en confond conséquences et causes réelles, ces dernières lui restant, elles, indubitablement obscures. Fort bien, mais pour parvenir à pareille conclusion, c’est que tu dois avoir une idée assez solide de ce qu’en sont les causes véritables. Pourtant, pour t’avoir relu plus attentivement, je dois reconnaître que je vois pas vraiment où tu veux en venir, contrairement à ce que j’ai pu dire dans mon premier commentaire.
      J’avais en fait cru comprendre que tu voulais parler du fétichisme de la marchandise, ou disons, plus globalement, du système capitaliste dans sa dimension ontologique. Si tel est bien le cas, n’oublies pas que la Grande Crise actuelle est celle d’une certaine configuration du capitalisme, d’un de ses modes de régulation particulier, donc contingent. Si ton propos est de démontrer que nous avons affaire à la crise du Capitalisme avec un grand C, et qu’il faudrait donc en tirer les conclusions qui s’imposent, la validité d’une telle proposition reste à prouver. Prendre ses désirs pour des réalités ne fait pas démonstration. L’animal en a vu d’autres.
      Je maintiens donc qu’il est des champs de possibilités à court terme -ouverts et même imposés par la crise actuelle- et d’autres transformations plus en profondeur qui ne peuvent être envisagées qu’à plus long terme. Il s’agit de ne pas se tromper de niveau de temporalité, au risque de se perdre en voeux pieux, car irréalisables.

    10. @Fab

      L’homme, ça veut dire quoi? L’homme générique? Vous semblez considérer que la prise de conscience d’un individu consiste à se réveiller un beau matin avec un état d’esprit totalement nouveau. Et il suffirait d’en parler? Vous paraissez aveugle a l’encrage bien matériel de l’aliénation que vous déplorez, qui trouve son origine dans les rapports de production tel qu’il existent concrètement en système(s) capitaliste(s).
      C’est bien pourquoi la conscience de sa propre aliénation, certes possible, n’en libère pas pour autant l’individu, ni dans son rapport à lui même (rapport lui même déjà social), ni dans son rapport à la société.
      Je serais même enclin à penser que la remise en cause, totale ou partielle, de ces rapports de production, n’abolirait pas automatiquement le conditionnement et les habitudes de penser et d’agir qui sont les nôtre. On aurait en effet tort de penser que notre dépendance à l’égard du capitalisme est uniquement d’ordre matérielle (au sens de nécessité de reproduction de la force de travail). Le fétichisme marchand et la conception de l’individu voué à son seul intérêt propre est le résultat de plusieurs siècles de façonnement social, vous ne les feraient pas disparaître d’un claquement de doigt. C’est pour cela que je parle un peu plus haut d’une mutation d’ordre anthropologique, sur le long terme. Marx ne dit pas autre chose dans sa « critique du programme de Gotha ».
      Puisque j’en viens au bon vieux Karl (chassez le naturel…), concernant l’idéalisme utopique, particulièrement la conception de l’individu qui pourrait tout par la seule vertu de sa volonté, je me permets de vous conseiller également la critique faite par Marx et Engels de l’oeuvre de Stirner, « l’unique et sa propriété », dans « l’idéologie allemande ».

    11. Faudrait que j’apprenne à me relire avant d’envoyer un de ces 4.
      ligne 4-5, lire « tels qu’ils existent » au lieu de « tel qu’il existent »
      ligne 14, lire « vous ne les ferez » au lieu de »vous ne les feraient »

    12. Souvarine,

      C’est gentil d’avoir répondu. Dissonance a décroché. Jean-Luce a décroché.

      n’oublies pas que la Grande Crise actuelle est celle d’une certaine configuration du capitalisme, d’un de ses modes de régulation particulier, donc contingent.

      Non ! La Grande Crise actuelle est une crise de civilisation : la « certaine configuration du capitalisme » est une évolution qui correspond à des causes largement antérieures.

      Vous paraissez aveugle a l’encrage bien matériel de l’aliénation que vous déplorez, qui trouve son origine dans les rapports de production tel qu’il existent concrètement en système(s) capitaliste(s).

      Encore une fois, non ! D’où viennent « les rapports de production tel qu’il existent concrètement en système(s) capitaliste(s) » ?

      Je serais même enclin à penser que la remise en cause, totale ou partielle, de ces rapports de production, n’abolirait pas automatiquement le conditionnement et les habitudes de penser et d’agir qui sont les nôtre.

      Oui ! C’est exactement ce que nous disons ! Ce n’est que servir le court-terme et tailler une excroissance du capitalisme que d’agir sur les effets.

      Le fétichisme marchand et la conception de l’individu voué à son seul intérêt propre est le résultat de plusieurs siècles de façonnement social, vous ne les feraient pas disparaître d’un claquement de doigt.

      Il ne s’agit pas d’un claquement de doigt, mais d’une mise à la lumière dans le débat politique, public, des questions existentielles fondamentales.

    13. @ Souvarine,

      Tu estimes, si j’ai bien compris, que Paul Jorion ne distingue que les effets de la crise, ou qu’il en confond conséquences et causes réelles, ces dernières lui restant, elles, indubitablement obscures.

      Comme j’invente ma réalité 😉 je vois pour le moment Paul Jorion s’occuper des effets et il essaie de trouver une solution top-down comme en général est l’habitude dans la politique, business, société etc.

      Ma vision de l’origine de la crise est très abstrait et à la même temps très réelle et est un vision/analyse plutôt bottum-up.

      Tôt ou tard on a besoin d’intégrer la vision/analyse top-down avec la vision bottum-up. Si on rentre dans un championnat des deux visions les deux vont perdre leur valeur et l’intégration des deux analyses deviennent impossible.

      Fort bien, mais pour parvenir à pareille conclusion, c’est que tu dois avoir une idée assez solide de ce qu’en sont les causes véritables. Pourtant, pour t’avoir relu plus attentivement, je dois reconnaître que je vois pas vraiment où tu veux en venir, contrairement à ce que j’ai pu dire dans mon premier commentaire.

      Très bonne question et très justifié, parce que pour le moment je n’ai pas encore parlé.

      Pour moi techniquement et dans l’analyse abstrait (ça c’est quelque part top-down 😉 ) il y a deux origines de la crise et ces deux origines ce renforcent mutuellement et ils ont tous les deux la même origine: une levier comptable!

      I. Une pomme aujourd’hui n’est plus une pomme, mais une pomme plus aux moins X pour-cent. Selon la force/pouvoir sur le marché. Ici nous trouverons la scission d’origine entre économie réelle et l’économie virtuelle. Chaque économie va vivre ça vie indépendant et est à l’origine de notre communication schizo-économique, façon parler.

      La grand confusion politico-économique dans la quelle on se trouve aujourd’hui a son origine ici. Ou comme Bernard Lietaer a écrit dans son livre The money of the future fin siècle dernier:

      Peux de personnes sont conscientes que nous vivons dans une sorte de casino à l’échelle mondial ou presque 2000 milliards de dollars changent de propriétaire chaque jour, dont pas moins de 98% pour des opérations des spéculation, c’est-à-dire de l’argent n’étant pas dépensé pour le paiement de biens ou de services. Quant ou conséquences négatives, elles sont hélas bien visibles: pauvreté, pollution de l’environnement et manque de temps chronique

      .

      Ce 98 pour-cent de spéculation cherchent encore plus de rendement basé d’un monde économie réelle de deux pour-cent. Ce n’est pas difficile à prédire que cette monde virtuelle (Comment la vérité et la réalité furent inventées) va tuer le monde réel.

      II je laisse pour le moment ouvert Souvarine, peut être tu voit toi même la deuxième origine de la crise qui à la même origine que I, mais qui vient d’en haut façon parler.

