Présidentielles US (3) – Qui est Obama ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

« Qui est Obama ? » La question est revenue comme une rengaine dans la campagne de John McCain et de sa colistière Sarah Palin. Les commentateurs y ont lu un racisme voilé. Voici en effet un candidat dont on sait tout : tout sur lui, sur son épouse Michelle, sur leurs deux filles, Malia Ann et Natasha, tout sur sa grand-mère qui s’est éteinte aujourd’hui, que voudrait-on savoir de plus ? Continuer de dire « Qui est Obama ? », ce serait répéter inlassablement qu’il ne sera jamais l’un des nôtres, c’est poser le Noir comme fondamentalement inconnaissable et dont l’altérité est coulée dans l’airain.

Ceci dit, la question reste excellente : qui est Obama ? Je n’en sais rien. Il est vrai qu’on connaît de lui tout ce qu’on peut rêver trouver comme information dans People Magazine ou dans Paris-Match et il a apporté sa contribution personnelle en écrivant de très gros livres sur tout ce qu’il pense ou a jamais pensé. Mais n’est-il pas éminemment suspect qu’un homme apparemment aussi intelligent que lui ait produit au fil des ans un tel flot de platitudes, un tel ramassis de clichés d’almanach ?

Le « Qui est Obama ? » de McCain n’est pas raciste, le candidat républicain est trop intelligent pour cela, il veut dire plutôt : « Où sur l’éventail qui va du centre-gauche – d’où Obama s’exprime inlassablement – à l’extrême-gauche, se situe-t-il vraiment ? » C’est une excellente question et si les sondages ne se trompent pas, nous en connaîtrons bientôt la réponse.

Il m’est arrivé un soir d’entendre un Obama qui méritait d’être écouté. Il était sur la défensive et se justifiait d’appartenir à une église dont le prêtre tient depuis des années un discours que je qualifierai pour faire vite de « Black Panther ». Il était en colère, il rayonnait de l’intelligence qu’on lui soupçonne. L’opinion ne l’a pas bien pris et il n’a pas insisté. S’il est intelligent, nous ne le savons pas encore mais qu’il soit malin, nous le savons déjà.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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19 réflexions sur « Présidentielles US (3) – Qui est Obama ? »

  1. Comme toujours dans une démocratie, l’élu doit être consensuel et s’il est brillant doit s’en cacher un peu pour rester abordable à chacun qui préfère les gens qui leur ressemblent pour les représenter en pensant qu’ils ont les mêmes intérêts, et non quelqu’un de trop inabordable même si on pourrait pourtant souhaiter que ce soit le meilleur qui soit notre responsable et ait les meilleures capacités devant les problèmes, et donc qui ne nous ressemble pas vraiment, dans notre normalité moyenne, voire parfois médiocrité de tout un chacun.

  2. @ Highway-To-Hell

    Ecoutez aussi celui-ci: tout à fait adapté pour le jouer en marche avant mais aussi en reculant, comme au vietnam: http://patriotfiles.org/ (audio seulement)

    Ce n’est que de la musique …. mais! A ce jeu-là l’humanité n’avancera guère dans ses problèmes.

  3. J’ai lu avec curiosité et, je dois le dire, une certaine incompréhension, l’appel vibrant à voter Obama lancé par Mikael Moore. J’ai vu avec non moins de curiosité, mais peut-être moins d’incompréhension, l’enthousiasme de Wall Street à la perspective de cette élection.

    La première chose que j’ai envie de dire, c’est qu’il y aura forcément, d’un coté ou de l’autre, des déceptions. Mikael Moore qui avait crié au « hold up du siècle » face au plan de sauvetage des banques de Paulson, plan soutenu par Obama et Wall street resteront difficilement sur la même longueur d’onde.

    Il paraissait effectivement peu probable, après la désastreuse double expérience G. W. Bush qu’un nouveau président républicain soit élu. Il me semble d’ailleurs qu’en choisissant Mc Cain, les républicains avait choisi celui qui moins que les autres était capable d’aller sur le terrain des démocrates gagner du terrain. Il n’a en tous cas pas gagné celui de Wall street.

    Il est un fait que, tous les moyens possibles et imaginables ont été employés pour assurer l’élection d’Obama dont l’étape la plus difficile ne s’est pas jouée hier mais dans les primaires du parti démocrate.

    Alors, certes un noir a été élu président des Etats Unis d’Amérique (comme disait, je crois, Truffaut, ceci n’est pas un nom de pays). D’une certaine manière, c’est un grand changement. Toute la question est désormais : Est-ce un changement qui en annonce d’autres dans la réalité de la vie des « américains » – comment désigner les habitants de ce pays qui n’a pas de nom – , ou est-ce un changement qui est là pour faire passer le fait que l’essentiel va demeurer comme avant ?

    Je crois que le pire danger serait de croire que cela va désormais dépendre de la question « qui est Obama ». Si ce dernier est tout seul (face à ceux qui l’ont financé) pour changer ce pays qui n’a pas de nom, il va être en grande difficulté.

    De ce point de vue, le fait que le candidat « cache son brillant », lisse son image pour être consensuel est peut-être une balle dans le pied. D’une part, s’il s’engage maintenant dans un changement net, s’il s’affirme, on va lui reprocher d’avoir caché ses intentions.

    Surtout, le fait d’être inclassable entre centre-gauche et extrême gauche crée une grande confusion. Cela signifie que, la coalition de forces nécessaires à un vrai changement n’existe pas encore et que, si telles sont les intentions d’Obama, sa construction sera sa première et principale tâche, peut-être la tâche essentielle d’un premier mandat, rendant possible des changements qui ne seront possibles qu’ensuite.

    Autrement dit, si Obama est le meilleur de ce qu’on lui prête, alors la bataille de conviction commence pour lui à partir d’aujourd’hui.

  4. Les lobbys ont arrosé Obama pour le calmer d’emblée sur d’éventuelles ardeurs sociales. Mais ces lobbys n’avaient pas le choix car ils savent que les l’administration US va forcement mettre leur nez dans leurs comptes et intervenir dans l’orientation économique. Si ils veulent se sortir de ce marasme sans de terribles dégâts sociaux; l’Etat doit intervenir puissamment.
    Alors pour les lobbys autant rester copain-copain car ils sentent tourner le vent de la LOI du Marché.

  5. Pendant ce temps, en France… l’Etat arrose les lobbys sans même regarder où va l’argent
    Drôle d’époque

  6. Et oui, bonne question, la même que je me suis posée ce matin en lisant les gros titres.
    Mais je pense aussi que c’est la raison pour la quelle il a été élu. Sur Mc Cain et Sarah Palin cette question n’avait pas lieu d’être.
    Et c’est peut être là que tout espoir soit permis, et que le suspens continue, et que la pensée restera en éveil.
    Tout aussi intéressent comme question serait : qui seront les opposants et qui les soutients d’Obama.
    Tous les jeux sont ouverts, mais rien ne sera plus vraiment comme avant.

