Le Monde, samedi 11 octobre

Ma tribune intitulée « La survie de l’espèce l’exige » paraît demain, dans l’édition datée de dimanche-lundi. C’est tout un dossier et il y a du beau monde.

Vous verrez, j’y parle des investisseurs et des dirigeants d’entreprises qui ont eu la folie de substituer le crédit à la consommation aux salaires de plus en plus maigres, je dis que les banques centrales ont appliqué servilement ce programme, je demande que la monnaie reflète la richesse et que celle-ci soit évaluée comme réel surplus et non comme la somme totale des paris faits partout dans le monde, et ceci à l’aune de la santé de la planète, où son épuisement doit être enregistré au passif.

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16 réflexions au sujet de « Le Monde, samedi 11 octobre »

  1. Déjà à l’âge de trois ans, j’épatais tout le monde avec mes longs discours écosociétalistes ! Mais on m’obligeait de me taire. Le temps de la revanche est venu ! 😉

  2. cher paul,
    Vous méritez une place de choix a la table des penseurs pour une nouvelle fondation du système monétaire
    Vous êtes un authentique savant
    Amicalement

  3. Ah Paul, merci !
    Trouver « les mots pour le dire », c’est si important !
    C’est comme ca qu’on vous aime… 😉

  4. Difficile de ne pas etre d’accord avec ces paroles de bon sens… sauf pour ceux dont on detruit le modele et ses privilèges qu’ils avaient reussi à amasser. Peu probable malheureusement d’attendre des actes (au dela des paroles) dans la ligne que vous tracez par les grands dirigeants mondiaux.
    Demander au president Francais qui a pour modèle les USA, ses prets hypothecaires, sa population insouciante capable de s’endetter sans crainte de l’avenir, la deregulation propice à l’inventivité, … de faire cap à 180°, je n’y crois pas sauf s’il demissionnait ! Pour les autres je ne sais pas mais je n’ai pas l’impression que le virage soit moins facile pour eux aussi.

  5. Paul, pensez-vous vraiment qu’il s’agisse d’une folie, d’une espèce de pathologie accidentelle ? N’y a-t-il pas tromperie dans l’usage de ce mot ? Parlez-nous ne serait-ce qu’un peu du déterminisme qui conduit à ce type de décisions éco-politiques. Quid des effets de la sacro-sainte CONCURRENCE ?

  6. Bravo Paul
    J’espère que votre voix portera !
    Le monde d’aujourd’hui a désespérément besoin d’analyses de bon sens, pragmatiques, et non faussées par l’intérêt personnel, la peur, l’appât du gain ou la conformités à ses réseaux sociaux.

  7. Comme Robert : Souhaitons que dans la cacophonie planétaire, les messages comme le votre, porteurs de sens et d’espoir soient entendus et mis en oeuvre.

  8. Incroyable coïncidence : je me suis pris ce midi à me demander le pourquoi du ‘bradage’ systématique du revenu (me disant même : ‘oufti, y’a pas que dans le secteur pour lequel je travaille qu’il y a des concurrents bradeurs’). J’hésitais même à vous envoyer un mail pour vous l’expliquer. Ben voilà ! La réponse. En un mot comme en cents : MERCI !

  9. Paul, j’acheterai aussi le Monde.

    En ce qui me concerne, c’est devenu rare. Je sais, je passe à côté d’un certain pourcentage de qualité de la presse écrite. Mais je te fais confiance, car on constate que tu ne gaspilles pas l’audience que tu as, tout au contraire. Dans un monde où la communication a « plus d’importance » que son contenu et qu’elle rétroagit aussitôt sur le (ou les) sujet généralement prioritaire sur la « communication », c’est une qualité hors série.

    Enfin, si tes interventions peuvent aider à faire sortir du : « je possède, donc j’ai le droit, le droit à l’infini de…(tout ce qu’on peut imaginer de pire et dévoyé) ». Et au moins revenir à : « je possède, donc je suis responsable », la crise pourrait peut-être être envisagée avec une somme positive. Au moins pour commencer.

  10. Paul,
    pourrais-tu nous faire ce week-end un point d’actualité sur la situation des marchés et notamment sur le rôle des CDS dans ceux-ci ? Ne sont-ils pas au centre du krach ? La cause du krach.