      Paul Jorion essaie à très juste titre de moraliser cette virtualisation, si j’interprète bien sa vision/analyse? Sans prendre pleinement conscience de l’origine de cette virtualisation on risque de continuer de tourner en rond sur la discussion d’où mettre les limites. En comprendre dans l’abstrait l’origine de la crise, ça pouvais nous donner plus de corps/racines pour mieux comprendre la confusion dans laquelle nous sommes.

      Quelle sont aujourd’hui les challenges à surmonter?

      1. notre dépendance du levier comptable comme une drogue bureaucratique
      2. l’économie de grand d’échelle qui tue l’esprit d’entreprendre
      3. La bureaucratisation de l’intérêt privé et publique
      4. remplacer l’actuel priorité économique, la bureaucratisation par les priorités de l’économie réelle.
      5. la conscience nous tous sont concerné et que notre participation est nécessaire

      Psychologiquement je doit être très franche ça ne va être pas facile à réaliser, parce que nous sommes tellement conditionner par la système actuel et cette transformation va mettre en causse nos acquis d’en bas jusqu’en haut. Ça ne va pas être facile pour personne et ça deviens que possible si on retrouve dans nous même à nouveau façon parler l’intérêt général.

      http://www.leleurre.com/fr/pdf/llpe_00019.pdf

      Souvarine, j’ai essaie avec mon analyse de mettre en cause la fondement de nottre système politico-économique, qui pour moi rien autre qu’un croyance sur laquelle on mit le manteau de la science. Avec tout la confusion qui va avec. Si nous arrivons d’enlever cette confusion chronique la transformation de la société devient possible. Mais si on continue de nourir cette confusion, bien sur cette transformation de la société n’est pas possible.

      En espérant c’est un peut lisible et compréhensible?

    14. à Peter Hoopman,

      « Comme j’invente ma réalité… » le 17 novembre 2010 à 10:26

      C’est ce que j’appelle une individualité noble, lucide, et créative.
      Un artiste pourrait aller dans ce sens.

      Oui, vos textes sont lisibles et compréhensibles parce que vous avez une vue d’ensemble. Vous laissez parler l’homme en vous, avec ses doutes.

    15. @Fab

      « Encore une fois, non ! D’où viennent « les rapports de production tel qu’il existent concrètement en système(s) capitaliste(s) » ? »

      J’ai du mal à comprendre le sens de cette question. Je ne prétends pas réinventer le fil à couper le beurre. La littérature à propos de leurs origines et de leurs reconfigurations successives ne manque pas. Toutes thèses que l’on peut évidemment discuter, mais si c’est pour suggérer que tous les auteurs qui se sont attelés à cette tache, de Marx à Braudel, n’ont raconté que des bêtises…
      Pour Marx évidemment, à un certain état de développement des forces productives correspond un type de rapports de production déterminé. Si les forces productives, en se développant, entrent en contradiction avec des rapports de production qui n’évoluent pas au même rythme, le système productif se retrouve bloqué. Les rapports de production anciens disparaissent au profit de nouveaux, plus adaptés au niveau atteint par les forces productives. C’est donc, en dernière analyse, un mode de production donné qui détermine un certain type de rapports de production. Le rapport salarial apparaitra par conséquent comme le plus adapté au mode de production capitaliste.
      « Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaire, indépendants de leur volonté; ces rapports de production correspondent à un degré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s’élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience ».
      ‘Critique de l’économie politique’

      Exposé qu’on pourra naturellement trouver trop mécaniste et déterministe. Je crois surtout qu’il faut y voir une construction schématique pour les besoins inhérents à la théorie. A considérer comme tel et à nuancer, certainement; ainsi qu’à compléter au regard des évolutions des sociétés depuis Marx et des avancées en sciences sociales. Ce que s’est notamment efforcée de faire la théorie dite « de la régulation » dans le champ économique, mais je n’ai pas trop le courage de m’étendre là dessus ce soir.

      « Non ! La Grande Crise actuelle est une crise de civilisation : la « certaine configuration du capitalisme » est une évolution qui correspond à des causes largement antérieures. »

      Si c’est pour signifier qu’un mode de régulation particulier du capitalisme ne se développe qu’en tant que dépassement d’un mode de régulation antérieur « victime » de l’épuisement du mode d’accumulation qui lui est propre, ok. Par exemple, si nous considérons période fordienne et période néolibérale (ou donnez lui le nom que vous voulez), c’est du capitalisme, dans un cas comme dans l’autre. Mais répondant à des modes de reproduction, des dynamiques, des caractéristiques sociales et institutionnelles qui leur sont propres. Je ne vois pas ce qui permet d’affirmer que la crise actuelle ne débouchera pas sur un mode de régulation d’un type nouveau prenant en héritage certains traits des modèles précédents (ne me demandez pas lequel, je ne suis pas devin). Ce n’est pas nécessairement ce que je souhaite, mais mes souhaits et la réalité sont deux choses différentes.
      Si votre propos est d’affirmer la fin de la civilisation capitaliste dans son essence même, pour moi, ça reste de l’ordre de l’affirmation. Pour exprimer le fond de ma pensée, j’y vois la manifestation d’un millénarisme un peu délirant propre aux périodes de crise.
      Ou j’y croirai quand je le verrai. 🙂

      Possible aussi que je ne comprenne rien à ce que vous voulez dire. Les « questions existentielles fondamentales », ça ne rentre pas vraiment dans mon cadre de pensée.

    16. @Peter

      Merci pour tes précisions. Quand tu dis « économie réelle » et « économie virtuelle », je comprends « économie productive » et « finance ». Je me trompe ou pas?

    17. Souvarine,

      Je ne sais pas ce qu’est la « civilisation capitaliste ». Le capitalisme est une évolution, une étape de notre civilisation. Nous sommes d’accord sur le fait que « la remise en cause, totale ou partielle, de ces rapports de production, n’abolirait pas automatiquement le conditionnement et les habitudes de penser et d’agir qui sont les nôtres » : abattre le capitalisme ne changera pas « le conditionnement et les habitudes de penser et d’agir qui sont les nôtres ». C’est sur ce conditionnement et sur ces habitudes de penser qu’il faut se pencher : ce sont les structures de notre civilisation. D’où viennent-elles ? Quelles sont les bases de ces structures ? C’était le sens de ma question : D’où viennent « les rapports de production tels qu’ils existent concrètement en système(s) capitaliste(s) » ?

      Ces bases, ce sont les « questions existentielles fondamentales ». Ne vous en déplaise : changer de cadre c’est un peu comme jeter un oeil hors de la caverne, ça fait du bien, c’est nécessaire et ça devient urgent 🙂 ! Un exemple : la peur d’affronter l’inconnu de notre existence a permis l’apparition de nombreuses croyances. Et qu’est la croyance si ce n’est la soumission à une idée commune. Et qu’apporte cette communauté si ce n’est de rassurer, de faire oublier cette peur…sans qu’elle ait pour autant disparu…

      Je parlerai donc d’une civilisation de la peur. Et je reprends votre citation : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience ». C’est bien le problème ! Le groupe impose sa marche. Le groupe doit faire avec une augmentation constante de sa population alors qu’aucun de ses membres ne l’enrichit de sa conscience propre : ça sent la consanguinité à plein nez ! C’est donc cette mécanique dégénérescente qu’il faut briser.

      Et je maintiens que c’est possible et qu’il suffit d’en parler. Comment un adulte qui a eu des rêves d’enfant avant d’être conditionné, peut-il lui-même conditionner les enfants, et ce en pensant qu’il agit en toute conscience notamment parce qu’il s’appuie sur une abondante littérature issue du même moule !?

      Va falloir qu’on m’explique.

    18. @Peter

      Ok. Je demandais cela pour être certain de ne pas déformer tes propos. Si je regarde dans le Robert la définition du mot virtuel, je lis ceci:
      -Qui n’est qu’en puissance, qui n’est qu’à l’état de simple possibilité dans un être réel.
      -Qui a en soi toutes les conditions essentielles à sa réalisation.
      Pourtant, j’ai l’impression que tu donne à ce terme plutôt le sens de ce qui s’éloigne du réel pour se réfugier dans l’irréel, l’imaginaire (comme on parle aujourd’hui de réalité virtuelle).