  7. Il sait en tout cas qu’il s’inscrit dans une histoire qui a un sens, et qui progresse, puisque deux allusions, au moins, dans son discours de victoire à Chicago d’hier, renvoient au mouvement des droits civiques des années 60 :

    Obama : « It’s been a long time coming, but tonight, because of what we did on this date in this election at this defining moment change has come to America. »

    Renvoie à une célèbre chanson de Sam Cooke, de 1964 : « A change is gonna come. »

    « It’s been a long, a long time coming, but I know a change gonna come, oh yes it will. (Il a fallu longtemps, mais je sais qu’un changement arrive.) »

    Obama: « I promise you, we as a people will get there. (Je vous promets que nous, en tant que peuple, y parviendrons.) »

    Renvoie au dernier discours de Martin Luther King, juste avant qu’il soit assassiné, en avril 1968 :

    « I just want to do God’s will. And He’s allowed me to go up to the mountain. And I’ve looked over. And I’ve seen the Promised Land. I may not get there with you. But I want you to know tonight, that we, as a people, will get to the promised land! »

    Ici, vidéo complète et transcription (en anglais), et, seulement la néanmoins très impressionnante conclusion du discours, là :

  8. Ca y est, c’est fait !
    Merci à George. Tes huit années d’erreurs et de mensonges ont permis qu’un presque noir, quasi socialiste, ait comme prochaine barraque une maison blanche à Washington.
    Les artistes ferrailleurs des Ateliers de l’Eclipse ( http://www.ateliers-eclipse.com ) te sont reconnaissants, ils l’ont d’ailleurs fait savoir dans la presse nationale dès la semaine dernière…

  9. Le discours dont je parle dans mon billet :

    A More Perfect Union

    Il m’est arrivé un soir d’entendre un Obama qui méritait d’être écouté…

    Nous le peuple, dans le but de former une union plus parfaite

    Il y a deux cent vingt et un ans, un groupe d’hommes s’est rassemblé dans
    une salle qui existe toujours de l’autre côté de la rue, et avec ces simples
    mots, lança l’aventure inouïe de la démocratie américaine.

    Agriculteurs et savants, hommes politiques et patriotes qui avaient traversé
    l’océan pour fuir la tyrannie et les persécutions, donnèrent enfin forme à
    leur déclaration d’indépendance lors d’une convention qui siégea à
    Philadelphie jusqu’au printemps 1787.

    Ils finirent par signer le document rédigé, non encore achevé. Ce document
    portait le stigmate du péché originel de l’esclavage, un problème qui
    divisait les colonies et faillit faire échouer les travaux de la convention
    jusqu’à ce que les pères fondateurs décident de permettre le trafic des
    esclaves pendant encore au moins vingt ans, et de laisser aux générations
    futures le soin de l’achever.

    Bien sûr, la réponse à la question de l’esclavage était déjà en germe dans
    notre constitution, une constitution dont l’idéal de l’égalité des citoyens
    devant la loi est le cœur, une constitution qui promettait à son peuple la
    liberté et la justice, et une union qui pouvait et devait être perfectionnée
    au fil du temps.

    Et pourtant des mots sur un parchemin ne suffirent ni à libérer les esclaves
    de leurs chaînes, ni à donner aux hommes et aux femmes de toute couleur et
    de toute croyance leurs pleins droits et devoirs de citoyens des Etats-Unis

    Il fallait encore que, de génération en génération, les Américains
    s’engagent —en luttant et protestant, dans la rue et dans les tribunaux, et
    en menant une guerre civile et une campagne de désobéissance civile,
    toujours en prenant de grands risques—, pour réduire l’écart entre la
    promesse de nos idéaux et la réalité de leur temps.

    C’est l’une des tâches que nous nous sommes fixées au début de cette
    campagne —continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une
    marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse
    et plus prospère.

    J’ai choisi de me présenter aux élections présidentielles à ce moment de
    l’histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons résoudre les
    problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble, que nous ne
    pourrons parfaire l’union que si nous comprenons que nous avons tous une
    histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne
    sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas du même endroit mais que
    nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos
    enfants et petits-enfants.

    Cette conviction me vient de ma foi inébranlable en la générosité et la
    dignité du peuple Américain. Elle me vient aussi de ma propre histoire
    d’Américain. Je suis le fils d’un noir du Kenya et d’une blanche du Kansas.
    J’ai été élevé par un grand-père qui a survécu à la Dépression et qui s’est
    engagé dans l’armée de Patton pendant la deuxième Guerre Mondiale, et une
    grand-mère blanche qui était ouvrière à la chaîne dans une usine de
    bombardiers quand son mari était en Europe.

    J’ai fréquenté les meilleures écoles d’Amérique et vécu dans un des pays les
    plus pauvres du monde. J’ai épousé une noire américaine qui porte en elle le
    sang des esclaves et de leurs maîtres, un héritage que nous avons transmis à
    nos deux chères filles.

    J’ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux des oncles et des
    cousins, de toute race et de toute teinte, dispersés sur trois continents,
    et tant que je serai en vie, je n’oublierai jamais que mon histoire est
    inconcevable dans aucun autre pays.

    C’est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus plausible.
    Mais c’est une histoire qui a gravé au plus profond de moi l’idée que cette
    nation est plus que la somme de ses parties, que de plusieurs nous ne
    faisons qu’un.

    Tout au long de cette première année de campagne, envers et contre tous les
    pronostics, nous avons constaté à quel point les Américains avaient faim de
    ce message d’unité.

    Bien que l’on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement
    raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les états
    les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des
    Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre
    Afro-Américains et Américains blancs.

    Cela ne veut pas dire que l’appartenance raciale n’a joué aucun rôle dans la
    campagne. A plusieurs reprises au cours de la campagne, des commentateurs
    m’ont trouvé ou « trop noir » ou « pas assez noir ».

    Nous avons vu surgir des tensions raciales dans la semaine qui a précédé les
    primaires de la Caroline du Sud. Les médias ont épluché chaque résultat
    partiel, à la recherche de tout indice de polarisation raciale, pas
    seulement entre noirs et blancs mais aussi entre noirs et bruns.

    Et pourtant ce n’est que ces deux dernières semaines que la question raciale
    est devenue un facteur de division.

    D’un côté on a laissé entendre que ma candidature était en quelque sorte un
    exercice de discrimination positive, basé seulement sur le désir de libéraux
    [Ndt : gens de gauche] candides d’acheter à bon marché la réconciliation
    raciale.

    D’un autre côté on a entendu mon ancien pasteur, le Rev. Jeremiah Wright,
    exprimer dans un langage incendiaire des opinions qui risquent non seulement
    de creuser le fossé entre les races mais aussi de porter atteinte à ce qu’il
    y a de grand et de bon dans notre pays. Voilà qui, à juste titre choque
    blancs et noirs confondus.

    J’ai déjà condamné sans équivoque aucune les déclarations si controversées
    du Rev. Wright. Il reste des points qui en dérangent encore certains.

    Est-ce que je savais qu’il pouvait à l’occasion dénoncer avec violence la
    politique américaine intérieure et étrangère ? Bien sûr. M’est-il arrivé de
    l’entendre dire des choses contestables quand j’étais dans son église ? Oui.
    Est-ce que je partage toutes ses opinions politiques ? Non, bien au
    contraire ! Tout comme j’en suis sûr beaucoup d’entre vous entendent vos
    pasteurs, prêtres ou rabbins proférer des opinions que vous êtes loin de
    partager.

