Les explications rapides des choses compliquées

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Parfois, comme ici, je me mets à écrire un petit commentaire personnel et ça devient trop long. Alors j’en fait un billet.

Je réponds spécifiquement à un commentaire d’Étienne Chouard.

Quand « La crise » (Fayard) sera en librairie, le 3 novembre, les curieux pourront lire avec mes trois volumes sur la crise, environ 900 pages d’explications sur comment on passe de prêts immobiliers à des emprunteurs américains à risque à l’écroulement du système financier mondial. Je ne crois pas m’être perdu dans les détails mais je suis d’accord, c’est long. En fait, si on n’a pas beaucoup de temps, on peut se contenter de lire les 250 pages de « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte) puisque j’y explique de manière anticipée le « scénario catastrophe », celui qui s’est réalisé. Le processus qui conduit du boum sur les subprimes à maintenant prend quand même trois ans ou plus.

Si vous n’avez pas suivi l’actualité financière durant ces trois années et que vous vous réveillez ce matin en sursaut en vous disant « Quoi, comment est-ce Dieu possible que le monde s’écroule parce qu’un gars ne peut pas payer ses traites dans le Nebraska ? », vous trouverez toujours quelqu’un qui soit prêt à vous vendre une explication simple qui tienne en une page ou deux : c’est la norme comptable XY ou le plan diabolique du Dr. Paulson.

Mais la crise des subprimes, c’est comme la guerre du Péloponnèse : pas la peine de se perdre en supputations, il y avait des témoins, et il y a eu des historiens qui vous ont raconté ça au jour le jour, et leurs livres sont en librairie.

Un mot maintenant, vite fait, sur les normes comptables. Les normes comptables vous obligent à écrire un chiffre aujourd’hui correspondant à un gain que vous ferez demain. Plus demain est incertain, plus le chiffre que vous écrivez aujourd’hui est incertain. C’est en général une bonne affaire quand tout va bien et une mauvaise quand tout va mal, comme TL vient d’ailleurs de très bien l’expliquer.

Dernière chose, la confiance, ce n’est pas comme de la soupe ou du fromage, c’est une petite théorie du complot à soi toute seule : « Les marchés s’effondrent, c’est la faute à la confiance ! » Ah oui, qu’est-ce que ça veut dire ? J’ ai essayé d’en démonter le mécanisme dans La crise des subprimes et la « confiance des marchés ». En gros, la confiance, c’est comme l’honneur, on en parle surtout quand elle est perdue, et elle est perdue quand on essaie de vous vendre quelque chose pour plus cher que cela ne vaut.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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17 réflexions sur « Les explications rapides des choses compliquées »

  1. Paul

    Je le répète, c’est un point de repère exceptionnel de te lire, car cela vient de l’intérieur du système qui, pour y avoir exercé un dizaine d’années, rend tes témoignages et tes explications irréfutables. Et lorsque un écrit se trouve authentifié par la suite des événements, c’est une réponse de la Vérité à la Vérité. La Vérité n’est jamais contre la Vérité.

    Quand tu écrit ceci:

    «  »Un mot maintenant, vite fait, sur les normes comptables. Les normes comptables vous obligent à écrire un chiffre aujourd’hui correspondant à un gain que vous ferez demain. Plus demain est incertain, plus le chiffre que vous écrivez aujourd’hui est incertain. C’est en général une bonne affaire quand tout va bien et une mauvaise quand tout va mal, comme » »

    Tu es bien d’accord qu’il faut qu’il y ait une « rigidification » des rapports entre les biens produits et la monnaie qui y correspond? Que la comptabilité, si elle est comme un système métrique, doit être le garant des « rigidités » entre toutes les contreparties, aujourd’hui, comme demain? Et plus comme hier?

    Enfin que les bilans des banques et de tout établissement financier ne puissent plus désormais, en aucune façon, trouver leur avantage – contre – la société. Autrement dit, qu’il y ait eu jusqu’à présent de « bons », et même très bons bilans bancaires au détriment de la société, les exemples surabondent, est un fait contre nature (1) que des forfaitures et leurs méfaits développèrent jusqu’à la présente crise. Voilà qui devrait permettre de ne plus se reproduire.

    La création monétaire est un acte social par excellence. La création monétaire ne doit, en AUCUNE façon, être le lot d’ entreprises privées à actionnaires tel que les banques commerciales, NON PLUS que par des banques Centrales chapeautées par des cartels de banques commerciales, tel que c’est la cas à présent, jusqu’à plus ample informé, depuis le début de la crise, car c’est le risque actuel. (par exemple la FED est privée).

    La fausseté essentielle vient de là. La création monétaire pourrait parfaitement s’effectuer sur compétences et expertise bancaire, mais ayant un cahier des charges – social -. Les banques commerciales, désormais, ne prêtant, exclusivement, que l’argent de leurs déposants.

    Il va y avoir, sans doute, une assez longue période où les réunions, toutes plus « importantes » et « décisives » les unes que les autres, vont se succéder sur l’échiquier bancaire, financier et monétaire. Je vois avec préoccupation que c’est toujours le « même personnel »… (certes les élections politiques de l’exécutif américain sont imminentes, mais cela n’est pas une garantie que le dit personnel financier change vraiment de cap)

    (1) dénoncé par certains depuis de nombreuses et longues décennies

  2. Cher Paul,

    Merci pour cette réponse circonstanciée 😉

    Mais vous me laissez un peu sur ma faim… Certes, je vais lire, petit à petit, vos livres et certains autres de ceux qui ont décrit la crise par le menu, mais pour l’heure, quand vous me dites : « Si vous n’avez pas suivi l’actualité financière durant ces trois années et que vous vous réveillez ce matin en sursaut (…), vous trouverez toujours quelqu’un qui soit prêt à vous vendre une explication simple qui tienne en une page ou deux : c’est la norme comptable XY ou le plan diabolique du Dr. Paulson », je trouve ça un peu léger (mais je peux comprendre que vous manquiez de temps).

    Léger, un peu comme ceux qui évacuent une démonstration complète de complot (voir les épais – et passionnants – ouvrages d’Annie Lacroix-Riz sur les complots avérés des industriels et des banquiers européens contre les institutions républicaines entre les deux guerres) par une simple phrase se contentant de suggérer un amalgame avec la maladie paranoïaque des pires conspirationnistes…C’est la réfutation, dans ce cas, qui, prétendant pourtant être particulièrement sérieuse, ne l’est pas assez, non ?

    Je ne vous ferai certes pas un reproche aussi accentué, mais celui qui dit (ce n’est pas moi qui le dit, c’est lui) que « les normes comptables ont été LA VRAIE RAISON de l’amplification et de la propagation de la crise », c’est « Didier Marteau, professeur à l’ESCP-EAP et chargé de cours en 3è cycle à l’Université Paris I Sorbonne et à Paris Dauphine, membre de la Société d’économie politique, auteur de Monnaie, Banque et Marchés Financiers paru en mars 2008 aux éditions Economica »… Donc, j’imagine qu’il connaît un peu la question et je trouve que ce serait bien de ne pas l’évacuer sans le moindre argument, non ?

    Pour préciser mon questionnement, Paul, cette analyse de Didier Marteau me rappelle un article du Diplo que j’avais signalé en 2005 (sur ma page ‘Liens et documents utiles’) (en fait, je ne dors plus depuis trois ans 😉 ) : « L’Union européenne mise aux normes américaines : une comptabilité sur mesure pour les actionnaires » par Jacques Richard, professeur à l’université Paris-Dauphine : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/11/RICHARD/12911.

    Vous semblez dire dans votre réponse qu’il faut bien donner une valeur aux actifs et que, simplement, la comptabilité sert à ça, voilà tout (circulez, y a rien à voir). Mais il me semble bien que la comptabilité, autrefois, était plus prudente qu’aujourd’hui, et je ne trouve pas farfelu d’imputer (au moins en bonne part) la responsabilité de l’épouvantable crise de confiance actuelle à la destruction préalable de tous les outils sérieux d’évaluation de la valeur des actifs. Alors j’insiste, pardonnez-moi.

    Voici l’article (passionnant) de Jacques Richard (en nov. 2005 dans le Monde diplomatique) :

    « L’Union européenne mise aux normes américaines :
    Une comptabilité sur mesure pour les actionnaires »

    Malgré les apparences, la comptabilité est une affaire éminemment politique car elle reflète la vision que l’on a d’une entreprise et, au-delà, de la société. Or l’Union européenne a, de fait, sous-traité les nouvelles normes, qui s’appliquent à toutes les sociétés cotées, à une organisation internationale privée sous influence américaine. L’objectif est de donner plus de marges de manœuvre aux actionnaires.

    Depuis le 1er janvier 2005, dans la présentation de leurs comptes consolidés, toutes les entreprises cotées de l’Union européenne doivent respecter des normes comptables internationales élaborées par une institution privée : l’International Accounting Standards Board (IASB, Comité des normes comptables internationales). Cette mesure, qui remet en question les règles en vigueur dans plusieurs pays du Vieux Continent, dont l’Allemagne et la France, provoque un regain d’intérêt pour la comptabilité, y compris chez les spécialistes étrangers à cette discipline. Bien que, dès 1916, Werner Sombart ait souligné son importance (« Elle est une condition sine qua non de l’existence du capitalisme (1) »), la comptabilité, souvent présentée comme une simple technique poussiéreuse et dénuée d’intérêt, restait le champ clos de quelques modestes teneurs de livres compassés et secrets. Le scandale Enron, en décembre 2001, a tout changé. Brusquement, le monde des économistes mesure sa capacité d’influence maléfique sur les fondements du système capitaliste (2).

    Schématiquement, le credo dominant, comme celui des corps constitués de la comptabilité, se résume ainsi : les comptables ont « fauté » avec Enron, mais les nouveaux principes comptables de l’IASB sont là pour résoudre les problèmes posés par ce scandale. Le temple de la nouvelle sagesse comptable proposé par l’IASB paraît d’autant plus attrayant que ses grands prêtres prononcent des sermons éloquents. Qui pourrait, a priori, contester la nécessité de « bons » principes, d’une évaluation à la « juste valeur » et d’une « meilleure information économique » adaptée aux réalités du monde moderne ? Mais ces jolis mots sont des paravents.