      Si je t’interprète correctement, alors je te rejoins en partie. Il est vrai que l’orthodoxie financière postule que le fonctionnement efficient du marché doit permettre l’émergence d’un prix de marché qui serait le juste reflet de la valeur véritable des actifs (qu’on qualifie alors de « juste valeur »), cette juste évaluation permettant à son tour l’allocation efficiente des ressources à l’économie productive. En vérité, loin d’obéir au schéma présenté par ce discours de légitimation, les agents présents sur les marchés financiers fonctionnent essentiellement par mimétisme et concentrent leur attention sur l’évolution de l’opinion majoritaire; Keynes, déjà, avait parfaitement distingué cela. En résulte une logique de fonctionnement largement autoréférentielle et endogène, ne renvoyant, ipso facto, qu’à elle même. Ce qui rend possible la régulière apparition de bulles spéculatives (quand le souvenir de l’impact de la précédente commence à s’estomper et qu’on croit les contraintes prudentielles anciennes frappées de caducité) auto-entretenues si le marché est laissé à son libre fonctionnement. Et une finance autant instable que déconnectée de la réalité de l’économie productive et incapable d’une évaluation raisonnée de cette dernière. Ce qui conduit, concrètement, à une accumulation de capital fictif surévalué qui finit par révéler son exubérance anticipationnelle, mais évidemment seulement ex post.. Là se trouve, si l’on veut, une déconnexion de la finance et de l’économie réelle. Que permettent, en fait, les règles (ou leur absence) présidant à son fonctionnement.

      Mais si je m’en tiens à la définition stricto sensu du terme, il faut comprendre que ce caractère virtuel de la finance lui est, par construction, consubstantiel. C’est en effet dans son principe même que de fonctionner sur des potentialités, des visions de l’avenir. Avenir qui, dans un monde intrinsèquement instable, ne peut être intégralement probabilisé. De cela, on peut conclure que la finance ne transfère pas, à proprement parler, de richesses dans le temps, mais plutôt des « droits » sur une part de la richesse produite dans le futur. Droits qui peuvent s’avérer excessifs si les anticipations qui les ont faits naître ont été exagérément optimistes au regard de ce qu’il était permis d’espérer. Mais je ne conçois pas ce que serait une finance sans virtualité, reposant sur des critères objectifs.

      Ensuite, il ne paraît pas juste de postuler une dichotomie radicale entre sphères productives et financières de l’économie et, à la suite, d’en conclure que la crise y trouverait sa véritable cause. Celle-ci est effectivement née dans un segment particulier et relativement restreint de la sphère financière. Cependant, on ne peut l’analyser correctement en faisant fi des contradictions d’abord survenues dans la sphère productive qui l’ont conditionnée. Les deux sphères en question sont de toute façon étroitement imbriquées. La rupture de l’équilibre des rapports de force qui prévalait lors de la période précédente permet, au tournant des années 70-80, l’instauration des structures qui déformeront progressivement la répartition primaire des richesses au bénéfice du capital. Mais la régression salariale qui en résultera posera nécessairement la question des débouchés. Le bouclage du circuit macro ne peut en effet se faire en l’absence d’une demande solvable, il faut bien écouler les marchandises. D’où la « solution » miracle du recours à l’endettement. L’innovation financière sera l’instrument permettant la mise en place de cette « solution » en autorisant l’explosion du crédit (sortie du bilan des institutions émettrices, « dissémination » chimérique du risque), progressivement alloué à des débiteurs de moins en moins solvables. Paul Jorion a donc raison quand il écrit que: « La « financiarisation » de l’économie observée au cours du dernier demi-siècle est la conséquence d’une concentration excessive de la richesse ». Tu sembles de ton côté tenir pour la conclusion inverse, ainsi selon ton raisonnement, la spéculation effrénée est cause, et non conséquence.
      Pour en revenir à nos moutons, les arbres ne montant pas jusqu’au ciel, la hausse perpétuelle finit par se montrer pour ce qu’elle est, une illusion. L’éclatement de la bulle et la crise de liquidité qui s’ensuit fait évidemment retour dans l’économie productive par le biais de la contraction de l’offre de crédit et d’une crise de suraccumulation résultant de la contraction de la consommation. (ce qui démontre bien l’imbrication étroite des deux sphères et qu’il n’y a pas de sens à dire, comme tu le fais, que chacune vit sa vie indépendamment l’une de l’autre). Puis, bien sûr, on assiste à la désorientation cognitive des détenteurs de capitaux, à la course à la liquidité,…

      Enfin, si l’ampleur et la propagation de la crise sont inséparables de la sophistication financière contemporaine et des structures inhérentes à la dérégulation mondialisée, tu remarquera que les conditions qui l’ont fait advenir et son déroulement ne présentent, pour l’essentiel, guère de nouveauté. On y retrouve, finalement, les ingrédient de ce que Minsky qualifiait « d’aveuglement au désastre ». Je te propose cet entretien avec André Orléan qui éclaire parfaitement cela.
      http://www.pse.ens.fr/orlean/depot/publi/esprit343.pdf

      Ce que cela démontre, en dernière analyse, c’est qu’il est illusoire, comme tu le soulignes toi-même, de prétendre moraliser la finance ou, plus globalement, le capitalisme, par des injonctions à l’éthique, à la transparence ou à je ne sais quel réveil des consciences. Les acteurs de la finance n’agissent comme ils le font que parce que les structures en place le leur permettent et même, ajouterai-je, les déterminent à le faire. Par conséquent, pour changer les comportements, on doit changer les structures qui les déterminent. Ce qui signifie en l’occurrence interdire, poser et imposer des règles contraignantes, sans négliger la menace du gros bâton si elle sont enfreintes et être prêt à s’en servir. Ce que Paul Jorion propose avec son « interdiction sur des paris sur les fluctuations de prix » rentre dans ce cadre. Proposition parmi d’autres, qui en tant que telle ne doit pas être soustraite à la critique, mais qui vise indiscutablement juste dans son principe.

      On pourra certainement critiquer ce point de vue en arguant du fait qu’il se contente de faire entrevoir un autre capitalisme, la même chose sous des dehors à peines modifiés et non une sortie radicale de celui-ci. Cependant, outre que ces modifications seraient loin d’avoir des effets si négligeables, voyons les aussi comme une étape nécessaire, avant éventuellement d’aller plus loin. Je pense qu’il est temps, au stade de développement auquel la crise est parvenue, de se fixer des objectifs concrets, susceptibles de mobiliser et d’être compris et acceptés par le plus grand nombre. Reste que trouver les vecteurs de cette mobilisation, quand partis et syndicats, pour la plupart, font figure de gardes-chiourmes au service du camp de la domination, m’apparaît pour le moment comme un problème à peu près insoluble. Qui ne laisse d’ailleurs pas de m’interroger…

    19. @ Souvarine

      Sacre contribution !!! 😉

      Ok. Je demandais cela pour être certain de ne pas déformer tes propos. Si je regarde dans le Robert la définition du mot virtuel, je lis ceci:
      -Qui n’est qu’en puissance, qui n’est qu’à l’état de simple possibilité dans un être réel.
      -Qui a en soi toutes les conditions essentielles à sa réalisation.
      Pourtant, j’ai l’impression que tu donne à ce terme plutôt le sens de ce qui s’éloigne du réel pour se réfugier dans l’irréel, l’imaginaire (comme on parle aujourd’hui de réalité virtuelle).

      Tu m’interprète bien, mais c’est aussi une puissance énorme qui c’a matérialisé dans une monde bureaucratisé/préprogrammé et quasi sans l’esprit/âme. Un peut comme espace odyssée 2001 de Kubrick et le château de Kafka.