    Mais les déclarations à l’origine de ce récent tollé ne relevaient pas
    seulement de la polémique. Elles n’étaient pas que l’indignation d’un leader
    spirituel dénonçant les injustices ressenties.

    Elles reflétaient plutôt une vue profondément erronée de ce pays —une vue
    qui voit du racisme blanc partout, une vue qui met l’accent sur ce qui va
    mal en Amérique plutôt que sur ce qui va bien. Une vue qui voit les racines
    des conflits du Moyen-Orient essentiellement dans les actions de solides
    alliés comme Israël, au lieu de les chercher dans les idéologies perverses
    et haineuses de l’Islam radical.

    Le Rev. Jeremiah Wright ne fait pas que se tromper, ses propos sèment la
    discorde à un moment où nous devons trouver ensemble des solutions à nos
    énormes problèmes : deux guerres, une menace terroriste, une économie
    défaillante, une crise chronique du système de santé, un changement
    climatique aux conséquences désastreuses. Ces problèmes ne sont ni noirs ni
    blancs, ni hispaniques ni asiatiques mais ce sont des problèmes qui nous
    concernent tous.

    Au vu de mon parcours, de mes choix politiques et des valeurs et idéaux
    auxquels j’adhère, on dira que je ne suis pas allé assez loin dans ma
    condamnation. Et d’abord pourquoi m’être associé avec le Rev. Jeremiah
    Wright, me demandera-t-on ? Pourquoi ne pas avoir changé d’église ?

    J’avoue que si tout ce que je savais du Rev. Wright se résumait aux bribes
    de sermons qui passent en boucle à la télévision et sur YouTube, ou si la
    Trinity United Church of Christ ressemblait aux caricatures colportées par
    certains commentateurs, j’aurais réagi de même.

    Mais le fait est que ce n’est pas tout ce que je sais de cet homme. L’homme
    que j’ai rencontré il y a plus de vingt ans est l’homme qui m’a éveillé à ma
    foi. Un homme pour qui aimer son prochain, prendre soin des malades et venir
    en aide aux miséreux est un devoir.

    Voilà un homme qui a servi dans les Marines, qui a étudié et enseigné dans
    les meilleures universités et séminaires et qui pendant plus de trente ans a
    été à la tête d’une église, qui en se mettant au service de sa communauté
    accomplit l’œuvre de Dieu sur terre : loger les sans-abris, assister les
    nécessiteux, ouvrir des crèches, attribuer des bourses d’études, rendre
    visite aux prisonniers, réconforter les séropositifs et les malades atteints
    du sida.

    Dans mon livre, Les Rêves de mon père, je décris mes premières impressions
    de l’église de la Trinity:

    « L’assistance se mit à crier, à se lever, à taper des mains, et le vent
    puissant de son souffle emportait la voix du révérend jusqu’aux chevrons
    (…). Et dans ces simples notes — espoir ! — j’entendis autre chose. Au
    pied de cette croix, à l’intérieur des milliers d’églises réparties dans
    cette ville, je vis l’histoire de noirs ordinaires se fondre avec celles de
    David et Goliath, de Moïse et Pharaon, des chrétiens jetés dans la fosse aux
    lions, du champ d’os desséchés d’Ezékiel.

    Ces histoires —de survie, de liberté, d’espoir— devenaient notre histoire,
    mon histoire ; le sang qui avait été versé était notre sang, les larmes
    étaient nos larmes. Cette église noire, en cette belle journée, était
    redevenue un navire qui transportait l’histoire d’un peuple jusqu’aux
    générations futures et jusque dans un monde plus grand.

    Nos luttes et nos triomphes devenaient soudain uniques et universels, noirs
    et plus que noirs. En faisant la chronique de notre voyage, les histoires et
    les chants nous donnaient un moyen de revendiquer des souvenirs dont nous
    n’avions pas à avoir honte (…), des souvenirs que tout le monde pouvait
    étudier et chérir – et avec lesquels nous pouvions commencer à reconstruire ».

    Telle a été ma première expérience à Trinity. Comme beaucoup d’églises
    majoritairement noires, Trinity est un microcosme de la communauté noire :
    on y voit le médecin et la mère assistée, l’étudiant modèle et le voyou
    repenti.

    Comme toutes les autres églises noires, les services religieux de Trinity
    résonnent de rires tapageurs et de plaisanteries truculentes. Et ça danse,
    ça tape des mains, ça crie et ça hurle, ce qui peut paraître incongru à un
    nouveau venu

    L’église contient toute la tendresse et la cruauté, l’intelligence l’extrême
    et l’ignorance crasse, les combats et les réussites, tout l’amour et, oui,
    l’amertume et les préjugés qui sont la somme de l’expérience noire en
    Amérique.

    Et cela explique sans doute mes rapports avec le Rev. Wright. Si imparfait
    soit-il, je le considère comme un membre de ma famille. Il a raffermi ma
    foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants.

    Jamais dans mes conversations avec lui ne l’ai-je entendu parler d’un groupe
    ethnique en termes péjoratifs, ou manquer de respect ou de courtoisie envers
    les blancs avec qui il a affaire. Il porte en lui les contradictions — le
    bon et le mauvais— de la communauté qu’il sert sans se ménager depuis tant
    d’années.

    Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire, je
    ne peux pas plus le renier que je ne peux renier ma grand-mère blanche, une
    femme qui a fait tant de sacrifices pour moi, une femme qui m’aime plus que
    tout au monde, mais aussi une femme qui m’avouait sa peur des noirs qu’elle
    croisait dans la rue et que, plus d’une fois, j’ai entendu faire des
    remarques racistes qui m’ont répugné.

    Ces personnes sont une partie de moi. Et elles font partie de l’Amérique, ce
    pays que j’aime.

    D’aucuns verront ici une tentative de justifier ou d’excuser des propos tout
    à fait inexcusables. Je peux vous assurer qu’il n’en est rien. Je suppose
    qu’il serait plus prudent, politiquement, de continuer comme si de rien
    n’était, en espérant que toute l’affaire sera vite oubliée.

    Nous pourrions faire peu de cas du Rev. Wright, et ne voir en lui qu’un
    excentrique ou un démagogue, tout comme certains l’ont fait dans le cas de
    Geraldine Ferraro, l’accusant, à la suite de ses récentes déclarations, de
    préjugé racial.

    Mais je crois que ce pays, aujourd’hui, ne peut pas se permettre d’ignorer
    la problématique de race. Nous commettrions la même erreur que le Rev.
    Wright dans ses sermons offensants sur l’Amérique —en simplifiant, en
    recourant à des stéréotypes et en accentuant les côtés négatifs au point de
    déformer la réalité.

    Le fait est que les propos qui ont été tenus et les problèmes qui ont été
    soulevés ces dernières semaines reflètent les aspects complexes du problème
    racial que n’avons jamais vraiment explorés — une partie de notre union qui
    nous reste encore à parfaire.