    L’évocation d’une nouvelle ère, grâce à l’entrée en scène de « principes comptables », s’apparente déjà à une manipulation : il est, par exemple, difficile de prétendre que la comptabilité américaine d’avant Enron était une comptabilité sans principes. Les États-Unis ont joué un rôle moteur et précurseur dans le développement de cadres conceptuels qui ont consacré une place importante à des principes de base comme ceux du « coût historique » (les plus-values potentielles ne sont jamais enregistrées ; il faut attendre la vente pour les constater) et de la « prudence » (les moins-values potentielles d’un actif sont enregistrées dès qu’elles sont connues). Ce qui pose problème, aux États-Unis, ce n’est pas l’inexistence de ces principes, mais leur non-application et leur « adaptation » par des réglementations conciliantes qui favorisent les intérêts des entreprises.

    En outre, affirmer qu’une énumération de principes suffirait à garantir une « juste » comptabilité relève de l’incantation. L’histoire a montré qu’au Royaume-Uni, pays où un type de comptabilité fondé sur le fameux principe de l’« image fidèle » et une réglementation rudimentaire a été porté au pinacle, on a vu fleurir, sous le couvert même de l’image fidèle, des pratiques n’ayant rien à voir avec la « science » comptable, et visant purement et simplement à la manipulation des résultats. C’est ainsi que certains actifs normalement amortissables ont été déduits des capitaux propres pour éviter de comptabiliser des pertes. En fait, de même que dans toute activité juridique, il faut de bons principes associés à des règlements précis et adéquats. Donner de plus en plus de marges de manœuvre aux actionnaires et aux dirigeants, avec une comptabilité dite de « principes », comme le fait l’Union européenne avec les normes de l’IASB, ne présage rien de bon.

    « Noyer » le principe de prudence

    Selon le dicton populaire, qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Les charges contre les « vieux » principes comptables, qui se révéleraient incapables de prendre en compte les risques associés aux instruments financiers modernes, relèvent exactement de ce procédé.

    Au siècle dernier, le principe du coût historique a été associé à celui de prudence : une entreprise doit tenir compte de toutes les moins-values potentielles (si la valeur de marché des actifs est inférieure à leur coût) et de tous les risques probables. Toute l’argumentation sur l’« incapacité » du système traditionnel à refléter les nouveaux risques financiers est donc dénuée de fondement : le principe de prudence, s’il est respecté, permet non seulement d’appréhender ces risques, mais oblige à le faire, notamment par des inscriptions au passif des dettes potentielles correspondantes !

    Mais, dira-t-on, pourquoi, en pratique, les risques de pertes sur certaines opérations spéculatives n’ont-ils pas été enregistrés dans la plupart des pays ? Tout simplement parce que les entreprises et leurs auditeurs (3) ont fait pression sur les normalisateurs comptables pour faire échapper un nombre croissant d’éléments à la sévérité du principe de prudence traditionnel.

    C’est ainsi que les risques associés à des achats à terme, spéculatifs, n’ont pas été pris en compte sous le prétexte fallacieux qu’aucune somme n’avait été déboursée lors de la signature des contrats à terme !

    En fait, ce qui chagrinait les thuriféraires du nouveau principe de la « juste valeur » (ou valeur actuarielle), c’est que le système comptable jusqu’ici en vigueur n’enregistrait que les moins-values potentielles – et non les plus-values. Le tort du principe du coût historique n’était pas d’empêcher un traitement efficace des risques, mais d’engendrer une trop grande prudence : ce « bon » principe, qui visait à tempérer, de façon très pragmatique, l’optimisme invétéré des entrepreneurs, a été neutralisé partiellement, avant de connaître un sort fatal, grâce à un travail de sape commencé il y a plusieurs décennies : il faut maintenant absolument le « noyer » pour faire place à la « modernité » ; l’enjeu est de taille.

    Prenons l’exemple d’une entreprise détentrice de titres A qui, en Bourse, ont baissé de 100, et de titres B qui, eux, ont progressé de 150 ; selon l’ancien principe de prudence, elle doit comptabiliser une perte de 100 (les plus-values potentielles ne sont pas comptabilisées), alors que, selon le nouveau principe de la juste valeur, elle pourrait faire apparaître un profit de 50. Autant de plus à distribuer aux actionnaires. La comptabilité va donc connaître une révolution de ses principes avec l’instauration de la juste valeur. Ce ne sera pas la première. Depuis le milieu du XIXe siècle, il y a déjà eu deux révolutions, qu’il convient de retracer pour mieux apprécier la nature et la portée du dernier changement de paradigme.

    Vers 1860, les juristes et les banquiers, protecteurs des intérêts des créanciers, parviennent, au niveau des principes, à imposer une conception de la comptabilité qui repose sur l’application stricte, à tous les actifs, du principe du plus bas coût ou de la plus faible valeur du marché : c’est ce qu’on peut appeler le premier stade du capitalisme comptable. Mais cette conception provoque l’ire des défenseurs des actionnaires, puisqu’elle a normalement des conséquences « négatives » pour les actifs qui n’ont pas de valorisation (ou une valorisation faible) sur un marché, et qu’elle empêche de distribuer des dividendes au début des investissements. Selon cette conception, les frais de recherche ou de développement (qui n’ont évidemment pas de marché actif) doivent être passés en charge rapidement.

    Après des années de farouches batailles, et sous la pression des actionnaires, on voit se développer, tout au long du XXe siècle, une nouvelle conception tendant à éviter que la règle du coût le plus bas ou de la valeur la plus faible du marché ne s’applique aux actifs investis à long terme : ces derniers seront alors évalués à leur « coût amorti », c’est-à-dire diminué en fonction de leur durée d’utilisation, sans tenir compte des fluctuations de leur valeur de marché si celle-ci est inférieure. Grâce à cette novation, des dividendes plus réguliers pourront être distribués, et ce dès le début du cycle d’investissement : c’est le deuxième stade du capitalisme comptable. Ainsi, dans l’exemple précédent, le coût de la recherche et des matériels spécialisés sera étalé sur la durée du cycle d’investissement, au lieu de passer en charge brutalement au début de ce cycle.

    Une affaire de dividendes

    Mais aujourd’hui, à l’heure où des fusions gigantesques se produisent, impliquant des masses énormes de capitaux à rémunérer, où des équipes dirigeantes et des actionnaires toujours plus pressés et avides dominent la scène, ce deuxième stade se trouve dépassé.

    Surgit alors une triple idée géniale : faire en sorte qu’un nombre de plus en plus grand d’actifs, principalement incorporels et financiers, ne soient plus du tout amortis ; autoriser l’inscription, dans les comptes, des plus-values potentielles ; mesurer ces plus-values selon la juste valeur, c’est-à-dire à partir de bénéfices futurs calculés par des experts sur la base d’une estimation des ventes à venir, sans aucune référence directe à des valeurs de marché. C’est le troisième stade du capitalisme comptable, le stade de l’actualisation ou « stade actuariel (4) ».

    La plupart des textes consacrés aux normes internationales de l’IASB veulent faire passer ces innovations pour des corrections de l’insuffisance du système antérieur – « insuffisance » qui ne réside nullement dans son incapacité à prendre en compte les risques de la gestion capitaliste et à retracer ses performances, mais dans son inaptitude à satisfaire les appétits croissants des équipes dirigeantes et des actionnaires.

    Pour parvenir à ses fins, le nouveau capitalisme comptable a achevé à ce qui reste des deux principes « ancestraux » : le principe du coût amorti et le principe de prudence. Le principe de l’amortissement (ou diminution) systématique du coût est d’ores et déjà battu en brèche dans le cas de certains actifs incorporels, tels que le goodwill (montant de bénéfices potentiels que le vendeur d’une entreprise fait payer à l’acheteur) et les marques, maintenant réputées avoir une durée de vie « non définie » et n’être qu’éventuellement dépréciées. Au niveau macroéconomique, le capitalisme y gagne une rentabilité (fictive) supérieure, même si les dépréciations de quelques groupes en difficulté peuvent être mises en exergue.

    Quant au principe de prudence, il figure bien dans les nouveaux cadres conceptuels américains et dans ceux de l’IASB, mais il est dénaturé. Il n’exprime plus l’obligation de prendre en compte des pertes potentielles et d’exclure des profits possibles, mais la simple contrainte d’« inclure un certain degré de précaution dans l’exercice du jugement lors des estimations » ; la voie est ouverte vers le principe d’imprudence !

    Les raisons de l’apparition de la juste valeur paraissent donc plus complexes que la version officielle veut bien le faire accroire. Y gagne-t-on un plus grand contrôle des dirigeants et une meilleure information des actionnaires ? Rien n’est moins sûr. Dans nombre de cas, la juste valeur est en fait une « valeur d’expert » fondée sur des estimations de ventes futures. Même dans le cas où des valeurs de marché objectives seraient utilisées, les équipes dirigeantes gagneraient en liberté pour l’attribution de dividendes puisqu’elles pourraient répartir la manne céleste sur la base de simples espérances de bénéfices !

    S’agissant des actionnaires, on peut s’interroger sur ce qu’est une meilleure information comptable. Il serait évidemment stupide de penser que l’amélioration viendrait du seul fait de refléter le cours de Bourse : en quoi le recopiage par la comptabilité de données déjà fournies par la Bourse apporterait-il une meilleure information ?

    En fait, la véritable raison du changement de paradigme est une affaire de dividendes. Tout simplement, les actionnaires actuels et leurs dirigeants ne sont pas intéressés par davantage d’information, mais par davantage d’argent à court terme, et c’est au niveau de cette revendication que la comptabilité joue un rôle essentiel.