      Si je t’interprète correctement, alors je te rejoins en partie. Il est vrai que l’orthodoxie financière postule que le fonctionnement efficient du marché doit permettre l’émergence d’un prix de marché qui serait le juste reflet de la valeur véritable des actifs (qu’on qualifie alors de « juste valeur »), cette juste évaluation permettant à son tour l’allocation efficiente des ressources à l’économie productive. En vérité, loin d’obéir au schéma présenté par ce discours de légitimation, les agents présents sur les marchés financiers fonctionnent essentiellement par mimétisme et concentrent leur attention sur l’évolution de l’opinion majoritaire; Keynes, déjà, avait parfaitement distingué cela. En résulte une logique de fonctionnement largement autoréférentielle et endogène, ne renvoyant, ipso facto, qu’à elle-même. Ce qui rend possible la régulière apparition de bulles spéculatives (quand le souvenir de l’impact de la précédente commence à s’estomper et qu’on croit les contraintes prudentielles anciennes frappées de caducité) auto-entretenues si le marché est laissé à son libre fonctionnement. Et une finance autant instable que déconnectée de la réalité de l’économie productive et incapable d’une évaluation raisonnée de cette dernière. Ce qui conduit, concrètement, à une accumulation de capital fictif surévalué qui finit par révéler son exubérance anticipationnelle, mais évidemment seulement ex post.. Là se trouve, si l’on veut, une déconnexion de la finance et de l’économie réelle. Que permettent, en fait, les règles (ou leur absence) présidant à son fonctionnement.

      Keynes était un grand économiste malgré sa soi disant acceptation d’aliénation bureaucratique il a cherche toujours dans ces analyses l’équilibre, qui n’est pas le cas de Hayek par exemple.

      Je ne sait pas si l’orthodoxie financière postule que le fonctionnement efficient du marché. Je voit quand même quelques ours sur la route :

      1. Quelle sont les priorité partagés par tout le monde ?
      2. Qui a le pouvoir/contrôle ?
      3. Quelle est la priorité principale de cette financière orthodoxe

      Avec ces questions je veut montrer quelle chemin cette orthodoxe financière va prendre (a prit 😉 , quelle est la fondation de cette structure/direction ? (Quelle est la pré-programmation de notre société?)

      Mais si je m’en tiens à la définition stricto sensu du terme, il faut comprendre que ce caractère virtuel de la finance lui est, par construction, consubstantiel. C’est en effet dans son principe même que de fonctionner sur des potentialités, des visions de l’avenir. Avenir qui, dans un monde intrinsèquement instable, ne peut être intégralement probabilisé. De cela, on peut conclure que la finance ne transfère pas, à proprement parler, de richesses dans le temps, mais plutôt des « droits » sur une part de la richesse produite dans le futur. Droits qui peuvent s’avérer excessifs si les anticipations qui les ont faits naître ont été exagérément optimistes au regard de ce qu’il était permis d’espérer. Mais je ne conçois pas ce que serait une finance sans virtualité, reposant sur des critères objectifs.

      Souvarine, pour moi c’est une croyance illusoire dans laquelle il se trouve plein de questions de poule et œuf. Un économie réelle humainement ne va jamais être objectif, parce que personne donne la même valeur à quelque chose. De croire nous pouvons objectiviser ça c’est une illusion.

      Ca ne veut pas dire nous ne pouvons pas améliorer la théorie et pratique de notre économie.

      Pour cela je doit essayer d’expliquer la communication économique indirect (la système actuel) et la communication économique direct .

      En bref c’est que l’état redeviens responsable pour les cadres mais l’homme même redeviens responsable de concrétiser la vie dans les cadre en relation avec la société. On doit apprendre de co-opérer, participer et partager et oui ça va pas être facile, facile ! Mais il n’y pas mieux pour déprogrammer nous même. 😉

      Ensuite, il ne paraît pas juste de postuler une dichotomie radicale entre sphères productives et financières de l’économie et, à la suite, d’en conclure que la crise y trouverait sa véritable cause. Celle-ci est effectivement née dans un segment particulier et relativement restreint de la sphère financière. Cependant, on ne peut l’analyser correctement en faisant fi des contradictions d’abord survenues dans la sphère productive qui l’ont conditionnée. Les deux sphères en question sont de toute façon étroitement imbriquées. La rupture de l’équilibre des rapports de force qui prévalait lors de la période précédente permet, au tournant des années 70-80, l’instauration des structures qui déformeront progressivement la répartition primaire des richesses au bénéfice du capital. Mais la régression salariale qui en résultera posera nécessairement la question des débouchés. Le bouclage du circuit macro ne peut en effet se faire en l’absence d’une demande solvable, il faut bien écouler les marchandises. D’où la « solution » miracle du recours à l’endettement. L’innovation financière sera l’instrument permettant la mise en place de cette « solution » en autorisant l’explosion du crédit (sortie du bilan des institutions émettrices, « dissémination » chimérique du risque), progressivement alloué à des débiteurs de moins en moins solvables. Paul Jorion a donc raison quand il écrit que: « La « financiarisation » de l’économie observée au cours du dernier demi-siècle est la conséquence d’une concentration excessive de la richesse ». Tu sembles de ton côté tenir pour la conclusion inverse, ainsi selon ton raisonnement, la spéculation effrénée est cause, et non conséquence.

      Oui, Paul Jorion a tout à fait raison avec la phrase que tu lui accorde. Mais ……. ?????? 😉

      Qu-est que tu veut dire en haut ? En relation avec quoi ? Pour moi c’est juste une exercice intellectuelle de continuer de parler bullolarie. 😉 Je te comprend parce que nous sommes tellement conditionné par cette logique et on croit sans cette illusion nous ne pouvons pas vivre.

      Quand on est jeune on reçoit, quand on est adult on prend, quand on est age on reçoit.

      Dans cette logique/structure ça va être très difficile de restaurer un équilibre. 😉

      Pour en revenir à nos moutons, les arbres ne montant pas jusqu’au ciel, la hausse perpétuelle finit par se montrer pour ce qu’elle est, une illusion. L’éclatement de la bulle et la crise de liquidité qui s’ensuit fait évidemment retour dans l’économie productive par le biais de la contraction de l’offre de crédit et d’une crise de suraccumulation résultant de la contraction de la consommation. (ce qui démontre bien l’imbrication étroite des deux sphères et qu’il n’y a pas de sens à dire, comme tu le fais, que chacune vit sa vie indépendamment l’une de l’autre). Puis, bien sûr, on assiste à la désorientation cognitive des détenteurs de capitaux, à la course à la liquidité,…

      Dans l’abstrait le monde économique productive (c’est déjà un mot très dangereux 😉 ), doit être égale la monde administrative/comptable. Bien sur l’homme va essayer de se faire plus grand sur papier. Mais c’est ça cette cadre qui va nous reconnecter avec la soi-disant réalité. Aujourd’hui nous sommes obliger, c’est même la but principale de notre société de se faire plus grand sur papier. 😉 C’est bien pour notre ego mais ça reste bullocrative.

      La question reste ouvert, ou se trouve l’origine de cela dans la monde financière ?

      Enfin, si l’ampleur et la propagation de la crise sont inséparables de la sophistication financière contemporaine et des structures inhérentes à la dérégulation mondialisée, tu remarquera que les conditions qui l’ont fait advenir et son déroulement ne présentent, pour l’essentiel, guère de nouveauté. On y retrouve, finalement, les ingrédient de ce que Minsky qualifiait « d’aveuglement au désastre ». Je te propose cet entretien avec André Orléan qui éclaire parfaitement cela.
      http://www.pse.ens.fr/orlean/depot/publi/esprit343.pdf

      Je ne voit pas André Orléan aller ou façon parler ça fait mal. Mais je doit reconnaître il va beaucoup plus loin que beaucoup d’autres.