    Et si nous abandonnons maintenant pour revenir tout simplement à nos
    positions respectives, nous n’arriverons jamais à nous unir pour surmonter
    ensemble les défis que sont l’assurance maladie, l’éducation ou la création
    d’emplois pour chaque Américain.

    Pour comprendre cet état de choses, il faut se rappeler comment on en est
    arrivé là. Comme l’a écrit William Faulkner : « Le passé n’est pas mort et
    enterré. En fait il n’est même pas passé. » Nul besoin ici de réciter
    l’histoire des injustices raciales dans ce pays

    Mais devons nous rappeler que si tant de disparités existent dans la
    communauté afro-américaine d’aujourd’hui, c’est qu’elles proviennent en
    droite ligne des inégalités transmises par la génération précédente qui a
    souffert de l’héritage brutal de l’esclavage et de Jim Crow.

    La ségrégation à l’école a produit et produit encore des écoles inférieures.
    Cinquante ans après Brown vs. The Board of Education, rien n’a changé et la
    qualité inférieure de l’éducation que dispensent ces écoles aide à expliquer
    les écarts de réussite entre les étudiants blancs et noirs d’aujourd’hui.

    La légalisation de la discrimination —des noirs qu’on empêchait, souvent par
    des méthodes violentes, d’accéder a la propriété, des crédits que l’on
    accordait pas aux entrepreneurs afro-américains, des propriétaires noirs qui
    n’avaient pas droit aux prêts du FHA [Ndt : Federal Housing Administration,
    l’administration fédérale en charge du logement], des noirs exclus des
    syndicats, des forces de police ou des casernes de pompiers, a fait que les
    familles noires n’ont jamais pu accumuler un capital conséquent à
    transmettre aux générations futures.

    Cette histoire explique l’écart de fortune et de revenus entre noirs et
    blancs et la concentration des poches de pauvreté qui persistent dans tant
    de communautés urbaines et rurales d’aujourd’hui.

    Le manque de débouchés parmi les noirs, la honte et la frustration de ne
    pouvoir subvenir aux besoins de sa famille ont contribué a la désintégration
    des familles noires —un problème que la politique d’aide sociale, pendant
    des années, a peut-être aggravée. Le manque de service publics de base dans
    un si grand nombre de quartiers noirs —des aires de jeux pour les enfants,
    des patrouilles de police, le ramassage régulier des ordures et
    l’application des codes d’urbanisme, tout cela a crée un cycle de violence,
    de gâchis et de négligences qui continue de nous hanter.

    C’est la réalité dans laquelle le Rev. Wright et d’autres Afro-Américains de
    sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années 50 et
    au début des années 60, époque ou la ségrégation était encore en vigueur et
    les perspectives d’avenir systématiquement réduites.

    Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas de voir combien ont renoncé devant
    la discrimination, mais plutôt combien ont réussi à surmonter les obstacles
    et combien ont su ouvrir la voie à ceux qui, comme moi, allaient les suivre.

    Mais pour tous ceux qui ont bataillé dur pour se tailler une part du Rêve
    Américain, il y en a beaucoup qui n’y sont pas arrivés – ceux qui ont été
    vaincus, d’une façon ou d’une autre, par la discrimination.

    L’expérience de l’échec a été léguée aux générations futures : ces jeunes
    hommes et, de plus en plus, ces jeunes femmes que l’on voit aux coins des
    rues ou au fond des prisons, sans espoir ni perspective d’avenir. Même pour
    les noirs qui s’en sont sortis, les questions de race et de racisme
    continuent de définir fondamentalement leur vision du monde.

    Pour les hommes et les femmes de la génération du Rev. Wright, la mémoire de
    l’humiliation de la précarité et de la peur n’a pas disparu, pas plus que la
    colère et l’amertume de ces années.

    Cette colère ne s’exprime peut-être pas en public, devant des collègues
    blancs ou des amis blancs. Mais elle trouve une voix chez le coiffeur ou
    autour de la table familiale. Parfois cette colère est exploitée par les
    hommes politiques pour gagner des voix en jouant la carte raciale, ou pour
    compenser leur propre incompétence.

    Et il lui arrive aussi de trouver une voix, le dimanche matin à l’église, du
    haut de la chaire ou sur les bancs des fidèles. Le fait que tant de gens
    soient surpris d’entendre cette colère dans certains sermons du Rev. Wright
    nous rappelle le vieux truisme, à savoir que c’est à l’office du dimanche
    matin que la ségrégation est la plus évidente.

    Cette colère n’est pas toujours une arme efficace. En effet, bien trop
    souvent, elle nous détourne de nos vrais problèmes, elle nous empêche de
    confronter notre part de responsabilité dans notre condition, et elle
    empêche la communauté afro-américaine de nouer les alliances indispensables
    à un changement véritable.

    Mais cette colère est réelle, et elle est puissante, et de souhaiter qu’elle
    disparaisse, de la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu’à
    creuser le fossé d’incompréhension qui existe entre les deux races.

    Et de fait, il existe une colère similaire dans certaines parties de la
    communauté blanche. La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la
    classe moyenne blanche n’ont pas l’impression d’avoir été spécialement
    favorisés par leur appartenance raciale.

    Leur expérience est l’expérience de l’immigrant —dans leur cas, ils n’ont
    hérité de personne, ils sont partis de rien. Ils ont travaillé dur toute
    leur vie, souvent pour voir leurs emplois délocalisés et leurs retraites
    partir en fumée.

    Ils sont inquiets pour leur avenir, ils voient leurs rêves s’évanouir; à une
    époque de stagnation des salaires et de concurrence mondiale, les chances de
    s’en sortir deviennent comme un jeu de somme nulle où vos rêves se réalisent
    au dépens des miens.

    Alors, quand on leur dit que leurs enfants sont affectés à une école à
    l’autre bout de la ville, quand on leur dit qu’un Afro-Américain qui
    décroche un bon job ou une place dans une bonne faculté est favorisé à cause
    d’une injustice qu’ils n’ont pas commise, quand on leur dit que leur peur de
    la délinquance dans les quartiers est une forme de préjugé, la rancœur
    s’accumule au fil du temps.

    Comme la colère au sein de la communauté noire qui ne s’exprime pas en
    public, ces choses qui fâchent ne se disent pas non plus. Mais elles
    affectent le paysage politique depuis au moins une génération.

    C’est la colère envers la politique d’assistance de l’Etat-Providence et la
    politique de discrimination positive qui ont donné naissance à la Coalition
    Reagan. Les hommes politiques ont systématiquement exploité la peur de
    l’insécurité à des fins électorales. Les présentateurs des talk-shows et les
    analystes conservateurs se sont bâti des carrières en débusquant des
    accusations de racisme bidon, tout en assimilant les débats légitimes sur
    les injustices et les inégalités raciales à du politiquement correct ou du
    racisme a rebours.

    Tout comme la colère noire s’est souvent avérée contre-productive, la
    rancœur des blancs nous a aveuglés sur les véritables responsables de
    l’étranglement de la classe moyenne —une culture d’entreprise où les délits
    d’initiés, les pratiques comptables douteuses et la course aux gains rapides
    sont monnaie courante ; une capitale sous l’emprise des lobbies et des
    groupes de pression, une politique économique au service d’une minorité de
    privilégiés.

