Le robot lacanien

Marvin Minsky vient de publier un ouvrage intitulé The Emotional Machine (Simon & Schuster 2007) où il réclame un nouveau statut pour l’Intelligence Artificielle qui devra désormais s’appuyer sur l’émotion si elle veut parvenir à reproduire l’homme ou la femme dans la machine. L’idée est excellente, d’autant qu’elle rappelle l’ambition d’un chercheur aujourd’hui injustement négligé qui, il y a vingt ans déjà, mettait au point ANELLA (Associative Network with Emergent Logical and Learning Abilities), réseau associatif aux propriétés logique et d’apprentissage émergentes. Contrairement aux logiciels conçus à l’époque, ANELLA n’appliquait pas de règles pour raisonner logiquement, elle se contentait de suivre les émotions comptabilisées par sa dynamique d’affect. ANELLA ignorait tout à sa naissance (sauf « Maman », cela va de soi) et apprenait en posant des questions, puis elle répétait ce qui avait l’heur de plaire à ses interlocuteurs.

La seule psychologie qui repose sur l’affect, c’est bien entendu la psychanalyse, et ANELLA combinait les enseignements de la linguistique scolastique avec la métapsychologie freudienne et lacanienne. J’écrivis en 1987, alors qu’ANELLA était encore au berceau, « Ce que l’intelligence artificielle devra à Freud », texte publié dans la revue lacanienne L’Âne. J’expliquai ensuite plus longuement dans Principes des sytèmes intelligents (1990), la philosophie tout entière qui sous–tendait ANELLA.

L’année dernière, j’ai retrouvé le code d’ANELLA sur une disquette profondément enfouie dans une caisse entreposée durant dix longues années sur le port d’Amsterdam (« authentique ! », comme précisent parfois les bandes dessinées). « Chouette », me suis–je dit, « tu vas pouvoir redécouvrir comment cela marchait ! ». Enfer et damnation ! des lignes de code absconses en nombre quasi infini !

Avis aux jeunes générations : logiciel en avance sur son temps, disponible pour une jeunesse retrouvée et de nouvelles aventures !

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9 réflexions sur « Le robot lacanien »

  1. Verts écrans de notre jeunesse…

    (Commentaire affectif…)

    Cette jolie histoire à propos du « Code Anella » illustre assez bien le « principe d’incompréhensibilité » de Joseph Weisenbaum – Puissance de l’ordinateur et raison de l’homme – ; lequel peut se traduire comme suit : « un programme écrit par trente personnes à raison de 18 heures par jour pendant deux ans, sera à jamais illisible… avec pour conséquence que nous en serons réduits à faire confiance à un programme incompréhensible, lequel nous mènera un jour ou l’autre dans le mur. Voyez l’erreur d’arrondi relevée en 1997 par Rybak et Lichnerowicks.

    http://206.114.153.195/from.htm

    (… et affecté).
    §

    Je précise tout de suite que je suis même pas dilettante en ces matières, et aussi mauvais écrivain… Je me permets toutefois d’emboîter le pas au début de roman sentimental introduit par Paul Jorion sur le thème du manuscrit trouvé… à propos d’un monde perdu : l’idée est de planter un drapeau dans un désert de sable avec écrit dessus « ici il y aurait pu y avoir une ville ».

    §

    Je me souviens de Framework III d’Ashton Tate, je me souviens… de « Lotus Agenda »… Un jour, j’ai jeté leurs disquettes programme à la poubelle, je craignais de me retrouver seul dans la compagnie de ces logiciels désertés ; puis nostalgique, longtemps je les ai cherchés…

    Pour Framework « une cellule » dans un tableur, dans un traitement de texte ou une base de données, pouvait contenir n’importe quoi, par exemple un programme entier, ou un roman et ce roman pouvait contenir une famille de tableur entier lesquels récursivement pouvait contenir d’autres programmes, de niveau ( n-X ) lesquels pouvaient modifier le texte du roman… Il n’était pas besoin d’être informaticien cogniticien pour bricoler sans prétention des trucs marrants… le cauchemar de Russel.

    Agenda était limité à 65. 536 fiches, mais c’était bien assez pour ma courte vie… Évidemment, j’avais rêvé d’écrire un petit programme comptabilisant les boucles récursives sur le principe de sphexité d’Hofstadter, et laisser la machine construire des (vues (de vues) de vues)), après j’aurais siroté une eau de vie, tout en les regardant « glisser » à leur propre « soul »…

    « Techniquement », c’était à ma portée, car je rentabilisais, sans plus d’effort, l’investissement dans la maîtrise de ces deux outils bureautique, mais Bill a racheté Ashton et IBM Lotus ; …disparus… l’APL et Wings … et le Logo de Seymour…

    Et bien, figurez-vous que l’année dernière, en creusant l’Internet, j’ai retrouvé deux gars : l’un s’occupe de Framework 8! (lequel est devenu hors prix et réservé aux grosses boîtes) et l’autre, tâche de réécrire « Lotus Agenda » sous Windows.

