L’avenir de la Belgique ? (I. Le passé)

La Belgique est bien loin pour moi : quinze ans de France, onze ans d’Angleterre et maintenant dix ans d’Amérique. Pourtant quand, comme ce matin, on la critique, je monte encore une fois sur mes grands chevaux.

Ben oui, du côté de ma mère, quand on remonte par vingt générations de Hollandais, on retombe sur Dinant et Bouvignes. Du côté de mon père, on n‘a jamais bougé : Gosselies, Courcelles, Fontaine–l’Évêque : le coeur de la Jorionie au coeur de la Wallonie. Je me souviens quand j’étais gosse, mon père écoutant avec recueillement son disque de Bob Deschamps. Dès que le chansonnier entamait sa récitation de « Chârlèrwè qué sale payis » (Charleroi quel sale pays), je voyais les yeux de mon père s’embuer. Je ne comprenais rien au wallon de Charleroi mais je ne pouvais manquer d’être saisi par la gravité qui envahissait la pièce, comme une brume artificielle crachée par le tourne–disques.

[…] Vos d’sez qu’il est grossiè nos patwès d’Charlèrwè ?
Vos avèz p’tête réson, mins savèz bén pouqwè ?
C’est qu’il a stî pârlé pa tout ces brâves ouyeûs
Qui n’sav’nut nén c’qwè c’est « awè peu »
Qui discindent’nu dins l’fosse en dijant des biestrîyes
Sins sondjî qu’is sont là in trin d’risquî leu vîye.
Et c’est sôrtant dè l’bouche dè ces homes couradjeûs
Qui chène qui nos patwès est télcôp crapuleûs.

Vous dites qu’il est grossier, notre patois de Charleroi ?
Vous avez peut-être raison, mais savez vous pourquoi ?
C’est qu’il a été parlé par tous ces braves mineurs
Qui ne savent pas ce que c’est d’avoir peur
Qui descendent dans la mine en disant des bêtises
Sans songer qu’ils sont là en train de risquer leur vie.
Et c’est sortant de la bouche de ces hommes courageux
Que notre patois est, semble-t-il, quelquefois crapuleux.
[…] (Bob Deschamps et François Lemaire)

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