Moraliser la finance ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Accompagnant la suggestion de « punir les coupables », on entend dire aujourd’hui que « moraliser la finance » ferait partie de la solution à la crise.

D’une certaine manière la totalité de Investing in a Post-Enron World (McGraw-Hill 2003) et la première partie de Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte 2007), sont consacrés à la fraude dans les milieux financiers.

J’ai déjà évoqué cette question dans Banalité et immoralité où je constatais « que dans le monde des affaires, rien ne prévient automatiquement les décisions rationnelles contre l’immoralité » et le fait est que sous sa forme actuelle, le capitalisme n’est pas moralisable : un système financier fondé sur les paris relatifs à l’évolution des prix, est nécessairement ancré dans le conflit d’intérêts. Toute information dont vous disposez personnellement et à laquelle les autres n’ont pas accès vous procure un avantage stratégique. Ne pas l’utiliser fait de vous non seulement un imbécile mais un perdant immédiat puisque le reste du monde exploite pour son bénéfice ce qu’il apprend de son côté sur l’évolution de ces prix dans les paris qu’il ou elle fait sur eux.

Sous la forme qui est la sienne aujourd’hui, le système financier offre une telle prime à la fraude que son fonctionnement normal est celui où chacun triche partout où l’occasion lui en est donnée : du délit d’initié à la comptabilité « créative », en passant par l’anti-datage des stock options. Le fonctionnement des salles de marché des établissements financiers repose entièrement sur le délit d’initié que constitue la connaissance des ordres des clients et l’exploitation faite pour son propre profit de cette information « confidentielle » aux yeux du monde, mais nullement pour soi.

C’est là une autre vertu de la mesure que je préconise de l’interdiction des paris sur l’évolution des prix : en éliminant la prime à la fraude, elle introduit une moralisation immédiate des pratiques, et ceci sans l’adjonction de règles accessoires.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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59 réflexions sur « Moraliser la finance ? »

  1. J’ai tres envie de dire ceci :

    A mon avis, Paul, ce que vous nous dites-là est absolument essentiel, et résume ce que vous expliquez et décrivez patiemment dans vos livres et sur votre blog.

    Vous interpellez nos modes de fonctionnement, et par là-meme nous invitez à ne plus nous dresser les uns contre les autres. Les humains sont souvent enclins à rechercher une faute extérieure. Ils evitent ainsi de s’interroger tranquillement sur leur aliénation collective à leurs propres fonctionnements.

    Vous nous invitez à nous asseoir un peu à la maniere des sages des sociétés anciennes, à méditer les problemes communs, à nous écouter les uns les autres, et à trouver des solutions. C’est en ce sens que vous êtes un révolutionnaire authentique, et non un homme de confrontation, d’anathemes et d’exclusion de l’adversaire.

    Vous êtes un Sage.
    Je prends un grand plaisir à l’écrire.
    Le monde a besoin de Sages. Il faut les rehabiliter d’urgence.

    Bon, voila je l’ai dit. 😉
    Respectueusement,
    Benoit.

  2. Vous croyez, tigue ? 😉

    Quelques précisions pour ceux (les nouveaux venus) qui seraient surpris par « mon style ».

    Je ne « roule pour personne ». Je n’ai rien à vendre. Je ne vends : ni moi-meme, ni M. Jorion.
    Je n’ai pas de gourou, pas d’idéologie, pas de religion. Je me sens juste « un homme de la Terre ».
    Je ne suis inféodé à personne. Je suis libre.

    J’exprime simplement, à ma maniere, ce que je crois profondément, au plus intime de moi-meme, à savoir : il y a dans nos sociétés des centaines, voire des milliers de gens formidables et désinteressés, qui sont tout a fait inutilisés, et que nous devrions promouvoir. Et respecter.

    Moi je les appelle des « Sages », ces anonymes-la, ces gens merveilleux, parce que je souhaite réhabiliter le mot. Mais eux, en général, ignorent qu’ils le sont et seraient génés que nous le leur disions. C’est d’ailleurs cela qui fait qu’ils sont si précieux a la collectivité. A notre avenir. Ce sont nos « anti-stars ».

    Je parle, je m’exprime sur ce blog, souvent, au fil des mois, avec ma tete, avec mon coeur, mais pas seulement…
    Je parle aussi avec mes tripes, oui cela est vrai !