    L’intégration dans la comptabilité de la « juste valeur actuarielle » – une valeur débattue, mais rejetée depuis près de deux siècles – leur offre trois avantages fondamentaux : elle justifie des plus-values potentielles simplement estimées ; elle autorise, par le processus de l’actualisation, l’étalement des profits distribuables sur toute la durée du cycle d’investissement, alors qu’ils sont retardés vers la fin du cycle ou dépendent des ventes réelles dans les précédents principes ; enfin, elle permet de faire apparaître des profits totalement fictifs si les dépréciations requises sont « oubliées ».

    Ainsi, un goodwill de 1 000 millions d’euros acquis pour une durée de vingt ans donnait lieu à l’enregistrement de pertes de 1 000 millions d’euros lors des premières années du cycle d’investissement, selon les règles appliquées au début du siècle précédent, et à des pertes régulières de 50 millions d’euros selon celles de la fin de ce siècle. Désormais, il ne donnera lieu à des pertes que si les dirigeants et les auditeurs le jugent nécessaire, compte tenu des (mauvaises) performances futures de l’entreprise concernée. Cela peut, à la limite, conduire à ne jamais comptabiliser en pertes cet investissement avant la chute finale !

    Certes, les évaluations à la juste valeur sont contestées ; elles ne visent, pour l’heure, qu’un nombre limité d’actifs, et peuvent parfois concerner des types de comptabilité qui ne servent pas directement à la répartition des profits ; mais l’affaire est en marche, et si ces évaluations venaient à se généraliser, on peut dire que le capitalisme comptable aurait atteint son stade suprême !

    Une telle évolution n’est pas le fruit du hasard et ne s’opère pas, comme veut le faire croire l’IASB, dans un univers éthéré, gouverné par une assemblée de professionnels neutres inspirés par le devoir de bien faire et celui de satisfaire les intérêts généraux. Comme l’a souligné Bernard Colasse (5), derrière la rhétorique de l’indépendance, de la compétence et de la neutralité se cachent des réalités bien différentes. Le bel équilibre des pouvoirs au niveau des administrateurs est totalement trompeur ; dans les faits, c’est le mode de gouvernement boursier qui est privilégié. Dix des quatorze membres de la direction de l’IASB, institution privée ayant son secrétariat à Londres, viennent de l’univers anglo-saxon. Proches de ceux-ci, les membres des autres pays (un pour la France) sont en général soigneusement choisis parmi des professionnels qui ont travaillé avec de grands cabinets d’audit anglo-saxons. Dans ce genre d’organisation, on n’invite généralement pas des défenseurs de la cogestion à l’allemande ou des représentants syndicaux !

    Capitulation de Bruxelles

    L’IASB se pique de vouloir bâtir le système international commun de la comptabilité sur la base d’une « convergence » des systèmes existants. Il s’agit en fait d’un alignement quasi total sur le mode de gouvernement d’entreprise aux États-Unis. Son cadre conceptuel est la réplique de sa version américaine : il privilégie la valeur actuarielle. Lorsque Washington a décidé d’abandonner le principe de l’amortissement systématique du goodwill, l’IASB s’est empressé de suivre l’exemple du « grand frère ». Il a fait de même en décrétant que la juste valeur devait devenir la panacée.

    L’Union européenne a purement et simplement renoncé à sa propre politique comptable et l’a sous-traitée à l’IASB depuis le 1er janvier dernier. Elle aurait pu proposer, comme socle de la future comptabilité internationale, une conception « continentale » modernisée de la comptabilité traditionnelle, soucieuse des intérêts à long terme des parties prenantes. Elle n’a même pas essayé.

    Néanmoins, pour dissimuler sa capitulation de fait devant les normes américaines, generally accounting accepted principles (principes comptables généralement admis), la Commission européenne a mis en place un comité de réglementation comptable, qu’elle préside, et dans lequel siègent des représentants de chaque État membre. Ce comité statue sur chaque norme de l’IASB à la majorité qualifiée. Ses travaux sont préparés par un autre comité, composé d’experts du secteur privé : le Groupe consultatif pour l’information financière en Europe (acronyme anglais : Efrag).

    Le nouveau modèle de comptabilité s’inscrit dans la continuité des principes de la philosophie « enronienne ». Il vise d’abord à favoriser la concentration du capital par la suppression de l’obligation d’amortir certains actifs qui apparaissent lors de fusions. Il permet du même coup une augmentation artificielle de la richesse et de la rentabilité, à l’échelle microéconomique et à l’échelle macroéconomique. Outre la distribution plus précoce et plus généreuse de dividendes, il encourage une gestion à court terme, car le recours à des techniques d’évaluation fondées sur celle de l’actualisation n’incite pas les dirigeants à se lancer dans des projets à maturation lente.

    Enfin, il rend plus difficile et plus onéreux le contrôle des comptes. Actionnaires, auditeurs, experts-comptables et managers financiers, unis, à de rares exceptions près, dans une sainte alliance pour la défense de leurs intérêts fondamentaux, ont de quoi se réjouir de cette évolution qui sacrifie la protection des créanciers et des salariés. Et ce sous l’impulsion de Bruxelles.

    On est loin du temps où, en 1861, le procureur Dupin, farouche promoteur du principe de prudence, lançait : « On ne distribue pas des espérances, mais des écus ! » Au terme de trois révolutions, le capitalisme comptable est en passe d’atteindre son stade suprême, à moins que quelques « gêneurs » ne se manifestent. Mais la tâche de ces derniers serait d’autant plus difficile que le « couple » États-Unis – IASB est extrêmement puissant. Il dispose d’une solide assise politique et financière, et sa propagande est très affûtée : l’usage répété de mots aussi forts que « juste valeur » ou « information économique », le dénigrement systématique et partial des comptabilités « juridiques » (insulte suprême) et des « vieux modes de gouvernance » de la « vieille Europe » s’apparentent à un véritable matraquage idéologique auquel il est difficile de résister.

    Pour qui le veut bien, il est toujours possible, à l’instar des gratteurs de palimpseste, de voir, sous l’euphémisme de la prétendue « meilleure information », la sordide réalité de la tonte des dividendes !

    ______________________
    Notes :
    (1) Der moderne Kapitalismus, tome II, édition Dunckler et Humblot, Berlin, 1969.
    (2) Lire Michel Aglietta et Antoine Rebérioux, Dérives du capitalisme financier, Albin Michel, Paris, 2004 ; Dominique Plihon, Rentabilité et risque dans le nouveau régime de croissance, Commissariat général du Plan, Paris, 2002 ; Tom Frank, « Enron aux mille et une escroqueries », Le Monde diplomatique, février 2002.
    (3) Personnes chargées de l’audit des comptes d’une entreprise.
    (4) Jacques Richard, « Fair value, le troisième stade du capitalisme comptable ? Le cas de la France », dans Analyses et documents économiques, n° 95 (p. 75-81), et Cahiers du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT, n° 96 (p. 43-47), Montreuil, 2004.
    (5) Bernard Colasse, « De la résistible ascension de l’IASC/IASB », Gérer et comprendre, n° 75, mars 2004, Paris, p. 30-40 ; « Normes comptables : l’Union européenne sous influence? », Sociétal, Paris, n° 46, 4e trimestre 2004. Lire également Christel Decock-Good et Franck Dosne, Normes comptables internationales : les IAS/IFRS en pratique, Economica, Paris, 2005.

    Cher Paul, laissez-moi insister un peu et gratter ce palimpeste 😉

    N’y a-t-il pas dans une réforme comptable draconienne une vraie piste pour nettoyer ces écuries d’Augias ?

    Quant à William Engdhal, jusqu’à plus ample informé, c’est lui qui accumule (pour l’instant) le plus d’arguments et de rapprochements plausibles pour soutenir la thèse de la crise préméditée. D’ailleurs, je ne trouve pas de contradiction entre vos propres explications de la crise et ses hypothèses d’intrigues en sous-main : vous pourriez tout à fait avoir raison tous les deux. Mais il reste à voir ses thèses résister à une contradiction frontale et argumentée : on verra si cette contradiction a lieu.

    Amicalement.

    Étienne.

    Les banquiers ont peur de voir les salariés recommencer à se défendre : bonne année !

  3. M. Jorion,

    Peut-on faire un lien entre le résultat de l’enchère du 10 octobre sur les CDS Lehman (payout de 91,375 cents par dollar), l’échéance du 21 octobre pour le règlements de CDS de Lehman, l’urgence du plan européen et les rumeurs de pertes sur produits structurés de la Société Générale qui nécessiterait l’intervention de l’Etat ? Rumeur démentie avec force par le DG de la SG, je dirais même une force excessive, de celle qu’on emploie quand on a mis la main dans la confiture …

    Doit-on croire la DTCC qui indique des pertes limités à 6 milliards ?

    En ce qui concerne le débouclage des CDS de Lehman Brothers (mardi 21 octobre), les loups semblent commencer à sortir du bois « Ethias doit trouver 1,5 milliards d’euros pour mardi 21 octobre à 10h ». Etrange coïncidence …

    Peut-être ING également … A mon avis, « Le groupe ING devrait faire appel à l’Etat néerlandais la semaine prochaine pour une injection de capital pour lutter contre la crise financière », ce n’est pas pour les pertes de 500 Millions en Q3, d’ailleurs, le 21 octobre, si je ne me trompe, ca sera du Q4 …

    Réponse mardi !!!

  4. « Les explications rapides des choses compliquées » ou « Quand il faut absolument qu’il y est un « Plus-que-méchant » (le Méchant, c’est toujours l’Autre, nécessairement) »

    @ Clémence DAERDENNE

    Merci pour votre point de vue rafraichissant… (hier, sur : « médiapart »)

    Parfois je suis las, et pas seulement sur ce Blog malheureusement, des accusations contre des ennemis (réels ou imaginaires). Ce qui m’effraie, c’est de voir la conviction de ceux qui croient qu’il y a un ennemi « extérieur » (extérieur à leur personne, à leur groupe, à leur caste, à leur ethnie ou à leur nation…) Déja, certains mordent pour affirmer leur conviction (on commence à mordre avec les mots, n’est-ce pas ?) et font du prosélytisme. La colère leur tient lieu de dignité. Oui parfois, je crains de voir le fatal processus des boucs émissaires revenir faire ses ravages parmi l’humanité. J’en frémis. Si ce malheur arrivait, je crois que je me terrerai au fin fond d’une rizière avec ma petite famille thaie. Et je pleurerai des larmes de miel.