    D’ou je vis, hors internet, je n’ai accès qu’aux différents journaux de TV5 monde, dont les journaux du soir de France 2, de Suisse, de Belgique et du Canada…, et pas un mot sur les ventes d’actifs réalisés en urgence par les Banques, par les Fonds de toutes sortes (Hedges et autres). Les journalistes nous sortent leurs clichés habituels destinés a masquer leur ignorance : « l’irrationnel du petit porteur » qui selon eux expliquerait tout, ben tiens !

    Je crois qu’il y a quelques boursicoteurs qui ont bien tenté de jouer le rebond suite à la baisse des taux, mais les pauvres ont été emportés par une vague bien plus puissante… Celle des ventes « forcées » des institutions bancaires et financieres ? Est-ce que je me trompe ?
    Un grand merci pour nous éclairer… à nouveau.

    Quand les bornes sont dépassées…
    PAR CHARLES GAVE* | JDF HEBDO | 11.10.2008 | Mise à jour : 19H45
    Il n’y a plus de limites, comme l’avait dit le président Pompidou, citant Joseph Prudhomme, lors d’une conférence de presse.

    Depuis quinze jours, les marchés se sont absolument écroulés, l’indice mondial baissant de plus de 30 % en très peu de temps. Trois raisons peuvent expliquer cet effondrement :

    1. Les investisseurs se dégagent à toute allure des marchés tant ils ont perdu confiance dans les règles juridiques qui sont censées encadrer leur propriété. La quasi-spoliation des actionnaires de Fannie Mae et Freddie Mac par le Trésor américain serait à l’origine de cette dégringolade sans fin. Nous serions donc au milieu d’une grève des acheteurs de proportion historique.

    2. Deuxième raison : les marchés du papier commercial sont fermés, et la faillite de Lehman a montré que les fonds de trésorerie n’étaient rien d’autre que des dépôts bancaires effectués auprès d’une institution qui n’était pas une banque, n’avait pas de fonds propres ni de réserve obligatoire, et dont l’Etat ne garantissait pas les encours. Cette perception bouleverse totalement tous les circuits de financement, et pourrait amener l’économie dans un ralentissement beaucoup plus sensible que celui auquel on pouvait s’attendre avant que tout cela ne se passe.

    3. La troisième raison est plus technique. Apparemment, il y aurait plus de 450 milliards de dollars de CDS (Credit Default Swaps) sur Lehman qui doivent être réglés ce vendredi. Les CDS, ce sont des contrats d’assurance vendus par une institution financière garantissant qu’une autre société ne va pas faire faillite. 450 milliards de dollars de ces contrats d’assurance sur Lehman – qui a fait faillite – arriveraient donc à échéance ce vendredi 10 octobre.

    Tous ceux qui avaient cédé ces contrats vendent comme des fous depuis trois semaines pour lever les fonds nécessaires à ce règlement. Ils en arrivent même à se séparer des obligations d’Etat, dernière ligne de défense, qui baissent depuis deux ou trois jours. Nous sommes donc en train d’arriver à une situation binaire.

    Ou bien ces règlements ont lieu en bon ordre, et, les vendeurs ayant disparu, les marchés rouvriront lundi en forte hausse.

    Ou bien ces règlements n’ont pu avoir lieu, et, dans ce cas-là, la protection apportée par les CDS apparaîtra comme illusoire, et toutes les banques et institutions financières devront annoncer quelle est la valeur exacte de leurs positions, hors protection.

    Pour l’instant, les positions assurées sont au bilan à 100 % de leur valeur faciale. Si l’assureur fait faillite, il faudra mettre au bilan la valeur de marché et non la valeur assurée. Dans ce cas, toutes nos banques seraient en faillite et devraient être nationalisées. Dans cette hypothèse, une fermeture des Bourses pendant quelque temps est tout à fait envisageable, le temps que les autorités remontent toutes les transactions.

    Bref, nous vivons des moments historiques. Ce que nous réapprenons, c’est que le risque existe. Comme le disait Karl Popper, si on cherche à réduire le risque au niveau individuel, il réapparaît au niveau collectif. Les mathématiciens de marché ont cru réduire le risque. Ils l’avaient simplement transféré…

    *charlesgave@gmail.com

    PS : Sur les bords du Mékong, j’ai peu de chances de trouver Le Monde 😉 Et le site internet semble, comme à son habitude, ne guère vouloir diffuser les articles les plus pointus, qu’il réserve a ses abonnés. Comment lire ton intervention ?