    J’ai traversé (et survécu à) tant de violence (y compris quand j’étais gamin) que je sais un peu de quoi je parle quand je m’exprime sur le sujet. Ne vous méprenez pas : ma perspective n’est pas morale, elle est vitale ! La non-violence est le sens de ma vie. J’y ai beaucoup réfléchi.

    Une derniere chose : je vis depuis trois ans en Thaïlande, un pays qui est bouddhiste depuis 2500 ans et non colonisé par l’Occident (oui, il n’a jamais été colonisé). J’apprends sa langue, sa Culture, ses usages. J’ai une femme thaïe, de nouveaux parents thaïs, une nouvelle famille thaïe et des amis thaïs. L’utopie dont je parle, c’est a dire une société qui écouterait et respecterait ses Sages, est ici une réalité. Je l’expérimente, je la teste. J’espere pouvoir en temoigner.

    Je vis cette réalité chaque jour ; ici, cela est si naturel… de prendre conseil aupres des Sages ! La société est toute imprégnée de cette douceur et de cette joie de vivre qui en découle. Et de cette gentillesse sociale.

    Cordialement a tous.

  3. Vu la tournure des événements avec toutes ces centaines de milliard de dollars distribués généreusement dans la plus grande confusion et dans une sorte de désorganisation hallucinante, on peut raisonnablement penser non seulement qu’avant il n’y avait personne dans la cabine de pilotage mais que maintenant une bande de Hijackers a pris le contrôle de l’avion.
    Tous ces milliards distribués ressemblent de plus en plus à une sorte de rançon que les citoyens vont devoir payer aux financiers pour sauver leur peau.
    Un chantage qui s’apparente de plus en plus à des méthodes de voyou.

  4. La moralité n’est pas universelle, chacun peut avoir la sienne, ou pas, mais surtout beaucoup veulent l’appliquer aux autres.
    Si on parlait de « respect » ?

  5. Sauver la peau des financiers à grand coup de milliards sortis d’un chapeau magique alors que tout le monde commence à crever de faim provoque forcément une incompréhension. Ce n’est pas une action très morale.

  6. De quelle morale parlez-vous ? De la morale chrétienne, de le morale islamique, de celle de Confucius, de Buddha, de celle de Marat ?
    Et en encore sachez (je plaisante, vous le savez) que chez les chrétiens, protestants et les catholiques n’ont pas le même rapport au profit et à l’argent.

  7. nous parlons de la morale de Benoit, c’est une morale universelle, la longue histoire de la philosophie, l’ami de la sagesse !
    Saint Benoit, priez pour nous, pauvres blogueurs tonitruants…

  8. Effets d’annonce pour endormir un peu la colère populaire…On voit que tous les journaux financiers soutiennent Obama : il y a de quoi rire non ? Dormez braves gens jus’qu’à la prochaine méga bulle ( mais bon elle n’est pas prête d’arriver, a priori).

  9. @ Paul Jorion

    Vous avez parfaitement raison avec votre idée d’interdire les paris sur les prix. IL s’agit d’une mesure technique indispensable, toute la finance mondiale est complètement vérolée par cela. Et bien entendu comme peuvent le penser certains aucun rapport avec la morale des diférentes civilisations qui occupent le globe…. c’est juste un mécanisme technique à supprimer, un mécanisme suicidaire.

  10. Cette moralisation serait la bienvenue, elle est même nécessaire si on veut un développement qui profite à tous.

    Par contre, il reste à voir si les pays, les établissements ou les individus qui tirent profit du système actuel seront prêts à réformer.

    Comme parfait exemple de système économique moral on peut cité le système de finance islamique basé sur des règles et préceptes du coran et de la sunna.

    Une vidéo de France24 qui l’explique : http://www.dailymotion.com/video/x6zyz1_crise-financiere-et-banque-islamiqu_news
    Wikipedia.fr : http://fr.wikipedia.org/wiki/Finance_islamique

    Une sorte de capitalisme, sans le côté spéculation et jeu de hasard…

  11. @ Abdellatif

    La finance « islamique » fait exactement la même chose que tous les autres intervenants mondiaux, quand les fonds arabes prêtent aux occidentaux ou investissent c’est du 10% l’an! Et ne parlons même pas des plus values inimaginables réalisées dans l’immobilier américain….ou des fonds déposés dans les paradis fiscaux….

  12. En matière de prix nous avons actuellement l’exemple du prix de l’action Volkswagen qui a été multiplié par 5 en une seule cotation, on est pasé de €200 à €1000. Et maintenant quelques fonds sont ruinés et le cours retombent à €750. Du pur délire.