    …Puissiez-vous intervenir plus souvent ! 😉 (Tiens, l’accès à votre site ne fonctionne pas…)

    Respectueusement. « Khoop-khoun… »

  5. @benoit

    Pour comprendre vos propos pleins de sagesse, je crois qu’il faut dire aux lecteurs de ce ce blog et ceci sans faire de prosélytisme 😉
    Que les lectures relatives au bouddhisme et a ses grands principes sont indispensables …

    J’en viens à vous faire partager une de mes réflexions de ces derniers jours:
    si tous les maux de notre société viennent de son fonctionnement économique (de son système monétaire) qui tend à un enrichissement personnel.

    il suffit de baser un système monétaire basé sur son contraire c’est à dire un enrichissement communautaire.
    Pour le bien de tous et non pour le bien d’un seul.
    ouch pas une mince affaire ^^
    c’est là que l’on voit l’inter-dépendance et la pluridisciplinarité de toutes réflexions, ici on passe d’une réflexion économique vers une réflexion philosophique et l’on pourrait ainsi continuer ver une réflexion anthropologique etc

    Cela nous démontre pourquoi les réflexions de Paul sont si intéressantes, il évolue dans un système -ouvert- et n’est donc pas enfermé comme nombre d’économiste aveuglé par leur seul discipline !

    amicalement galapiat

  6. En ce qui concerne FW. Engdahl et son approche de la question pétrolière, vous pouvez lire « Pétrole, une guerre d’un siècle : l’ordre mondial anglo-américain ».

    Caractérisez FW. Engdahl comme un croyant de la théorie abiotique est vraiment réducteur par rapport au contenu de son livre qui raconte l’histoire de la conquête du pétrole au 20ième siècle et le rôle qu’y ont joué les banques anglo-saxonnes.

    Il a aussi écrit toute une série d’articles (6 pour le moment) commencée en nov. 2007 où il annonce que le subprime n’est que la partie immergée de l’iceberg. C’est la série sur le « Financial Tsunami ».

    http://www.engdahl.oilgeopolitics.net/Financial_Tsunami/financial_tsunami.html

    En particulier, vous pouvez trouver l’histoire qui a conduit à la mort du Glass-Steagall act, rempart entre les banques d’investissements et les banques de dépôt : « Greenspan’s Grand Design »

  7. @ Rumbo

    Les banques commerciales, désormais, ne prêtant, exclusivement, que l’argent de leurs déposants.

    Et la monnaie de la banque centrale peut-être, non ? D’ailleurs, si l’on suit M. Allais, les banques commerciales ne devraient prêter QUE de la monnaie préalablement empruntée auprès de l’institut d’émission central.

    @ Etienne C

    Je ne pensais pas que j’en arriverais un jour à défendre les normes de Bâle II (ou la directive CAD III de Bruxelles), mais là ce serait presque le cas.
    L’article de M. Richard est passionnant en effet : comme un roman de Jules Verne. C’est trop mis en scène. Il rapporte des éléments vrais, mais dans quel but ? Il me donne l’impression de se plaindre du fait d’avoir à réécrire ses cours, parce que les règles qu’il est censé enseigner ont changé, ou qu’il était sentimentalement attaché à ces règles. Ses propos sont chauvins (ces normes sont mauvaises car venant des USA), il fait l’apologie d’une période (fin XIX° / début XX°) où les inégalités étaient hallucinantes, et les pays européens complètement arc-boutés sur leur conception aurifère de la monnaie.

    Mais revenons au contexte dont nous sommes partis (la crise actuelle). Il faudrait quand même remarquer que la différence entre la juste valeur (nouveau paradigme comptable) et le coût historique doublé du principe de prudence (ancien) n’est sensible qu’en période de hausse des prix des actifs. Lorsqu’au contraire les actifs chutent, IL N’Y AUCUNE DIFFERENCE ENTRE LES DEUX REGLES.
    La débâcle bancaire actuelle, si l’on admet qu’elle est considérablement aggravée par l’existence de ratios de solvabilité basés sur la prise en compte en temps réel des moins-values enregistrées, n’en aurait pas moins eu lieu dans l’ancien cadre !!!
    Comme le dit M. Richard (en d’autres termes), la nouveauté des règles IASB est d’instaurer une procyclicité totale, alors qu’auparavant seuls les mouvements de baisse étaient auto-entretenus.

    Et l’histoire du complot des actionnaires, pardon mais c’est du pipeau. Pour moi, le véritable motif est l’idéologie gratuite, abstraite et empreinte de ferveur, des génies qui ont façonné ces règles idiotes.
    Paul rapportait une fois l’histoire de deux personnes qui s’achètent et se revendent un diamant, chaque fois plus cher, et l’un d’eux peste en apprenant que l’autre l’a revendu à un tiers, en disant : « quel dommage ! c’était une si bonne affaire ». Les deux personnages faisaient artificiellement des plus-values en SE REVENDANT le diamant.
    Vous pouvez demander de ne pas prendre en compte les plus-values potentielles, qu’à cela ne tienne : les fonds se scinderont en deux parts égales et s’échangeront périodiquement la totalité de leurs actifs respectifs, ainsi les plus-values seront REALISEES, en vase clos mais réalisées.

    @ Philippe

    Ethias : étrange coïncidence en effet…

  8. S’il vous plait PAUL n’effacez pas mes messages, surtout quand l’enjeu et l’importance est capitale. Je le reposte ici.
    Merci de le laisser… Vous comprendez si vous n’avez pas compris encore quand on publiera la traduction. Si l’Argent Dette vous a interessé, s’il vous plait laissez ce message.

    Paul Grignon, l’auteur de Money as Debt (L’Argent Dette FR) que nous diffuson sur Vimeo nous a transmis une proposition, une réforme du système monétaire…

    “Beyond Money” / “Au dela de l’argent…”

    Il devait tout d’abord faire MAD2 (Money As Debt 2) qu’il a d’ailleurs presque fini et qui parle en grande partie de “solution”. Pendant son travail, il a été contacté par une firme technologique qui avait vu MAD1 et lui a présenté sa découverte. C’est une société informatique, elle prétend (et ca semble plausible au vue des premiers retours) pouvoir créer ce qu’on appelle des données perpetuelles.

    C’est à dire des données qui une fois crées, ne peuvent pas etre modifiée ou éffacée ni meme dupliqué.

    Cette société serait prete (on attend de voir) a donner cette technologie en open source, accès libre, afin que tout le monde puisse s’en servir et l’étudier.

    Partant de cette découverte, Paul a repris le travail de Silvio Gessel, Major Douglas, Usury Free mouvement, ceux qui défendent la monnaie émises par le gouvernement (nous), libérales, les monnaies alternatives et meme les defenseurs de l’OR. Il propose la une vision incroyable de ce pourrait etre de l’argent ‘Intelligent’ et au service du peuple.
    La monnaie de demain, on ne pense plus avec nos acquis, on prend ce qui a de mieux et on se sert de la technologie.

    Ce systeme peut se developper a taille mondiale aussi vite qu’on télécharge une vidéo.

    A l’époque de l’OR, on avait pas l’informatique.

    Aujourd’hui, on s’échange des promesses de payer (dettes sur emprunt avec INTERETS aux banksters ce qui assèche la masse monétaire en cas de NON renouvellement par le crédit) a la vitesse de la lumière (informatique) parce qu’au départ on s’est échangé des promesses de payer l’or parce qu’il était difficile a transporter. Maintenant il faut donc s’échanger de la VALEUR REEL à la vitesse de la lumière parce qu’on a plus besoin de déplacer l’or (la valeur reelle, merci l’informatique !)

    vous voyez ? Les billets ont tous un numéro unique, et si on s’échangeait cela informatiquement, on échangerait de la réalité … et non pas une promesse de rembourser de l’argent que je n’ai pas et que je vais extorquer au peuple (et aux enfants des enfants via la dette nationale frauduleuse) quand je fais faillite pour que l’esclavage continue.

    > SECURE DIGITAL MONEY

    On pourrait réduire nos impots en laissant notre « secure digital money » a disposition de l’etat pour qu’IL le prete aux banques privées et non pas l’inverse !

    ON A PLUS BESOIN DE LEUR PROMESSE DE NOUS DONNER QUELQUE CHOSE QU’ILS N’ONT PAS.

    La traduction francaise arrive (pour vous lecteurs qui lisez ceci), une copie a été donné a André Jacques qu’il peut diffuser autour de lui. Merci de nous transmettre vos commentaires qu’on fera suivre a Paul.

    Ca parait incroyable, tout aussi incroyable pour moi que mon premier visonnage de MAD1.
    Et pourtant, tous ensemble, NOUS POUVONS LE FAIRE.

    Bankster.tv
    Restez aussi libre que vous pouvez

    PS: Pour l’article du banquier suisse, Gomez, chacun est autorisé a le reproduire en complet, cependant la société qui édite le journal souhaite que ses coordonnées apparaissent ‘et c’est normal, on les remercie d’etre allé faire un vrai travail de journaliste’. A noter que ce sont les seuls a l’avoir fait jusqu’a présent. Vous pouvez les contacter si vous souhaitez vous procurer l’original (surtout pour tous ceux qui ont fait de cette cause, leur combat et leur vie.)