      Ce que cela démontre, en dernière analyse, c’est qu’il est illusoire, comme tu le soulignes toi-même, de prétendre moraliser la finance ou, plus globalement, le capitalisme, par des injonctions à l’éthique, à la transparence ou à je ne sais quel réveil des consciences. Les acteurs de la finance n’agissent comme ils le font que parce que les structures en place le leur permettent et même, ajouterai-je, les déterminent à le faire. Par conséquent, pour changer les comportements, on doit changer les structures qui les déterminent. Ce qui signifie en l’occurrence interdire, poser et imposer des règles contraignantes, sans négliger la menace du gros bâton si elle sont enfreintes et être prêt à s’en servir. Ce que Paul Jorion propose avec son « interdiction sur des paris sur les fluctuations de prix » rentre dans ce cadre. Proposition parmi d’autres, qui en tant que telle ne doit pas être soustraite à la critique, mais qui vise indiscutablement juste dans son principe.

      Je vois ça comme moraliser une illusion et sauf erreur de ma part une illusion se ne moralise pas ?! Avec cette interdiction il ne met pas en causse qui nourrit ces paris. Alors la jeu entre chat et souris financière va continuer dans autre formes. On va changer le manteau : vers un financement durable par exemple. 😉 Mais c’est ou fond que pour divertir en essayent de garde le pouvoir. (Pour être claire je ne parle pas de Paul Jorion ici !! mais la fonctionnement du système elle-même !!!!!!!!)

      On pourra certainement critiquer ce point de vue en arguant du fait qu’il se contente de faire entrevoir un autre capitalisme, la même chose sous des dehors à peines modifiés et non une sortie radicale de celui-ci. Cependant, outre que ces modifications seraient loin d’avoir des effets si négligeables, voyons les aussi comme une étape nécessaire, avant éventuellement d’aller plus loin. Je pense qu’il est temps, au stade de développement auquel la crise est parvenue, de se fixer des objectifs concrets, susceptibles de mobiliser et d’être compris et acceptés par le plus grand nombre. Reste que trouver les vecteurs de cette mobilisation, quand partis et syndicats, pour la plupart, font figure de gardes-chiourmes au service du camp de la domination, m’apparaît pour le moment comme un problème à peu près insoluble. Qui ne laisse d’ailleurs pas de m’interroger…

      Oui, ça va avoir des effets non négligeables, mais la structure de base reste bien et beau intact. Alors en cinq-quinze ans nous sommes à nouveau surpris de notre non gérance et l’absence de justice et démocratie dans notre société. Et on ne comprend pas pourquoi ?

      Comme étape je suis assez d’accord mais il doit être intégré dans une analyse qui va au vrai problématique/challenge, autrement on va continuer de faire du spectacle pour divertir/rendre dépendant les gens.

  4. Athènes envisage de rééchelonner sa dette

    Le Premier ministre grec, George Papandréou, déclare dans une
    interview que la possibilité d’un rééchelonnement du remboursement du prêt
    consenti par l’Union européenne et le FMI a été évoquée, mais un responsable de
    …la BCE estime que toute mention d’une telle renégociation pourrait porter
    atteinte à la crédibilité de la Grèce.

    jdd.fr

    http://www.lejdd.fr/International/Europe/Depeches/Athenes-envisage-de-reechelonner-sa-dette-233522/

  5. @ Monsieur Jorion,

    J’aime bien votre façon de présenter l’évolution du droit sur la question de l’inapplication de l’exception de jeu aux marchés financiers, cela me semble juste, très juste même.

    Pour élargir, je voudrai juste insister sur la problématique de l’intrusion de la mode anglo-saxonne affairiste et financière sur la conception française du vivre ensemble (dont font état tous mes derniers commentaires de ce jour, sur différents billets invités), qui n’exclut pas la possibilité de commercer mais qui impose une régulation (au sens règle du jeu) aux échanges, plaçant de facto l’Etat au dessus des intérêts particuliers. Comme je l’ai déjà dit, c’est tout un monde à rebâtir : l’économie doit plier devant le politique, non l’inverse. En même temps que le politique doit faciliter la liberté du commerce en faisant a priori confiance à la créativité et à l’intégrité des gens, quitte à y mettre des garde-fous, mais en s’abstenant de considérer a priori la population comme délinquante, ce qui est la pire des positions.

    J’aimerai toujours, si vous en avez le temps et l’envie bien entendu, que vous gratifiez les lecteurs de votre blog d’un petit texte explicatif sur ce qui s’est passé, aux Etats-Unis, entre Jefferson et Hamilton.

    Très cordialement,

    1. N’hésitez pas à nous proposer un texte sur le sujet Jefferson/Hamilton si vous avez des éléments à faire valoir !

    2. @ Julien,

      Mais non je n’ai pas d’éléments à faire valoir (sinon j’aurai fait ce que vous dites), au contraire, je pense que Monsieur Jorion a par contre des éléments de réflexion à apporter à ce débat, lesquels seraient susceptibles d’apporter un éclairage à la suite des événements.

      Cordialement,

  6. Ainsi présentée, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix m’apparait sous un jour nouveau: Il me semble comprendre qu’elle inactive une partie du processus de concentration des richesses propre au capitalisme. Ceci dit, la concentration des richesses en elle-même se trouve-t-elle éradiquée pour autant? Il me semble bien que non. Or je crains que de ce fait, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix seule n’ait pas l’heureux effet que vous exposez:

    […] libérant des ressources nécessaires à une multitude d’objectifs positifs comme le bien-être des ménages dont les revenus sont constitués de salaires ou la remise en état de l’environnement.

    Rien ne dit en effet qu’une fois l’opportunité laissée à l’argent de se reproduire par lui-même ait été détruite, ceux qui disposent de capitaux souhaitent pour autant les réinvestir dans les objectifs positifs auxquels vous faites référence. Ils peuvent tout aussi bien stocker cet argent sans le destiner à quoi que ce soit, tel l’oncle Picsou dans son coffre fort.

    En d’autres termes, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix ne me semble agir que sur « l’effet de rente ». Ce n’est qu’une fois couplée à une fiscalité progressive que ses effets joueraient à plein.

    1. Il me paraît à moi aussi illusoire de considérer qu’une interdiction des paris spéculatifs au moyen d’un certain type d’actifs financiers puisse suffire à inverser la tendance outrageusement favorable au capital dans le processus de répartition des richesses. Les masses de capitaux ainsi libérées se déplaceraient vers d’autres types d’actifs ou seraient simplement thésaurisées ainsi que le dit Dissonance, voilà tout. Pourquoi iraient-ils s’aventurer dans l’investissement productif en l’absence d’une demande globale solvable en contrepartie. La politique de l’offre est une vue de l’esprit.
      Paul Jorion dit d’ailleurs fort justement au début de son texte que l’hypertrophie financière n’est qu’une conséquence de la concentration des richesses entre quelques mains. Donc, on se trompe si on espère remettre en question un état de fait en refusant, dans le même mouvement, de voir les conditions de possibilité qui ont autorisé sa mise en place.
      C’est pourquoi, à mon avis, l’essentiel réside dans la remise en cause des structures, mises en place depuis une trentaine d’années, qui ont permis cette concentration. A savoir le pouvoir actionnarial et le régime de dérégulation mondialisée qui permet la mise en concurrence généralisée qui nous tient dans ses rets, abusivement présentée par ses thuriféraires comme facteur de développement du « Sud » (bien sûr, je n’invente rien; je ne fais que reprendre ici l’argumentation de Lordon et quelques autres). Ensuite (ou même simultanément d’ailleurs), il deviendra possible d’instaurer une véritable reflation salariale, un régime fiscal progressif (voire littéralement confiscatoire au delà d’un certain niveau de revenu, ça ne me gênerais pas, personnellement), de défaire la dérégulation du marché du travail, de mettre au pas le secteur financier, etc. Refuser de voir cela, c’est se condamner à en rester au stade de la déploration sans suite.