  13. @Paul,

    Je comprend le coté fondamental de cette proposition mais je ne parviens pas à imaginer le coté pratique.
    Comme déjà cité sur ce blog, les paris sur les prix font parti du quotidien de chacun, de notre mode de pensée et de fonctionnement depuis que la monnaie existe : J’achete une maison en esperant la vendre plus cher plus tard, je retarde mon achat en attendant une baisse de prix, j’achete à un prix pour le vendre à un autre plus tard ou ailleurs, même le marché de l’art est basé sur ce paris…
    Est-ce à dire qu’il faudrait que les prix reste fixes ? Ou du moins qu’ils soient fixés autrement que par le marché ? Faudrait-il interdire une vente pour cause de plus-value excessive ? Y rajouter une taxe ?
    Dans cette optique, une des propositions de Maurice allais me parait interessante : Arreter les cotations en temps réel et ne coter les actif qu’une fois par jour.

    D’après vous cela aurait-il un effet sur la volatilité du moment ? La spéculation en prendrait-elle un coup ou bien n’est-ce qu’illusion ?

  14. @Greg :
    Et si on achetait des choses pour leur usage et non pour les revendre plus tard ? N’avez vous jamais acheté de maison pour l’habiter ?
    Les paris sur les prix ont un sens pour la couverture du risque, mais aucun pour répondre aux besoins « physiques » des individus. Ils devraient être l’exception et non la règle du jeu économique.

  15. @Benoît,
    Pardon si je vous ai donné l’ impression de vous moquer, ce n’était pas mon bût.
    Je voulais faire un peu de dérision envers nous tous qui comme vous, admirons cet authentique savant, et essayons d’ avoir cette agilité de l’ esprit qui permet de multiplier les angles de vue pour mieux saisir la complexité accessible de ce monde. Il passe du traitement du signal par l’ analyse fractale, a l’ anthropologie, avec un petit détour par la sociologie, sans oublier un zeste de psychologie, pour expliquer la formation des prix chez le pêcheur breton ou sénégalais…
    Je suis consterné lorsque j’ entends a la télé, sur certaines chaines, la pauvreté de l’ analyse du bouffon économiste de service qui nous explique que tout va répartir comme avant, début 2009…

    Je discutais avec une de mes patientes, sympathique enseignante en economie, elle était consternee par le comportement irrespectueux des jeunes, non seulement avec les profs ( » des sages ») mais surtout entre eux, le « fort en thème » étant systématiquement dénigré par la meute ignare. Ce mal est très profond, il n’ existe pas dans les sociétés traditionnelles.
    QUe nous est il arrivé ?

  16. Le cours aberrant de VW (et du DAX aujourd’hui) est la conséquence d’un short squeeze. Les short sellers (qui ont vendu à découvert du VW pour un montant représentant 12% des titres en circulation) ont dû se couvrir à la hâte dès l’annonce d’une option d’achat d’environ 30% des titres par Porsche (qui possède déjà environ 40% des titres). Hélas pour eux, le marché VW était asséché et il n’y avait quasiment plus de vendeurs. Pour liquider leurs positions à la vente, ils ont dû acheter des titres à un prix excessivement élevé. Le titre atteignait ce matin 1000€, ce qui faisait de VW la plus grosse capitalisation du monde, avant Exxon. Les analystes estiment que ll’estimation de cours raisonnable de VW est de 100€, soit 10 fois moins.

  17. PAS DE PARIS SUR L EVOLUTION DES PRIX
    Remarquable solution qui marie l’éthique et la simplicité.
    Plus la sentence est simple plus elle interdit les dérives. ..
    Comme:
    « Nul n’est censé ignorer la LOI »
    ou
    « En fait de meubles possession vaut titre »…
    On pourrait aussi imposer une loi morale mais qui passerait pour liberticide:
    PAS DE PARIS « intéressés »
    et qui vaudrait dans tous les lieux fréquentés par des humains.
    Resteraient les paris stupides…gratuits!