    Monde&Vie
    14 rue Edmond Valentin
    75007 Paris
    site@monde-vie.com
    T : 01 47 05 10 42
    F : 01 40 56 98 19

  9. Une petite présentation interessante sur le site de la Banque de France par Sylvie Matherat : »Implications de la crise financière sur la réglementation »

  10. @ Etienne Chouard

    Si je passe rapidement sur un sujet, il peut y avoir deux raisons à cela : la première, c’est effectivement que je m’en désintéresse, la deuxième, c’est parce que je l’ai déjà longuement analysé. Les règles comptables appartiennent à la seconde catégorie. Un tiers de mon ouvrage intitulé « Investing in a Post-Enron World » (McGraw-Hill 2003) est consacré à ces questions de comptabilité. Je recopie ci-dessous le chapitre 15 de ce livre, celui que couvre le sujet traité dans l’article de Jacques Richard de 2005, que tu reproduis.

    15. “Aggressive” accounting

    “In the last few years the reliability of earnings reports has dramatically decreased,” Standard & Poor’s, May 14th, 2002

    1. What makes accounting “aggressive?”
    The simple way for characterizing accounting as “aggressive” is probably, as was stated in the chapter on Accounting firms: disdain for the spirit of financial reporting. The implication is that the principal concern of the auditor is not that of producing with statements an accurate picture of a company’s financial circumstances but of presenting the most favorable portrait that can be generated without infringing the rules. Let’s get back for a second to the “synthetic lease” that we’ve seen as the template for Enron’s partnerships (chapter entitled Enron’s partnerships). Here is one sentence from the description of the setup: “Keep reported earnings high and balance sheet assets low since small boosts to earning can have a significant impact on the stock price. For GAAP reporting, the financing is reported as operating lease, yet the firm retains control and tax benefits of ownership.” The terms of that characterization suggest that the spirit of the law is known to be infringed but that the letter doesn’t explicitly prohibit the maneuver. The intention of deceiving is therefore clear.

    At the same time, “… in a new industry, it is difficult to say what is conservative and what is aggressive accounting without the say-so of rule makers” wrote Henny Sender in the New York Times on March 26, 2002.” There is therefore a fine line between standard and aggressive.

    2. “Pro forma”: Selecting proactively the good news
    a. Defining “pro forma”
    There are a number of different styles for reporting financial results. I’m quoting here Standard & Poor’s definitions.

    “i. As reported earnings: This is the broadest measure of corporate performance of the three considered here. As reported earnings are earnings including all charges except those related to discontinued operations, the impact of cumulative accounting changes, and extraordinary items, as defined by Generally Accepted Accounting Principles (GAAP). This is the traditional earnings measure and has a long history, having been used for the S&P 500 and company analyses for decades.

    ii. Operating earnings: This measure focuses on the earnings from a company’s principal operations, with the goal of making the numbers comparable across different time periods. Operating earnings are usually considered to be as reported earnings with some charges reversed to exclude corporate or one-time expenses. Despite the lack of any generally accepted definition, operating earnings are increasingly popular in corporate reports. The use of this measure seems to come from internal management controls used when a business unit manager is not responsible for managing corporate level costs”

    Standard & Poor’s says about the third style called “pro forma”: “Originally, the use of the term pro forma meant a special analysis of a major change, such as a merger, where adjustments were made for an “as if” review. In such cases, pro forma measures are very useful. However, the specific items being considered in an “as if” review must be clear. In some recent cases, “as if” has come to mean ‘as if the company didn’t have to cover proper expenses.’ In the most extreme cases, pro forma is nicknamed EBBS, or ‘earnings before bad stuff’. Such abuses notwithstanding, pro forma earnings do have a place and should be used for special analyses of potential changes in a corporation. In such cases, pro forma earnings are defined for the particular analysis.”

    “Pro forma” is thus an informal way for reporting financial results. Firms wary of the “pro forma” label resort to alternative wordings such as “Cash Earnings” or “Operating Earnings” . What is common to those phrases and other similar ones is that they refer to manners for reporting financial activity devoid of any legal guarantee, unlike financial results that are prepared using GAAP accounting conventions that are accurate, truthful and complete .

    In a recent statement, the Securities and Exchange Commission (SEC) says about “pro forma” that, ”that term has no defined meaning and no unified characteristics.“ . At the same time, nothing prevents a company to communicate “pro forma” statements to shareholders. The SEC adds that, “There is no prohibition preventing public companies from publishing interpretations of their results.” Overall, says the SEC, “ ‘pro forma’ financials […] should be viewed with appropriate and healthy skepticism.”

    “Pro forma” information can often be deceptive, it may in particular suggest the presence of profits where in fact only losses can be documented. In a March 2002 editorial on his firm’s web site, PIMCO’s head, Bill Gross, referred to “the deceptive and sometimes illegal information disseminated by some of our New Age corporate elite. The Economist in a February 23d issue reported that the companies in the NASDAQ 100 for the first three quarters of 2001 reported combined losses to the SEC. of nearly $82 billion, while at the same time promoting profits of $20 billion to their stockholders. The Economist explained the discrepancy by the companies’ use of generally accepted accounting principles for regulators, and the distinctly more favorable New Age ‘pro forma’ accounting for owners of their shares. Charles Ponzi would undoubtedly have approved.”

    What leads corporations to release “pro forma” statements is that those allow ignoring and therefore dismissing information that wouldn’t fit too well in the rosy picture they would like to advertise. As various commentators sum it up, pro forma is “earnings before bad stuff” or “what results would look like in an ideal world,” etc. “…They may assume that a proposed transaction that benefits the company has actually occurred” or may “only address one component of a company financial results “ . The principle of “pro forma” is well captured by Andrew Tobias when he writes, “Annual reports are organized very simply. The good news is contained up front in the president’s message and ensuing text; the bad news is contained in the footnotes to the financial statement.”

    b. Pro forma as “more truthful”
    Often the desire to submit pro forma reports derives from a genuine feeling that GAAP compliant information in some ways distorts the genuine circumstances of the company. About a pre-Enron case, the Wall Street Journal tells about IBM and its resolve that its own style of reporting is more truthful to the company than what the SEC insists is the correct form. The story is revealing. Both in 1999 and in 2001, Big Blue used gains from selling assets as a way for offsetting ordinary expenses rather than listing as would be expected the gains separately as “Non-Operating Income,” “Other General Expenses,” or some category of that type. In IBM’s 1999 financial reports, the $2.7 billion the firm had made as gains from the sale of its Global Network business to AT&T Corp. were mentioned under “Sales, General and Administrative.” “Sales, General and Administrative” or SG&A in the mind of the SEC and of most accountants contains expenses like salaries, advertising, rent and travel costs.

    IBM claimed that its itemization of the sales of Global Network under SG&A was both compliant with accounting guidelines and consistent with what the company had done in the past. The difficulties the SEC saw with such an interpretation was that in several public statements IBM had seemed to imply that it had lowered its operating costs through tight expense controls on items like salaries, advertising, rent and travel.

    On December 3d, 1999 the SEC released its Staff Accounting Bulletin 101; the following provision was specifically mentioned: “Gains or losses from the sale of assets should be reported as ‘other general expenses’ pursuant to Regulation S-X, Article 5-03 (b) (6). Any material item should be stated separately.” According to the Wall Street Journal “SEC staffers referred to the provision as ‘the IBM footnote’ ” . Big Blue however was not impressed: it regarded the SEC’s pronouncement as one opinion among many, nothing in any case that had binding authority. Although this is indeed the general sentiment among corporations, they would as a rule go along with the SEC’s views for fear they will be forced at long last to restate their results. IBM’s spokesman, Mr. Wilson, declared that since 1994 the company had included gains and losses from asset sales, licensing of intellectual property and real-estate sales under the DG&A caption. He added that IBM considers such gains as a normal ongoing part of doing business and believes they properly belong in that category.

    The whole issue clearly revolves around the meaning of “normally” in IBM’s spokesman statement: does “normally” refer to “normally for IBM,” or “normally within accounting practice.” The Wall Street Journal quoted on this Charles Mulford, an accounting professor at the Georgia Institute of Technology, as saying that “normally” means items that most companies would include in SG&A, not items that a particular company defines as its normal practice.

    IBM feels that this is all a question of its word against the SEC’s; a simple power balance issue where it isn’t clear the SEC should be granted the upper hand. The point is however uncannily reminiscent of a contemporaneous case when the SEC moved against Trump Hotels & Casino Resorts Inc.

    On January 16th, 2002, the SEC issued the following press release: “SEC Brings First Pro Forma Financial Reporting Case. Trump Hotels Charged With Issuing Misleading Earnings Release.” Referring to Trump Hotels’ earnings release for the third quarter of 1999, the SEC stated that “The Commission found that the release cited pro forma figures to tout the Company’s purportedly positive results of operations but failed to disclose that those results were primarily attributable to an unusual one-time gain rather than to operations.” In summary, the SEC noted that, “although neither the earnings release nor the accompanying financial data used the term pro forma, the net income and EPS figures used in the release were pro forma numbers because they differed from such figures calculated in conformity with GAAP by excluding the one-time charge.” The SEC pursued that “The earnings release was fraudulent because it created the false and misleading impression that the Company had exceeded earnings expectations primarily through operational improvements, when in fact it had not,” and it concluded, “ In fact, had the one-time gain been excluded from the quarterly pro forma results as well as the one-time charge, those results would have reflected a decline in revenues and net income and would have failed to meet analysts’ expectations.”

    Further developments are no doubt to be expected. In the meantime, on February 18th, 2002, the Los Angeles Times reported that “Several firms, including computer chips maker Xilinx and electronic manufacturer Solectron, recently decided to stop issuing pro forma entirely”

    3. Off-balance sheet information: Hiding the bad news
    Off-balance sheet items have been removed one by one from the balance sheet over the years, on the assumption that they don’t immediately impact the company’s financial results. This applies to i. “Lease Agreements”: the corporation doesn’t properly own the items if the contract doesn’t have a special buy-out option at the end of the lease; ii. “Pensions Assets and Liabilities”: technically, they belong to the company’s employees, not to the company itself; iii. “Joint Ventures and Affiliates”: when off-balance sheet, they’re accounted for through the “equity method,” the company’s risk is through holding their stock, otherwise their results would be consolidated with the parent company; iv. “Special Purpose Entities”: they’re essentially used for securitization of assets, also, as we’ve seen, for hedging the company’s investments. We’ve seen in chapter Enron’s partnerships, the constraints that lead to either consolidation of results or maintaining partnerships “off-balance sheet.”