    Et pourtant, souhaiter la disparition de cette rancœur des blancs, la
    qualifier d’inappropriée, voire de raciste, sans reconnaître qu’elle peut
    avoir des causes légitimes —voila aussi qui contribue à élargir la fracture
    raciale et faire en sorte que l’on n’arrive pas à se comprendre.

    Voilà où nous en sommes actuellement : incapables depuis des années de nous
    extirper de l’impasse raciale. Contrairement aux dires de certains de mes
    critiques, blancs ou noirs, je n’ai jamais eu la naïveté de croire que nous
    pourrions régler nos différends raciaux en l’espace de quatre ans ou avec
    une seule candidature, qui plus est une candidature aussi imparfaite que la
    mienne.

    Mais j’ai affirmé ma conviction profonde—une conviction ancrée dans ma foi
    en Dieu et ma foi dans le peuple américain—qu’en travaillant ensemble nous
    arriverons à panser nos vieilles blessures raciales et qu’en fait nous
    n’avons plus le choix si nous voulons continuer d’avancer dans la voie d’une
    union plus parfaite.

    Pour la communauté afro-américaine, cela veut dire accepter le fardeau de
    notre passé sans en devenir les victimes, cela veut dire continuer d’exiger
    une vraie justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela veut
    aussi dire associer nos propres revendications –meilleure assurance maladie,
    meilleures écoles, meilleurs emplois—aux aspirations de tous les Américains,
    qu’il s’agisse de la blanche qui a du mal à briser le plafond de verre dans
    l’échelle hiérarchique, du blanc qui a été licencié ou de l’immigrant qui
    s’efforce de nourrir sa famille.

    Cela veut dire aussi assumer pleinement nos responsabilités dans la vie — en
    exigeant davantage de nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants,
    en leur faisant la lecture, en leur apprenant que même s’ils sont en butte
    aux difficultés et à la discrimination, ils ne doivent jamais succomber au
    désespoir et au cynisme : ils doivent toujours croire qu’ils peuvent être
    maîtres de leur destinée.

    L’ironie, c’est que cette notion si fondamentalement américaine –et, oui,
    conservatrice—de l’effort personnel, on la retrouve souvent dans les sermons
    du Rev. Wright. Mais ce que mon ancien pasteur n’a pas compris, c’est qu’on
    ne peut pas chercher à s’aider soi-même sans aussi croire que la société
    peut changer.

    L’erreur profonde du Rev. Wright n’est pas d’avoir parlé du racisme dans
    notre société. C’est d’en avoir parlé comme si rien n’avait changé, comme si
    nous n’avions pas accompli de progrès, comme si ce pays —un pays ou un noir
    peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et
    de noirs, d’hispaniques et d’asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes
    et de vieux—était encore prisonnier de son passé tragique. Mais ce que nous
    savons – ce que nous avons vu—c’est que l’Amérique peut changer. C’est là le
    vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de
    l’espoir —l’audace d’espérer —pour ce que nous pouvons et devons accomplir
    demain.

    Pour ce qui est de la communauté blanche, la voie vers une union plus
    parfaite suppose de reconnaître que ce qui fait souffrir la communauté
    afro-américaine n’est pas le produit de l’imagination des noirs ; que
    l’héritage de la discrimination —et les épisodes actuels de discrimination,
    quoique moins manifestes que par le passé- sont bien réels et doivent être
    combattus.

    Non seulement par les mots, mais par les actes —en investissant dans nos
    écoles et nos communautés ; en faisant respecter les droits civils et en
    garantissant une justice pénale plus équitable ; en donnant à cette
    génération les moyens de s’en sortir, ce qui faisait défaut aux générations
    précédentes.

    Il faut que tous les Américains comprennent que vos rêves ne se réalisent
    pas forcément au détriment des miens ; qu’investir dans la santé, les
    programmes sociaux et l’éducation des enfants noirs, bruns et blancs
    contribuera à la prospérité de tous les Américains.

    En fin de compte, ce que l’on attend de nous, ce n’est ni plus ni moins ce
    que toutes les grandes religions du monde exigent —que nous nous conduisions
    envers les autres comme nous aimerions qu’ils se conduisent envers nous.
    Soyons le gardien de notre frère, nous disent les Ecritures. Soyons le
    gardien de notre sœur. Trouvons ensemble cet enjeu commun qui nous soude les
    uns aux autres, et que notre politique reflète aussi l’esprit de ce projet.

    Car nous avons un choix à faire dans ce pays. Nous pouvons accepter une
    politique qui engendre les divisions intercommunautaires, les conflits et le
    cynisme. Nous pouvons aborder le problème racial en voyeurs —comme pendant
    le procès d’O.J. Simpson —, sous un angle tragique – comme nous l’avons fait
    après Katrina – ou encore comme nourriture pour les journaux télévisés du
    soir. Nous pouvons exploiter la moindre bavure dans le camp d’Hillary comme
    preuve qu’elle joue la carte raciale, ou nous pouvons nous demander si les
    électeurs blancs voteront en masse pour John McCain en novembre, quel que
    soit son programme politique.

    Oui, nous pouvons faire cela.

    Mais dans ce cas, je vous garantis qu’aux prochaines élections nous
    trouverons un autre sujet de distraction. Et puis un autre. Et puis encore
    un autre. Et rien ne changera.

    C’est une possibilité. Ou bien, maintenant, dans cette campagne, nous
    pouvons dire ensemble : « Cette fois, non ». Cette fois nous voulons parler
    des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, les enfants
    noirs, les enfants blancs, les enfants asiatiques, les enfants hispaniques
    et les enfants amérindiens.

    Cette fois nous ne voulons plus du cynisme qui nous répète que ces gosses
    sont incapables d’apprendre, que ces gosses qui nous ne ressemblent pas sont
    les problèmes de quelqu’un d’autre. Les enfants de l’Amérique ne sont pas
    ces gosses-là, mais ces gosses-là sont pourtant bien nos enfants, et nous ne
    tolérerons pas qu’ils soient laissés pour compte dans la société du
    vingt-et-unième siècle. Pas cette fois.

    Cette fois nous voulons parler des files d’attente aux urgences peuplées de
    blancs, de noirs et d’hispaniques qui n’ont pas d’assurance santé, qui ne
    peuvent seuls s’attaquer aux groupes de pression mais qui pourront le faire
    si nous nous y mettons tous.

    Cette fois nous voulons parler des usines qui ont fermé leurs portes et qui
    ont longtemps fait vivre honnêtement des hommes et des femmes de toute race,
    nous voulons parler de ces maisons qui sont maintenant à vendre et qui
    autrefois étaient les foyers d’Américains de toute religion, de toute région
    et de toute profession.

    Cette fois nous voulons parler du fait que le vrai problème n’est pas que
    quelqu’un qui ne vous ressemble pas puisse vous prendre votre boulot, c’est
    que l’entreprise pour laquelle vous travaillez va délocaliser dans le seul
    but de faire du profit.

    Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et
    de toute croyance qui servent ensemble, qui combattent ensemble et qui
    versent ensemble leur sang sous le même fier drapeau. Nous voulons parler du
    moyen de les ramener à la maison, venant d’une guerre qui n’aurait jamais dû
    être autorisée et qui n’aurait jamais dû avoir lieu, et nous voulons parler
    de la façon de montrer notre patriotisme en prenant soin d’eux et de leurs
    familles et en leur versant les allocations auxquelles ils ont droit.

    Je ne me présenterais pas à l’élection présidentielle si je ne croyais pas
    du fond du cœur que c’est ce que veut l’immense majorité des Américains pour
    ce pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite mais, génération
    après génération, elle a montré qu’elle pouvait se parfaire.

    Et aujourd’hui, chaque fois que je me sens sceptique ou cynique quant à
    cette possibilité, ce qui me redonne le plus d’espoir est la génération à
    venir —ces jeunes dont les attitudes, les croyances et le sincère désir de
    changement sont déjà, dans cette élection, rentrés dans l’Histoire.

    Il y a une histoire que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui, une
    histoire que j’ai eu l’honneur de raconter lors de la commémoration de la
    naissance de Martin Luther King, dans sa paroisse, Ebenezer Baptist, à
    Atlanta.

    Il y a une jeune blanche de 23 ans, du nom d’Ashley Baia, qui travaillait
    pour notre campagne à Florence, en Caroline du Sud. Depuis le début, elle a
    été chargée de mobiliser une communauté à majorité afro-américaine. Et un
    jour elle s’est trouvée à une table ronde où chacun, tour à tour, racontait
    son histoire et disait pourquoi il était là.

    Et Ashley a dit que quand elle avait 9 ans sa maman a eu un cancer, et parce
    qu’elle avait manqué plusieurs jours de travail elle a été licenciée et a
    perdu son assurance maladie. Elle a dû se mettre en faillite personnelle et
    c’est là qu’Ashley s’est décidée à faire quelque chose pour aider sa maman.

    Elle savait que ce qui coûtait le plus cher c’était d’acheter à manger, et
    donc Ashley a convaincu sa mère ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était
    des sandwichs moutarde-cornichons. Parce que c’était ce qu’il y avait de
    moins cher.

    C’est ce qu’elle a mangé pendant un an, jusqu’à ce que sa maman aille mieux.
    Et elle a dit à tout le monde, à la table ronde, qu’elle s’était engagée
    dans la campagne pour aider les milliers d’autres enfants du pays qui eux
    aussi veulent et doivent aider leurs parents.

    Ashley aurait pu agir différemment. Quelqu’un lui a peut être dit a un
    moment donné que la cause des ennuis de sa mère c’était soit les noirs qui,
    trop paresseux pour travailler, vivaient des allocations sociales, soit les
    hispaniques qui entraient clandestinement dans le pays. Mais ce n’est pas ce
    qu’elle a fait. Elle a cherché des alliés avec qui combattre l’injustice.

    Bref, Ashley termine son histoire et demande a chacun pourquoi il s’est
    engagé dans la campagne. Ils ont tous des histoires et des raisons
    différentes. Il y en a beaucoup qui soulèvent un problème précis. Et pour
    finir, c’est le tour de ce vieillard noir qui n’a encore rien dit.

    Et Ashley lui demande pourquoi il est là. Il ne soulève aucun point en
    particulier. Il ne parle ni de l’assurance maladie ni de l’économie. Il ne
    parle ni d’éducation ni de guerre. Il ne dit pas qu’il est venu à cause de
    Barack Obama. Il dit simplement : « Je suis ici à cause d’Ashley. »

    « Je suis ici à cause d’Ashley ». A lui seul, ce déclic entre la jeune fille
    blanche et le vieillard noir ne suffit pas. Il ne suffit pas pour donner une
    assurance santé aux malades, du travail à ceux qui n’en n’ont pas et une
    éducation à nos enfants.

    Mais c’est par là que nous démarrons. Par là que notre union se renforce. Et
    comme tant de générations l’ont compris tout au long des deux cent vingt et
    une années écoulées depuis que des patriotes ont signé ce document a
    Philadelphie, c’est par là que commence le travail de perfection. »

    Traduction de Didier Rousseau et de Françoise Simon
    Ammon & Rousseau Translations, New York

  10. Ça vaut vraiment la peine de lire cette intervention de Obama.

    Ç’est un peu un rafraîchissement de mémoire. Soit dit en passant, quel transfert il aura fait sur le révérend Wright!!
    Ça en dit très long, entre autres, sur le problème du racisme aux États-Unis! Problème qu’on ne connaît, dans le fond, vu d’Europe ou d’autres endroits du monde, qu’en surface où par les clichés rebattus et le folklore qui ne sont que l’écume de vagues bien plus profondes.

    Ayant un certain nombre de liens avec les Latino-Américains, ou Hispanos (selon une désignation elle-même hispanique) je vois que Obama ne cite la communauté hispanique que lorsqu’il fait allusion à l’ensemble des communautés historiquement non occidentales (bien que l’Amérique hispanique fasse partie de l’Occident en général). Quelqu’un qui ne saurait rien du tout des États-Unis et qui écouterait ou lirait ici Obama pourrait penser de la communauté hispanique aux États-Unis serait très marginale, alors qu’elle représente grossomodo 10% (légaux et illégaux) des habitants des États-Unis, peut-être un peu plus.

    Cela va être très intéressant de suivre quels vont être les rapports entre les Hispanos et les autorités étatsuniennes sous la présidence d’un président d’origine afro-américaine, ou métis. La « frontière » (3000 kms de long!) entre les États-Unis et le Mexique est l’un des lieux les plus révélateur au monde des rapports entre le monde dit « riche » et le monde dit « émergeant ».

    L’intégration économique entre les deux pays, Mexique et EE.UU, a apporté des changements notables de modernisations diverses au Mexique, dont l’argent envoyé par les émigrés (1) n’est pas le moindre facteur. Mais depuis la déterioration de l’économie étatsunienne, la situation économique et surtout sociale du Mexique s’est très sensiblement déteriorée, l’insécurité y est montée en flèche devant un État mexicain qui semble progressivement impuissant, entre autres, devant les organisations de narcotrafiquants qui s’infiltrent même là où on ne les attend pas (2).

    Ceci étant, contrairement aux Européens et aux Étatsuniens, les Mexicains, même les plus déshérités et plutôt ceux-là, ont dans leur mémoire collective que les États-Unis leur ont littéralement volé 40% (2 millions de km2) de leur territoir entre 1840 et 1850 (3). Lorsque les Mexicains émigrent aux États-Unis, les plus nombreux d’entre eux vont au Texas et en ‘Haute’ Californie. Bien que la seule et unique raison qui les fait émigrer soit économique, ils ont l’impression de recouvrer ce qui leur appartient, en même temps, ils reforment ainsi un substrat naturel communautaire, social et culturel (un jour économmique? Et même politique? Il y a aussi des Mexicains de souche dans toutes ces régions sud des États-Unis) qui pourrait modifier, d’abord insensiblement, puis peu à peu, la nature profonde des États-Unis dont on prend si bien le pouls en lisant Obama ci-dessus.