  18. « Le fonctionnement des salles de marché des établissements financiers repose entièrement sur le délit d’initié que constitue la connaissance des ordres des clients et l’exploitation faite pour son propre profit de cette information « confidentielle » aux yeux du monde, mais nullement pour soi. »

    Ce que vous dites ici est absolument vrai, mais j’aimerais émettre une certaine réserve (que je vous invite à contredire si je me trompe !). Il me semble qu’il existe au sein même des salles de marchés des barrières (des « murailles de Chine ») entre différents acteurs, et ce justement pour des raisons légales. A ma connaissance, un service de fusion-acquisition a par exemple une interdiction absolue de communiquer avec les traders en salle. De la même manière, et aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines applications prennent des décisions sur des données que la loi interdit de communiquer aux traders.

    « C’est là une autre vertu de la mesure que je préconise de l’interdiction des paris sur l’évolution des prix ».

    Là j’avoue être un peu perplexe. Le pari sur les prix ne consiste-il pas (en partie tout du moins) en une utilisation « détournée » de certains produits financiers ? Je pense notamment aux options : ne sont-elles pas des produits de couverture avant d’être des produits de pari ? C’est en tout cas, je crois, leur raison d’être originelle. Du coup, comment se concrétiserait pour vous une interdiction des paris sur l’évolution des prix : par l’élimination pure et simple de certains produits dérivés, ou bien par une contrôle sur leur utilisation (si cela est vraiment possible) ?

    [désolé par avance si ce commentaire apparait en double]

  19. @egdltp,

    Bien sur que l’on peut faire un achat simplement pour l’usage du bien acquis plutot qu’en vu d’un bénéfice futur.
    Cependant ce n’est pas la vision de la majorité, et le rapport prix actuel/ prix futur joue toujours dans la décision d’achat.

    « Les paris sur les prix ont un sens pour la couverture du risque, mais aucun pour répondre aux besoins “physiques” des individus »
    Ils répondent aux besoins physique et y repondront toujours tant que plus d’argent=plus de bien être.

  20. @ tigue

    Rassurez-vous, je n’ai pas eu l’impression que vous vous moquiez.
    Au contraire, j’ai senti votre complicite.
    Vos reflexions m’en apportent confirmation. Merci.

  21. @ Greg

    Vous dites « le rapport prix actuel/ prix futur joue toujours dans la décision d’achat. » puis « Ils [les paris sur les prix] répondent aux besoins physique et y répondront toujours tant que plus d’argent=plus de bien être.

    Vous traduisez à mon sens parfaitement la pensée dite « libérale » (au sens économique), bloquée sur les équations,

    bien-être = argent,
    argent = plus-value
    plus-value = achat/vente

    La plus-value obtenue par un achat/vente se fait soit au détriment d’un tiers (on rejoint le problème de moralité), soit par une croissance globale qui permet qu’il n’y ait pas de lésé. Quand la croissance tombe, et c’est inéluctable dans un monde fini, ne reste que l’immoralité.

    Pouvez-vous imaginer une autre façon de voir les choses ? par exemple :
    – bien-être = besoins fondamentaux assouvis (logement, nourriture, santé, sécurité, culture, loisirs) et plénitude dans l’environnement social
    – argent = richesse produite
    – richesse produite = travail (au sens large, au sens apport à la société, matériel, intellectuel, artistique…)

    C’est naïf ce que je dis, mais il me semble qu’on est là sur le vrai point de clivage qui fait que les choses n’évoluent pas. Le jour où l’argent sera considéré comme un simple moyen et non comme une fin, alors des règles économiques morales et surtout efficaces pour tous pourront être mise en œuvre.

    Greg, à titre personnel, le prix futur du bien ne rentre JAMAIS en compte quand j’effectue un achat.

  22. @ Greg

    Vous utilisez le mot « pari » dans un sens beaucoup plus large que je ne l’entends : il pourrait être remplacé par « espérance » dans vos commentaires. J’entends pari comme dans la phrase suivante : « Je te parie 50 € que McCain va gagner ! ». Si le pari est accepté, la somme de 50 € changera de mains après les élections.

    Si vous lisez ce que j’ai écrit ici, vous verrez le contraste que j’opère entre « assurance » et « pari ». La fonction d’assurance est positive : elle élimine un risque existant. Le pari lui crée un risque artificiellement : là où il n’existait pas.