    Off-balance sheet items are to be found in the “Footnotes” to the financial reports, which come after the cash flow statement.

    As we’ve seen, Enron’s partnerships (of various legal statuses) were utilized for their capacity to constitute havens for “very risky assets.” Their potential losses would appear incurred only by them and would not show on Enron’s financial reports.

    4. “Marking to market”: Stating the overoptimistic view as the fact
    a. What’s “fair value?”
    I wrote in an earlier chapter (Valuation of debt) that “A fair price for the seller is to be understood as a price such that no one can easily find a higher bid on the market, also that if a party buys from you at that price he or she will not easily find on the market an opportunity for reselling it at a higher price. Conversely, a fair price for the buyer is to be understood as a price such that, no one can easily find a lower offer on the market, also that if a party sells to you at that price you will find it near to impossible to sell it to someone else on the market at a higher price. In other words, a fair price is the common market price. Defining a fair price for a financial product is called ‘marking [it] to market’.”

    “Fair value” is at the center of FASB No. 133, the Financial Accounting Standard Board implemented in 2002 after a three-year delay, that introduces “mark-to-market” valuation of derivative instruments in financial reporting as assets and liabilities on the balance sheet.

    We saw earlier why it might be a good idea to “mark to market” a financial instrument. For instance, its book value may be severely outdated: it may reflect a different period in time when the asset was either more highly or less prized than it is today. A possible alternative to “book value” (original cost minus depreciation) is “How much is it worth right now?,” in the context of a secondary market where the product could be traded and how much a third party would be prepared to pay for it. It is akin also to the notion of “liquidation value”: “Let’s imagine that we need to sell it all right now, how much would we get?” Thinking in those terms is no panacea either: how do we know how much we would get if we’re not truly selling? How do you simulate selling right now without actually doing it?

    Market prices offer an indication for small volumes, but high volumes raise the issue of the liquidity of the market in two ways: the first is “slippage,” how much would our own transactions move the market price unfavorably against us; the second is the frequency of trading: how old is the “last actual transaction”? The last price might be a good price, but is that price still an open option: is it still available? The last price may be overoptimistic, it may hide for instance that the market for the product is by now extinct. That situation occurred with the French real estate market: the market came to a near standstill in the mid-nineties and banks would “mark to market” their real estate assets. Paradoxically the disaster fully materialized when business picked up and transactions took place once again but with considerably depressed prices. It became then possible to resume “marking to market” from recent prices and banks realized sadly the extent of their losses.

    b. Enron’s “dark fiber-optic cable”
    Alternatively, the market for the product may not yet exist. This would apply in particular with Enron to “dark fiber-optic cable,” the unused capacity in the high-speed broadband telecommunications network that Enron built in January 2000 . In the absence of a current market what one would do would be to assume a plausible date for when the existing infrastructure would be activated and become “lit.” In Washington Post’s Peter Behr’s terms, “… much of the fiber optic space traded was known as “dark” – or not yet operational. But when wire was operational – or “lit” – a greater level of revenue would be generated. So Enron, using a proprietary trading model, would designate a point at which it expected wire to be lit and bring that expected future cash stream to book as current revenue – even though no one knew if the wire would ever be lit.” The value of the deal would be discounted over the years. That would not be unreasonable as on a secondary market that method is the only one available to a would-be buyer for calculating a plausible price to bid. The difficulty is however apparent: there are too many wild guesses involved, too many conditions still to be met depending on each other’s validity. “Douglas R. Carmichael, a professor of accountancy at the City University of New York’s Baruch College, said the type of ‘mark-to-market’ accounting used by Enron – recognizing the whole value of a multi-year contract at its beginning and then recording any gains or losses in value over time as the market dictated – is appropriate only when there is a ready market for such a contract, as there is for oil. If there’s not an active and ready market, Carmichael added, assigning values and recognizing revenue up front ‘gets arbitrary’.”

    c. Enron’s “marking-to-market” of energy deals
    Enron’s “marking-to-market” is being discussed in a Houston Chronicle article analyzing Enron’s financial reports. The author is Dan Feldstein: “As the years rolled by and Enron began losing (or occasionally winning) on long-term contracts, the difference between its original estimate and reality had to be put into the income statement. To find out how much of Enron’s income was ‘real,’ and how much was mark-to-market adjustments, one would need to look at two pages on Enron’s [2000] annual report that are 13 pages apart. On the 51st page is a chart showing ‘income (loss) before interest, minority interests and income taxes,’ known to financial experts as EBIT, earnings before interest and taxes. It divides the income between Enron’s business segments, such as wholesale services, broadband, etc. But it makes no distinctions between regular income and mark-to-market. Back on page 38, in a footnote, is this sentence: ‘The income before interest, taxes and certain unallocated expenses arising from price risk management activities for 2000 was $1.899 million.’ ‘Price risk management’ is Enron-speak for mark-to-market. One must take that $1.9 billion back to page 51 and subtract it from the total earnings of the various divisions. Excluding Enron’s pipelines and power plants, which don’t use mark-to-market, it looks like Enron’s other divisions had earnings before interest and taxes of $1.8 billion. So, excluding the pipelines and power plants division, Enron doesn’t seem to have a penny of income without mark-to-market..”

    Enron’s “marking-to-market” its financial positions was evoked by Jeffrey K. Skilling in a company seminar in 2000, a time when he was Enron’s Chief Operation Officer. Skilling first reads a question, then comments: “ ‘Can you respond to the Wall Street Journal article claiming that we booked more mark-to-market income than we had in earnings for the second quarter, and that but for mark-to-market, we would have had a loss in the second quarter. Is that correct?’ For those of you who didn’t see it, there was an article in the Texas section of the Wall Street Journal, and I think it was about a week and a half ago that was talking about the accounting methodology used by energy merchant companies. And one of the comments they had in there was that we had more mark-to-market income than we had total earnings. So, if we didn’t have mark-to-market income, we would have had a loss for the quarter. As a matter of fact, that’s correct, but that’s a little bit like saying, if General Motors didn’t sell any cars last quarter, they would have lost money. It’s the exact same analogy. It is just totally, totally without merit. We mark-to-market our positions. And what that means is at the end of every day, we determine what the value of all of our purchases and the value of all of our sales are, we subtract them, and we figure out how much money we made that day. We don’t only do it every day, we do it every quarter, and we do it every year, and that’s how we recognize income. So every time we sell natural gas, typically, there’s a contract attached to that, and that contract has some period of liquidation, but at the time the contract is entered into and signed, that’s when we recognize the income, and that is the appropriate way to account for this business.”

    This is all very true; all the same, the real issue is “How likely is it that those extravagant amounts of cash will never materialize?” If the likelihood is high that they won’t, what it means is that a company is allowed to live in a world of make-believe where vast amounts of cash that may never materialize are more important than actual cash because – however fantastic they might be – they will show as earnings on the financial reports.

    As a consequence, and quite logically, Enron would gladly trade actual cash for the fantasy earnings figures that will boost earnings per share and therefore buy orders on the stock market. In the following example it cost Enron a mere $50 million of true cash to buy a $1.3 billion worth of paper money: “Eli Lilly and Co., the Indianapolis pharmaceutical manufacturer, signed a $1.3 billion contract in February 2001 turning all its energy requirements over to Enron for 15 years. But Enron paid Eli Lilly $50 million up front to win the deal, according to a former senior executive of Enron. Eli Lilly spokesman Ed West confirmed that Enron had made an advance payment but would not disclose the amount for business confidentiality reasons. ‘We looked at it as Enron backing up their words with cash,’ he said.”

    d. “Marking-to-market” hedges
    In Standard & Poor’s “Measures of Corporate Earnings,” released on May 14th, 2002, a new approach is suggested to “unrealized gains/losses from hedging activities.” The document states that “companies must report any unrealized gains and losses from this ‘mark-to-market’ mandate. Because efforts to mark-to-market the fair value of derivative instruments speak to balance sheet conservatism and transparency, Standard & Poor’s believes unrealized gains and losses arising from mark-to-market positions should be excluded from the calculation of Core Earnings. The exception to this rule is companies for which derivatives activities are part of their normal business, rather than only a function of risk management. For these firms, any subsequent realized gains and losses should be included in calculating Core Earnings. Such cases are most likely limited to financial firms engaged in certain trading operations and may possibly include commodity firms that derive a significant portion of their earnings from trading in derivatives and other financial instruments.”

    Enron is clearly one of the companies Standard & Poor’s has got in mind when the document mentions “commodity firms.” Standard & Poor’s new “Core Earnings” approach, that marks a turning point in the way stock options and gains from pension funds are accounted for, would therefore have made no difference in Enron’s day-to-day treatment of hedges in its energy trading business. As we saw (in chapter Enron’s partnerships) Enron’s hedging of its “merchant equity portfolio” was essentially implemented through partnerships (“Special Purpose Entities”).

    5. ”Aggressive” accounting in subdivisions of financial statements
    a. “Gain on Sale”: Present value of future profits
    Under that caption are being calculated the present value of some future “locked” profits, as with annuities. Says Jim Chanos of contrarian Ursus Partners hedge fund: “It has been our experience that gain-on-sale accounting creates an irresistible temptation on the part of managements heavily incentivized with options and heavy stock ownership to create earnings out of thin air”

    b. “Charges”: Massaging the one-time-only
    “Charges” are in principle, a way to account for “one-time-only” financial incidents; in actuality, they often offer “a free pass to bad investment.” The SEC’s recommendation on “charges” is that “… when a company purports to announce earnings before ‘unusual or nonrecurring transactions’, it should describe the particular transactions and the kind of transactions that are omitted and apply the methodology described when presenting purportedly comparable information about other periods.”