    Le monde hispanique, historiquement, n’a pas connu pour l’essentiel ni la Réforme protestante, ni vraiment le « siècle des Lumières », ce qui, à mon avis, donne au monde Hispanique, plusieurs siècles plus tard, une spécificité, cette fois positive, à ce monde Hispanique qui ne s’est pas encore complètement et vraiment exprimé et qui manque encore tant au monde contemporain. Un monde contemporain presque entièrement formaté par la Révolution bourgeoise protestante depuis environ cinq siècles, dans lesquels sont compris deux siècles et demie de pensées dites des « Lumières », issues surtout de la Révolution française. Cette dernière ayant été la référence de tant d’ « intellectuels » Latino-Amériacins. Mais ce sont essentiellement les Anglais qui ont apporté avec eux la ségrégation raciale à ce point (car hélas elle existe un peu partout à l’état plus ou moins latent) jusqu’à ce qu’on désigne la catégorie: white ango-saxons protestants, ou WASP. Les lignes de l’Américain Frank Water dans son magnifique Livre du Hopi (ouvrage inclassable et inégalé d’intérêt!) sont édifiantes à ce sujet.
    Toute cette période semble s’achever actuellement.

    Et c’est cette trace ségrégationiste qui occupe presque toute l’intervention d’Obama!

    Personnellement, je n’aurais pas cru que Obama était « engoncé » et déterminé à ce point par ce versant « racial » si spécifique et consubstanciel à l’histoire des États-Unis. Très jeune à l’école, à la fin des années cinquante, quand on nous apprenait que, en 1945-46, des prisonniers allemands nazis étaient gardés, à leur grand ahurissement, par des militaires américains noirs, paraissant égaux (c’était ce que nous croyions à l’époque) aux autres militaires blancs américains, je croyais, comme mes camarades, que cela était, aussi bien pour l’Allemagne d’alors que pour les États-Unis l’ « exorcisme final » du racisme dont on ne saisissait pas alors la portée puisque les États-Unis étaient vainqueurs.

    (1) du moins jusqu’à présent, car lisant la presse mexicaine, j’y ai appri un courant inverse, Nord-Sud, de milliers de mexicains est apparu depuis la crise qui frappe les États-Unis, ce qui n’a cependant pas tari, seulement amoindri, le flux historique Sud-Nord.

    (2) comme quoi, soit dit en passant, voilà encore un effet négatif de la globalisation. À ce point, la globalisation est vraiment un phénomène délétère.

    (3) comme par hasard, ceci eut lieu juste avant les fameuses ruées, sur l’or noir au Texas et sur l’or jaune Haute-Californie. Ces deux régions sont parmis les plus riches d’Amérique du Nord.

    1. L’ Amérique latine s’est développée, économiquement et politiquement, à partir de la structure militaire qui prévalait lors de la colonisation. La culture politique brutale, ainsi que le poids écrasant des militaires n’ont pas d’autre origine (La Réforme n’a rien à voir là-dedans). Certaines contraintes géographiques arbitraires sont également responsables du décrochage par rapport à la révolution industrielle.

      Pour le reste, il y a bien un risque de conflit ethnique majeur aux USA, entre WASP et Hispaniques essentiellement (mais les relations entre hispaniques et afro-américains sont tendues également). En fait, c’était déjà considéré sous l’ère Clinton comme LE risque sécuritaire numéro 1 des Etats-Unis dans les 10 prochaines années. Les Wasps considèrent qu’ils ont fait de ce pays ce qu’il est (ils minimisent d’ailleurs inconsciemment le lourd prix payé par les afro-américains). Ils ne le cèderont pas, à aucun prix, à la communauté hispanique, quel que soit le rapport de force numérique. Les mexicains nationalistes savent d’ailleurs en jouer et ne manquent jamais une occasion de rsuggérer le risque d’une guerre civile US en cas de conflit ouvert entre le Mexique et les USA.

      Vous vous étonnez de l’importance de la problématique raciale.
      Il est vrai que les hispaniques ont plutôt été du côté des esclavagistes que du côtés des esclaves… et qu’ils doivent se sentir moins concernés. Il est vrai aussi qu’au Mexique le métissage (plus ou moins consenti on le devine, selon qu’on appartenait au camp des colonisateurs ou des colonisés) a eu des effets positifs sur la stabilité de la communauté politique (évidemment le prix à payer fut l’acculturation et la disparition quasi complète de la culture des colonisés).
      Du reste, il y a un monde entre un mexicain dont les origines sont soit celle d’un colonisateur/ soit celle d’un colonisé (soit les deux le plus souvent), et un afro-américain qui sont celles d’un esclave. Bien que l’indien d’Amérique ou d’Amazonie et l’esclave furent également dominés, le rapport au dominant est de nature très différente, ne serait-ce qu’à cause de la proximité du premier avec son paysage natal, qu’il « possède » toujours d’une certaine façon. Au contraire l’esclave n’a rien. Tout ce qu’il a, c’est la mémoire de ses ancêtres dans un monde qui lui est étranger.
      Mais en Amérique, « Race matters » (pour reprendre le titre d’un ouvrage universitaire respecté outre-Atlantique), plus que n’importe où ailleurs dans le monde… Le melting-pot, loin de l’intégration forcée par l’Eglise et par l’Armée qui sévissent en Amérique latine, n’est pas négociable, car il « définit » l’Amérique. Et c’est justement cette contradiction entre un idéal moral élevé (« En Amérique, qui que vous soyez, vous n’aurez pas à renoncer à votre identité pour réussir ») et la réalité du terrain (« une ségrégation économique qui a pourtant autant à voir avec le système économique en place qu’avec la perpétuation d’une certaine forme d’hostilité- au sens originel du mot – entre communautés), associée à une certaine forme de liberté d’expression, qui fait de la question raciale la question prépondérante aux Etas-Unis.

  11. @ Rumbo

    Il faut comprendre que ce que l’on appelle le mouvement des droits civiques des années 60, la lutte pour l’émancipation des noirs américains, a été ni plus ni moins qu’une guerre civile « de basse intensité », traversant toute la société et particulièrement le Sud bien sûr, mais aussi à l’intérieur de l’appareil d’Etat.

    Les assassinats de Malcolm X, Martin Luther King, John F. Kennedy et peut-être bien plus que celui-ci dans ce cadre de Robert Kennedy (qui en tant que ministre de la justice avait été en pointe dans la déségrégation des Etats du Sud) ont été littéralement et à bon droit des événements traumatiques pour la communauté noire. Si l’implication de parties de l’appareil d’Etat dans ses assassinats est sujette à discussion (et/ou phantasmes par les amateurs de théories du complot), il est certain qu’en tout cas ils allaient dans le même sens que la pratique effective du FBI envers des mouvements comme les Black Panthers: répression à l’arme de guerre (avec des tanks, comme on peut le voir dans des images d’époque!), « arrestations sans prendre de prisonniers », infiltration, manipulation, etc.; et qui celle-ci est bien documentée (cf. COINTELPRO ).