  11. Merci Paul,
    Pour la qualite de votre travail d’information.
    Que pensez vous du travail sur la decroissance de l’economiste Georgescu -Roegen?
    Amicalement Thierry

  12. J’ai transmis votre message à Jean Marc Jancovici, vos clairvoyances se rejoignent (et au royaume des aveugles, les borgnes ne doivent pas se perdre de vue….)

    Vous vous retrouvez notamment sur le système des prix, et « l’insciption de l’épuisement du système terre » au passif de la comptabilité des hommes.

    http://www.manicore.com/

  13. Très bon résumé.

    Paul Jorion a écrit :

    Or depuis 1975 environ, les investisseurs – les « capitalistes » – et les dirigeants d’entreprises ont eu la folie de substituer à la part déclinante du surplus revenant aux salariés, le crédit à la consommation. La réalité les a rattrapés et nous payons aujourd’hui tous le prix d’une telle cupidité.

    Les banques centrales ont joué ici un rôle particulier, devenant des machines de guerre entre les mains des investisseurs seuls, manipulant les taux d’intérêt pour faire taire les entrepreneurs sous la menace de la fermeture d’entreprise et les salariés sous celle du chômage.

    Les intérêts récompensent le capitaliste des avances consenties à l’entrepreneur. Pour que les intérêts puissent être versés, il faut que ces avances aient créé une authentique richesse. Or, le prêt à la consommation ne remplit pas ces conditions : le versement des intérêts est ponctionné sur le salaire de l’emprunteur, produit de son labeur, et nullement sur un surplus généré grâce aux avances. Lorsque les salaires déclinent, les ménages empruntent davantage. Les fonds ne constituent pas une avance productive mais le bouche-trou d’un salaire insuffisant. Du coup, les ménages gèrent leur budget à l’instar d’une « cavalerie ».

    C’est pour cette raison que l’usure, c’est-à-dire le crédit à la consommation, a été formellement interdit depuis … (restons en France et ne remontons pas à Solon) … les Mérovingiens jusqu’à la Révolution, et ensuite très fortement réglementé au XXe siècle jusqu’aux Giscardiens (Balladur, Madelin, Minc, Attali, Sarkozy).

    Le prêt à intérêt n’était par contre pas interdit pour les affaires: le prêt étant considéré comme une forme d’association à une activité marchande, avec le participation aux profits et aux pertes de l’entreprise (il était cependant interdit dans les domaines non marchands comme l’agriculture, et permis pour la construction d’immeubles d’habitation: un crédit foncier d’État existait à Paris au XVIIIe siècle). Il y a donc une différence fondamentale de nature entre prêt à la consommation (ou prêt de trésorerie) et prêt d’établissement (ou d’exploitation).

    Il convient de se rappeler que jusqu’aux années 1975,

    – 1°) tous les ménages bénéficiaient de crédit sans avoir de banque . Ma grand mère n’avait pas de carnet de chèque, mais elle avait des comptes chez tous les commerçants, et elle recevait « son compte » tous les mois, tous les trimestres, ou tous les ans, selon le domaine. J’ai retrouvé des notes de médecin ou de dentiste qui récapitulaient toutes les interventions faites pour sa famille pendant un an. Elle payait la somme, assez importante, sans discuter et par retour de courrier. Faute de quoi, son crédit aurait été entamé, elle aurait été discréditée, et on lui aurait demandé de régler comptant., ce qui était une honte. La possession d’une maison participait fondamentalement du crédit des familles: sans être formellement données en garantie, elles matérialisaient et garantissaient leur crédit social qui n’était pas individuel, mais collectif. Sans propriété immobilière, pas de vraie citoyenneté économique.

    – 2°) tous les agents économiques travaillaient sur fonds propres : ils pouvaient emprunter à une banque pour se doter en capital, pour s’établir, mais ils possédaient assez de trésorerie pour accorder du crédit à tous leurs clients (un médecin ou un agriculteur pouvaient faire les avances d’une année d’exercice, alors qu’actuellement ils ont tous une trésorerie négative d’au moins un an). C’est effectivement à partir des années 1975 (le développement du système Carrefour et la diffusion de Dallas à la TV) que tout le monde s’est mis à gérer sa trésorerie, qu’il a été bien vu de se comporter comme un rat, c’est-à-dire de recouvrer le plus tôt possible, et de payer le plus tard possible.