  23. Bonjour à tous
    Monsieur Jorion, auriez vous des informations sur ce qu’il se passe ces jours ci dans les pays de l’est ?
    J’ai lu sur contre-info que la bulle des crédits dans ces pays est en train d’exploser et que sa taille dépasse de loin celle des « subprimes »
    Comme je parle roumain je fait de temps à autre un tour pour lire la presse du pays et le constat que je fait est alarmant.
    D’autant plus alarmant que les acteurs du monde financier locaux ne semblent pas vraiment comprendre ce qui leurs arrive.
    Un des représentant roumains à l’UE a écrit une lettre à la Comission Européenne dans laquelle il accuse les banques de la zone euro d’utiliser une partie des fonds que les gouvernements leurs ont accordés pour ataquer la monnaie roumaine.
    Pensez vous que le centre de la crise soit en train de quitter les USA pour aller vers l’Europe et les pays émergeants ?

  24. La vengeance du trader masqué 12 MILLIARDS DE $ de pertes ? :

    MARCHE/Goldman Sachs chute, se serait brûlé les doigts sur Volkswagen

    New York – Le titre Goldman Sachs chutait mardi à la Bourse de New York, pénalisé par des rumeurs de marché selon lesquelles la banque d’affaires américaine aurait subi d’importantes pertes à la suite de l’envolée spectaculaire de l’action Volkswagen en Bourse.

    Vers 15H30 GMT (16h30 HEC), l’action plongeait de 8,18%, à 85,28 dollars.

    « Goldman Sachs aurait subi d’importantes pertes en devant couvrir des ventes à découvert sur le titre Volkswagen », a expliqué Gregori Volokhine, de Meeschaert New York.

    « Ce sont des rumeurs de marché, mais cela montre à quel point le marché est nerveux: personne n’a envie de voir des grosses pertes qu’on n’avait pas vu venir », a ajouté l’analyste.

    L’action du constructeur automobile allemand Volkswagen a dépassé mardi les 1000 euros à la Bourse de Francfort sur des achats panique de couverture des spéculateurs, le titre étant devenu denrée rare depuis que Porsche s’est assuré près des trois quarts de son capital.

    Le flottant du groupe de Wolfsburg a été réduit à environ 6% et les fonds d’investissements qui avaient spéculé sur le titre ont du coup une marge de manoeuvre très limitée pour couvrir leur position.

    Ces fonds auraient parié sur une baisse du titre par la technique de la vente à découvert, qui consiste à emprunter une action dont on pense que le prix va baisser et à la vendre aussitôt, avec l’espoir d’empocher une forte différence au moment où il faudra la racheter pour la rendre au prêteur.

    Mais avec la hausse du titre, ils auraient subi des pertes qui dépasseraient les 12 milliards de dollars, selon M. Volokhine. « La question, c’est qui les a perdus? » s’est-il interrogé.

    La chute de Goldman Sachs entraînait sa concurrente Morgan Stanley, qui chutait de 15,36% à 11,62 dollars.

    Cette dernière pâtissait également des déboires de Mitsubishi UFJ Financial Group. La banque japonaise, qui a récemment déboursé 9 milliards de dollars pour acheter 21% de Morgan Stanley, a annoncé une augmentation de capital de 990 milliards de yens (8 milliards d’euros) pour faire face aux effets de la crise mondiale et financer ses récentes acquisitions.

    « On se rend compte que Mitsubishi est beaucoup plus fragile que ce que l’on pensait », a observé l’analyste de Meeschaert.

    http://www.romandie.com/infos/news/200810281648030AWP.asp

  25. Cher Monsieur Jorion, vous avez construit un très beau blog et je profite de cette intervention ponctuelle, un jour de moindre affluence, pour vous en féliciter vivement.
    Croyez bien que vos visiteurs et commentateurs ne manquent pas d’appréhender rapidement vos intervenants de qualité et qu’ils ne s’arrêtent pas aux encombrements de ceux qui n’ont pas conscience de leurs excès dont, j’espère, qu’ils n’arriveront pas à vous créer désordre.

    La question que vous évoquez est essentielle et elle mériterait tout un livre rédigé suite à une intervention multidisciplinaire d’auteurs de grande qualité morale.

    On peut se dire que la grande puissance de notre ego nous empêche déjà le plus souvent de pouvoir jeter un regard sage sur ce monde fou.
    On peut dire aussi la même chose des personnes morales qui nous entourent, tournées vers la recherche d’un dividende à deux chiffres qui les empêchent le plus souvent de pouvoir jeter un regard sage sur ce monde fou.

    La question d’aujourd’hui liée à la moralisation des activités de marché -« où chacun triche partout où l’occasion lui en est donnée »- ne pourra pas être sérieusement résolue par le droit si les acteurs ne peuvent pas en arriver à jeter un regard sage et continuent à apprécier, comme aujourd’hui, de garder leurs yeux fermés, leur joie provenant, au surplus, partiellement, du fait de pouvoir contourner le droit .