  7. La financiarisation a une ampleur très différente selon les pays. Très poussée aux Etats-Unis (qui l’a d’ailleurs imposée à beaucoup de pays, « consensus de Washington » oblige) et en Grande-Bretagne, elle est, par comparaison, restée plutôt mesurée en France ou en Allemagne, mais plus accentuée en Europe du Sud (Italie excepté) ou la volonté d’un rattrapage accéléré par rapport à l’Europe riche a favorisé le phénomène. Les acteurs économiques ont été impactés différemment. Les entreprises (locales et multinationales) ont profité de ce phénomène puisque cette financiarisation s’est traduite pour les particuliers, dans certains pays, par une hausse artificielle des actifs (effet richesse soutenant les pouvoirs d’achat) et par une forte augmentation de leur endettement. Les banques, acteurs majeurs de cette financiarisation, ont été impactés par une modification de la structure de leurs bilans : des emplois en forte augmentation (qui progressent beaucoup plus vite que le PIB) et devenus plus risqués (financement de la spéculation des actifs, boursiers et immobiliers), des ressources beaucoup plus volatiles (impact des retournements spéculatifs sur les patrimoines des particuliers et donc sur leurs dépôts en banque) et des fonds propres qui se traînent derrière la progression des emplois. Les Etats ont reçu dans leurs budgets les « dividendes » de cette financiarisation : impôts et taxes diverses dont on voit aujourd’hui qu’ils étaient en partie fictifs. Ce n’est pas un hasard si les budgets espagnols, britanniques ou irlandais étaient les plus solides jusqu’en 2008. Le point à relever c’est la corruptibilité de la financiarisation : elle corrompt littéralement toute l’économie quand il devient trop difficile de faire une distinction nette entre les signes monétaires nouveaux issus de cette financiarisation et ceux issus d’une activité économique « normale ».

    Le plus important : cette financiarisation n’est pas une cause, elle est une conséquence (mais qui bien sûr initie d’autres effets). Les Etats (France, Italie..) qui, en s’endettant, ont fait le choix de subventionner les pouvoirs d’achat des collectivités dont ils ont la charge, ont rajouté peu de dette du fait de la financiarisation avant 2008 (ils se sont massivement endettés avant 2008 mais pour une autre raison). Alors que ceux qui, traditionnellement, n’appliquent pas des politiques sociales généreuses (GB, Etats-Unis…) ont vu l’endettement des particuliers exploser. Endettement des particuliers et endettement des Etats sont en réalité deux réponses différentes au même problème : une érosion lente dans les années 80 et 90, puis de plus en plus rapide ensuite, des pouvoirs d’achat. On peut présenter la modification de la répartition de la valeur ajoutée, depuis les années 80, entre Etat, associés/actionnaires et employés/ouvriers comme la cause ayant nourri la paupérisation des classes moyennes et « populaires » et leur besoin d’endettement croissant. C’est certainement vrai. Mais il est vrai également que cette modification avait pour but de donner aux entreprises la possibilité de baisser leurs prix, confrontées à la concurrence de pays à main d’œuvre exploitée et sous payée. Que les associés/actionnaires aient profité de cette inégale répartition n’enlève rien au constat initial qui l’avait motivé. Après et avec les baisses de prix sont venues les délocalisations qui, bien sûr, ont supprimé de la substance économique aux pays qui en ont été victimes, déprimant encore davantage les pouvoirs d’achat. Les banques ne se sont pas lancées dans la financiarisation des économies par pur esprit de lucre, par pure malignité (même si on trouve des exemples caricaturaux d’avidité et d’irresponsabilité aux Etats-Unis), elles l’ont fait car les activités de production de leurs marchés domestiques (industrie au premier chef) ont commencé à disparaître et qu’il fallait bien trouver des relais de croissance. C’est particulièrement visible aux EU où le processus d’industrialisation a démarré très tôt (années 70), et en Grande-Bretagne. La loi d’actualisation qui vaut pour les organismes vivants vaut aussi pour les entités humaines, elles refusent d’envisager la régression et visent en permanence le développement ou, à tout le moins, le maintien à l’identique. Ceci étant, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix est une excellente idée.

    1. @ Boukovski,

      Le schéma que vous décrivez est exact : bulle et cavalerie ont pour objectif de pallier l’appauvrissement des Etats liéé à la désindustrialisation. Si l’on ne trouve pas le moyen de créer, ou recréer de la richesse, réduire la toxicité du marché n’aura comme effet que de faire apparaître la réalité la plus dure : l’appauvrissement inexorable de l’occident, dit industrialisé et aujourd’hui tout à fait désindustrialisé.

      Cordialement,

    2. @Boukovski : « Processus de désindustrialisation et non d’industrialisation, naturlich ! » : le lecteur a rectifié de lui-même, naturlich ! 🙂

      Les faits que vous rapportez n’étonneront pas grand monde ici, mais la longue chaîne causale que vous décrivez présente un côté original. Si l’on vous suit bien, chaque acteur réagit sous deux contraintes : d’une part le comportement des autres, (en particulier la concurrence), d’autre part son soucis d' »actualisation ». A l’arrivée, personne n’est « responsable », et il n’y a plus de cause première, seulement des interactions sans début ni fin. Est-ce pour préserver ce schéma que vous écrivez : « Mais il est vrai également que cette modification [de la répartition de la valeur ajoutée] avait pour but de donner aux entreprises la possibilité de baisser leurs prix, confrontées à la concurrence de pays à main d’œuvre exploitée et sous payée. » ? Il me semble que cette modification avait d’abord pour but d’engraisser les actionnaires qui voyaient leurs rendements diminuer.

    3. @ La responsabilité personnelle ne joue qu’à la marge. Il s’agit de la responsabilité de ceux qui amplifient à dessein les tares du système pour un profit personnel. Mais ceux là, pris individuellement, ne sont pas pour autant les initiateurs de ce système. La responsabilité est collective puisque si les coupables désignés du jour (et à raison), spéculateurs et finance dévoyée, ont droit de cité c’est bien que la collectivité y a un moment trouvé son intérêt.

    4. @Boukovski : « La responsabilité est collective (…) la collectivité y a un moment trouvé son intérêt. » : c’est ce dont je ne suis pas sûr du tout. En 83, quand Mitterrand et les socialistes tournent la veste et commencent à casser tout ce qui contribuait à réguler la finance, le font-ils parce qu’ils y sont contraints par le contexte international, parce qu’ils espèrent faire la course en tête, ou parce qu’ils sont soucieux de l’intérêt collectif ? Qui a choisit de casser l’inflation en sachant fort bien que ça augmenterait le chômage ? (A la suite de quoi on vous explique qu’il est « structurel », que la France « archaïque » doit « s’adapter » à la « nouvelle donne » de « la mondialisation », etc. etc. ad vomitam.) L’intérêt collectif aurait-il été, et serait-il encore, le plus grand chômage possible pour avoir les plus bas prix possibles ? De toute évidence non. La responsabilité n’est donc pas collective.

    5. @ Crapaud Rouge. pardon de ne pas l’avoir précisé. S’agissant de la responsabilité collective, Il s’agit de la responsabilité de ceux qui ont voix au chapitre.

      Le système actuel n’est pas né en 2008, mais dans les années 80 et 90. Il a encore empiré en 2007 et 2008, et ses vices sont devenus si aveuglants que même ceux qui ne voulaient pas les voir ont du s’y résoudre. Pour autant, qui le remet sérieusement en cause ?

  8. nous n’avons plus aucune difficulté à distinguer les pratiques qui accroissent le risque global de celles qui le réduisent en en opérant le partage contractuellement, à savoir ce que nous appelons la fonction assurantielle des instruments financiers.