    Actuellement, les banques se sont attribué le monopole du crédit social , au point d’avoir fait oublier que le mot crédit ne désigne pas a priori un prêt bancaire, mais l’opinion favorable dont bénéficie une personne, ou plutôt un groupe de personnes solidaires, une famille dans la société où elle vit (le mot famille, vient de « fama », en latin la réputation, le crédit, il veut dire littéralement « groupe élémentaire de crédit ») .

    Actuellement, les entreprises travaillent toutes à découvert , et elles payent toutes un lourd tribut aux banques, et leurs activités seraient arrêtées si les banques leur retiraient leur crédit d’exploitation (le seul qui soit immédiatement exigible, ad nutum). Il y aurait alors un ralentissement de l’activité, une récession. Elle ne serait pas due à des difficultés économiques mais à la défaillance du secteur bancaire qui ne remplirait plus ses fonctions.

    C’est pour prévenir cette défaillance que l’État se croit obligé  »d’injecter des liquidité dans l’économie ». Malheureusement, cet argent ne va pas dans l’économie mais dans les banques, et les banque ont un trou tellement immense dans leur caisse qu’une très faible part de ces fonds restera disponible pour les entreprises : la plus grande part étant absorbée pour faire fonctionner, envers et contre tout, des établissements financiers en état de faillite outrepassé, et dont on n’exige pas qu’elles déposent leur bilan.

    A mon avis, pour éviter que le pourrissement de la finance bancaire ne contamine l’économie et le commerce en asphyxiant leur trésorerie, il faudra cantonner tout le secteur financier malsain sans attendre la cessation de paiement, ce qui ne peut se faire qu’en obligeant tous ces établissements bancaires à déposer leur bilan et à se soumettre à une procédure normale de redressement judiciaire : calcul de la date de faillite, appel de toutes les créances avec leurs dates d’exigibilité et inventaire de tous les actifs, etc. Si elles en sont arrivées, comme on l’a vu aux USA, a avoir une situation réduite à 1% de leur capitalisation boursière, il est inutile d’essayer de les recapitaliser ou de les renflouer.

    1°) – Il faudrait, en attendant ce moment qui ne pourra pas être différé encore longtemps, recréer un réseau indépendant de financement direct des secteurs économiques : un comptoir des entrepreneurs, un crédit agricole, un crédit foncier, peut-être en prévoyant de nationaliser ou reprendre certains réseaux d’agences bancaires existants.

    2°) – Il faudra aussi, si comme c’est prévisible, toutes ces injections de liquidités font brusquement démarrer un mouvement incontrôlable de dévaluation de toutes les devises internationales (une inflation géante), que l’État remette en circulation une monnaie locale avec support physique, des billets de la Banque de France. En effet, depuis 2000, la Fed et la BCE s’étaient entendues pour mettre en œuvre une politique financière consistant à enrayer toute inflation sur les prix à la consommation, tout en favorisant l’inflation de tous les actifs (immobiliers et boursiers). Ce système est arrivé à ses limites il y a un an : soit les actifs redescendent, soit les prix remontent. Or, les quantités massives de liquidités qui sont sensées pallier au financement de l’activité économique sont utilisées pour empêcher la déflation des actifs financiers et absorbées par le marché boursier. Et la masse monétaire se retrouve considérablement augmentée alors que le volume de production et d’échange ne croit plus.

    3°) Pour le cas où le marché mondial traverserait une crise des moyens de paiements, il ne serait pas inutile de faire un bilan des activités économique nationales secteur par secteur, d’évaluer le niveau de dépendance des marchés mondiaux pour les secteurs vitaux (agriculture, énergie, etc.), et de chercher les moyens de pallier à une impossibilité temporaire d’importation

    Plus de paiements en devises, c’est embêtant. Il paraît que maintenant, nous achetons à l’étranger 70 % du poisson que nous consommons, et 30 % de notre viande.
    Mais comment a-t-on pu en arriver là ?

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