    Le fonctionnement d’une salle de marchés, tel que vous le décrivez, est également à l’œuvre dans notre société, dans les marchés publics, les pratiques commerciales, la distribution de médicaments en priorité dans les pays riches,…etc, etc, dans tant de choses que vous et nous connaissons bien et que nous voudrions moraliser, sans pouvoir les empêcher.

    Le droit régulera bien sûr certains comportements.
    Son mode d’élaboration à notre époque est toutefois devenu tel que vous et nous connaissons bien les différences entre droit et justice, que nous connaissons bien aussi l’impact de lois qui, passées par le filtre des lobbies, ne véhiculent plus guère de la force qui devaient les accompagner.
    Il n’est que de se pencher sur des travaux d’assemblée parlementaire, des rapports d’organisme de contrôle ou des méthodes de mise en place de véhicule juridique destiné au secteur financier pour y constater la concurrence, dénuée de préoccupation morale, que se livrent des places financières pour attirer l’argent, pour comprendre aussi que même des Etats européens sont des paradis fiscaux qu’enrichit l’arrivée de « surtaxés » d’Etats limitrophes.

    Réglementons d’accord, si tant est que, comme vous le dites, le système actuel soit vraiment moralisable. Sans grande illusion toutefois, tant les mauvaises habitudes dues à la financiarisation de nos activités vont se maintenir, à défaut d’existence d »un autre mode de gestion de l’économie correspondant à une véritable gestion pertinente des risques de ce monde.

    Parallèlement, chacun ou ensemble nous devrions aller plus loin.
    Chercher ce qui peut enrichir dans le désert où nous nous sommes plongés.
    Nous mettre à préserver ce qui est fondamental dans la matière.
    Nous décider à quitter, à notre manière, les activités d’argent sans valeur ajoutée, là où elles relancent un système qui ruine matériellement cette planète et nous bloque dans nos fauteuils.

    C’est de ce travail vers une lumière-et chacun sait bien où est l’ombre quand il est conscient- que pourra se produire un retournement.
    C’est à partir de la recherche de valeurs communes à nos « religions » que nous pourrons véritablement oser prétendre avancer vers une « moralisation » volontaire que n’effrayera plus la complexité et qui pourra irriguer ambitieusement nos gestes privés et collectifs guidés par une volonté de résoudre les problèmes colossaux qui nous attendent.

    Et les golden boys qui comprennent aussi qu’ils finiront sans rien à offrir dans leur vieillesse sans sagesse, commenceront bien, eux aussi, à demander leur transfert vers d’autres possibles desks…

  26. « Le fonctionnement des salles de marché des établissements financiers repose entièrement sur le délit d’initié que constitue la connaissance des ordres des clients et l’exploitation faite pour son propre profit de cette information « confidentielle » aux yeux du monde, mais nullement pour soi. »

    Il me semble que ce comportement constitue que ce les anglo-saxons appellent du ‘frontrunning’, et est (théoriquement) interdit. Basé sur votre expérience, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur cette pratique. Merci,

  27. @ Tigue

    Je discutais avec une de mes patientes, sympathique enseignante en economie, elle était consternee par le comportement irrespectueux des jeunes, non seulement avec les profs (” des sages”) mais surtout entre eux, le “fort en thème” étant systématiquement dénigré par la meute ignare. Ce mal est très profond, il n’ existe pas dans les sociétés traditionnelles.
    QUe nous est il arrivé ?

    Et ça ne date pas d’hier. Cela fait au moins plusieurs décennies que cela dure. J’avais déjà remarqué pendant mes études, il y a de cela plus de 30 ans, que les « bons élèves » étaient ostracisés, alors que les médiocres ralliaient la sympathie dans un illogisme absolu.

    Aujourd’hui, j’ai l’impression que le niveau d’ostracisme n’a fait qu’augmenter, générant une violence cachée qui doit être extrêmement pénible à supporter pour ceux qui ont décidé d’utiliser l’école pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un lieu d’apprentissage et non un terrain de jeu.

    Mais finalement, cet ostracisme, probablement issu d’une jalousie qui vise à empêcher l’autre de réussir mieux que soi, n’a-t-il pas toujours existé ? Est-ce que ce ne sont pas seulement sa forme et son intensité qui ont augmenté ?

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