    Un petit rappel sur les critères permettant de faire cette distinction ne serait pas sans doute pas inutile dans cette suite de billets. Au moins pour les élèves ou les étudiants comme moi qui ne sont pas toujours très attentifs 😉

  9. Bravo pour ce billet, Paul Jorion, j’aime cette mise en perspective historique, tout en souhaitant des démarches semblables sur d’autres sujets ( le crédit, la fiscalité, la constituition des marchés financiers, l’historique des dettes des états, etc. )
    PS: hier, vers 18H10, sur France Culture, émission « Le Magazine de la Rédaction », un sujet sur les marchés financiers; certains témoignages sont éloquants. Malheureusement, à l’heure de la rédaction de ce commentaire, ladite émission n’est pas encore mise em « réécoute ».
    Le site de l’émission: http://www.franceculture.com/emission-le-magazine-de-la-redaction.html-0

  10. Petite correction :

    quand l’article 1965 du Code Civil exempta de l’« exception de jeu » les paris sur les fluctuations de prix

    C’est plutôt l’article 1965 du Code Civil qui définit l’exception de jeu et l’article L.211-35 du Code Monétaire et Financier qui en exonère les paris sur les fluctuations de prix.

    On perçoit mieux ainsi les ‘origines’ du monde : Code Civil vs Code Monétaire et Financier.

    1. @ Zébu,

      Très bien, je n’avais pas fait attention à la numérotation mais en effet, la seule mention des « codes » (vous savez ce que je pense des soit-disant codes actuels 😉 ) en question en dit long, tout comme le vocabulaire utilisé : tout un programme à l’oeuvre.

      Cdt.,

  11. C’est très intéressant l’analyse de toutes ces bifurcations, celle qui existait à Bretton Woods en 1944, celle en 1885 qui exempta la France de l’« exception de jeu » les paris sur les fluctuations de prix…..
    On pourrait y ajouter celle de 1948 entre OIC et OMC (abandon de la charte de la havane), celle des années 80 où Milton Friedman nous a indiqué l’impasse dans laquelle nous nous sommes engouffrés comme des moutons de panurge, ou plus proche de nous celle du Medef qui propose de liquider ce qui reste de l’héritage du CNR (services publics, protection sociale……….).
    Toutes ces bifurcations ont un point commun, la cupidité croissante et jamais assouvie des classes dominantes qui détiennent le capital.
    Effectivement quand on est dans une impasse il faut revenir au début de la bifurcation et prendre un autre chemin, c’est du bon sens.
    Force est de constater qu’aujourd’hui nous sommes dans une impasse, que le libéralisme est une impasse, mais pour prendre un autre chemin de façon démocratique il faut choisir le bon guide, la bonne option politique, mais encore faut-il que cette option existe.
    Actuellement nous avons trois français qui en théorie pourraient influencer la marche du monde pour nous faire prendre les bonnes bifurcations :
    – Sarkozy à la présidence du g20
    – DSK aux manettes du FMI
    – Pascal LAMY aux commandes de l’OMC
    Excusez du peu…….
    Mais j’ai bien peur qu’il ne faille pas attendre grand chose d’eux, actuellement le pouvoir est ailleurs. Je crois qu’il faudra faire d’autres choix dès que nous en aurons l’opportunité (2012).
    Mais je sors sans doute du cadre de ce blog, dont la finalité n’est pas, à priori, l’engagement dans l’arène politique.

  12. Je signale sur le sujet l’existence d’un rapport fait au Ministre de la Justice fait le 05 juin 1882 d’une commission chargée de proposer un projet de loi concernant justement les marchés à terme, commission constituée le 14 février 1882 :
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5821163n.image.r=%22l%27exception+de+jeu%22.f1.langFR

    La composition de la commission est en soit une réponse : ancien tribunal de commerce, président de la société générale du CIC, directeur du comptoir d’escompte de Paris, agent de change, syndic des agents de change, …
    Autant demander à des meurtriers de constituer un projet de loi sur la criminalité …

    Ce rapport traite éminemment de l’exception de jeu et même très majoritairement.
    Très éloquent :
    p.10 : « (…) ces marchés sont indispensables au crédit de l’Etat, ils sont aussi d’une importance de premier ordre pour le placement des actions des grandes Sociétés financières et industrielles. »
    S’ensuit un catalogue des actions qui nécessitent ces financements : chemins de fer, dépenses de guerre, rançons pour territoires perdus, travaux publics, …
    « L’incertitude de la loi peut être l’un des plus sérieux obstacles au développement des affaires financières ou commerciales ».

    Fermer le ban ?

    Non.
    Petite précision qui a son importance.
    En juin 1882, la commission ne parle pas des opérations se résolvant par un simple paiement.
    Son projet de loi est le suivant : « Nul ne peut, pour se soustraire aux obligations qui en résultent, se prévaloir de l’article 1965 du Code Civil, lorsque l’acheteur a le droit d’exiger la livraison ou le vendeur a le droit de l’imposer ». (p.37).
    C’est la Chambre syndicale des grains qui proposa ce qui devait être ensuite ceci : « alors même que le marché se résoudrait par une compensation ou par le paiement d’une simple différence » (p.28).
    La différence ?
    Pour la commission, ceci ne doit pas permettre de ‘légaliser’ des contrats qui permettraient de ne jamais faire de livraison.
    D’où la précision sur le second alinéa de l’article 1 du projet de loi : ‘lorsque l’acheteur …’

    On pourrait dire que la Chambre syndicale des grains a eu gain de cause, avec le temps.

    Car si l’on s’en tient à la version du 05 juin 1882, ce n’est pas tout à fait identique car cette version exclurait de fait les contrats dont ni le vendeur ni l’acheteur ne peuvent ‘imposer’ ou ‘demander’ une livraison, soit les contrats dits ‘nus’.

    1. Si j’ai bien compris, la commission était raisonnable car, pour elle, il fallait une livraison. Tout le mal vient de cette « Chambre syndicale des grains » dont on imagine bien l’intérêt à l’époque : pouvoir acheter et revendre sans être obligé de faire transporter la marchandise.

      Cet empilement de détails montre qu’il suffira d’imaginer de nouvelles formes de livraisons, (et de les faire reconnaître en droit), pour que des contrats sans livraison réelle puissent être traités comme les autres. Comme les gens intéressés ont l’imagination débordante…

    2. @ Crapaud Rouge :
      Oui, mais ‘raisonnablement’ orientée ! Sa justification de l’utilité de ce type de contrats … pour l’Etat en dit long déjà sur l’état … de nécessité du dit Etat quant aux financements des marchés à terme.

      Concernant la Chambre syndicale des grains (sorte de ‘syndicat’ des négociants), je ne sais pas si c’est, in fine, bien elle qui a permis de faire en sorte que la définition soit modifiée : le rapport date de juin 1882 et la loi fut votée en mars 1885, soit presque 3 ans plus tard.
      Ceci dit, c’est bien elle qui a exprimé, sans doute la première, cette expression de ‘simple différence’.

      Il faudrait avoir le compte-rendu des débats de la loi, que j’ai demandé à l’Assemblée Nationale mais je n’ai pas eu de réponses pour l’instant.

  13. ah, si c’était si simple! ça ne l’est pas!
    Dès que je fais commerce, en achetant un gros stock à crédit, je prends un risque -celui de ne pas vendre. Shakespeare illustre cela merveilleusement dans « le marchand de Venise » où le marchand ne pouvait rembourser Shylock tout simplement parce que ses bâteaux avaient coulé et danc sa marchandise perdue en non vendue. On peut donc dire qu’il avait « vendu à découvert » ses marchandises en empruntant à Shylock les sommes nécessaires pour armer ses bâteaux, et, en les perdant dans la tempête, Shylock ne pouvait même pas récupérer « la livre de chair » (car il ne fallait pas faire couler du sang chrétien).
    A mon sens, il est vrai que les techniques financières actuelles permettent des excès astronomiques avec des conséquences systémiques rapides, mais le principe de la « vente à découvert » (sans être en possession d’un bien à venir ou à produire) est essentiel pour le commerce.