    Pour certains, dont le Rev. Wright apparemment, cette guerre, si elle a changé de terrain, n’est pas terminée : voir la surreprésentation délirante du nombre de noirs américains qui passent à un moment de leur vie par le système judiciaire et carcéral (« In 2002, 93.2% of prisoners were male. About 10.4% of all black males in the United States between the ages of 25 and 29 were sentenced and in prison, compared to 2.4% of Hispanic males and 1.3% of white males. »: voir ici et .).

    C’est donc là-dessus qu’Obama répond exclusivement : l’esclavage, la ségrégation, la situation aujourd’hui (d’où l’absence de référence aux hispaniques qui n’ont rien à voir, ou de très loin?, avec cette histoire-là). On attend de lui à ce moment-là qu’il dise s’il est un « angry black man » (un noir en colère) ou un « Uncle Tom » (un noir satisfait de son sort et de son maître). Il dit qu’il est encore autre chose, un homme d’une autre génération, sans faire une croix sur le passé mais au contraire en en tirant les leçons: la fausse opposition noir et blanc doit cesser pour revenir à sa racine économique.
    Il est certain qu’Obama n’est jamais alors qu’un homme politique en campagne, qui va être élu avec l’argent de gens très riches. Et l’expérience nous a appris à tous à nous méfier des déclarations sans suite, on attend donc de voir. Il n’empêche qu’il a exprimé ici des « banalités de base » de longue portée qu’aucun homme politique, et surtout pas en France, ne s’est aventuré à exprimer depuis longtemps (rappelons que c’était la position de ce que l’on appelait il y a longtemps « socialistes »). S’il y a là de la démagogie qui ne sera pas suivie d’effets, je la préfère quant à moi en tout cas nettement à celle qu’on entend actuellement en France. Je ne doute pas que vous aussi, je voulais seulement apporter quelques références et renseignements complémentaires sur la question à l’heure où beaucoup de voix ont l’air de croire qu’Obama n’est qu’un autre genre de McCain.

    Par ailleurs, je ne comprends pas votre remarque:

    ce sont essentiellement les Anglais qui ont apporté avec eux la ségrégation raciale à ce point

    Pour m’être promené dans le Sud du Mexique, en simple touriste pendant une quinzaine de jours, j’ai été néanmoins frappé par:

    _ une ségrégation brutale de fait envers les Indiens : deux mondes, l’un complètement occidentalisé, l’autre « traditionnel » vivent, et se cotoient dans les villes les jours de marché, l’un à côté de l’autre sans se toucher.

    _ l’américainisation totale des modes de vie, du moins en apparence extérieure qui fait du Mexique une sorte de banlieue des USA (portée par une classe politique ayant fait ses études aux US et « nonobstant » particulièrement stupide et corrompue).

    _ une hostilité ou une réserve constante de tous en tout cas envers les blancs (qui ne m’a pas choquée plus que cela étant donné l’histoire du pays depuis les massacres des conquistadores jusqu’aux hordes de touristes buveurs de bière à bas prix qui déferlent là-bas).
    Il m’a semblé donc qu’entre Indiens et blancs (WASPs?), pour les Mexicains bien des choses ne sont pas réglées et qu’il y a encore des solutions à trouver… Pourriez-vous développer votre point de vue?

  12. Nikademus a dit 8 novembre 2008 21h09 a écrit:

    «  »Il m’a semblé donc qu’entre Indiens et blancs (WASPs?), pour les Mexicains bien des choses ne sont pas réglées et qu’il y a encore des solutions à trouver… Pourriez-vous développer votre point de vue? » »

    Je ne crois pas que l’expression: WASP (en français: blancs anglo-saxons protestant) s’applique au Mexique dans les rapports entre blancs et indigènes, mais uniquement (sauf erreur de ma part) aux États-Unis.

    Je n’ai pas fait d’ « analyse comparée » des racismes historiques et contemporains en laissant entendre que celui-ci, par exemple celui des Anglais serait plus méchant que celui-là des Espagnols. L’on sait bien que tous les racismes, au delà, certes, d’innombrables variations, sont tous détestables sans une seule exception.

    Ce qui m’a frappé dans cette intervention de Obama, c’est ce sujet absolument central du racisme; il doit y avoir des raisons lourdes pour cela. Mais je connais pas assez les EE.UU et surtout les coins et recoins de ses tissus sociaux pour que mon « jugement » direct ait vraiment « force de vérité ». Mais ici, lisant, Obama, on a l’impression de « palper » une
    – condition humaine – que quelqu’un comme moi, qui voit plutôt les effets extérieurs des États-Unis, et qui n’a pas retenu suffisamment bien les informations de ma prime jeunesse des années 60 qui bruissaient beaucoup des violences raciales et leurs réactions dans les grands centres étatsuniens.

    Ceci dit, voici, en lisant Obama un effet historique du racisme tel que l’on déployé les Anglais qui ont formé le principal substrat social des États-Unis. Les pages 291, 292, 293 (entre autres) du – Livre du HOPI – de l’américain Frank Waters (éd.Payot 1978) sont particulièrement édifiantes sur l’attitude effroyables des Anglais. Les Espagnols et les Portugais, à peine sortis (si l’on peut dire) du Moyen-Âge, avaient conquis le Mexique, l’Amérique Centrale et du Sud, ils étaient, le plus souvent, des pillards au sang chaud, et malgré leur cruauté, ils n’avaient aucun préjugés racial. Dès le début, ils se marièrent légalement avec les Indiennes, ce qui fut l’origine des Mestizos (le sujet de ce livre exceptionnel et inclassable qui est: les Indiens Hopis, illustration d’un mode de vie profondément enraciné dans la terre américaine, à le grand avantage, sans empiéter sur son sujet, de rappeler, en plus, des faits historiques très documentés)

    Je ne peux m’étendre ici longuement sur cet épineux problème car le sujet est ici: Présidentielles US, qui est Obama?
    Simplement, on peut rappeler d’une façon général, les trois principaux endroits des Amériques situées au Sud du Rio Grande jusqu’à la Terre de Feu, il est des régions et pays où les communautés indigènes sont restées très importantes en nombre, un nombre qui croît si je ne me trompe. Il s’agit du Sud du Mexique où vous avez été, le Guatemala en Amérique Centrale, et d’importantes populations indigènes en Bolivie Andine et en Équateur pays où, la proportion des indigènes est la plus importante (si je ne me trompe). Le sort et l’insertion de ces populations n’est nullement règlé et le phénomène du racisme y est latent, la pauvreté omniprésente. Le problème le plus aigu est, ici, la marginalisation historique des populations indigènes avec, évidemment, les problèmes en conséquence qui sont, d’abord économiques, puis sociaux.

    Mais aux États-Unis, l’attitude anglaise incrusta un sytème de ségrégation qui laissa des traces profondes, dont la guerre de seccession ne fut pas le moindre effet parmis tant et tant d’autres, pourtant dans un pays très riche. « Le préjugé racial, très profondément enraciné chez les Américains d’origine anglaise, se manifesta dès leur arrivée vis-à-vis des Indiens et pris ensuite un caractère de psychose nationale. C’est l’un des phénomènes plus étranges et les plus effrayants de l’histoire… (p. 291, Livre du Hopi)

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