    Moshe Frankel
    http://www.framework.com

    et

    Mike Capor est toujours d’attaque :

    http://www.branchez-vous.com/actu/02-11/06-334301.html
    « En investissant 5 millions de dollars dans le projet à code source libre Chandler, Mitch Kapor, fondateur de la société Lotus, est de nouveau prêt en découdre avec son vieil ennemi de toujours, Microsoft. Ce faisant, Kapor espère ainsi que son équipe réussira à programmer le plus formidable gestionnaire d’informations personnelles et à le rendre disponible en code source libre ».
    Si je devais écrire une fin à ce mauvais « véri-roman », je choisirais de défendre la morale suivante : l’intelligence, la nôtre comme celle des machines évolueront ensemble, ou nous nous mènerons mutuellement dans le mur… si nous voulons que ces petits programmes aiment, aimons-les ! Tout n’est pas donc pas encore déjà perdu.

  2. A propos du texte de Paul Jorion « ce qui fait encore cruellement défaut à l’Intelligence Artificielle » (texte disponible sur http://www.pauljorion.com/)

    Que la conscience ne puisse rien est le plus souvent vrai, mais pas toujours. Ainsi, le meilleur moyen pour résister à quatre heures de drill sur un parade ground, est d’introduire de soi-même un délai de réponse entre le mouvement d’ensemble « aboyé par l’adjudant » et son propre mouvement. Se « payer la tête du monde » sans se faire remarquer est jouissif…nous pouvons choisir de substituer le rire à la peur. On se fera quand même tuer, mais c’est autre chose.

    Deuxièmement, le moment de conversion entre deux attracteurs peut être activé à chaque instant, « sur quelle pente de la chaîne du langage vais-je « me » laisser glisser… ? Si, au stade ou nous sommes, le mouvement d’ensemble reste déterminé, il nous est sans doute déjà possible de choisir nos méandres. Par exemple, Joyce sait ça et balise les chréodes de façon à révéler « in fine » le jeu de l’atracteur…

    « Je suis la pente… » est une forme d’intentionalité, mais au second degré.

  3. Bonjour,
    venu sur votre site via les considérations économiques et politique, je le lis plus complètement.
    Etant interressé par l’IA, de formation et métier ingénieur informatique, je suis interressé par le challenge de rétro ingénérie que vous proposez sur ANELLA.
    Je suis a votre disposition via le mel ici cité pour tout contact.

    Merci de votre disponibilité

  4. En 1950, le mathématicien Alan Turing (considéré comme l’inventeur de l’informatique) avait imaginé un test concret permettant de répondre à la question « une machine peut-elle penser ? »: ce test consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain à l’aveugle. Si l’homme qui engage les conversations n’est pas capable de dire qui est l’ordinateur et qui est l’autre homme, on peut considérer que le programme de l’ordinateur a passé avec succès le test. Une compétition annuelle (prix Loebner) fut organisée afin de déterminer le meilleur programme capable de réussir le test de Turing. Il faut noter qu’à ce jour, aucun système n’a réussi à passer le test de Turing, malgré les progrès considérables de l’intelligence artificielle. On se souvient qu’en 1997, le programme « Deep Blue » avait battu le champion du monde de jeux d’échecs Kasparov . Plus récemment, et pour se rapprocher davantage des sujets débattus sur ce blog, on a relevé l’existence d’algorithmes de trading particulièrement efficace si l’on en croit les révélations faites sur l’affaire Aleynikov :
    « Le logiciel serait capable de générer des milliers d’ordres en tous sens avec un nombre impressionnant d’écarts gagnants… tandis que la majorité des opérateurs sont totalement déboussolés, les systèmes classiques et la simple intelligence humaine étant complètement dépassés par la tournure (volontairement ?) insaisissable des évènements. »
    http://la-chronique-agora.fr/articles/20090707-1951.html
    Il serait d’ailleurs intéressant d’avoir une étude plus précise de l’impact de ces algorithmes sur les mouvements des marchés. On peut deviner l’ampleur et la difficulté de cette tâche, vu les enjeux considérables qu’elle soulève.

  5. … ..
    Puisque tout ici se suit et s’enchaînera…
    Je vois ceux qui y résident et le résiduel.
    Près de sa face, l’oiseau frais et soyeux,
    J’en vois le son et je brais – HIIIIHAAAN!

    So! …Tôt, I.A. était dans le green Codex.
    Buvant à l’eau naturellement du ruisseau,
    elle s’étendit sous l’ombre verte et dormit,
    le rêve rafraîchi par le vol d’une chouette.

    Va p’tit âne, va et trottine, Flip, Flop, Flip !
    Tu trouveras sur ton chemin, des copines
    et des galopins cachés bien sous les bois
    de-ci et de-là, tu trottineras derrière eux…

    Va p’tit âne vert, va et trottine, bien sage…
    Toujours l’air réjoui, bien chargé en fagots
    à gravir bien habile les marches du parvis,
    car pour toi, à la tâche rien est impossible.

    Comme vouloir tirer un pet, d’un âne mort.

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