    Et votre insistance sur le « il faut interdire les paris sur les fluctuations des prix » me semble véritablement procéder d’une certaine méconnaissance des réalités, malgré votre expérience financière. Un côté « cryptomarxiste » ne m’étonnerait pas, et je suis d’avance certain que cela ne marchera pas! Et sur ce point, je pense sans doute comme les « méchants capitalistes… ».
    Car, comme je le rappelle constamment, le principal obstacle, et de loin, au commerce vient du fait que la monnaie actuelle se trouve, face à la marchandise tout aussi que face au produit financier dans une position dyssymétrique d’une plus grande liquidité. Et c’est cette prime à la liquidité qui génère tous les excès spéculatifs assurément nocifs!
    Tant que l’on ne s’attaque pas à cela, votre revendication sera vaine, et je dirais même très dommageable, car une fausse réponse à un vrai problème, comme précédemment le communisme étatique, serait une catastrophe, voire un crime contre l’humanité.
    « l’erreur de bonne foi est de toutes la plus impardonnable ».
    Cette phrase avait été citée par Jacques-Alain Miller de la bouche de Lacan quand Lacan essayait (avec succès) d’écarter JAM de ses dérives maoïstes en 1970 pour le ramener à la psychanalyse.
    Je dis: votre revendication sans corriger le signe monétaire est une erreur grave condamnée d’avance à l’échec -sauf peut-être en Chine quand la punition est la fussillade du spéculateur coupable (?).
    Et même, dans ce cas, rien n’empêche l’arme de destruction massive en économie qu’est la possibilité de thésauriser: Ce faisant, on change constamment les rapports de prix et la pousse déflationniste est compensée seulement difficilement par des émissions de monnaie nouvelle, à son tour aussitôt engagée dans des thésaurisations nouvelles (la trappe…).
    C’est seulement en frappant au coeur même de l’émission de la monnaie en émettant des SMT que nous règlerons, du même coup, le problème des spéculations et des dettes, pas autrement!

  14. Si je trouve que les ventes à découverts, la spéculation à la baisse sont une aberration, je n’y trouve pas pour autant de rapport avec la notion de jeu, mais plus une dérive d’une pratique, qui veut se couvrir de toute perte.

    Car pour moi, le jeu, c’est uniquement tenter sa chance pour le plaisir de la tenter. Même s’il est vrai que plus on a d’argent, plus on tente sa chance pour le plaisir…Et non pour professer.

    Là, il s’agit plus d’un détournement d’objet: les financiers, bien incapables de réduire le risque à leur exposition, construisent des outils « mathématiques » pour pallier à leur incompétence.
    Maintenant, il s’agit de faire de l’argent… C’est d’autant plus pernicieux.

    Quant à la chance dans l’exercice d’une activité professionnelle.. .Prétendre que c’est sous l’aura d’une logique raisonnable que l’homme professe, que la chance n’a rien à y faire,c’est faire fi que l’entendement n’est commun que dans une certaine limite, celle de ce qui est propre à chacun, et de surcroît, l’action menée par tout à chacun est étroitement liée à l’espace temps, qui définit le champ d’action et l’aptitude à se faire entendre.

    Seules les mathématiques permettent de réduire le facteur chance. Et encore, y a malheureusement toujours moyen de discuter.

    Arthur Koestler aimait citer en amont des chapitres de ses livres une parole d’Evangile. Je la cite, non pas parce qu’elle est évangélique (pour éviter de donner l’impression que je sois un béni oui oui), mais parce qu’elle illustre bien ce que je veux dire: « Que ta parole soit oui, oui, non, ce qui est ajouté vient du malin ».

    1. Si je trouve que les ventes à découverts, la spéculation à la baisse sont une aberration, je n’y trouve pas pour autant de rapport avec la notion de jeu, mais plus une dérive d’une pratique, qui veut se couvrir de toute perte.

      Pour couvrir une perte, il faut au préalable y être exposé, non ? Lorsque vous faites du naked short selling, quel est votre degré d’exposition ? Il est nul. Par conséquent, vous ne pouvez pas faire état dune démarche assurantielle. On pourrait prendre l’exemple également des opérateurs de marché qui font l’acquisition de matières premières dont ils ne peuvent assurer ni la livraison ni la transformation, dans le seul but d’un gain sur un marché haussier. Etc.

      En l’occurrence, il s’agit de simples paris directionnels, et il apparaît parfaitement légitime qu’ils puissent être frappés de l’exception de jeu.

    2. Le mot « couvrir » n’est en effet pas adéquat. Je voulais plutôt dire supprimer tout risque, puisqu’on est gagnant à la hausse comme à la baisse.

      Il me semble par ailleurs que vous faites état de l’acaparement, dénoncé par Monsieur JORION, pour encourager la hausse des cours des matières premières. S’il s’agit bien d’une manipulation frauduleuse, car il y a fraude à la loi de l’offre et de la demande, ça ne me paraît pas être du jeu, il n’est pas question de tenter sa chance pour le plaisir. Même s’il est vrai qu’il s’agit de diriger les marchés.

      La défiance du 19 è siècle à l’encontre du marché boursier par les politiques français de l’époque, le qualifiant de jeu pour le discréditer, était pour moi plus une marque de défiance de l’Europe vers les US, qui alors, était outsider sur le terrain du partage des richesses mondiales.

    3. @ Antoine

      Le malentendu provient probablement du fait que vous évaluez les enjeux à l’aune d’une définition toute personnelle du jeu, limitée à l’immédiateté du plaisir ressenti par le joueur qui prend part au jeu, à l’exclusion donc de la jouissance des conséquences de son jeu (l’argent ainsi gagné).

      La précision que vous apportez en préambule ne change rien à l’affaire. Une couverture sert à supprimer le risque.

    4. Je serais curieux de connaître la véritable définition du jeu.

      Quant à la couverture, elle me paraît plus réparer les pots cassés une fois le risque devenu réalité que de le supprimer.

  15. Regardez donc la définition des jeux d’argent – entre autres variantes – et leur finalité, cela vous éclairera.

    Quant à la couverture, si vous demandez de préciser, je le fais volontiers : elle ne supprime pas le risque, en ce qu’elle ne peut empêcher son avènement, elle se contente d’en supprimer les conséquences financières. Encore une fois, dans le cas qui nuls occupe, cela ne change rien à l’affaire.

    1. Je reconnais que ma définition est plutôt restreinte, et permet facilement d’arriver à la conclusion à laquelle j’arrive.

      Il est vrai que la bourse a tous les attraits d’un jeu d’argent, tant le hasard a son rôle, et qu’ à la clé, une perte ou un gain. Mais que cela relève encore du loisir lorsqu’il s’agit de financer l’activité d’un pays, ça me paraît difficile à concevoir. Les traders, les financiers , professent plus qu’ils ne s’amusent au travail. Maintenant, s’ils sont ou deviennent fortunés de manière déraisonnable, les attraits du jeu d’argent prennent sans aucun doute le dessus sur la finalité des marchés financiers. Là, cela me paraît plus une « déformation professionnelle ». Toute profession a des côtés pervers…

      Pour moi, la couverture d’un risque n’éradique pas les conséquences financières: ça coûte même plus cher de courir le risque, puisqu’il faut le couvrir. Le supprimer, c’est nettement plus rentable.

      Le problème fondamental me paraît plutôt l’utopie selon laquelle les financiers peuvent percevoir les vecteurs de croissance, pour investir dans les secteurs porteurs… Ca ou lire dans le mare de café… Alors pour pallier à leur incompétence, qui est bien légitime, on fait en sorte que les pertes n’en soient plus, et on maquille ça avec des formules mathématiques alambiquées, dont même les concepteurs n’ont pas idée de leur portée.

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