    One example of a comment in the press: “[WorldCom] may be too ambitious in taking one-time charges against its earnings – like improperly masking operating losses as one- time charges that might make its operating results appear stronger than they really are.”

    c. “Other revenues”:
    One-shot gains are often been used to compensate for loss in other divisions of the corporation.

    d. Footnotes: Drowning perks in legalese
    In principle, footnotes provide a way of accounting for subsidiary issues. We’ve seen however that stock options, a major item of compensation, are under current FASB directions mentioned only in footnotes (chapter Stock options: The war between management and shareholders).

    Footnotes often offer management an easy way for rendering a financial issue fully opaque: this applies in particular to excessive executive compensation and “perks.” PIMCO’s manager, Bill Gross once observed: “In the investment world there are countless ways to deceive, starting I suppose with Charles Ponzi and winding all the way down to the seemingly innocuous footnote to a financial statement that hints, but doesn’t really disclose what is going on.”

    Adelphia’s predicament, the astronomical loans taken against the company by its founders, the Rigas family, were first revealed in a footnote: “The disclosure of the debt was made in the company’s earnings news release, in a footnote near the end. It said that ‘certain subsidiaries of the company are co-borrowers with certain companies owned by the Rigas family’ for borrowing of up to $5.63 billion. As of the end of last year, it said, $2.284 billion had been borrowed by the Rigas entities and was not shown on Adelphia’s balance sheet, even though the company would be liable if the money were not repaid. It added that more information would be disclosed in the company’s annual report to the Securities and Exchange Commission, which is scheduled to be filed by next week.”

    e. “Certain Transactions,” “Other Compensation”
    The “Certain Transactions” and “Other Compensation” items are likely to refer to loans granted to executives at preferential interest levels or to disavowed loans at the corporation’s expense.

    6. “Goodwill”: The extravagant price of blunder
    A classic accounting textbook defines “goodwill” as, “an intangible value attached to a business evidenced by the ability to earn larger net income per dollar of investment than that earned by competitors in the same industry. The ability to produce superior profits is a valuable resource of a business. Normally, companies record goodwill only at the time of purchase and then only at the price paid for it. The Home Depot has labeled its goodwill “cost in excess of the fair value of net assets acquired.”

    Other definitions of goodwill mention the value of a “favorable reputation and earnings potential acquired in a merger.” For all practical purposes, goodwill refers in acquisitions to the premium that was paid shareholders to entice them in the acquisition process. This is the aspect that Standard & Poor’s is emphasizing in its own definition: “Goodwill represents the difference between the price paid for an acquisition and the fair market value of identifiable assets of the acquisition.”

    Goodwill may therefore simply be the price paid for poor judgment. This was the implication of a comment about the demise of Global Crossing: “The ending was gruesome. When Global Crossing filed for bankruptcy in January, it listed assets of $22.4 billion and liabilities of $12.4 billion. At first blush that might look like $10 billion in value, but most of the assets were worthless goodwill from overpaying for all those acquisitions.”

    A write-off for goodwill can also offer an easy way out for colossal errors of judgment in the past. Referring to a change in the accounting method for goodwill applicable to 2001 financial results (FASB 142), Shawn Young reported in the Wall Street Journal, “Qwest’s charge stems from a change in rules set by the federal agency that has put pressure on companies to write off in a lump sum goodwill assets that have fallen in value. In this case, the write-down reflects the fallen value of Qwest, which merged with the former U S West in 2000. The new rules also will allow the company to stop making deductions from earnings of about $900 million a year for amortizing its goodwill costs. […] Many companies are facing huge goodwill write-downs after paying large premiums for acquisitions, many of which turned out to be speculative, during the technology frenzy of the late 1990s. Indeed, WorldCom expects to take a charge of $15 billion to $20 billion and last week AOL Time Warner said it would take a $54 billion goodwill write-down.”

    7. “Securities and Exchange Commission investigation targets”
    On May 3d, 2002 the Securities and Exchange Commission (SEC) defined a number of investigation targets falling under the “aggressive” accounting category.

    a. Revenue recognition. The SEC has especially in mind “round-tripping,” meaning double-counting of transactions between companies. Also known as “corporate back scratching”

    b. Quality of earnings. Some companies improve their balance sheets “by simply changing accounting methodology and not disclosing it..” For example, an asset that used to be depreciated over five years is now depreciated over 10 years.

    c. Acquisitions. Companies that have acquired others may report improved earnings that only reflect the good health of the acquisitions.

    d. Netting. One-time gains are improperly netted against operating expenses, making operating earnings appear better than they really are.

    8. Conclusion
    In a recent communication at the Stern School of Business, New York University, Federal Reserve Board chairman Allan Greenspan observed, “CEOs, under increasing pressure from the investment community to meet short-term elevated expectations, in too many instances have been drawn to accounting devices whose sole purpose is arguably to obscure potential adverse results. Outside auditors, on several well-publicized occasions, have sanctioned such devices, allegedly for fear of losing valued corporate clients. Thus, it is not surprising that since 1998 earnings restatements have proliferated.”

    The main reason why “aggressive” accounting is possible at all lies in the considerable leeway that the accounting profession has in the way it reports financial results of audited companies. As the anonymous Arthur A remarks, “Despite the volumes of rules that guide or prescribe how companies should account for their operations, management has a surprisingly high degree of discretion in reporting financial results. As the final arbiters over management’s accounting decisions, accountants have as much or more discretion than management in determining what numbers investors see and how they see them.”

    As we’ve seen, accounting rules and directions are numerous and because of their increasing complexity, have become arcane. One thing is for sure, the solution to the current quagmires will not rest in even more rules that can only add to the existing complexity. Even if the letter of accounting principles is on the brink of becoming undecipherable, the spirit remains unambiguous. Nothing more is required than a determined return to the spirit of accounting. There is a notion that the ancient Greek philosopher Aristotle was fond of: “philia,” care for the common good. Another philosopher, in the nineteenth century this time, Hegel, noted that the Roman Empire can to an end when special interests were allowed to prevail.

    Standard & Poor’s, 5/14/02, Fact Sheet FAQs – Measures of Corporate Earnings for Equity Analysis
    Walter A. Haas School of Business, University of California, Berkeley, module 280, taught by Nancy Wallace
    The Wall Street Journal, 3/26/02, Henny Sender, Accounting Standards Board Learns Hindsight Is 20/20 in Telecom Swaps
    Standard & Poor’s, Revised May 14, 2002, Originally released November 7, 2001, Measures of Corporate Earnings, David M. Blitzer, Ph.D., Robert E. Friedman, CPA, Howard J. Silverblatt
    Standard & Poor’s, Revised May 14, 2002, Originally released November 7, 2001, Measures of Corporate Earnings, David M. Blitzer, Ph.D., Robert E. Friedman, CPA, Howard J. Silverblatt
    Wall Street Journal, 3/6/02, Karen Talley & Suzanne Craig, Merrill Lynch Directs Analysts To Look Deeper Than Pro Forma
    SEC, 12/4/01,“Pro Forma”Financial information. Tips for Investors”
    SEC, 12/4/01, Cautionary Advice Regarding the Use of “Pro Forma” Financial Information in Earnings Releases
    SEC, 12/4/01, Cautionary Advice Regarding the Use of “Pro Forma” Financial Information in Earnings Releases
    SEC, 12/4/01,“Pro Forma”Financial information. Tips for Investors”
    PIMCO – Investment Outlook, March 2002, Bill Gross, Buffetting Corporate America
    SEC, 12/4/01,“Pro Forma”Financial information. Tips for Investors”
    Andrew Tobias, The Only Investment Guide You’ll Ever Need, San Diego: Harcourt, 2002 (1978): 169
    Wall Street Journal, 2/28/02, Mark Maremont & William M. Bulkeley, IBM Is Resolute On Accounting Cited by SEC
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    SEC, 1/16/02, SEC Brings First Pro Forma Financial Reporting Case. Trump Hotels Charged With Issuing Misleading Earnings Release
    SEC, 1/16/02, SEC Brings First Pro Forma Financial Reporting Case. Trump Hotels Charged With Issuing Misleading Earnings Release
    LA Times, 2/18/02, Thomas S. Mulligan, Firms Reverting to by-the-Books Balance Sheets
    Report Of Investigation By The Special Investigation Committee Of The Board Of Directors Of Enron Corp, 2/1/02, William C. Powers, Jr., Chair: 78; 186
    New York Times, 2/17/02, Kurt Eichenwald, Through the Enron Looking Glass
    Washington Post, 1/2/02, Peter Behr, Broadband Strategy Got Enron In Trouble
    Houston Chronicle, 3/17/02, Dan Feldstein, What was bottom line at Enron? Disturbing signs not easy to spot in annual report
    Transcript of a videotape recorded on October 3, 2000
    Washington Post, February 18, 2002, Ellen Nakashima and Peter Behr, Army Secretary’s Enron Role Probed

    Barrons, 1/28/02, Jonathan R. Laing, The Bear that Roared. How Short-Seller Jim Chanos Helped Expose Enron
    SEC, 12/4/01, Cautionary Advice Regarding the Use of “Pro Forma” Financial Information in Earnings Releases
    New York Times, 3/13/02, Seth Schiesel and Simon Romero, WorldCom: Out of Obscurity to Under Inquiry
    PIMCO – Investment Outlook, March 2002, Bill Gross, Buffetting Corporate America
    New York Times, 3/28/02, Floyd Norris, Company Loans Linked to Stock
    Roger H. Hermanson & James Don Edwards, Financial Accounting, A Business Perspective, Chicago (Ill.): Irwin, 1995 (6th ed.): 150.
    Roger H. Hermanson & James Don Edwards, Financial Accounting, A Business Perspective, Chicago (Ill.): Irwin, 1995 (6th ed.): 412.
    Standard & Poor’s, Revised May 14, 2002, Originally released November 7, 2001, David M. Blitzer, Ph.D., Robert E. Friedman, CPA, Howard J. Silverblatt, Measures of Corporate Earnings
    The Wall Street Journal, 3/21/02, Andy Kessler, Winnick’s Voyage to the Bottom of the Sea
    The Wall Street Journal, 4/2/02, Shawn Young, Qwest Predicts Charge on Its Assets In 2002 of $20 Billion to $30 Billion
    Los Angeles Times, 4/4/02, Unsigned, What the SEC Examines During Financial Reviews
    The Federal Reserve Board, 3/26/02, Remarks by Chairman Alan Greenspan, Corporate governance, At the Stern School of Business, New York University, New York, New York
    http://www.eraider.com, 8/31/02, Arthur A., Materiality and the Single Accountant

  11. « LA CAUSE-RACINE DE LA CRISE »
    …Attention !
    Beaucoup de nos commentateurs favoris ne vont probablement pas aimer cette explication, voire purement l’ignorer (trop simple, trop humaine, pas assez de « méchants », d’idéologie, de théorie, de concepts, d’hermétisme…) , mais moi, j’aime beaucoup.
    Pourquoi ?
    Parce qu’elle est pétri de bon sens.
    Tout simplement.

    Dimanche 19 octobre 2008
    LA CAUSE-RACINE DE LA CRISE / 1
    C’est devenu le sport national (et international) du moment, et c’est classique en temps de crise : trouver LE coupable.
    Le bouc-émissaire est ainsi au choix, et selon les orientations politiques des commentateurs :
    – Les banquiers qui ont oublié toute notion de risque.
    – Les USA (parce que la crise a démarré chez eux).
    – La FED (pour sa politique monétaire laxiste).
    – Le système de monnaie à réserve fractionnaire (qui favorise l’expansion du crédit).
    – Les « spéculateurs ».
    – Les ménages qui se sont trop endettés.
    – La « dérèglementation » .
    – Les états et dirigeants politiques qui ont largement incité au développement de la bulle de crédit.
    – … etc.
    Ces « boucs-émissaires » ont évidemment chacun leur part de responsabilité. Mais derrière eux, il y a une cause-racine plus profonde, qui se voit par exemple dans ce graphique :

    La suite se trouve sur http://tropicalbear.over-blog.com
    Et c’est signé par le jeune et talentueux Loic Abadie.

    Allez, un premier commentaire, je me lance :

    1 – Pour ma part, je ne vois aucune contradiction entre la vision très haute et historique (qui survole les siècles) de notre ami Loic… et le dépecage Culturel minutieux opéré à raz des paquerettes financières par notre anthropologue préféré. (Alors…, père et fils ?)

    2 – Oui, oui, oui… les considérations (à mille lieues des théories du Complot) sur la non-liberté des acteurs (PDG ou Président) sont à intégrer impérativement aux analyses de la Crise si elles veulent avoir une pertinence.
    Loic dit des choses simples et vraies : il évoque cet homme-là, à ce poste-là, qui se veut courageux, ou simplement lucide et responsable, et qui sera remplacé par un autre qui , lui , suivra le courant général.
    Personne n’aime reconnaitre ce fait banal, déterminant et tragique de notre société, qui empêche les « gens bien » d’émerger et de conduire les affaires de la cité. Et pourtant…, tout le monde la « sait », cette vérité-là, dans son for intérieur (ne serait-ce qu’intuitivement), entre soi et soi, dans le lieu ou se mentir n’a pas d’effet.

    …Et il n’y a aucune nécessité à ce qu’il existe un groupe de « Plus-machiavéliques-que-les-autres » pour expliquer ce phénomene, voyons soyons honnêtes reconnaissons-le !

    3 – Je suis curieux : Quelle blague va nous faire notre ami Karluss ?
    Benoit.

  12. Cher Grégory,

    Je sais que je suis en retard, pardon, mais j’y travaille.
    C’est un gros travail car il y a plusieurs longs messages (de Wombat et de Xavier) à contredire (avec calme et force, autant que possible).
    Je ne l’oublie pas et je le fais en grande partie pour vous, cher Gregory ;o)

    J’espère publier mes premières réponses dans la journée.

    Amitiés.

    Étienne.

  13. … Suite (2)

    Dimanche 19 octobre 2008

    LA CAUSE-RACINE DE LA CRISE / 2

    Ces « boucs-émissaires » ont évidemment chacun leur part de responsabilité. Mais derrière eux, il y a une cause-racine plus profonde, qui se voit par exemple dans ce graphique :

    —————- (desole, je ne sais pas reproduire le graphique) —————————–

    Nous voyons sur ce graphique de la production de biens de consommation une tendance de fond depuis 60 ans : Des fluctuations de plus en plus faibles.

    Après une période de grande agitation (crise des années 30, guerre mondiale, reconstruction), nous avons eu des variations d’ampleur moyenne pendant les années 70 (chocs pétroliers), puis très réduites dans les années 80-90. L’implosion de la bulle internet en 2000 et la petite récession de 1991 ont provoqué des perturbations très légères.

    Conséquence de cette évolution de fond : le sentiment de sécurité a progressé chez tous les opérateurs qui étaient de plus en plus confiants, constatant autour d’eux un environnement économique de plus en plus stable et tranquille.
    De cette confiance naît l’euphorie et la perte de conscience du risque…Les générations qui ont toujours vécu dans cet environnement « tranquille » et sont arrivées au sommet de la hiérarchie sociale ont porté aussi au sommet cette euphorie.

    La cause racine de la crise, c’est cela, et rien d’autre. Tous les échelons de la société ont été touchés par cette excès de confiance. Sans distinction, et sans qu’un échelon soit « plus » ou « moins » responsable qu’un autre.

    Dans une société démocratique, le gouvernement n’est d’ailleurs que l’expression de la « foule ultime ».

    Une dynamique de foule est quelque chose d’extraordinairement puissant dans une société, capable de balayer toutes les règlementations et les « garde-fous » établis au cours des crises précédentes…plus les acteurs occupent une place élevée dans la société, plus la pression de cette dynamique de foule sur eux est forte.

    Pour un simple individu (comme moi ou la plupart d’entre vous), qui n’a pas un rôle de décision important dans la société, il est encore possible de ne pas suivre la foule quand elle fonce dans le mur. La pression est faible, et nous sommes libres de nos actes.

    Mais imaginez que vous êtes…
    (…)
    Loic Abadie.

    La suite sur http://tropicalbear.over-blog.com
    Benoit.

  14. Benoit @

    Je viens de mettre sur – Tout notre bébat sur la monnaie – un extrait d’un entretien-radio en janvier de cette année avec le professeur et économiste Daniel Cohen qui fait exactement écho à Loïc Abadie. Les « longues » périodes de « ramollissement » toute nature font que les signaux de l’erreur s’effacent progressivement en passant dans l’inconscient et les expériences passés ne servent plus à rien étant, alors, inconnues. L’erreur, quand ce n’est pas la fraude, se banalisant au plus haut degré…

  15. LA CAUSE-RACINE DE LA CRISE – 3eme partie de l’article de Loic

    Loic dit des choses simples et vraies : il évoque cet homme-là, à ce poste-là, qui se veut courageux, ou simplement lucide et responsable, et qui sera remplacé par un autre qui , lui , suivra le courant général.

    Personne n’aime reconnaitre ce fait banal, déterminant et tragique de notre société, qui empêche les “gens bien” d’émerger et de conduire les affaires de la Cité. Et pourtant tout le monde le sait, de soi a soi, dans le lieu interieur ou se mentir n’a pas d’effet…

    Dimanche 19 octobre 2008

    LA CAUSE-RACINE DE LA CRISE / 3

    Pour un simple individu (comme moi ou la plupart d’entre vous), qui n’a pas un rôle de décision important dans la société, il est encore possible de ne pas suivre la foule quand elle fonce dans le mur. La pression est faible, et nous sommes libres de nos actes.

    Mais imaginez que vous êtes le directeur de la filiale d’un grand groupe bancaire pour disons…la Floride, en 2005, au plus fort de la bulle immobilière.
    Vous décidez d’être raisonnable, de ne pas faire courir de risques excessifs à votre banque, et de refuser de délivrer des crédits à risque à des clients ayant une capacité de remboursement insuffisante…Vous avez entièrement raison.

    Seul problème : au bout de 6 mois, les résultats de votre filiale indiquent une croissance de seulement 8% de vos bénéfices, là où les dirigeants des autres filiales ont obtenu 20% par le développement de nouvelles catégories de prêts à risque.
    Le PDG de votre banque vous convoque alors dans son bureau, pour vous informer qu’il vous remplace par Mr Swap, qui a réussi une croissance de 35% de ses résultats en développant une nouvelle activité « dérivés de crédit » qui semble très rentable. Vous n’avez pas suivi le sentiment de foule dominant…Dommage pour vous !

    Imaginez ensuite (on peut rêver) que vous êtes président des USA en 1992. Vous vous rendez compte à votre arrivée au pouvoir qu’une bulle de crédit commence à se développer au-delà des limites normales dans votre pays. Vous décidez à juste titre de « serrer la vis » : hausse des taux, règlementation stricte du crédit bancaire, pas de « plans de relance de la consommation », mais des investissements de l’état dans la recherche, les infrastructures, la formation et le développement industriel.

    Vous préparez l’avenir à long terme de votre pays en tuant dans l’œuf une bulle naissante et choisissez d’empêcher une crise géante plus tard en provoquant volontairement une petite récession et en ralentissant la machine quand il est encore temps.

    Seul problème : D’autres pays autour de vous se lancent dans la fuite en avant dans le crédit. Ils réussissent d’ailleurs à obtenir une croissance très dynamique grâce à l’expansion anarchique de leur dette et de leurs déficits, pendant que votre politique déclenche une récession. L’opposition se déchaîne contre votre « incompétence » et plusieurs députés de votre parti demandent un changement immédiat de politique économique. Vous perdez lourdement aux élections suivantes…Vous n’avez pas respecté l’état d’esprit de votre époque.

    C’est cela la psychologie des foules : Une force contre laquelle il est quasiment impossible de lutter.
    (…)
    Loic Abadie.

    L’article complet sur http://tropicalbear.over-blog.com
    Benoit.

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